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  • Réforme du financement de la prévention primaire : un virage décisif pour les établissements de santé (rapport Igas)

    Ancrer la prévention primaire dans les établissements de santé

    La prévention primaire vise à réduire la mortalité et la morbidité évitables en agissant en amont des maladies. Elle permet de diminuer les affections de longue durée (ALD), qui représentent 66 % des dépenses de l’Assurance maladie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette approche améliore la santé globale et permet de maîtriser les dépenses à court et long terme. Pourtant, en France, les établissements de santé n’ont historiquement consacré que 0,4 % de leurs dépenses à la prévention, un chiffre dérisoire comparé à d’autres pays.

    La réforme du financement des établissements de santé, introduite par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2024, marque une étape clé dans la réorientation des soins vers la prévention primaire. Ce rapport de l’Igas, publié le 8 octobre 2024, dresse un état des lieux et propose des mesures concrètes pour ancrer cette démarche au sein des établissements hospitaliers, principalement en médecine, chirurgie, obstétrique (MCO) et en hospitalisation à domicile (HAD). En plus des recommandations qu’il émet, il fait un focus sur les enjeux et le rôle central de l’innovation numérique et de l’intelligence artificielle (IA) dans la prévention.

    Présentation du nouveau modèle de financement - @ Igas
    Présentation du nouveau modèle de financement dans le PLFSS pour 2024- @ Igas

    Des actions de prévention ciblées sur 4 déterminants majeurs :

    En parallèle de la création de ce financement pérenne, l’Igas recommande de concentrer les actions de prévention sur quatre déterminants majeurs de santé : tabac, alcool, alimentation et activité physique. L’objectif étant d’agir sur ces facteurs de risque afin de prévenir les maladies chroniques coûteuses comme les maladies cardiovasculaires, le diabète, et certains cancers.

    Selon le rapport, les interventions devront également être adaptées aux publics fragiles, dans une approche d’universalisme proportionné, afin de compenser leur accès souvent limité aux soins préventifs.

    Former les soignants pour une approche préventive intégrée :

    L’Igas souligne par ailleurs l’importance de former les professionnels de santé pour les intégrer pleinement dans cette démarche. Ils seront formés à identifier les opportunités de discussion sur la santé avec les patients, même lors de contacts courts, et à délivrer des conseils adaptés pour encourager des changements de comportement.

    Un dispositif de formation des soignants est recommandé pour les accompagner suivant la méthode anglaise du “Making every contact count” (MECC), qui vise à tirer parti de chaque interaction avec les patients pour délivrer des messages de prévention.

    Présentation du modèle 'Making every contact count' - @ NHS
    Présentation du modèle ‘Making every contact count’ – @ NHS

    Modalités et chiffres clés du financement

    Le rapport de l’Igas met un accent particulier sur la nécessité de créer un financement incitatif et pérenne pour garantir l’intégration durable de la prévention primaire dans les pratiques des établissements de santé. Une ligne budgétaire spécifique, intitulée “dépenses de prévention primaire des établissements de santé”, sera inscrite dans l’objectif de santé publique. Cette mesure permettra une visibilité claire des financements, indispensables pour soutenir les actions de prévention sur le long terme.

    Les montants alloués à cette réforme sont progressifs :

    • 12 millions d’euros sont prévus dès 2025 pour initier la phase pilote dans 100 établissements volontaires ;
    • ce montant augmentera pour atteindre 163 millions d’euros en 2027, au moment de la généralisation à la majorité des 2 273 établissements de MCO et HAD.

    Ces fonds serviront principalement à développer et diffuser des outils de formation pour les professionnels de santé et à les mobiliser pour intégrer les actions de prévention dans leur pratique quotidienne.

    Le modèle de financement repose sur un versement automatique, sans passer par des appels à projets, une fois les évaluations d’efficacité réalisées. Ce mécanisme vise à faciliter l’adhésion des établissements et à lever les contraintes administratives qui pourraient freiner leur participation. De plus, les agences régionales de santé (ARS) seront responsables du déploiement territorial et sélectionneront les établissements en fonction des spécificités locales et des besoins régionaux.

    Plan de financement des actions de prévention primaire dans les établissements de santé - @ Igas
    Plan de financement des actions de prévention primaire dans les établissements de santé – @ Igas

    Les 11 recommandations de l’Igas

    Pour assurer la réussite de la réforme du financement de la prévention primaire dans les établissements de santé, l’Igas émet, dans ce rapport, 11 recommandations visant à structurer le déploiement des actions, garantir un financement pérenne et renforcer la synergie entre les acteurs locaux et nationaux :

