Les différentes mesures du gouvernement en vigueur visent à aider les personnes handicapées à trouver un emploi et accéder aux soins plus facilement. Elles ambitionnent également d’intégrer Mon espace santé dans les établissements médicosociaux. Le premier ministre Gabriel Attal a également annoncé vouloir supprimer l’Allocation spécifique de solidarité (ASS) qui risque d’avoir un impact sur les personnes en situation de handicap.
Dans cet article, H&TI revient chronologiquement sur les différentes évolutions réglementaires liées au handicap, de la plus récentes au plus anciennes.
Décembre 2023 : favoriser l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap
La loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi prévoit des mesures pour les personnes handicapées dans les articles 10 à 16. Retour sur les changements réglementaires pour les personnes handicapées concernant leur couverture santé ainsi que leurs droits en entreprise (grève, conservation du matériel lors d’un changement d’employeur, instance de dialogue).
Dans l’article L. 344-2-10, les personnes handicapées accueillies dans un Etablissement et service d’accompagnement par le travail (Esat) bénéficient d’une couverture collective à adhésion obligatoire. L’Esat rembourse au minimum 50% de la cotisation, des actes médicaux, des hospitalisations et des soins dentaires. Dans certains cas, les travailleurs peuvent être dispensés de l’adhésion à la mutuelle collective.
Lors d’un changement d’employeur, le travailleur handicapé peut conserver ses équipements, notamment si le nouveau poste présente les mêmes caractéristiques. Une convention entre les deux entreprises peut être établie pour formaliser la conservation des équipements.
Dans l’article L. 344-2-7, les personnes accueillies en Esat ont le droit de grève dans le cadre de leurs activités professionnelles. Les dispositions du code du travail relatives à l’exercice du droit de grève et aux procédures de règlement des conflits collectifs leur sont applicables et similaires aux autres employés.
Dans l’article L. 344-2-8, une instance de dialogue est créée dans chaque Esat. Elle se compose de représentants des personnes handicapées accueillies ainsi que des représentants des salariés. Son rôle est d’émettre des avis et des propositions portant sur la qualité de vie au travail, l’hygiène, la sécurité ainsi que l’évaluation et la prévention des risques professionnels.
Septembre 2023 : un annuaire lancé entre APF France et le Ministère de la Santé
66 % des personnes en situation de handicap ont des difficultés pour accéder à des soins selon une étude faite par l’Ifop pour APF France handicap.
Partant de ce constat, APF France handicap et le ministère de la Santé ont lancé l’annuaire de l’accessibilité des cabinets médicaux et paramédicaux vise à améliorer l’accès à l’information et aux soins des personnes en situation de handicap et à besoin spécifiques (personnes touchées par l’obésité, en perte d’autonomie).
Lancé depuis le 20 septembre 2023, l’outil est en phase d’expérimentation jusqu’au 31 janvier 2024, soutenu par des acteurs du soins comme Malakoff Humanis, Merck, l’Agence régionale de Santé Pays de la Loire et le FNDS – Caisse nationale de l’Assurance Maladie. Réunissant plus de 3 500 professionnels de santé, il regroupe les médecins généralistes et spécialistes, chirurgiens-dentistes, kinésithérapeutes, infirmiers, sage-femmes, podologues, orthophonistes et orthoptistes, où chacun a la possibilité de se référencer dans l’annuaire.
Juillet 2023 : une instruction interministérielle pour implanter Mon espace santé dans les établissements et services médico-sociaux
Une instruction interministérielle du 17 juillet 2023 vise à « accélérer le déploiement de Mon espace santé dans le secteur médicosocial en développant des usages concrets et en priorisant les parcours à mettre en place ». Elle précise pour les Agences régionales de santé (ARS) les conditions d’éligibilité des pilotes et de mise en œuvre de l’expérimentation. Celle-ci concerne tous types d’ESMS « quels que soient leur taille, leur statut juridique et leur type d’activité » étant « en capacité opérationnelle d’alimenter Mon espace santé ».
Les structures concernées doivent être :
- « en cours d’installation d’une solution dossier usager informatisé référencée Ségur » ;
- ou disposer « d’une solution logicielle en capacité d’échanger avec les services socles de Mon espace santé et répondant aux exigences nationales d’interopérabilité et de sécurité ».
Les structures médicosociales, ayant en charge des personnes âgées et/ou en situation de handicap, en établissement ou à domicile, sont souvent confrontées à des parcours de soins complexes. L’outil numérique Mon espace santé est particulièrement adapté pour faciliter la coordination nécessaire des soins entre les différents intervenants.
Mon espace santé, en centralisant tout ce qui a trait à la santé d’une personne, il lui rend accessible toutes les informations le concernant dans son Dossier médical partagé (DMP). Il le rend ainsi davantage acteur de sa santé et simplifie son accompagnement par les aidants. Quant aux professionnels, ils peuvent alimenter et consulter le DMP de leurs patients et échanger avec les usagers grâce à la messagerie Mon espace santé. Ces échanges d’informations facilités optimisent le parcours de santé, évitent des examens redondants et libèrent du temps au profit des patients.
