Trouver la meilleur voie de passage à l’échelle des solutions numériques déployées avec succès dans certains établissements du groupe : tel est l’objectif de la plateforme Innolab d’Elsan, dédiée à l’innovation. Un “living lab” qui, depuis 2019, aide le groupe à identifier les meilleures solutions qui répondent à ses besoins et de les tester sur le terrain, dans le cadre d’expérimentations menées avec les professionnels de santé. Partenaire de l’édition 2024 du Live Innolab, Health & Tech Intelligence revient sur les principaux enseignements de ces expérimentations réalisées.
Répondre aux besoins des établissements du groupe
Croiser les enjeux des patients et des professionnels de santé :
Le Dr. Myriam Combes, directrice de la stratégie et des relations médicales chez Elsan, souligne l’existence d’un “déséquilibre entre les attentes des patients et notre capacité à y répondre”. D’où la nécessité de “combiner les expériences du patient et du professionnel de santé qui souhaite avoir une bonne qualité de vie”. Cela s’illustre par deux enjeux majeurs :
- un besoin de personnalisation de la prise en charge des patients ;
- et une absolue nécessité de qualité qui ne surcharge pas les professionnels de santé.
Dans ce sens, le digital permet, selon le Dr Combes, de “faire vivre ces deux expériences au sein des établissements d’Elsan.
Le paradoxe du digital en santé :
De son côté, Thomas Daubigny, directeur digital d’Elsan, constate un “paradoxe du digital en santé” : d’un côté, des grands besoins réels à différents niveaux du système de santé, et de l’autre, un retard de la santé en termes d’adoption de solutions numériques par rapport aux autres secteurs économiques. Il identifie ainsi 3 défis à relever :
- la faible tolérance à l’erreur : la santé étant un domaine sensible, les solutions numériques qui y sont déployées doivent avoir un impact concret dès le début ;
- la complexité : notamment des protocoles adoptés dans le soin et des parcours existants ;
- ainsi que l’hétérogénéité : au niveau des systèmes d’information plus particulièrement.
En réponse à ces défis, Thomas Daubigny insiste sur l’importance d’être “au plus proche des irritants” :
- des patients, en leur apportant de la valeur pragmatique, à travers des entretiens autour des solutions à développer ;
- et des établissements, en harmonisant les flux des dossiers patient informatisés (DPI), cette “couche transverse sur tous les établissements”, pour arriver à déployer très vite les solutions des startups partenaires dans l’ensemble des structures du groupe.
Des expérimentations concluantes et des retours d’expérience positifs
Un patient en maîtrise de sa situation :
Parmi les projets déployés dans les établissements d’Elsan et présentés lors du Live Innolab de cette année (pour plus de détails, voir cet article H&TI), le parcours patient unifié “Elsan Care” propose différents services d’accompagnement du patient tout au long de son hospitalisation. A l’origine de ce projet, un besoin de centralisation des applicatifs patients, constaté par les salariés et professionnels de santé du groupe.
La pluralité de ces outils peut, en effet, construire un obstacle à la fluidité des parcours numérique du patient et de son suivi. Ainsi, le principal objectif d’Elsan Care est de “développer le lien avec les patients, et le digital y joue un rôle important”. Il s’agit d’une approche centrée sur le patient, “en fonction des parcours, coconstruite avec les équipes du groupe venant de différents établissements”. Les professionnels de santé du groupe rapportent apprécier la simplicité de la plateforme et ses avantages :
- sur le plan administratif : dans les établissements Elsan des Hauts-de-France, par exemple, “les salles d’attente sont peu bondées, les hôtesses d’accueil se sentent plus à l’aise et le travail est plus fluide” ;
- et sur le plan de la prise en charge : les parcours sont plus personnalisés à chaque patient, avec des consignes et des explications plus pertinentes.
Accélérer le virage ambulatoire :
Dans son expérimentation de nouvelles approches combinant le numérique et le physique, le groupe Elsan cultive l’ambition de renforcer la prise en charge en ambulatoire de ses patients. Ceci en allant vers des solutions qui permettent de suivre ces derniers à domicile après leur sortie et de maintenir le contact avec eux, notamment dans le cadre d’une chimiothérapie. Le choix d’Elsan s’est porté sur la solution de Resilience, solution remboursée sous nom de marque, pour une télésurveillance des patients sous chimiothérapie qui ont des besoins médicaux spécifiques, notamment :
- la gestion des effets secondaires ;
- la planification et le rappel des séances de chimiothérapies ;
- et l’atténuation des répercussions des traitements sur leur quotidien et leur vision d’avenir…
La télésurveillance permet de dépister les effets secondaires à travers des questionnaires. Et, pour y répondre, les équipes d’Elsan effectuent des appels téléphoniques ou organisent des consultations anticipées. Cette stratégie, qui implique une approche pluridisciplinaire (les professionnels paramédicaux y jouent un rôle important), a un impact organisationnel qui a nécessité une adaptation au sein du groupe :
- des arbres décisionnels ont été créés pour la gestion des alertes (effets secondaires) ;
- l’alerte est traitée selon le dossier du patient ;
- un appel est le plus souvent nécessaire pour étayer l’alerte ;
- enfin, les arbres décisionnels sont utilisés pour adapter la prise en charge du patient au cas par cas.