    • Créer une ligne budgétaire dédiée à la prévention primaire dans les établissements de santé, intégrée à l’objectif de santé publique.
    • Cibler les actions de prévention sur quatre déterminants majeurs de santé : tabac, alcool, alimentation, et activité physique.
    • Adapter les interventions aux publics fragiles, en mettant en œuvre une logique d’universalisme proportionné.
    • Impliquer le personnel soignant dans les actions de prévention, à la fois comme bénéficiaires et acteurs, pour améliorer leur santé et l’attractivité de leurs métiers.
    • Mettre en place un financement pérenne, automatique, sans appels à projets, pour soutenir durablement les actions de prévention.
    • Favoriser l’échange d’informations entre acteurs de santé, en créant un dispositif de partage de données, tout en respectant le RGPD.
    • Renforcer les partenariats avec les collectivités territoriales, en les mobilisant comme partenaires des établissements dans l’accompagnement des actions de prévention.
    • Déployer la réforme en deux phases : une phase pilote en 2025 avec 100 établissements volontaires, suivie d’une généralisation en 2026-2027.
    • Développer un outil de suivi basique pour recueillir et suivre les actions de prévention dès la phase pilote.
    • Créer un comité scientifique chargé de l’évaluation des actions, de la définition des contenus de formation, et de l’élaboration des indicateurs de santé publique.
    • Assurer la gouvernance nationale du modèle de financement par le Conseil économique de l’hospitalisation publique et privée (CEHPP), avec un pilotage territorial confié aux ARS.

    Ces recommandations visent à instaurer un cadre solide pour que la prévention primaire devienne un pilier des établissements de santé, en s’appuyant sur une organisation financière et territoriale adaptée aux enjeux actuels de santé publique.

     

  • SC24 : les nouvelles innovations annoncées par Nvidia (santé, sciences des données…)

     

    Transformer les sciences grâce à l’IA et au supercalcul

    Lors de l’édition 2024 du Supercomputing (SC24), Nvidia a présenté une série d’innovations destinées à accélérer la recherche scientifique et à relever des défis mondiaux grâce à l’IA et aux supercalculateurs. Focus sur les annonces marquantes dans les domaines des sciences de la vie et de la gestion des données.

    Accélérer la découverte de médicaments :

    Nvidia continue d’investir dans des outils conçus pour la biopharmacie :

    • Bionemo Framework, désormais en open source, optimise la découverte de médicaments : cet outil d’IA double la vitesse d’entraînement par rapport aux méthodes classiques ;
    • et Diffdock 2.0, une solution avancée pour prédire les liaisons entre médicaments et protéines cibles, offre des performances 6,2 fois plus rapides avec une précision accrue de 16 %.

    Ces innovations visent à réduire significativement les délais de développement de nouveaux traitements, améliorant ainsi les perspectives pour les chercheurs et l’industrie pharmaceutique.

    Des outils pour le calcul quantique :

    Le géant américain des nouvelles technologies a, par ailleurs, dévoilé des mises à jour pour sa plateforme CUDA-Q, utilisée pour des simulations quantiques à grande échelle. Ces avancées permettent :

    • de réaliser des simulations complexes en quelques minutes au lieu de plusieurs semaines ;
    • ainsi que de concevoir des qubits plus performants et évolutifs.

    Un outil qui renforcera ainsi les capacités des chercheurs à explorer le potentiel du calcul quantique dans divers domaines, notamment la physique et la chimie.

    Une puissance de calcul au service des sciences des données

    Nvidia a également introduit Cupynumeric, une bibliothèque accélérée par GPU pour les utilisateurs de Python. Compatible avec Numpy, elle permet d’exécuter des calculs massifs sans modifier le code existant, simplifiant ainsi le travail des chercheurs :

    • en accélérant les applications en apprentissage automatique, science des données et calcul numérique ;
    • et en déployant ces calculs sur des supercalculateurs ou des serveurs cloud avec une facilité inégalée.

    Ces innovations démontrent la volonté de Nvidia de jouer un rôle central dans la transformation des sciences et des industries grâce à l’IA. En mettant des outils de pointe à la disposition des chercheurs, des développeurs et des entreprises, Nvidia est en bonne position pour repousser les limites des connaissances et ouvrir de nouvelles perspectives pour relever les défis mondiaux dans différents domaine, notamment la santé et les sciences de la vie.

     

  • Entretien : l’IA pour faciliter l’inclusion des patients dans les essais cliniques (M. Morice et N. Varoqueaux, Amgen)

    Un projet collaboratif au service de la recherche clinique

    Le projet AIIPIK (Artificial Intelligence to Improve Patient Inclusion and Knowledge) a été lancé avec le soutien d’Amgen France dans le but de surmonter l’un des obstacles majeurs aux essais cliniques : la difficulté à identifier les patients éligibles dans des délais appropriés. Dans un entretien exclusif avec Health&Tech Intelligence, Marie Morice, directrice de l’innovation, et Nathalie Varoqueaux, directrice médicale chez Amgen France, reviennent sur les motivations stratégiques et opérationnelles du laboratoire spécialisé en biotechnologies pour soutenir ce projet expérimental porté par la société Ospi en collaboration avec le CHU de Toulouse.