Suite à l’appel à projet national du 1er septembre 2023, 56 établissements ont été sélectionnés pour participer à l’expérimentation. Celle-ci répond à plusieurs objectifs :
- identifier les parcours permettant de déployer des cas d’usages autour de Mon espace santé ;
- identifier les moyens et outils à mettre en place pour informer, sensibiliser les usagers ou leurs aidants et les professionnels à l’utilisation de la solution ;
- contribuer à une réflexion autour de la délégation des aidants.
Une convention sera signée entre l’ARS et chaque ESMS pilote. Elle prévoira les conditions de mise en œuvre de l’expérimentation et son financement. Chaque pilote recevra une somme forfaitaire de 21 000 euros, selon les règles du Fond pour la modernisation et l’investissement en santé (FMIS).
La période effective d’expérimentation commence le 15 février 2024 et s’étendra jusqu’au 15 octobre de cette année. Avant le bilan de fin d’expérimentation, fixé au 15 novembre, un point d’étape aura lieu le 15 juin.
Une potentielle suppression de l’allocation spécifique de solidarité
Lors de son discours de politique générale le 30 janvier 2024 à l’Assemblée nationale, le premier ministre Gabriel Attal a annoncé la suppression de l’allocation spécifique de solidarité (ASS).
Destiné en premier lieu aux personnes ayant fini de toucher leurs droits de chômage, elle inquiète également les personnes handicapées en fin de droits qui pouvaient cumuler l’ASS avec leur Allocation aux adultes handicapées (AAH) jusqu’à fin 2026. Ce ne sera plus le cas si l’ASS est supprimé, ce qui interroge certains acteurs du handicap comme APF France handicap, estimant un impact négatif sur ses allocataires étant « souvent des demandeurs d’emploi de longue durée âgés de plus de 50 ans » pouvant « placer ces personnes dans une situation de précarité aggravée alors que la perspective d’un retour à une activité est quasi inexistante » selon l’association.
APF France handicap demande le maintien du régime dérogatoire pour les allocataires bénéficiant un droit ouvert dans les conditions fixées par la réforme de 2017 ainsi les pensionnées d’invalidité/ASS au vu de leur situation vulnérable sur le marché du travail.
Principales mesures réglementaires sur le handicap depuis 2020
Comité du handicap 2022 / aides techniques : 10 M€ dédiés à l’expérimentation art. 51
Autorisée par un arrêté du 18 février 2021 pour une durée « fixée à 2 ans à compter du 1 juillet 2021, l’expérimentation nationale « article 51 » mise en place pour déployer des équipes locales d’accompagnement sur les aides techniques (Eqlaat) voit son budget passer de 6 M€ à 10 M€ en 2021.
5 Comité interministérielle du handicap (CIH) ont organisés afin de réaliser un suivi précis des actions à mener et de fixer chaque année les priorités et nouvelles perspectives. Le Gouvernement s’est donné dans ce cadre 4 objectifs principaux :
- « investir sur les jeunes générations en situations de handicap » ;
- « simplifier les démarches et renforcer le pouvoir d’agir des personnes en
situation de handicap » ; - « mieux soutenir pour améliorer la vie » ;
- « transformer la société ».
Comité du handicap 2020 : téléconsultations et expérimentations de financement parmi les actions
Un « accompagnement des opérateurs des téléconsultations afin qu’elles soient rendues accessibles à toutes les personnes quel que soit leur handicap » fait partie des nouvelles actions programmées sur les axes « accès aux soins » et « aides techniques », présentées à l’occasion du Comité interministériel du handicap (CIH) le 16 novembre 2020.
Personnes âgées et personnes handicapées (PA-PH) : un SI national dédié aux services de soins infirmiers à domicile (JO)
Créé par un décret du 25 juin 2022, le “système d’information national des soins infirmiers à domicile” permet la détermination des services des soins infirmiers à domicile aux personnes âgées et handicapées et la mise à disposition de ces données aux agences régionales de santé (ARS), en charge de la tarification desdits services ».
Le plan gouvernemental « 100 % santé » :
Déployée depuis le 1 janvier 2021, dans le cadre du plan gouvernemental « 100 % santé », tous les Français bénéficiant d’une complémentaire santé responsable ou de la Complémentaire santé solidaire se voient proposer des soins et un large choix d’équipements en audiologie, optique et dentaire, pris en
charge à 100 %.
L’exécutif prévoit un “grand programme national pour l’innovation technologique” :
« Un grand programme national pour l’innovation technologique au service de la vie quotidienne et de l’autonomie » : c’est l’engagement n° 11 pris pour « l’acte II du quinquennat » en faveur des personnes handicapées, et présenté à l’Élysée le 11 février 2020 dans le cadre de la Conférence nationale du handicap, sous le double patronage d’Emmanuel Macron et de la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, alors Sophie Cluzel.
Création d’une 5ème branche de la Sécurité sociale :
La création d’une 5ème branche de la Sécurité sociale dédiée au financement de la perte d’autonomie des personnes âgées et handicapées est prévue par la loi relative à la dette sociale et à l’autonomie, promulguée le 7 août 2020. Cette 5ème branche vient couvrir les risques de la vie liés à la perte d’autonomie et au handicap. Elle s’ajoutera aux 4 branches existantes (maladie, vieillesse, famille et accidents du travail).





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