Le cancer du poumon, première cause de mortalité par cancer
Si le cancer du poumon est le 3e cancer plus fréquent (2e chez l’homme et 3eme chez la femme) en France avec 52 777 nouveaux cas en 2023, il est le plus meurtrier. De plus, son incidence se stabilise chez les hommes, mais il est en forte progression chez les femmes (+4,3% par an depuis 2010).
C’est un cancer le plus souvent de mauvais pronostic car en trop souvent diagnostiqué tardivement du fait de manque de symptômes spécifiques. Il est diagnostiqué en stade IV (survie de 4 % à 5 ans) dans 45 à 55% des cas, avec un taux de survie nette standardisée de 20% à 5 ans.
80 % des cancers du poumon sont attribuables au tabac, premier facteur de risque. D’autres facteurs peuvent être en cause : des expositions professionnelles (l’amiante), le cannabis ou la pollution atmosphérique.
Seul un diagnostic précoce permet une chirurgie curative (actuellement réalisée dans 30% des cas), qui associée aux différentes thérapies améliore fondamentalement le pronostic. De nombreuses thérapies innovantes voient le jour dans ce cancer : immunothérapie, thérapies ciblées, … Le diagnostic précoce, et donc le dépiste, est clé pour augmenter l’impact de ces nouveaux traitements.
Depuis plusieurs années, l’immunothérapie a fait ses preuves sur un grand nombre de cancers aux stades les plus avancés, en étant utilisée seule ou en complément d’autres traitements. La mortalité à deux ans a diminué en France, passant de 74 % en 2010, puis à 52 % en 2020. Grâce aux essais actuels, l’immunothérapie offre la possibilité d’intervenir à des stades précoces et intermédiaires, permettant ainsi de combattre la maladie dès ses premiers stades et d’éviter sa progression vers un stade métastatique. Les perspectives offertes par ce traitement sont donc extrêmement prometteuses.
Le dépistage organisé, un enjeu majeur
Il n’existe pas de dépistage organisé du cancer du poumon en France (la HAS a considéré en 2016 que toutes les conditions pour une mise en œuvre optimale n’étaient pas réunies). Mais en 2022, différentes études internationales ont montré que le dépistage par scanner faible dose de patients à risque conduisait à la réduction de la mortalité. La HAS a donc fait évoluer sa position, et demande à l’INCA de mettre en place un programme pilote pour évaluer et donner accès aux patients à cette modalité. Elle définit également certaines des informations que devraient apporter ce programme pilote et les études à venir, avant d’envisager le déploiement d’un programme de dépistage organisé à large échelle. Les évaluations à conduire devront porter sur :
- des éléments de santé publique (qualité de vie des patients, aspects économiques…) ;
- la sécurité du programme de dépistage ;
- l’acceptabilité de ces programmes de dépistage par la population cible ;
- et les impacts organisationnel et économique d’un dépistage systématique du cancer bronchopulmonaire.
Le protocole du dépistage :
Ce protocole cible des patients à risque (population âgée de 50 à 74 ans ayant fumé de 10 à 15 cigarettes par jour pendant plus de 30 – 25 ans), et préconise chez ces personnes la réalisation de scanners faible dose.
La mise en place d’un dépistage organisé, au-delà de son évaluation et déploiement, pose un certain nombre de questions :
- le ciblage et l’identification des personnes concernées ;
- l’adhésion des personnes à risques ;
- l’identification et le diagnostic des patients non-fumeurs (presque 20% des cas) ;
- la réalisation et l’interprétation des scanners faible dose dans un contexte de pénurie de radiologue ;
- et le développement et l’évaluation d’autres modes de dépistage.
Le numérique (data et IA) : des solutions au service du dépistage
Ciblage des patients à risque :
L’identification des personnes à risque (fumeurs) passe par :
- des campagnes d’information grand public ;
- la formation et l’’implication d’acteurs de ville (pharmaciens, généralistes…) ;
- ainsi que des campagnes personnalisées pouvant utiliser données pour profiler les patients concernés.
Différentes actions sont menées dans ce sens :
Développement d’applications pour que les patients évaluent leur situation et aillent consulter :
Ainsi l’application Smokecheck, développée par 2 médecins du Mans, permet au patient de savoir s’il doit aller consulter : Cette application, à télécharger sur un smartphone, propose un questionnaire d’évaluation en treize questions. Après l’avoir rempli, le patient sait s’il doit consulter un médecin.
Mise en place d’actions ville/hôpital comme Le programme “INTERCEPTION” :
Ce programme pilote de Gustave Roussy, ouvert début 2021, a pour objectif global de démontrer qu’une prise en charge coordonnée ville-hôpital et en grande partie digitale, permettant l’identification et la prise en charge spécifique (sensibilisation, dépistage, prévention, parcours de santé) de personnes à risque augmenté de cancer, peut réduire le risque de cancers graves et la mortalité par cancer à long terme. Une plateforme mise en place en 2024 doit permettre la communication directe entre le patient et le médecin traitant. Cette plateforme permet des rappels automatiques, des échanges de documents et la diffusion d’informations sur le dépistage et la prévention.