    Selon Marie Morice, AIIPIK s’inscrit pleinement dans la stratégie globale d’Amgen visant à intégrer l’IA dans ses processus de recherche et développement (R&D). « L’IA n’est pas seulement utilisée pour découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques, mais aussi pour optimiser le processus des essais cliniques, en particulier la sélection des patients car cela représente un enjeu majeur d’accès à l’innovation », explique-t-elle. Les essais du laboratoire « sont de plus en plus personnalisés grâce aux thérapies ciblées ». Or, identifier manuellement les patients éligibles « reste un processus long et fastidieux pour les équipes de recherche clinique ». Ce projet collaboratif fait ainsi le lien entre les équipes médicales et l’innovation, créant une synergie entre la recherche clinique et les technologies de pointe pour accélérer l’accès des patients aux innovations. « Il représente pour Amgen un exemple de connexion avec l’écosystème de la recherche et de l’innovation en France ».

    De son côté, Nathalie Varoqueaux précise que ce projet est issu du programme d’accélération de l’EIT « Start-ups Meet Pharma », auquel Amgen a participé en 2021 pour proposer de rechercher une solution capable d’identifier et de sélectionner automatiquement les patients pour des essais cliniques à partir des dossiers médicaux. « L’identification de patients éligibles aux essais cliniques sur la base de critères spécifiques est un élément clé pour le succès de nos études cliniques et l’attractivité de la France pour les essais internationaux. Or, il est difficile d’estimer en temps utile le potentiel de patients éligibles dans les établissements ». Elle explique, par ailleurs, qu’au travers du projet AIIPIK, l’ambition d’Amgen est de « comprendre l’intérêt et la faisabilité d’utiliser l’IA pour accélérer la phase de “pré-screening” de patients dans les essais cliniques et ainsi augmenter le nombre de patients participants, notamment en oncologie où 70 % des études d’Amgen impliquent l’existence d’un biomarqueur. »

    Une expérimentation clinique au CHU de Toulouse

    Le cœur du projet AIIPIK réside dans la capacité du logiciel I4H « Intelligence 4 Health » (i4H) de la société Ospi à analyser en continu des comptes-rendus médicaux pour identifier les patients éligibles à un essai clinique. Ce logiciel intègre des fonctionnalités de traitement du langage naturel (NLP) pour analyser en temps réel les données médicales structurées et non structurées. Parmi ces données, on trouve les comptes-rendus médicaux, les résultats des examens d’imagerie, ainsi que les biomarqueurs, essentiels dans les essais cliniques d’aujourd’hui.

    L’outil a été testé au CHU de Toulouse, dans le cadre d’une expérimentation clinique rétrospective visant à évaluer sa capacité à identifier rapidement des patients éligibles à un essai clinique en oncologie thoracique, une des pathologies les plus complexes à traiter. Le premier bilan des résultats a montré que l’outil d’IA était plus efficace que l’identification manuelle, une avancée importante pour la recherche clinique.

    « L’IA permet d’automatiser une tâche fastidieuse et chronophage, tout en améliorant la précision des sélections des patients », précise Nathalie Varoqueaux. Et d’ajouter que, grâce à l’outil développé par Ospi, « la phase de pré-screening des patients éligibles à un essai clinique aurait pu être accomplie en 30 minutes tandis que, manuellement, cela peut prendre de plusieurs jours à plusieurs semaines. »

    Améliorer l’accès à l’innovation pour tous les patients

    L’un des objectifs principaux d’Amgen, à travers ce projet, est de garantir un accès équitable aux essais cliniques, en particulier dans des disciplines comme l’oncologie, où les traitements ciblés reposent sur des biomarqueurs spécifiques. « La recherche clinique représente un enjeu majeur pour l’accès à l’innovation, et le recrutement des patients reste un très grand défi », souligne Marie Morice. En effet, dans un contexte où 77 % des essais cliniques nécessitent la recherche de biomarqueurs, l’utilisation d’outils comme I4H permet de réduire le temps nécessaire pour identifier les patients qui peuvent bénéficier de ces thérapies personnalisées.

    De plus, le projet AIIPIK ne se limite pas à un cadre expérimental restreint. Selon Nathalie Varoqueaux, il fait partie d’une réflexion plus large qui est en cours sur l’intégration de l’IA dans différents types d’établissements, qu’ils soient publics ou privés, dans le but de faciliter l’inclusion des patients dans des essais cliniques, quel que soit leur type de pathologie.

    Vers un déploiement à grande échelle :

    Les premiers résultats du projet AIIPIK montrent des avancées prometteuses, mais il reste encore des défis à surmonter. « Il est crucial que cet outil devienne une solution autonome pour les médecins, afin qu’ils puissent l’utiliser directement sans nécessiter l’intervention systématique de data scientists », explique Marie Morice.

