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  • FDA : 11 % des thérapies numériques autorisées entre 2019 et 2022 n’avaient aucune donnée publique disponible avant leur mise sur le marché

    Une cartographie des preuves disponibles avant et après l’autorisation

    Les thérapies numériques occupent une place croissante dans les stratégies de prise en charge, notamment en santé mentale, en addictologie ou dans les maladies chroniques. Mais les standards de preuve mobilisés pour leur évaluation restent variables selon les produits, les indications et les voies réglementaires utilisées.

    Dans une étude publiée dans npj Digital Medicine, des chercheurs ont voulu documenter l’ensemble des preuves scientifiques disponibles pour les DTx autorisés par la FDA entre 2019 et 2022.

    Ils ont identifié 45 DTx autorisés durant cette période puis recensé toutes les études associées à ces produits, depuis les travaux de développement jusqu’aux études post-commercialisation.

    Les publications ont été classées en quatre catégories : études pilotes, essais randomisés pivots, études de vie réelle (real-world evidence) et travaux portant sur des extensions d’indication ou des modifications produit.

    436 études identifiées, mais des niveaux de preuve très variables

    Au total, les auteurs ont recensé 436 études, soit une médiane de sept études par DTx, avec des écarts très importants selon les produits, de zéro à 73 études. Les travaux couvrent plus de vingt ans, entre 2001 et aujourd’hui.

    L’analyse met en évidence une forte hétérogénéité des dossiers scientifiques :

    • 31,1 % des DTx disposaient d’un ensemble complet de preuves incluant études de développement, essai pivot et données post-market ;
    • 46,7 % reposaient sur un essai randomisé pivot ;
    • 11,1 % ne disposaient d’aucune donnée publique identifiable.

    Les auteurs montrent également que, pour 13,3 % des DTx, plus de dix ans séparaient le début des études (ou leur publication) de l’autorisation réglementaire.

    Autre constat : plus de la moitié des produits étudiés (53,3 %) ne disposaient d’aucun résultat accessible publiquement avant leur autorisation par la FDA.

    Des temporalités et stratégies d’évaluation hétérogènes

    Selon les auteurs, ces écarts reflètent la diversité des produits numériques eux-mêmes : niveau de risque variable, évolutions logicielles fréquentes, modèles économiques différents et cadres réglementaires encore en construction.

    L’étude souligne aussi les difficultés propres aux DTx pour produire des preuves cliniques comparables à celles attendues pour les médicaments ou certains dispositifs médicaux classiques. Les cycles de développement rapides et les mises à jour régulières des produits compliquent notamment la conduite d’essais longs.

    Les auteurs ne remettent pas en cause l’intérêt des DTx, mais interrogent la transparence et la disponibilité des données scientifiques mobilisées pour leur autorisation et leur diffusion clinique.

    Un appel à davantage de transparence et à des standards adaptés au risque

    L’équipe estime que certains DTx sont arrivés sur le marché avec des données limitées, voire absentes dans l’espace public, ce qui peut compliquer l’évaluation par les cliniciens, les payeurs et les autorités de santé. Les chercheurs appellent donc à :

    • une diffusion plus rapide et plus transparente des résultats d’études ;
    • des standards de preuve plus cohérents ;
    • des exigences proportionnées au niveau de risque des DTx concernés.

    Ils soulignent également l’importance des données de vie réelle pour suivre les performances de ces solutions après leur mise sur le marché.

    Amyx M, Alebouyeh F, Phi NTT, Ravaud P, Tran VT. Mapping the evidence supporting FDA-authorized digital therapeutics, before and after authorization. npj Digital Medicine. 2026. doi:10.1038/s41746-026-02737-9.

  • IA en entreprise : 80 % des organisations sans ROI mesuré

    La France se classe au deuxième rang européen de la maturité IA déclarée, à 36 %, selon l’Enterprise AI Adoption Impact Index publié par Infor en avril. L’étude, menée par YouGov auprès de 1 000 décideurs dans cinq secteurs et quatre pays, place la France derrière l’Allemagne (38 %), mais devant le Royaume-Uni (27 %) et les États-Unis (21 %).

