De l’engouement aux résultats mesurables
Après le pic de 60,6 Md$ atteint en 2021, le financement du digital health s’est ajusté à 35,7 Md$ en 2022, 24,4 Md$ en 2023, 26,4 Md$ en 2024 puis 28,8 Md$ en 2025, à un niveau jugé soutenable par Galen Growth. Le message central du rapport “Global Digital Health 2025 – Re-Priced, Re-Proved, Re-Focused” est clair : la valeur se déplace vers les solutions capables de prouver leur impact dans les flux de soins et les opérations hospitalières.
La concentration est nette : 65 mégadeals d’au moins 100 M$ totalisent 14 Md$, soit 49% des montants investis, notamment en Amérique du Nord et en Europe, où ces tours alimentent des plateformes déjà bien établies. Parallèlement, le nombre de deals trimestriels recule à un plancher de cinq ans (277 transactions au T4), tandis que la taille moyenne par opération atteint un sommet de 34,1 M$ au T4, en hausse de 2,2 fois sur un an.
Cartographie géographique : les États-Unis dominent, l’Europe s’affirme
Les États-Unis restent le centre de gravité avec 19,5 Md$ investis en 2025, en progression de 7%, soit 83% des deals et 89% des montants combinés avec l’Europe. La Californie concentre 33,9% des financements américains (6,63 Md$), devant New York (3,23 Md$) et le Massachusetts (1,7 Md$).
L’Europe enregistre 6,2 Md$, en hausse de 15%, ce qui en fait la région à la croissance la plus rapide, soutenue par de grands tours en prévention et “TechBio”. Le Royaume-Uni mène avec 2,11 Md$, suivi par la Finlande (1,16 Md$), la France (731 M$) et l’Allemagne (612 M$). En Asie-Pacifique, 2,4 Md$ sont déployés (+14%), avec l’Australie (548 M$), la Chine (520 M$) et l’Inde (416 M$) en tête, sur fond de poussée en santé des femmes et oncologie.
Un mouvement structurel marque l’Europe : la part des investisseurs américains dans les tours late stage européens atteint 62% en 2025, soit un triplement par rapport à 2023, tandis que les acteurs européens reculent. Cette bascule alimente une hausse du ticket moyen multiplié par 4,1 dans les tours de maturité avancée, avec des opérations comme les 900 M$ d’Oura (wellness, prévention) ou les 600 M$ d’Isomorphic Labs (découverte de médicaments).
Clusters, aires thérapeutiques : priorité à la gestion des soins et à la prévention
En 2025, les Health Management Solutions deviennent le premier cluster financé, avec 5,45 Md$, devant les Research Solutions (4,49 Md$) et les Medical Diagnostics (2,62 Md$). Ces solutions couvrent gestion clinique et non clinique, EHR, outils d’aide à la documentation médicale et optimisation des flux, illustrés par le tour de 300 M$ d’Abridge en série E.
Côté thérapeutique, les solutions “disease agnostic” captent 50% des montants mondiaux ; l’oncologie reste l’aire la plus financée avec 3,6 Md$, malgré une baisse de 12% sur un an. La santé des femmes progresse à 2,7 Md$ (deuxième rang), devant la santé mentale (2,3 Md$), la prévention (1,9 Md$) dopée par des deals comme Oura, et la neurologie (1,7 Md$). En Europe, la prévention arrive en tête, tirée par les 900 M$ levés par Oura, tandis qu’aux États-Unis l’oncologie domine malgré un recul, et la hausse la plus marquée concerne les Health Management Solutions (+70%).
Partenariats : moins de pilotes, plus d’exigence
Le volume de partenariats chute à un plus bas de cinq ans, avec un peu plus de 2 370 collaborations recensées en 2025, la baisse étant continue depuis mi‑2024. Les Health Management Solutions et les Medical Diagnostics restent néanmoins les segments les plus actifs, reflétant la recherche d’outils de diagnostic renforcé et d’infrastructures numériques pour les systèmes de santé.