    Les deux représentantes du laboratoire rappellent aussi qu’un autre outil d’IA développé par Amgen, appelé Atomik, aide leurs équipes à sélectionner les centres de recherche. « Cela illustre l’intégration des outils d’IA dans notre quotidien, avec l’utilisation d’objets connectés et d’autres plateformes numériques, notamment pour la mise en place d’essais cliniques décentralisés. »

    Un impact direct sur la recherche clinique en oncologie :

    Les premiers résultats de l’expérimentation ont été présentés lors du congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), en septembre 2024 : l’outil a permis d’identifier plus de patients que les méthodes manuelles classiques. Cette avancée représente une étape importante dans l’amélioration des pratiques de recherche clinique, et pourrait, à terme, faciliter l’accès des patients aux traitements les plus innovants, dans des délais réduits et avec une plus grande précision.

     

     

  • Le Royaume-Uni investit dans le numérique pour moderniser son système de santé

    Renforcer la cybersécurité, améliorer l’accès aux soins et élargir l’usage du DMP

    Cet engagement intervient dans un contexte où le NHS fait face aux défis du vieillissement de la population, de l’accroissement des maladies chroniques et d’une médecine à deux vitesses, au détriment de certaines zones rurales. Les deux milliards de livres destinés à la transformation numérique témoignent d’une volonté de renforcer l’intégration des soins, d’améliorer l’expérience des patients et de libérer du temps pour les soignants grâce à des outils numériques.

    Outre les deux milliards pour le NHS (en faveur des technologies et du numérique en santé), La chancelière britannique annonce aussi que le Department of Health and Social Care (DHSC) recevra 22,6 milliards de livres supplémentaires pour les dépenses courantes sur deux ans.

    Le département élabore les politiques de santé et de protection sociale en Angleterre, supervise le NHS et gère les budgets et ressources alloués au secteur. Il fixe les normes des services de santé, développe la législation et coordonne les réponses aux crises sanitaires. Un document publié par le Trésor en octobre 2024 prévoit une augmentation de 3,1 milliards de livres de l’investissement en capital pour 2025-2026. Ce montant sera destiné à :

    • Maintenir les services essentiels.
    • Améliorer l’efficacité du NHS.
    • Libérer du temps pour le personnel.
    • Garantir que tous les établissements disposent de dossiers patients électroniques.
    • Renforcer la cybersécurité.
    • Améliorer l’accès des patients via l’application NHS.

    Le financement inclut également 1,5 milliard de livres pour la création de nouveaux hubs chirurgicaux, de scanners de diagnostic et de nouveaux lits dans l’ensemble du NHS. Rachel Reeves a également promis jusqu’à 520 millions de livres pour un nouveau fonds de fabrication innovante en sciences de la vie.

     

  • Jumeaux numériques : un guide pour les cliniciens dans la conduite des essais virtuels (Dassault Systèmes et la FDA)

    Des solutions sur mesure pour chaque patient grâce aux JN

    Les jumeaux virtuels, ou digital twins, sont des répliques numériques dynamiques d’objets physiques, de systèmes ou de processus. Dans le domaine de la santé, les jumeaux numériques (JN) permettent de simuler en temps réel le comportement d’un organe, d’un patient ou d’un dispositif médical, comme un implant ou une prothèse, en s’appuyant sur des données réelles. Ces modèles sont créés grâce à des capteurs, des scanners et d’autres sources de mesures. Les JN sont mis à jour en continu, reflétant l’état actuel de leur homologue physique. Récemment, le projet Gemini a été lancé. Ce consortium rassemble 20 institutions de recherche universitaires et industrielles d’Europe, des États-Unis et de Taïwan, dont les hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). L’objectif est d’améliorer la prise en charge des AVC en simulant avec précision les spécificités de chaque patient victime d’un accident vasculaire cérébral grâce aux JN.

    Un manuel pour intégrer les JN dans la recherche clinique

    Depuis plus d’une dizaine d’années, Dassault Systèmes travaille sur ce sujet. L’éditeur de logiciel de modélisation a développé « 3Dexperience twin for manufacturing », afin d’optimiser les ressources de production industrielle. Mais aussi « Virtual Singapore », en collaboration avec le gouvernement du même Etat, pour optimiser la planification urbaine. Ou encore « Living Heart Project » (en partenariat avec la FDA), lancé en 2014 pour modéliser le cœur humain et améliorer la conception et l’évaluation des dispositifs médicaux.

    En novembre, Dassault Systèmes a publié le premier manuel de référence sur l’utilisation des jumeaux numériques pour évaluer les dispositifs médicaux. Intitulé “Enrichment Playbook“, ce document de 44 pages a été développé avec l’aide de la FDA. Il vise à renforcer la réalisation des essais cliniques in silico et à promouvoir leur adoption dans les processus réglementaires. Cette approche réduit les essais sur l’homme et l’animal, en ligne avec les objectifs de limitation de l’expérimentation animale.