L’adhésion des personnes cibles :
La France est un pays où les habitants sont peu sensibles à la prévention et au dépistage. Les campagnes sont actuellement basées sur les mêmes courriers envoyés sans individualisation ou ciblage intelligent des personnes. Une utilisation du numérique, des théories comportementales et de l’IA pour les campagnes de dépistage peut permettre de mieux toucher les personnes et obtenir des campagnes personnalisées plus effectives.
Solutions avec IA pour le dépistage des cancers des non-fumeurs (environ 20% des cas) :
Le cancer du poumon du non-fumeur apparait chez des personnes plus jeunes, sans facteur de risque apparent, présentant des signes cliniques très peu spécifiques. Une IA présentée au RSNA 2023, interprétant des radiologies standards, permet de poser le diagnostic
Disponibilité scanners et radiologues :
Il est difficile d’ajouter actuellement des tâches aux radiologues déjà en sous-effectif. Il est probable que l’utilisation de solutions aide au diagnostic avec IA (exemple Incepto et Aidence, application Veye Chest) aident à résoudre ce problème, en particulier en détectant, mesurant les nodules, et en suivant leur progression.
Les radiologues doivent également résoudre le manque de confiance qu’ils peuvent ressentir face à des solutions incluant de l’IA qu’ils ne maîtrisent pas.
Utiliser données et IA pour développer de nouveaux modes de dépistage :
De nouveaux modes de dépistage sont en développement, moins chers et plus faciles à mettre en œuvre que les scanners faible dose : COV (composés organiques volatils), et biopsie liquide (recherche dans le sang, les urines, la salive, le LCR de biomarqueurs du poumon)
Ainsi le projet DACAPO piloté au sein du CHU de Nice vise à intégrer l’intelligence artificielle et la signature biologique du cancer dans une aide décisionnelle chez les sujets « à risque » de cancer du poumon, qui se sont vu découvrir un nodule parenchymateux de nature indéterminé, et ce dans le but de raccourcir le temps « d’indétermination ». L’objectif est aussi de développer un outil numérique partagé d’aide à la décision médicale destiné au dépistage du cancer pulmonaire. Il s’agit aussi de mesurer le sevrage tabagique chez les fumeurs qui ont entamé le chemin clinique du dépistage et d’évaluer les coûts médico-économique du dépistage en vraie vie
Quel état des lieux au niveau international ?
Aujourd’hui, six pays dans le monde ont mis en place un dépistage organisé pour le cancer du poumon : Canada, Croatie, Japon, Corée du Sud, Etats-Unis, Australie, Royaume-Uni.
En France, le dépistage systématique n’est pas encore effectif. Au niveau Européen, la mise en place d’un dépistage organisé du cancer du poumon n’est effective qu’en Croatie et en Angleterre, illustrant la difficulté de passer à l’implémentation en vie réelle.
Un programme prometteur en Angleterre
« Près de 2 400 cancers ont déjà été détectés grâce au programme de bilan de santé pulmonaire ciblé, dont environ les trois quarts sont détectés aux premiers stades un et deux, où les chances de survie sont beaucoup plus élevées. » annonce NHS en aout 2023.
Le déploiement de cette initiative fait suite au succès de la première phase du programme de dépistage ciblé des problèmes pulmonaires (TLHC) par le NHS England, avec 76 % des cancers du poumon détectés chez les personnes testées à un stade précoce . Le NHS England étendra le programme, en mettant l’accent sur atteindre 40 % de la population éligible d’ici 2025 et prévoit d’atteindre une couverture de 100 % d’ici mars 2030 . Une fois entièrement déployé, il devrait permettre de détecter le cancer chez jusqu’à 9 000 personnes et de réaliser près d’un million de scanners chaque année, tout en garantissant que le traitement puisse être administré plus tôt.
Des études pilotes en cours en France et en Europe
Etude prospective de cohortes CASCADE :
Etude pilote soutenue par l’INCa et le ministère de la Santé, démontre que les femmes, malgré une consommation équivalente de tabac, sont plus susceptibles de développer un cancer du poumon que les hommes. Cette recherche met en avant l’efficacité potentielle d’un logiciel d’intelligence artificielle en complément du radiologue pour la lecture du scanner de dépistage. Ce dépistage personnalisé, ciblant les femmes à risque, fournira des informations essentielles sur les modalités de lecture des scanners avant une large étude pilote en 2024
Projet SOLACE :
Le projet SOLACE (Strengthening the screening of Lung Cancer in Europe) a été lancé officiellement à Vienne le 18 avril 2023. Son objectif est de surmonter les obstacles au dépistage, garantissant ainsi l’accès à toutes les catégories sociales. Durant une période de trois ans, 17 pays européens collaboreront et partageront leur expertise pour atteindre cet objectif.