Les fournisseurs (hôpitaux, systèmes de santé) sont impliqués dans 18% des partenariats, devant les autres verticaux comme la pharma ou l’assurance. En Europe, les coopérations venture‑to‑venture et avec les providers représentent 48% des partenariats, tandis qu’en Asie‑Pacifique les accords sont davantage dispersés entre start‑ups, fournisseurs, pharma, technologie et académiques. Aux États-Unis, 19% des partenariats de 2025 associent des health systems, confirmant leur rôle de moteur d’adoption, mais sur un nombre total de partenariats en repli et concentré sur des acteurs plus matures.
Les recommandations de Galen Growth insistent sur la nécessité, pour les investisseurs et corporates, de privilégier la profondeur plutôt que le volume : partenariats assortis de milestones d’intégration, d’objectifs d’usage, de plans de génération de preuves et de trajectoires de commercialisation, plutôt que d’accords vitrines.
Preuve clinique, capital et sorties : un environnement plus sélectif
L’“Evidence Signal” devient une métrique centrale : les Medical Diagnostics concentrent 25% des ventures ayant un score supérieur à 40, c’est‑à‑dire disposant d’essais cliniques, de dépôts réglementaires ou d’au moins quatre publications évaluées par les pairs. Les ventures européennes sont celles qui affichent la plus forte proportion de scores élevés, et les domaines cardiovasculaire et neurologique se distinguent sur le plan de la production de preuves.
En parallèle, le risque de tension de trésorerie augmente : seuls 23% des ventures early stage, 31% des growth stage et 47% des late stage ont levé des fonds dans les 18 derniers mois, laissant une majorité exposée à des besoins de refinancement urgents. Le “Funding Strength” moyen pour les growth stage atteint 51,6 mois en Asie‑Pacifique, contre 36,8 mois en Europe et 36,5 mois aux États‑Unis, signe d’écosystèmes où les cycles de refinancement sont plus étirés. Galen Growth anticipe davantage de down rounds, de recapitalisations et de M&A de consolidation, notamment au profit des acteurs disposant déjà de bilans renforcés.
Du côté des sorties, le M&A recule de 9% en volume, revenant à son niveau de 2023, au profit d’une année centrée sur la levée de capital, même si le marché coté montre quelques signaux de reprise. Une seule opération SPAC a été finalisée en 2025 (Nanyang Biologics).
DTP pharma, politique des prix et perspectives 2026
Le rapport souligne la montée en puissance des plateformes direct‑to‑patient (DTP) aux États‑Unis, où 94% des grands laboratoires disposent ou développent des dispositifs structurants de ce type. Des initiatives comme LillyDirect (Eli Lilly), PfizerForAll (Pfizer), NovoCare Pharmacy (Novo Nordisk) ou AstraZeneca Direct combinent téléconsultation, délivrance digitale et tarification cash pour des thérapies à fort volume, notamment les GLP‑1 ou les traitements de la migraine.
Ces modèles restent concentrés sur les États‑Unis et exposés à un risque réglementaire renforcé, notamment avec l’initiative fédérale TrumpRx, décrite comme une plateforme d’agrégation de prix qui pourrait banaliser les offres cash‑pay et rogner l’avantage prix des industriels. Pour Galen Growth, la DTP ne devrait pas reculer, mais elle sera “stress‑testée” par les politiques de prix et les évolutions de remboursement, obligeant les pharmas à arbitrer entre accès direct au patient et soutenabilité des modèles économiques.
Pour 2026, le cabinet anticipe un environnement où l’IA intégrée aux workflows cliniques, l’interopérabilité et la cybersécurité devront livrer des résultats concrets, tandis que le capital se dirigera en priorité vers les leaders de catégorie prêts pour une fenêtre IPO encore sélective. Les recommandations convergent pour tous les acteurs : discipline sur l’exécution, exigence de preuves, intégration fluide aux systèmes de santé, et focalisation sur des partenariats moins nombreux mais plus structurants.