    Cette position contraste avec l’état réel des déploiements, car 49 % des organisations françaises plafonnent au stade pilote, sont en pause ou n’ont pas démarré. Plus de 80 % ne mesurent aucun impact financier tangible de leur IA. Pour les budgets IA 2026, l’absence de mesure du ROI devient donc un risque d’allocation.

    Un ROI peu mesuré

    Dans l’étude Infor, les premiers freins déclarés sont la sécurité, la souveraineté et la conformité (36 %), devant le manque de talents internes (25 %) et le ROI flou (23 %).

    Les usages déployés restent concentrés sur le résumé, la traduction et la génération de contenu. Les cas à valeur métier, comme la prévision des ventes ou la planification des stocks, restent moins fréquents.

    Selon un rapport Deloitte AI ROI d’octobre 2025, fondé sur 1 800 experts dans quatorze pays, le retour satisfaisant d’un cas d’usage IA typique se matérialise en deux à quatre ans, contre sept à douze mois pour un investissement IT. Seuls 6 % des répondants déclarent un retour en moins d’un an. Sur l’IA agentique, 10 % seulement signalent un ROI significatif.

    La productivité réelle reste aussi limitée par la supervision humaine, car :

    49 % des résultats générés par l’IA nécessitent une revue par un expert métier.

    Des fournisseurs français bien positionnés

    Dust représenterait 61 % des dépenses IA suivies en France sur la plateforme, devant OpenAI (26 %) et Anthropic (11 %). Dust revendiquait 6 millions d’euros d’ARR en 2025. Côté PME, Bpifrance Conseil et Siparex indiquent que la part des entreprises ayant engagé un projet IA est passée de 15 % à 55 % en deux ans.

    Pour les comités d’investissement, la priorité est désormais de conditionner tout renouvellement de pilote à un chiffrage en euros de la valeur attendue, avec une clause d’arrêt automatique au-delà de 18 mois sans résultat mesuré.

  • Wellpharma déploie un outil de coordination pour les patients et les officines

    L’outil permet aux patients de préparer leurs démarches depuis leur domicile et de garder un contact personnalisé avec le pharmacien.

    Face à la progression attendue des maladies chroniques en France (le diabète pourrait progresser de 32 % sur la période 2035) Wellpharma met en avant son application mobile comme un outil de suivi pour les patients, et d’organisation pour les officines.

    L’application permet aux patients de prendre rendez-vous avec leur pharmacien, notamment pour les nouvelles missions officinales comme la vaccination ou le bilan partagé de médication (ce dernier, pris en charge par l’Assurance maladie, concerne notamment les patients de plus de 65 ans).

    Le patient peut préparer son entretien en amont. Le pharmacien peut ensuite identifier des risques d’interactions, des doublons de médicaments ou des effets indésirables.

    Ordonnances, posologies et carnet vaccinal

    Wellpharma permet aussi l’envoi des ordonnances directement dans le logiciel de gestion de l’officine avant le passage en pharmacie. L’application propose le suivi des traitements avec les posologies renseignées automatiquement, un carnet de vaccination digital et la gestion de l’armoire à pharmacie.

    D’ici 2035, 43 % de la population française (30 millions de personnes) pourrait vivre avec une maladie chronique.

  • Étude : une IA de Google et Harvard accélère la création de logiciels de recherche (Nature)

    Baptisé ERA, l’outil a généré plusieurs modèles surpassant des approches conçues par des experts humains, notamment pour prévoir les hospitalisations liées au COVID-19 ou analyser des données biologiques complexes.

    Le développement de logiciels spécialisés est devenu indispensable dans de nombreux domaines scientifiques, de la modélisation biologique à la prévision d’épidémies. Mais ces programmes, souvent conçus sur mesure, demandent un long travail d’essais et d’ajustements avant d’atteindre des performances suffisantes. Les chercheurs doivent tester différentes méthodes, modifier des algorithmes, comparer les résultats puis recommencer parfois pendant des semaines ou des mois.

    Automatiser les essais-erreurs dans la recherche scientifique

    C’est pourquoi une équipe de Harvard John A. Paulson School of Engineering and Applied Sciences et de Google DeepMind ont cherché à automatiser cette phase d’exploration et d’optimisation. Les chercheurs ont développé un système baptisé ERA. Son objectif : générer, tester puis améliorer automatiquement des milliers de versions d’un même programme. Le but est d’identifier les approches les plus efficaces pour une tâche scientifique donnée.