Une transition numérique dans la HAD :
En réponse à des besoins médicaux complexes de l’hospitalisation à domicile (HAD), en particulier dans les zones rurales, Elsan s’est lance dans la digitalisation de ses services, en partenariat avec Equasens, avec des outils tels que Domilink et PandaLab Pro.
Les retours du terrain venant des établissements où ces solutions ont été déployées sont très positifs :
- une forte utilisation quotidienne, avec en moyenne 3 000 utilisateurs par jour et 80 000 messages envoyés chaque mois ;
- une amélioration notable de la communication et de la coordination entre les professionnels de santé ;
- une augmentation de l’efficacité et de la rapidité des interventions ;
- en moins d’un an, “la file active des patients a doublé”, témoignant d’un gain d’efficacité et de rapidité.
Pour l’avenir, le groupe envisage de mettre l’accent sur le développement de nouvelles solutions technologiques qui aideront à accompagner les patients dans les aspects sociaux et d’isolement lors du retour à domicile.
Une baisse de 10 % de la consommation d’électricité grâce au digital
Le suivi énergétique est un sujet nouveau pour les établissements, avec des enjeux majeurs tels que:
- la réduction de l’empreinte carbone ;
- la conformité aux réglementations telles que le décret tertiaire visant à réduire la consommation énergétique de 40 % d’ici 2030 ;
- la réduction des coûts de l’énergie ;
- l’amélioration du confort des patients…
Selon Cyrille Lemoine, DG Eveler, pour relever ces défis, une meilleure maîtrise du digital est nécessaire, avec la mise en place de l’Internet des objets (IoT) pour surveiller et réguler la consommation. Cependant, l’aspect humain reste essentiel pour accompagner cette transition numérique.
Premiers résultats :
Les résultats concrets enregistrés par Elsan depuis le déploiement de l’outil d’Eveler, montrent des diminutions significatives de la consommation énergétique :
- une réduction de 13 % de la consommation d’électricité et de gaz ;
- 7 % d’économie d’eau dans un établissement sur une année ;
- à l’échelle du groupe, une baisse de 10 % de la consommation d’électricité, avec une réduction de 13 % au cours des deux premiers mois de l’année 2024.
Etendre les usages du numérique et industrialiser les démarches réussies
Pour la direction d’Elsan, ses équipes et ses partenaires, digitalisation ne signifie pas déshumanisation. L’humain reste “au cœur du processus, avec l’outil numérique venant en soutien”. Qui plus est, la direction du groupe constate que “les soignants ne sont pas résistants au changement, mais seulement au mauvais changement”. Avec ces premiers résultats positifs obtenus par les innovations mises en place et la satisfaction de leurs utilisateurs, la suite pour Elsan est de prolonger l’expérience et de la développer dans ses autres établissements. Son objectif est maintenant clair : industrialiser cette démarche et l’étendre à d’autres volets de l’administration ou de la prise en charge des patients.
Une mise à l’échelle en 3 étapes :
- une étape de préparation à l’industrialisation : une proximité du terrain qui commence dès l’analyse des solutions repérées pour pouvoir les tester grandeur nature, en définissant les organisations “qui peuvent déployer et bénéficier le mieux de la valeur ajoutée de la solution” ;
- une étape de construction des partenariats dans la durée : avec les éditeurs des solutions les plus pertinentes ;
- et une étape de mise à l’échelle : une collaboration avec toutes les parties prenantes de l’écosystème nécessaire pour réussir la mise à l’échelle sur différents sujets importants, comme celui du parcours de soins.
L’importance de l’innovation partenariale :
“L’innovation est une invention qui rencontre ses usages, son marché”, souligne Dorothée Moisy-Gouarin, directrice Innovation chez Elsan. Avec son équipe, elle a pour mission d’”identifier les cas d’usage qui vont avoir de l’impact” parce que “le digital est une valeur ajoutée à toutes les pratiques au sein du groupe”. Selon elle, le prisme d’Elsan au sujet de l’innovation se décline en 2 grands principes : l’importance de l’innovation partenariale et le choix d’une innovation à impact réel, “pas seulement marketing”, conclut-elle.