    Vers une validation médicale accélérée grâce aux JN

    Dassault Systèmes et la FDA collaborent depuis 2014 dans le cadre du projet Living Heart. En 2019, cette coopération s’est élargie avec le lancement d’Enrichment , un projet quinquennal destiné à démontrer l’efficacité des JN pour prédire les effets des dispositifs médicaux avant leur usage clinique.

    La publication du playbook propose une méthodologie et un cadre pour guider les professionnels dans l’intégration des essais cliniques in silico. Le document s’appuie sur les recommandations des directives finales de la FDA, intitulées “Assessing the Credibility of Computational Modeling and Simulation in Medical Device Submissions”. Ces directives définissent les critères d’évaluation et d’intégration des JN dans les soumissions réglementaires. Cette avancée marque un jalon pour l’industrie de la santé. Elle pourrait accélérer la validation des dispositifs médicaux tout en réduisant les risques pour les patients.

     

  • Gestion du diabète : comment l’innovation transforme le parcours patient (chiffres clés, étude IA, cartographie des acteurs et des solutions)

    Le diabète à l’ère numérique : entre promesses et défis

    La gestion du diabète, maladie chronique touchant de plus en plus de personnes en France, reste un défi de santé publique majeur. Alors que les cas augmentent à un rythme soutenu, atteignant un coût annuel de près de 11 milliards d’euros pour l’Assurance maladie, les outils traditionnels peinent à offrir des solutions durables et adaptées à tous les patients. C’est dans ce contexte que les innovations numériques et l’IA s’imposent comme des alternatives prometteuses. Capables de surveiller les niveaux de glucose en temps réel, d’anticiper les crises ou encore de personnaliser les traitements, ces technologies pourraient transformer en profondeur la prise en charge du diabète et alléger la charge des professionnels de santé.

    Une telle transition soulève cependant de nombreuses questions. Bien qu’innovants, ces dispositifs numériques et algorithmes doivent encore prouver leur fiabilité et leur accessibilité. Comment garantir leur intégration dans les systèmes de santé tout en respectant les normes de sécurité et de confidentialité ? Et dans quelle mesure ces outils répondent-ils réellement aux besoins des patients, souvent confrontés à des inégalités d’accès aux technologies ? Si l’IA et les dispositifs médicaux numériques (DMN) offrent des perspectives enthousiasmantes, leur mise en œuvre à grande échelle nécessite une réflexion approfondie pour conjuguer innovation et inclusion.

    Analyses

    Une augmentation des nouveaux cas qui fait grimper les montants de prise en charge

    Les derniers chiffres montrent que 3,8 millions de personnes en France sont touchées par le diabète, soit une croissance de 75 % en 12 ans, ce qui représente un coût annuel de 10,9 milliards d’euros sur une année pour l’Assurance maladie. Un coût qui devrait augmenter quand l’International diabetes fédération prévoit 4,225 millions de diabétiques en France en 2045. 👉 Tous les chiffres clés sont à retrouver dans cet article.

    Diabète et DMN : un cadre européen pour garantir sécurité et innovation

    Avec l’essor des DMN, des outils comme la plateforme Sésame de la HAS facilitent l’accès aux innovations. Le cadre réglementaire européen impose par ailleurs des normes aux DMN, assurant leur sécurité et leur intégration dans les systèmes de santé. Dans cet article, zoom sur le périmètre réglementaire des DMN de gestion du diabète et de leurs enjeux. 👉 L’analyse H&TI du contexte réglementaire est disponible ici.

    Etude : une IA pourrait à l’avenir dépister les cas de diabète (Congrès EASD)

    Une équipe de chercheurs français et suisses a entraîné des algorithmes à détecter des changements dans la voix d’une personne afin de déterminer si elle est atteinte de diabète de type 2. Leurs travaux, présentés en septembre à l’EASD (European Association for the Study of Diabetes Annual Meeting), se sont révélés prometteurs. L’IA était précise à 66 % chez les femmes et 71 % chez les hommes. 👉 Plus de détails en suivant ce lien.

    Cartographies

    Associations locales, universités, services spécialisés… plus de 100 acteurs dans l’écosystème du diabète en France

    La lutte contre le diabète repose sur une mobilisation coordonnée de nombreux acteurs nationaux et internationaux. Ils agissent à différents niveaux, dans le cadre de missions de prévention, de dépistage, de prise en charge, de recherche scientifique ou encore de formation des professionnels de santé. Leur objectif commun est l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes du diabète. 👉 A consulter ici.

    Panorama de 35 solutions numériques pour la gestion du diabète

    Diagnostic, surveillance, thérapie numériques (DTx), prévention des complications… Des dizaines de solutions numériques se déploient tout au long du parcours patient du diabète. 👉 A consulter ici.