    Concrètement, les chercheurs ont utilisé un modèle d’IA de la famille Gemini associé à une méthode dite de « recherche arborescente ». Cette technique permet à l’IA d’explorer un très grand nombre de possibilités puis de sélectionner progressivement les plus prometteuses.

    Le système recevait d’abord un programme initial déjà capable de réaliser une tâche scientifique. L’IA essayait ensuite automatiquement différentes modifications pour améliorer ses résultats. Elle pouvait par exemple changer des algorithmes, ajouter de nouveaux composants ou modifier certains paramètres. Chaque nouvelle version du programme était ensuite testée puis évaluée à partir d’un score défini à l’avance, comme la précision d’une prévision ou la qualité d’une modélisation biologique. Les versions les plus performantes étaient conservées puis retravaillées, tandis que les moins efficaces étaient abandonnées.

    Les chercheurs ont testé ERA sur plusieurs problèmes scientifiques, notamment la prévision des hospitalisations liées au COVID-19, la modélisation de l’activité neuronale chez le poisson-zèbre et l’analyse de données de séquençage ARN unicellulaire.

    Les résultats de leur étude ont été publiés le 20 mai dans Nature.

    Résultats : une exploration accélérée des solutions algorithmiques

    • ERA a généré 14 modèles de prévision des hospitalisations liées au COVID-19 plus performants que ceux utilisés pendant la pandémie par les U.S. Centers for Disease Control and Prevention.
    • 4 nouvelles méthodes d’intégration de données de séquençage ARN unicellulaire surpassant des approches conçues par des experts humains ont été identifiées.
    • ERA a permis de modéliser l’activité de plus de 70 000 neurones chez le poisson-zèbre à partir de données neuronales réelles.
    • Des milliers de variantes de programmes scientifiques ont pu être explorés et optimisés en quelques heures ou quelques jours, contre plusieurs semaines ou mois habituellement.

    Pour les auteurs de l’étude, ERA pourrait transformer la phase d’essais et d’optimisation des logiciels scientifiques. « Ce nouveau système va accélérer les découvertes scientifiques en permettant d’explorer beaucoup d’idées en même temps », explique Qian-Ze Zhu, l’un des chercheurs. « Auparavant, il fallait parfois une semaine pour mettre en œuvre certaines méthodes spécifiques. Désormais, il est possible d’en tester plusieurs en parallèle en quelques heures. » Ce type d’approche pourrait notamment accélérer le développement de modèles utilisés en biologie computationnelle, en épidémiologie ou encore en analyse de données biomédicales.

    Une IA prometteuse mais sur des tâches très cadrées

    Les auteurs restent toutefois prudents sur la portée du système. ERA dépend entièrement des objectifs fixés par les chercheurs et des critères utilisés pour évaluer les résultats. Le système optimise avant tout des tâches très cadrées et facilement mesurables. « Cette capacité à intégrer et recombiner des idées de recherche permet au système de trouver des solutions “aiguille dans une botte de foin” que les chercheurs humains n’auraient peut-être jamais eu le temps de tester », estime Michael Brenner, le dernier auteur.

    Reste à savoir dans quelle mesure ces performances pourront être reproduites dans des situations de recherche plus complexes et moins standardisées. Dans la pratique, de nombreux problèmes biomédicaux reposent sur des données incomplètes, des objectifs parfois difficiles à définir ou plusieurs critères contradictoires. Optimiser un score ne garantit pas non plus que le modèle obtenu soit le plus robuste, le plus interprétable ou le plus utile dans des conditions réelles.

    * An AI system to help scientists write expert-level empirical software.

    Aygün, E., Belyaeva, A., Comanici, G. et al.

    Nature (2026). https://www.nature.com/articles/s41586-026-10658-6

     

  • Grand âge : les CRT plaident pour une coordination territoriale appuyée sur la télémédecine et les relais de proximité (Santexpo 2026)

    Les échanges ont réuni notamment le professeur Pascal Staccini, PU-PH Santé numérique et IA au Centre Hospitalier Universitaire de Nice, ainsi que Stéphan Haaz, directeur général de Catel Accompagnement. Sonia Boulay, chargée de projet de la Fédération des CRT, est également intervenue pour présenter le rôle des centres de ressources territoriaux dans l’organisation des parcours gériatriques.

