Des délais toujours élevés selon les spécialités
Près de deux tiers des Français ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois, selon l’étude « Cartes de France de l’accès aux soins 2026 », publiée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès. Réalisée à partir des données de plus de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de la plateforme, l’analyse porte sur 234 millions de consultations effectuées en 2025.
- La cardiologie reste la spécialité affichant les délais les plus longs, avec 42 jours d’attente en moyenne.
- La dermatologie suit avec 32 jours.
- Devant l’ophtalmologie (21 jours).
- La gynécologie (19 jours).
- Et la psychiatrie (15 jours).
- Plus de 70 % des rendez-vous en cardiologie et en dermatologie sont obtenus au-delà de sept jours.
Les professions de premier recours présentent des délais plus courts : trois jours pour les médecins généralistes, six jours pour les masseurs-kinésithérapeutes, huit jours pour les pédiatres et dix jours pour les chirurgiens-dentistes.

Des écarts territoriaux marqués
L’étude met en évidence des disparités importantes selon les départements. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers. En ophtalmologie, il oscille entre cinq jours en Seine-Saint-Denis et 153 jours dans le Gers. En dermatologie, les délais vont de sept jours en Savoie à 90 jours dans l’Aisne.
Selon les auteurs, ces écarts dessinent des zones de tension spécifiques à chaque spécialité : un arc allant de l’Occitanie au sud du Massif central en cardiologie, une fracture ouest-centre en ophtalmologie ou encore des tensions dans le nord et le centre-est en dermatologie. L’Île-de-France conserve les délais les plus courts dans la majorité des spécialités.
Une tension en dermatologie
Le dermatologue Luc Sulimovic, président du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) et membre du comité de pilotage de l’étude, souligne une baisse du nombre de praticiens. Selon lui, le nombre de dermatologues a diminué de 18 % entre 2016 et 2026. Le spécialiste attribue cette situation à une insuffisance durable dans la formation des internes. « Il y a une baisse globale du nombre de médecins, et particulièrement de dermatologues. On n’a pas formé assez de médecins et pas assez de dermatologues », explique-t-il.
Face à cette situation, des dispositifs d’« équipes de soins spécialisés » sont expérimentés en Île-de-France. Des médecins généralistes transmettent des clichés de lésions suspectes à des dermatologues via des systèmes sécurisés de télé-expertise. Les spécialistes déterminent ensuite si une consultation rapide est nécessaire. Luc Sulimovic affirme que ce modèle permet désormais une prise en charge d’un mélanome en huit jours dans certains cas. Il plaide pour une extension du dispositif à d’autres spécialités médicales.
Téléconsultation et réorganisation des parcours
L’étude souligne également les effets de certaines réorganisations des soins. En ophtalmologie, le délai médian est passé de 43 jours en 2017 à 21 jours en 2025. Cette évolution est attribuée au développement du travail aidé et à la réorganisation de la filière visuelle.
La téléconsultation contribue également à réduire certains délais. En médecine générale, le délai médian tombe à moins d’un jour pour les consultations à distance. En dermatologie, il descend à 3,8 jours. Ces usages restent toutefois marginaux dans la plupart des spécialités hors psychiatrie et médecine générale.
Un renoncement aux soins qui dépasse les publics précaires
L’étude indique que 63 % des répondants ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois. Les principales raisons évoquées sont l’absence de créneau compatible (45 %) et l’absence de rendez-vous disponible (35 %). Le renoncement concerne particulièrement les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %), devant les ouvriers et les personnes sans activité. Un patient sur quatre déclare par ailleurs s’être rendu aux urgences faute de rendez-vous accessible en ligne.
L’étude précise enfin que les délais analysés reposent uniquement sur les rendez-vous effectivement réalisés via Doctolib. Les recherches infructueuses, les refus de nouveaux patients ou les renoncements aux soins ne sont pas intégrés dans les calculs.