     

  • Panorama de 35 solutions innovantes dédiées à la gestion du diabète

    Les DTx en première ligne

    Aujourd’hui, 20 entreprises proposent des solutions numériques jouant le rôle de thérapies digitales. Montres connectées, capteurs, et surtout applications mobiles sont désormais disponibles pour surveiller et réguler la gestion du diabète de type 1 ou 2.

    Certaines, comme l’application Hillo, offrent des solutions utilisant l’intelligence artificielle (IA) pour synchroniser, directement sur un smartphone, les données issues de la pompe à insuline, du capteur de glycémie et du traqueur d’activité. L’objectif est d’améliorer le suivi du traitement en prédisant les valeurs glycémiques.

    D’autres, comme Abbot avec sa solution développée FreeStyle Libre, innovent en proposant des capteurs de glucose directement appliqués sur les patients, leur permettant une gestion simplifiée et optimisée de leur diabète.

    12 solutions d’autosurveillance et 7 de télésurveillance

    Parmi les solutions numériques proposées dans le parcours de soins des personnes atteintes de diabète, l’autosurveillance est la deuxième catégorie la plus développée. Ces outils servent principalement à digitaliser le carnet d’autosurveillance de chaque patient. Ils prennent diverses formes : un carnet de suivi quotidien proposé par Cubesoft avec DiabetoLog, une application de gestion du diabète intégrant un glucomètre développée par Beato, ou encore des applications permettant de suivre les injections et les glucides consommés. Ces solutions offrent aux patients souhaitant gérer leur diabète à domicile la possibilité d’un suivi autonome, sans nécessiter la présence de professionnels de santé.

    En revanche, pour ceux qui préfèrent un suivi encadré, des solutions de télésurveillance sont également disponibles. Ces outils incluent un accompagnement personnalisé, comme le propose Teladoc Health avec Livongo. Tandis que certaines solutions s’appuient sur des praticiens pour assurer une télésurveillance de confiance, d’autres, comme celles de Medtronic, intègrent l’intelligence artificielle pour anticiper les variations de la glycémie. Enfin, d’autres entreprises utilisent des logiciels compagnons conçus pour soutenir et accompagner les patients tout au long de leur traitement ou de l’utilisation de leurs dispositifs médicaux.

    Prévenir le diabète et le diagnostiquer

    Bien que les solutions dédiées au diagnostic du diabète de type 1 et de type 2 soient les moins nombreuses, elles jouent un rôle crucial dans le parcours de soins des patients. Actuellement, on recense trois solutions numériques principales :

    • E-ophtalmo : une solution de télé-expertise en ophtalmologie, spécialisée dans le dépistage de la rétinopathie diabétique ;
    • Feetme : un dispositif médical (DM) conçu pour analyser en temps réel et dans des conditions de vie naturelle les paramètres de marche, afin de détecter des maladies évolutives comme le pied diabétique ;
    • MyBiody : un impédancemètre qui analyse les différentes masses composant le corps ;
    • XpressGT : outil mesurant les niveaux 2-HB dans le sang veineux, grâce à des analyseurs cliniques.

    Cartographie des 30 solutions numériques :

    Cartographie des solutions numériques du diabète - @ Health&Tech Intelligence
    Cartographie des solutions numériques du diabète – @ Health&Tech Intelligence
  • Associations locales, universités, services spécialisés… plus de 100 acteurs dans l’écosystème du diabète en France

    Un écosystème diversifié et interconnecté

    L’écosystème du diabète en France est un réseau diversifié et interconnecté. Il est animé par plusieurs acteurs qui collaborent à différents niveaux pour améliorer la prise en charge des patients. Cette dernière repose essentiellement sur une coopération entre les professionnels de santé, les établissements médicaux, les associations de patients et les acteurs institutionnels. Ces partenariats permettent de développer des programmes d’éducation thérapeutique (ETP), de soutenir les patients dans leur parcours de soin et de promouvoir des actions de prévention. Les associations jouent un rôle central dans la sensibilisation du public et dans l’accompagnement des patients, tandis que les soins sont adaptés grâce à une coordination entre médecins généralistes, diabétologues, infirmiers et diététiciens, garantissant une approche multidisciplinaire.

    En parallèle, la recherche et la formation des professionnels de santé font également partie intégrante de cet écosystème, renforçant son caractère interconnecté. Les partenariats entre les structures de recherche, les hôpitaux et les universités facilitent l’émergence de nouvelles approches thérapeutiques et permettent de collecter des données pour mieux comprendre la maladie. Ces collaborations sont soutenues par des initiatives de formation continue, où les médecins et les soignants peuvent se tenir informés des dernières avancées.