    « Il ne s’agit plus de prouver aujourd’hui mais de construire »

    La population âgée dépendante va fortement progresser dans les prochaines années, avec des situations médicales plus complexes à prendre en charge. Les établissements médico-sociaux doivent composer avec des difficultés : pénurie de professionnels, turnover élevé, hétérogénéité des organisations territoriales et contraintes économiques importantes. Selon les intervenants, près des trois quarts des EHPAD sont aujourd’hui en difficulté financière.

    À ces fragilités s’ajoute une maturité numérique très variable selon les structures. Certaines disposent déjà d’outils avancés de coordination et de télémédecine ; d’autres restent peu numérisées, voire dépourvues d’infrastructures adaptées. Les intervenants évoquent une « dette technologique » qui complique la diffusion homogène des usages numériques sur les territoires.

    Les CRT en position d’intermédiaires territoriaux

    Créée il y a un peu plus d’un an, la Fédération des CRT fédère aujourd’hui environ 300 centres de ressources territoriaux, avec un objectif affiché de 500 structures à terme. Ces dispositifs sont appelés à jouer un rôle de coordination entre domicile, EHPAD, acteurs sanitaires et médico-sociaux.

    Pour Sonia Boulay (chargée de mission à la Fédération des Centres de Ressources Territoriaux), le numérique devient progressivement indissociable des missions de coordination confiées à ces structures. L’évolution attendue du cahier des charges des CRT, annoncée pour septembre 2026, devrait renforcer cette dimension.

    Les intervenants insistent toutefois sur un point : le sujet n’est plus la technologie elle-même, mais l’organisation des parcours. L’objectif consiste à structurer des coopérations territoriales capables de mobiliser rapidement les expertises médicales nécessaires autour des situations complexes rencontrées.

    Une coordination encore fragmentée

    Le professeur Pascal Staccini souligne les limites actuelles des systèmes d’information dans les parcours gériatriques. Selon lui, chaque résident arrive en EHPAD avec son propre historique médical, ses traitements, ses professionnels référents et ses outils de suivi, sans véritable continuité organisationnelle entre les systèmes utilisés en ville, à l’hôpital et dans le médico-social.

    Cette fragmentation complique le travail des médecins coordonnateurs et des équipes soignantes, notamment dans des établissements confrontés à des effectifs réduits. Les participants rappellent également que les transferts vers l’hôpital peuvent représenter des facteurs de déstabilisation importants pour les personnes âgées dépendantes. Dans cette perspective, les outils de téléconsultation et les organisations territoriales qui permettent de maintenir la personne sur son lieu de vie apparaissent comme des leviers de prévention des ruptures de parcours.

    Le numérique comme support d’une organisation territoriale

    « On doit tenir compte que le niveau de maturité des acteurs peut être très varié. »

    Les échanges ont mis en avant la nécessité de construire des dispositifs territoriaux capables d’articuler expertise médicale, logistique et coordination opérationnelle. Le modèle présenté repose sur plusieurs niveaux :

    • Un recensement territorial des expertises disponibles.
    • Des structures intermédiaires chargées de l’organisation opérationnelle.
    • Des professionnels relais de proximité, notamment infirmiers, IPA ou paramédicaux.
    • Un recours à la télémédecine lorsque l’expertise locale n’est pas disponible.

    Les CRT sont identifiés comme des acteurs susceptibles d’assurer cette fonction de pivot territorial.

    Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de capitaliser les retours d’expérience, y compris les échecs de déploiement, afin d’éviter une multiplication de projets isolés difficilement reproductibles d’un territoire à l’autre.

    Au-delà des infrastructures, plusieurs besoins ont été identifiés : formation des professionnels, acculturation au numérique, clarification réglementaire autour des délégations de tâches et élaboration de recommandations de bonnes pratiques.

    La session « Du domicile à l’EHPAD, le développement des usages e-santé au service des personnes âgées en perte d’autonomie et des professionnels de santé : quelles stratégies et organisations à déployer pour généraliser les bonnes pratiques identifiées ? » s’est tenue le 21 mai 2026 à SantéExpo.

