Comme plusieurs pays scandinaves dès le début des années 2000, l’Angleterre généralise en novembre 2019 le recours aux prescriptions électroniques.
Le gouvernement britannique a en effet annoncé le 19 octobre 2019 qu’avant la fin de l’automne, la plupart des ordonnances émises dans le pays seraient traitées sous forme numérique, permettant ainsi :
• une meilleure communication entre les professionnels de santé, en particulier entre les prescripteurs et les dispensateurs ;
• une réduction de la charge administrative qui pèse sur les professionnels de santé ;
• une augmentation du niveau de sécurité des prescriptions ;
• un plus grand contrôle des dépenses de santé ;
• le développement de nouveaux usages.
En France, la prescription électronique fait l’objet d’expérimentations visant une généralisation plus tardive qu’en Angleterre : la généralisation de la prescription électronique est prévue pour 2022 dans le cadre du plan Ma santé 2022. Malgré les avantages que pourraient amener les ordonnances numériques, des syndicats de médecins français alertent sur les potentielles dérives de ce nouveau mode de prescriptions et la nécessité de disposer d’une base de données non contrôlée par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).
Généralisation du recours aux prescriptions électroniques en Angleterre
Généralisation prévue pour novembre 2019
La généralisation du recours aux prescriptions électroniques sera effective en novembre 2019 à travers toute l’Angleterre, a annoncé le 19 octobre 2019 Jo Churchill, sous-secrétaire d’État chargée de la prévention, de la santé publique et des soins primaires.
Le service de prescription électronique (EPS) délivré par le National Health Service (NHS) achèvera donc dans le même temps son déploiement, qui a débuté en mars 2019 et était arrivé, en octobre 2019, à sa quatrième phase pilote.
Ce que le passage à la e-prescription changera pour les patients du NHS
Pour les patients britanniques, le passage à l’ordonnance numérique signifie :
- que la plupart de leurs prescriptions seront désormais traitées électroniquement par leur médecin et leur pharmacien ;
- qu’ils devront désigner à l’EPS la pharmacie où ils souhaitent recevoir les traitements prescrits par voie électronique ;
- que le choix d’une ordonnance papier demeurera possible pour une délivrance de médicaments dans toute pharmacie.
Jo Churchill a par ailleurs déclaré que cet « élément essentiel d’une refonte numérique des prescriptions de tous les patients britanniques (…) permettra d’accroître l’efficacité et le niveau de sécurité des traitements dont ils bénéficieront ».
Avantages attendus de l’ordonnance numérique
Les avantages attendus liés à l’utilisation massive d’ordonnances numériques ont été évalués sur la base des résultats obtenus par les pays ayant déjà adopté ce nouveau mode de prescription et des résultats d’une étude indépendante réalisée en avril 2016 en Angleterre.
Selon ces évaluations, les avantages du déploiement de l’EPS en Angleterre seraient les suivants :
- Une facilitation la communication entre les prescripteurs et les pharmaciens.
La prescription électronique devrait favoriser une bonne coordination entre les équipes médicales et pharmaceutiques. En effet, le partage automatique des données et la possibilité pour le pharmacien de commenter les ordonnances numériques permettent à la fois de faciliter l’analyse pharmaceutique à l’officine et le retour d’informations vers le prescripteur.
De plus, la généralisation de ces ordonnances permettrait de faciliter la visualisation de l’historique des prescriptions de chaque patient et ainsi d’optimiser l’analyse des ordonnances et la pertinence des conseils délivrés par le pharmacien.
- Une diminution de la charge administrative qui pèse sur les professionnels de santé pour augmenter le temps médical ou pharmaceutique disponible.
L’utilisation d’ordonnances numériques est associée à une automatisation de plusieurs tâches administratives liées au recueil et à l’analyse des prescriptions mais surtout à la transmission d’informations au NHS et aux systèmes de mutuelles et d’assurances santé. Cette automatisation de certaines tâches administratives devrait donc permettre une réduction de la charge administrative qui pèse sur les prescripteurs comme sur les pharmaciens.
La gestion des stocks des pharmacies et des flux de patients à l’officine devrait par ailleurs être facilitée par le passage à la prescription numérique.
Il est ainsi attendu que ce système permette de dégager pour les prescripteurs et les pharmaciens plus de temps médical ou pharmaceutique. Ces professionnels pourraient ainsi délivrer des soins, des conseils, une expertise de meilleure qualité à des patients alors plus conciliants.
- Une augmentation le niveau de sécurité des prescriptions.
Le recours à la e-prescription pourrait réduire le nombre d’ordonnances perdues chaque année par les patients.
Les ordonnances numériques devraient par ailleurs apparaître plus lisibles que les ordonnances papier encore souvent manuscrites qui créent des confusions et occasionnent des erreurs de dispensation.
La prescription électronique pourrait par ailleurs améliorer la traçabilité des médicaments délivrés.
- Un meilleur contrôle des dépenses de santé.
Le ministère de la Santé et des Affaires sociales (DHSC) anglais a déclaré que l’EPS pourrait permettre au NHS d’économiser jusqu’à 300 millions de livres (348 M€) d’ici 2021.