    De nombreux services spécialisés répartis sur le territoire :

    En France, de nombreuses structures médicales sont dédiées à la prise en charge des patients diabétiques. Près d’une centaine d’hôpitaux français – principalement des CHU, comme ceux de Lille, Toulouse ou Strasbourg – abritent des services de diabétologie pour gérer les cas complexes de diabète, qu’il s’agisse du diabète de type 1 et de type 2, ou même des formes plus rares, comme le diabète insipide et le diabète Mody. Ces établissements s’appuient sur des équipes pluridisciplinaires regroupant endocrinologues, diététiciens, podologues et psychologues. Leur objectif est de fournir un accompagnement global, incluant la prévention des complications sévères telles que la cécité ou l’insuffisance rénale. Ces centres jouent un rôle important dans la coordination du parcours de soin, en assurant le lien entre consultations spécialisées et soins de proximité.

    À un niveau plus local, les maisons de santé pluri-professionnelles (MSP) offrent une alternative accessible pour le suivi des patients diabétiques. Ces structures, présentes dans toutes les régions, proposent un accompagnement individualisé combinant suivi glycémique, conseils diététiques et éducation thérapeutique. Certaines initiatives innovantes, comme le centre de prévention du pied diabétique au CHU de Lille, ont pour but de réduire les risques d’invalidité liés à des complications mal surveillées, telles que les ulcères du pied. Ces structures illustrent l’importance d’un maillage territorial pour répondre aux besoins croissants des patients.

    Un accompagnement des patients et une sensibilisation par les associations : 

    Les associations de patients occupent elles aussi une place centrale dans l’écosystème du diabète en France. La Fédération française des diabétiques (FFD) est l’un de ces principaux acteurs, soutenant les patients à travers des actions d’information, de prévention et de plaidoyer auprès des décideurs publics. Ses campagnes visent à sensibiliser le grand public aux risques liés au diabète de type 2, en mettant l’accent sur l’importance du dépistage précoce et des habitudes de vie saines. Par ailleurs, la FFD est un acteur clé pour faire entendre la voix des patients, notamment dans le cadre de projets législatifs ou de discussions autour du remboursement des traitements.

    D’autres associations, comme l’Aide aux jeunes diabétiques (AJD), se concentrent sur des besoins spécifiques, notamment ceux des enfants et adolescents touchés par le diabète de type 1. Ces jeunes et leurs familles reçoivent un soutien adapté pour mieux vivre la maladie au quotidien, avec des conseils pour la gestion des repas, les injections d’insuline ou les activités scolaires et sportives.

    Pour un meilleur accompagnement des patients et de leur famille, plus d’une centaine d’associations locales, qui sont membres de la FFD, existent sur tout le territoire français. En plus de cet accompagnement, elles proposent tout au long de l’année des actions de proximité, comme des manifestations, des conférences, des ateliers, et des rencontres, pour sensibiliser et prévenir le diabète et ses complications mais aussi pour accompagner les personnes atteintes de diabète et leurs proches.

    La recherche et la formation, pour une meilleure prise en charge

    La recherche scientifique joue un rôle fondamental dans la lutte contre le diabète, permettant d’améliorer à la fois les traitements et la compréhension des mécanismes de la maladie. Avec la formation, elles permettent de répondre aux défis posés par l’évolution croissante du nombre de patients, qui a été multiplié par 5 en moins de 50 ans. La recherche et la formation sont comme deux faces d’une même pièce, de telle sorte que la formation des professionnels de santé est un élément clé pour appliquer les avancées scientifiques dans la pratique quotidienne et n’a donc pas d’intérêt sans recherche, et la recherche n’a de son côté pas d’intérêt si elle n’a pas vocation à être utilisée par les médecins.

    De la recherche effectuée même par des institutions qui ne sont pas tournées exclusivement vers le diabète :

    En France, la recherche sur le diabète est articulée autour de plusieurs acteurs majeurs qui collaborent pour améliorer la compréhension de la maladie et développer de nouvelles solutions thérapeutiques. La Société francophone du diabète (SFD) est le principaux d’entre ces acteurs et joue un rôle central en réunissant les professionnels de santé et les chercheurs autour de projets scientifiques, d’événements et de publications qui permettent de partager les dernières avancées dans le domaine. Parmi ces projets les plus récents, la SFD a mené une l’étude sur l’impact des facteurs environnementaux sur l’émergence du diabète de type 2, avec des recherches visant à mieux comprendre comment des éléments comme l’alimentation, le stress ou la pollution influencent la progression de la maladie. La Fondation francophone pour la recherche sur le diabète (FFRD) soutient aussi activement la recherche en finançant des projets novateurs et en favorisant les collaborations entre chercheurs, institutions et associations.

    En plus de ces acteurs spécialisés, d’autres institutions, bien que n’étant pas exclusivement dédiées au diabète, contribuent de manière significative à la recherche sur cette pathologie. Par exemple, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) mène des travaux sur les mécanismes de résistance à l’insuline et sur l’impact du diabète sur d’autres maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires. L’Institut Pasteur, quant à lui, participe à des recherches sur l’immunothérapie et les réponses inflammatoires, des domaines qui pourraient avoir un impact important pour les traitements futurs du diabète de type 1. Ces collaborations interinstitutionnelles permettent de croiser des expertises, d’élargir les horizons de la recherche et de développer des solutions de plus en plus ciblées et efficaces pour la prise en charge du diabète.