  • Santé des soignants : le gouvernement lance un portail national, un numéro d’appel et un label pour les établissements engagés

    Un plan de prévention après plusieurs mois de concertation

    Le gouvernement a dévoilé, ce vendredi 22 mai, une première série de treize mesures destinées à améliorer la santé physique et mentale des professionnels de santé. Ce plan fait suite à un an de travaux réunissant ministère de la Santé, administrations, ordres professionnels, syndicats et représentants étudiants.

    Pour ce faire, l’exécutif s’appuie sur plusieurs indicateurs. Selon une étude réalisée en 2023, 46 % des soignants déclarent être tombés malades au cours des trois derniers mois, contre 27 % pour l’ensemble des salariés. Plus d’un professionnel sur deux rapporte un épisode d’épuisement professionnel, tandis que 29 % se disent en mauvaise santé mentale et 60 % souffrent de douleurs chroniques.

    D’autres données citées par le gouvernement montrent également une consommation plus fréquente d’alcool, de cannabis ou d’anxiolytiques parmi les soignants.

    Un portail national et un numéro d’appel

    Le ministère de la Santé prévoit la création d’un portail commun d’information accompagné d’un numéro d’appel gratuit. L’objectif est de centraliser les dispositifs d’accompagnement déjà existants, aujourd’hui dispersés entre établissements, territoires et acteurs institutionnels. Cette plateforme doit également référencer les initiatives locales, les dispositifs de soutien psychologique et les formations disponibles pour les professionnels de santé.

    Le gouvernement affirme vouloir renforcer la confidentialité des démarches de soins engagées par les soignants, notamment grâce à l’anonymisation des données de santé.

    Un label pour identifier les établissements engagés

    Parmi les mesures annoncées figure aussi la création d’un label national destiné aux structures de santé engagées dans la prévention et la santé au travail de leurs équipes.

    Ce label doit permettre aux médecins, infirmiers ou aides-soignants d’identifier les établissements investissant dans ces politiques lorsqu’ils recherchent un employeur.

    Le gouvernement souhaite également encourager la mise en place de « minutes de prévention » dans les établissements de santé. Ces temps courts de sensibilisation doivent favoriser l’adoption de réflexes simples liés à l’hydratation, au sommeil, aux pauses ou à la prévention des gestes à risque. Ces dispositifs ne seront pas obligatoires.

    Formation, recherche et suivi statistique

    Le plan prévoit aussi l’intégration d’un nouveau module intitulé « être acteur de sa propre santé » dans la formation initiale et continue des professionnels de santé.

    Un appel à projets de recherche sera lancé afin de mieux documenter les problématiques de santé des soignants. En parallèle, la Drees sera chargée de produire des bilans réguliers afin de disposer de données actualisées sur l’état de santé des professionnels du soin.

    Le gouvernement indique vouloir poursuivre les travaux sur plusieurs thématiques identifiées comme prioritaires, comme la parentalité, les conduites addictives et l’alimentation.

    Des mesures centrées sur les comportements individuels

    À ce stade, les annonces gouvernementales restent principalement orientées vers la prévention individuelle, les bonnes pratiques et la sensibilisation. Les questions liées à la charge de travail, aux effectifs ou à l’organisation des soins ne figurent pas dans cette première phase du plan.

  • États-Unis : l’IA ne suffira pas à compenser la pénurie médicale sans simplification administrative

    Dans une tribune, le médecin américain défend l’idée suivante : la crise des soins aux États-Unis relève moins d’un manque de médecins que d’un système difficilement capable de mobiliser efficacement ceux qui existent déjà. Un constat qui devrait modifier la manière dont l’IA est déployée dans le système de santé.

    Une IA orientée vers le mauvais problème

    Les débats sur l’IA en santé s’inscrivent dans un contexte de pénurie médicale. Les outils de documentation automatisée, de triage ou d’assistance clinique sont souvent présentés comme une réponse au déficit de professionnels. Le Dr Ayoub estime toutefois que ce diagnostic est incomplet. Selon lui, les États-Unis disposent déjà d’un nombre important de médecins formés et qualifiés, mais les obstacles administratifs ralentissent leur capacité à exercer, changer d’établissement, prendre des vacations supplémentaires ou participer à des activités de télésanté.

    Dans cette perspective, l’enjeu pour l’IA ne serait donc pas seulement d’augmenter la productivité clinique, mais de fluidifier l’organisation du travail médical.

