Une étude* financée par la Stanford Data Science Initiative montre que des interventions de coaching sur smartphone, via des applications mobiles d’activité physique, permettent d’inciter les participants à bouger. Dans le cadre de ces travaux, le niveau d’activité physique a augmenté de 10 % grâce à ces incitations virtuelles. Les résultats de l’étude, publiée le 9 octobre 2019 dans le journal The Lancet Digital Health, sont certes modestes mais toute augmentation du niveau d’activité s’avère bénéfique selon les spécialistes.
Booster l’activité physique avec un coach virtuel
Les bienfaits sur la santé de la pratique régulière d’une activité physique ont été démontré depuis plusieurs années. Or, les trois quarts des Français n’atteindraient pas les recommandations de santé publique en la matière et ces 5 dernières années, une stagnation du niveau d’activité physique a même été enregistrée (baromètre Attitude Prévention).
Dans ce contexte, le nombre d’applications mobiles dédiées à l’activité physique a explosé. D’autant que les interventions dont il a été démontré qu’elles augmentaient efficacement le nombre de pas ont été associées à de meilleurs résultats pour la santé, notamment une réduction de l’incidence de l’hypertension, une meilleure santé cardiovasculaire et un indice de masse corporelle réduit.
Cependant, peu d’essais randomisés ont été réalisés pour évaluer l’efficacité de ces dispositifs. Pour pallier ce manque, des chercheurs de Stanford ont mené une étude longitudinale basée sur un smartphone. « À ce jour, la plupart des études sur la surveillance de la santé mobile ont utilisé des wearables et des smartphones pour suivre l’activité physique et fournir des commentaires à l’utilisateur ou au clinicien. Aucune étude randomisée entièrement numérique (c’est-à-dire sans un certain niveau de contact interpersonnel) n’a évalué l’effet de l’intervention portable et du smartphone sur l’activité physique », précisent les auteurs des travaux.
L’appli MyHeartCounts testée par plus de 2 000 personnes
Concrètement, les chercheurs ont inclus dans leur essai croisé contrôlé et randomisé 2 783 adultes qui devaient tous posséder un iPhone pour pouvoir télécharger l’application pour smartphone de recherche clinique MyHeart Counts.
Après consentement, ces sujets ont été soumis à une surveillance de base pendant une semaine, puis ont été affectés à l’un des cinq « groupes» en fonction de leurs tendances d’activité.
Ils ont ensuite été invités à pratiquer l’une des quatre activités : message d’encouragement à franchir 10 000 pas par jour, rappels horaires à se lever ou un coaching en ligne basé sur les activités pratiquées par la personne au cours de la semaine de référence. Le dosage de l’activité était personnalisé : ceux qui étaient plus sédentaires pouvaient être invités à se promener le matin, tandis que ceux qui étaient naturellement plus actifs pouvaient être encouragés à poursuivre une activité physique régulière. La quatrième intervention consistait à lire les directives de santé de l’American Heart Association (AHA), soit des consignes générales d’hygiène de vie. Chaque semaine, les participants réalisaient une nouvelle intervention jusqu’à ce qu’ils aient expérimenté les quatre expériences.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 9 octobre 2019 dans The Lancet Digital Health.
Résultats : 10 % de pas en plus
- Une augmentation de 10 % du nombre de pas – 266 pas en moyenne par jour – a été constatée chez tous les participants à la fin de l’étude.
- Toutes les interventions engendrent approximativement le même résultat.
- Seulement 493 personnes sur 2 783 ont participé à l’ensemble des interventions.
- L’efficacité des notifications téléphoniques baissent au fil du temps.
- Aucun effet significatif n’a été enregistré sur la durée du sommeil, la qualité du sommeil ou sur bonheur déclaré par les participants.
« Les résultats de cette étude montrent que des interventions minimales effectuées au format numérique peuvent avoir un effet significatif sur l’activité physique, déclarent les chercheurs dans The Lancet Digital Health. Et la sophistication de l’intervention dans cette étude semblait avoir peu d’impact sur l’effet : une simple invitation journalière était aussi efficace qu’une invitation rappelant aux utilisateurs de se lever après une heure de sédentarité. »
« Si les gens sont dépendants de leur téléphone, nous pouvons peut-être aussi les rendre dépendants de leur santé », commente Euan Angus Ashley, le principal auteur des travaux, professeur de médecine et de génétique à l’Université de Stanford (Californie).
Lors de son prochain essai, l’équipe projette d’enquêter sur la durée pendant laquelle les participants conservent leur nouvelle routine, en essayant de voir si elle peut mieux personnaliser les incitations quotidiennes.
Un effet modeste et peu durable
Cependant, comme l’ont montré des études antérieures, l’effet est modeste et peu durable. En outre, les auteurs de cet essai ont reconnu que les participants recrutés n’étaient pas représentatifs de la population générale. Ils étaient majoritairement de sexe masculin (73,5 %), blancs (86,6 %) et plutôt jeunes et éduqués. Malgré ces limitations, et l’effet modeste enregistré, les experts de santé publique considèrent que toute augmentation du niveau d’activité est bonne à prendre.