Depuis mars 2019, de nombreuses ordonnances ont déjà été transmises par voie numérique (68 % des ordonnances traitées en août 2019) : ces prescriptions électroniques ont déjà permis de réaliser des économies importantes.
- un encouragement du développement de nouveaux usages.
Enfin, la transmission par voie électronique des ordonnances permettrait d’accélérer, en Angleterre, le développement de nouveaux usages liés au numérique tels que la télémédecine et en particulier la téléconsultation pharmaceutique d’urgence.
La prescription électronique en France
Historique de la prescription électronique en France
La prescription électronique est autorisée en France depuis la loi du 13 août 2004.
En juillet 2010, l’ordonnance numérique avait été mentionnée par la ministre de la Santé de l’époque Roselyne Bachelot dans un discours présentant un plan de développement du dossier médical partagé (DMP) : « Seront […] expérimentés le DMP de l’enfant […] ou encore la prescription électronique », affirmait-elle.
En 2012, le Comité de liaison des Institutions ordinales en Santé avait rendu une note d’orientation précisant les enjeux et un cadre pratique de mise en place de la e-prescription.
En 2017, une première expérimentation avait été menée par la Caisse nationale d’Assurance maladie (Cnam).
Aujourd’hui partie intégrante du plan Ma santé 2022, la prescription électronique de médicaments 2D (PEM2D) fait l’objet d’une nouvelle expérimentation visant à confirmer les résultats de la phase test de 2017 et à permettre une généralisation de la e-prescription d’ici 2022.
L’expérimentation de l’Assurance maladie
- Les acteurs de l’expérimentation PEM2D
Dès 2017, le ministère a retenu le projet d’e-prescription de la CNAMTS et des syndicats de médecins et de pharmaciens (FSPF et UPSO).
La première expérimentation a été menée dans 3 départements : le Val de Marne, la Saône et Loire et le Maine et Loire, où 53 médecins et 33 pharmaciens avaient été inclus dans l’étude et équipés de 2 logiciels médecins (Crossway, CLM / groupe Cegedim ou HelloDoc Imagine Editions / Compugroup) ou d’officines (LGPI,Groupe Pharmagest ou Smart RX Agile, SMART RX / groupe Cegedim). La nouvelle expérimentation de 2019 a lieu dans ces mêmes régions pilotes.
- Objectifs des phases d’expérimentation
La première phase d’expérimentation visait en particulier à éprouver entre médecins, pharmaciens et Assurance maladie une première solution de dématérialisation partielle.
Cette solution s’appuyait sur un QR Code 2D imprimé par le médecin sur l’ordonnance remise au patient. Ce QR Code était alors lu par le pharmacien lorsqu’il délivrait l’ordonnance et transmettait les données à l’Assurance maladie sous forme structurée et compressée. Cependant, la lecture des QR Code n’a pas été optimale.
Ainsi, la deuxième phase d’expérimentation lancée au début de l’année 2019 vise à tester une base de données partagée par les médecins et les pharmaciens facilitant la visualisation des ordonnances numériques : il s’agit de passer d’ordonnances semi-électroniques à des prescriptions totalement digitalisées.
Déploiement prévu par Ma Santé 2022 : chronologie
Le schéma suivant, extrait d’une présentation réalisée par l’Assurance maladie en mars 2019 lors de la Journée des métiers de la médecine, de la chirurgie et de l’obstétrique (MCO), résume les prochaines étapes du déploiement de la prescription électronique :
Ce que la prescription électronique pourrait changer en France
Les avantages recherchés par les acteurs français de la santé s’approchent des changements espérés par les décideurs du NHS anglais.
Ces acteurs attendent en particulier que la prescription électronique :
- facilite la communication entre les équipes médicales et officinales ;
- permette de contrôler les dépenses de santé. Plus d’un milliard de feuilles de soins sont traitées chaque année. Or, selon la CNAMTS, le traitement d’une feuille de soins électronique ne coûte que 0,27 € en moyenne, contre 1,74 € pour une feuille de soins papier reçue par la poste. Il en résulterait une économie de 1,5 milliards d’euros par an, hors dépenses informatiques ;
- participe à la lutte contre la fraude (vols d’ordonnanciers, falsifications d’ordonnances, etc.) dont l’ampleur est chaque année constatée par les enquêtes OSIAP (Ordonnances Suspectes, Indicateur d’Abus Possible) ;
- encourage le développement de nouveaux services tels que des centres d’appels spécialisés dans le médicament permettant d’obtenir 24h/24 des informations sur une prescription.
En fait, la prescription électronique apparaît comme une technologie complémentaire au dossier médical électronique et à la télémédecine.
Cependant, des syndicats de médecins tels que le Syndicat de l’Union française pour une médecine libre (UFML-S) enjoignent l’Assurance maladie à ne pas ouvrir une base de données lui appartenant comme support à la e-prescription. En effet, en mars 2018, le syndicat émettait par communiqué une alerte concernant un potentiel conflit d’intérêt : « la PEM2D aux mains de l’Assurance Maladie est la porte ouverte à la médecine protocolisée [guidée] par des intérêts économiques », au non respect du secret médical alors ouvert aux employés de la sécurité sociale, au détriment de la liberté des prescripteurs comme des patients, affirmait en 2018 l’UFML-S.