    Le credentialing au cœur des frictions

    L’auteur s’appuie notamment sur une enquête Deloitte dans laquelle 64 % des médecins identifient le credentialing (processus de vérification des qualifications d’un professionnel de santé avant qu’il puisse exercer dans un établissement ou être remboursé par un assureur) parmi les principaux processus à améliorer, aux côtés des autorisations préalables et des échanges avec les pharmaciens.

    Il cite également des données McKinsey selon lesquelles 35 % des médecins envisagent de quitter leur poste dans les cinq prochaines années, dont près de 60 % pour sortir complètement de la pratique clinique.

    Pour le docteur, ces chiffres traduisent moins une insuffisance de formation qu’un épuisement lié aux contraintes administratives. L’IA pourrait avoir davantage d’impact si elle ciblait les workflows organisationnels plutôt que la seule assistance médicale.

    L’automatisation administrative comme piste prioritaire

    L’auteur souligne aussi qu’entre 40 et 50 % des médecins exerceraient une activité complémentaire en dehors de leur poste principal. Un signal qui montre qu’une capacité médicale existe déjà mais reste sous-utilisée.

    Cette lecture rejoint une partie des travaux récents sur les IA dites “scribes”, conçues pour automatiser la documentation clinique. Une étude publiée en janvier 2026 dans Health and Technology montre que ces outils réduisent la charge administrative et améliorent la qualité des notes médicales, mais qu’ils soulèvent aussi des inquiétudes sur les erreurs, la confidentialité des données et la responsabilité médico-légale.

    Les chercheurs y soulignent que ces technologies ne pourront être déployées massivement sans règles explicites.

    Au-delà de la question des outils, la tribune met en lumière un débat plus large sur la place de l’IA dans les systèmes de santé. Pour le Dr Ayoub, la technologie ne suffira pas à résoudre les tensions d’accès aux soins si les structures administratives continuent à ralentir la circulation des professionnels dans le système.

    Autrement dit, l’efficacité de l’IA dépendra moins de sa sophistication algorithmique que de sa capacité à supprimer les frictions qui éloignent aujourd’hui les médecins du soin.

     

  • L’Asinhpa appelle à consacrer 3 % du budget des établissements au numérique en santé

    Un manifeste centré sur la souveraineté

    Le 18 mai, l’Asinhpa a publié un manifeste intitulé « Faire du numérique souverain un levier stratégique pour l’avenir de notre système de santé», dans lequel la fédération défend une transformation numérique fondée sur trois principes : l’éthique, la souveraineté et l’usage.

    Le document dresse un constat de fragilité du système de santé français, vieillissement de la population, progression des maladies chroniques, tensions sur les effectifs médicaux, etc.

    Près de 20 millions de personnes vivaient avec une maladie chronique en 2024 et plus de 11 millions relevaient d’une affection de longue durée. Les ALD représentent environ 60 % des dépenses de l’Assurance maladie.

    L’Asinhpa rappelle que six Français sur dix ont déjà renoncé à un soin au cours des cinq dernières années, principalement en raison de délais trop longs ou de l’éloignement géographique.

    Un numérique « sous-exploité »

    Le manifeste estime que les investissements restent insuffisants. Seuls 1,7 % du budget hospitalier seraient aujourd’hui consacrés au numérique, alors que 19 % des postes de travail ont plus de sept ans et que 28 % des serveurs sont considérés comme obsolètes.

    L’Asinhpa pointe aussi le cloisonnement des systèmes d’information et la faible interopérabilité entre acteurs de santé, qui limitent l’exploitation des données à des fins de prévention, de coordination des parcours et de pilotage des politiques publiques. À cela s’ajoute une dépendance aux technologies extra-européennes.

    Les acteurs américains détiennent près de 70 % du marché européen du cloud.

    Dans ce contexte, la fédération appelle à considérer les données de santé comme une « infrastructure stratégique » et propose de systématiser les standards d’interopérabilité dans la commande publique hospitalière.

    Conditionner les financements à des indicateurs d’impact

    Parmi les recommandations avancées, l’Asinhpa souhaite que les financements publics soient conditionnés à des objectifs mesurables de retour sur investissement et à des critères harmonisés d’évaluation des projets numériques. La fédération demande également la mise en place de financements pérennes couvrant l’ensemble du cycle de vie des projets, de la R&D jusqu’au déploiement à grande échelle. Elle propose notamment :

    • Des forfaits d’amorçage pour les projets numériques.
    • Une enveloppe budgétaire sanctuarisée consacrée au numérique dans les établissements.
    • Un objectif minimal de 3 % du budget hospitalier alloué chaque année au numérique, avec une priorité donnée à la cybersécurité, à la maintenance et à l’interopérabilité.

    Le manifeste recommande un état des lieux annuel des investissements numériques et de l’état des systèmes d’information des établissements.

    Une mission IGAS pour clarifier la gouvernance ?

    Sur le volet gouvernance, l’Asinhpa estime que l’organisation actuelle du numérique en santé reste insuffisamment lisible malgré le rôle de la Délégation au numérique en santé et de l’Agence du numérique en santé.

    La fédération propose de diligenter une mission de l’Inspection générale des affaires sociales afin de clarifier les rôles des différents acteurs publics intervenant dans la gouvernance du numérique en santé. Elle recommande également une gouvernance territoriale dédiée aux données de santé, une structuration nationale et régionale de la gouvernance de l’intelligence artificielle, et des mécanismes de supervision humaine, d’audit et de traçabilité des systèmes d’IA.

    L’Asinhpa veut imposer plus de transparence sur les modèles économiques des IA médicales

    Le manifeste consacre un volet entier à l’IA. L’Asinhpa soutient l’intégration de solutions d’IA « labellisées en Garantie Humaine » et appelle à développer des dispositifs de supervision conformes à l’AI Act européen. La fédération souhaite aussi :

    • Créer un label européen de « souveraineté numérique en santé ».
    • Renforcer l’encadrement des IA génératives utilisées par les professionnels et les patients.
    • Imposer davantage de transparence sur les modèles économiques des outils d’IA.
    • Développer des corpus médicaux nationaux afin d’éviter l’importation de standards cliniques étrangers.

    L’Asinhpa alerte sur le développement d’usages de « shadow AI » dans les établissements de santé, c’est-à-dire le recours spontané à des outils d’IA générative grand public en dehors des logiciels certifiés.

    Enfin, le manifeste insiste sur les enjeux d’appropriation des outils numériques par les professionnels et les citoyens. L’association préconise des parcours certifiants en IA, cybersécurité et supervision humaine, ainsi que des dispositifs de sensibilisation intégrés aux appels à projets.

  • « Les enjeux de conformité deviennent aussi des enjeux business » : à SantExpo, Dipeeo appelle à intégrer la conformité dès la conception des IA

    « Le problème quand on ne réfléchit pas à la conformité en amont, c’est qu’on développe parfois des usages qu’on ne pourra finalement pas déployer. » 

    Selon François Lemarié (Dipeeo), les questions réglementaires doivent être intégrées dès les premières phases de design des projets d’IA. Les équipes doivent réfléchir en amont aux cas d’usage, aux données exploitées et aux risques associés afin d’éviter de développer des fonctionnalités impossibles à déployer par la suite.

    Cette logique de « privacy by design » vise à limiter les situations où certaines données se révèlent finalement incompatibles avec le cadre réglementaire. Les premières phases de test reposent souvent sur des données factices ou des usages internes avant toute ouverture plus large.

    Environ 80 % des risques liés à l’IA sont déjà couverts par le RGPD

    Un cadre réglementaire déjà structuré

    François Lemarié a rappelé que la majorité des problématiques liées à l’IA sont déjà couvertes par le RGPD. Les principaux risques concernent l’utilisation de données personnelles susceptibles d’affecter les droits et libertés des individus. Les obligations classiques restent donc centrales, registre des traitements, information des utilisateurs, accès aux droits des personnes et sécurisation des infrastructures.

    Le niveau de sécurité attendu dépend du niveau de risque de l’outil et des données manipulées. Hébergement, gestion des habilitations, stockage des données ou politiques de mots de passe font partie des points examinés.

    L’AI Act ajoute de nouvelles exigences

    François Lemarié a également souligné que l’AI Act européen introduit des obligations complémentaires, notamment sur la documentation des risques et la transparence des systèmes. Les entreprises devront démontrer leur capacité à encadrer les usages de leurs outils et à informer les utilisateurs sur les traitements réalisés.

    L’audit des fournisseurs devient incontournable

    « Dire à un client que les données sont hébergées en Europe est beaucoup plus simple que d’expliquer qu’elles partent aux États-Unis sans visibilité sur les traitements. »

    Autre point mis en avant : la dépendance aux grands modèles de langage fournis par des acteurs tiers. Les entreprises doivent désormais auditer précisément leurs prestataires afin de comprendre où sont stockées les données et comment elles sont utilisées.

    François Lemarié recommande notamment de privilégier des modèles européens, comme ceux développés par Mistral AI, afin de limiter les risques liés aux transferts de données hors Union européenne. L’enjeu est également commercial, car pouvoir garantir un hébergement des données en Europe devient un argument de confiance auprès des établissements de santé.

    Encadrer les usages internes de l’IA

    Le COO de Dipeeo a aussi alerté sur la multiplication des usages non contrôlés d’outils d’IA au sein des organisations. Les collaborateurs utilisent régulièrement des services gratuits pour résumer ou traiter des documents, parfois sans mesurer les risques de confidentialité associés. Pour limiter ces dérives, plusieurs leviers ont été évoqués :

    • Auditer les outils autorisés.
    • Vérifier les engagements contractuels des fournisseurs.
    • Former les équipes aux risques liés à l’IA.
    • Mettre en place une charte d’usage interne.

    La popularité d’un outil ne constitue pas une garantie suffisante de conformité.

     

  • SantExpo : Stéphanie Rist veut accélérer la téléexpertise pour rapprocher ville et hôpital

    6 milliards d’investissements

    Lors de l’ouverture de la 60e édition de SantExpo, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a annoncé une enveloppe de 6 milliards d’euros destinée aux investissements hospitaliers pour la période 2026-2035.

    Cette enveloppe, présentée comme le relais du Ségur de la santé, doit soutenir les projets portés dans les territoires. Une instruction doit être publiée dans les prochains jours. Les décisions d’investissement resteront déconcentrées afin de s’appuyer sur les besoins identifiés localement.

    Mais cette annonce financière s’accompagne d’exigences adressées aux établissements de santé. La ministre a appelé le secteur hospitalier à renforcer ses coopérations et à améliorer son efficience. Elle souhaite accélérer les transformations organisationnelles avec le développement d’activités complémentaires ou alternatives à l’hospitalisation complète.

    Téléexpertise, ambulatoire, VAE … conditionner les nouveaux moyens des hôpitaux à des réorganisations

    Stéphanie Rist a défendu une logique de « donnant donnant », des moyens supplémentaires en contrepartie d’une évolution du fonctionnement des établissements. Le gouvernement entend favoriser une organisation plus coordonnée entre acteurs hospitaliers et médico-sociaux, ainsi qu’un recours aux prises en charge ambulatoires et aux alternatives à l’hospitalisation conventionnelle.

    La ministre a également renouvelé son intention de renforcer l’attractivité des métiers du soin et du lien. Un « cap politique » doit être défini avec Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, et Camille Galliard-Minier, ministre de l’Autonomie et des Personnes handicapées.

    Parmi les leviers évoqués figure le développement de la validation des acquis de l’expérience (VAE), encore jugée « insuffisante dans le champ de la santé, y compris pour les professions réglementées ». Une réforme du cadre de la formation continue est aussi annoncée.

    La ministre souhaite également renforcer l’ouverture de l’hôpital vers la médecine de ville en misant davantage sur les activités complémentaires, notamment la téléexpertise. Elle cite en exemple les avis spécialisés réalisés par des praticiens hospitaliers à la demande de médecins libéraux, avec l’objectif de fluidifier les parcours de soins et de limiter certains recours à l’hospitalisation.

    Sécurité des professionnels et protection sociale complémentaire

    Stéphanie Rist a indiqué vouloir concrétiser, « dès les prochaines semaines », l’application des mesures prévues par la loi du 9 juillet 2025 relative à la sécurité des professionnels de santé, dite loi Pradal. L’objectif est de permettre aux soignants de ne plus venir travailler « la boule au ventre ».

    La ministre a enfin remis sur la table le dossier de la protection sociale complémentaire (PSC) de la fonction publique hospitalière, qu’elle considère « en jachère depuis de trop nombreuses années », sans détailler à ce stade de calendrier de mise en œuvre.