    La nouvelle génération de médecins formés dès l’université :

    Outre son implication dans la recherche, la SFD est un acteur incontournable dans le domaine de la formation des professionnels de santé sur le diabète, puisqu’elle organise des sessions de formation continue. Ces événements permettent aux médecins, infirmiers et autres professionnels de rester informés des dernières avancées scientifiques, tout en partageant des pratiques innovantes pour mieux accompagner leurs patients. En parallèle, certaines universités françaises, comme l’université Claude Bernard Lyon 1, l’université Paris-Saclay, ou encore l’université de Bordeaux, proposent des diplômes universitaires (DU) spécialisés en diabétologie, formant ainsi une nouvelle génération d’experts capables de répondre aux enjeux complexes liés à cette maladie.

    Des initiatives locales, souvent portées par les agences régionales de santé (ARS), visent également à renforcer les compétences des soignants, en particulier dans les zones rurales ou sous-dotées. Des programmes spécifiques, tels que l’éducation thérapeutique du patient, sont développés pour aider les professionnels à guider leurs patients dans la gestion quotidienne de leur maladie. Cette approche de proximité permet de renforcer l’adhésion des patients aux traitements, tout en améliorant leurs connaissances sur les complications potentielles du diabète.

    Une lutte contre le diabète aussi orientée vers les pays en voie de développement 

    À l’échelle internationale, plusieurs organisations jouent un rôle clé dans la lutte contre le diabète. L’International diabetes federation (IDF) coordonne des campagnes mondiales pour sensibiliser aux enjeux de cette maladie, tout en soutenant la recherche dans les pays en développement. Cette organisation met également en avant des recommandations pour harmoniser les politiques de santé publique en faveur des personnes atteintes de diabète. L’European association for the study of diabetes (EASD) complète cet effort en Europe, en organisant des conférences scientifiques et en promouvant les collaborations entre chercheurs et cliniciens.

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est un autre acteur majeur, notamment dans les pays en voie de développement où l’accès aux soins pour les patients diabétiques reste limité. Ses campagnes visent à réduire les inégalités dans la prise en charge et à promouvoir des stratégies de prévention globales. Ces initiatives internationales, bien que diversifiées, convergent vers un même objectif : réduire l’impact du diabète à l’échelle mondiale, en combinant efforts scientifiques, éducation et accès aux soins pour les populations les plus vulnérables.

    Cartographie des acteurs de l’écosystème du diabète en France :

    La cartographie des acteurs de l'écosystème du diabète en France
    La cartographie des acteurs de l’écosystème du diabète en France – @ Health&Tech Intelligence
  • Etude : une IA pourrait à l’avenir dépister les cas de diabète (Congrès EASD)

    Diabète : un sous-diagnostic préoccupant

    Près de la moitié des adultes atteints de diabète (environ 240 millions dans le monde) ignorent leur condition. Une ignorance qui peut se révéler préjudiciable puisque la détection et le traitement précoces peuvent aider à prévenir de graves complications. L’amélioration du dépistage représente donc un enjeu majeur de santé publique. C’est à cette tâche que des chercheurs français de l’hôpital Lariboisière (APHP) et du Luxembourg Institute of Health se sont attelés. Comme l’a expliqué l’un d’entre eux, Abir Elbeji, « la plupart des méthodes actuelles de dépistage du diabète de type 2 demandent beaucoup de temps, sont invasives, nécessitent des laboratoires et coûtent cher. Combiner l’intelligence artificielle (IA) avec la technologie vocale pourrait rendre le dépistage plus accessible en supprimant ces obstacles. » Ils ont donc mené une étude visant à développer et à évaluer la performance d’un algorithme d’IA basé sur la voix pour détecter si des adultes sont atteints de DT2.

    La voix affectée par le DT2 :

    Des travaux antérieurs ont en effet démontré que le diabète peut modifier la voix. Plusieurs mécanismes pourraient être impliqués : le diabète entraîne souvent une déshydratation, ce qui peut assécher les muqueuses, y compris les cordes vocales. La maladie peut aussi affaiblir les muscles et les nerfs de la région laryngée, altérer la respiration notamment chez les personnes atteintes de complications cardiovasculaires ou d’obésité. Les fluctuations rapides de la glycémie peuvent également avoir un impact sur la voix à cause des baisses d’énergie et de concentration qu’elles génèrent. Les chercheurs ont donc eu recours à des algorithmes.

    Concrètement, ils ont demandé à 607 adultes de l’étude Colive Voice – avec ou sans DT2 – de fournir un enregistrement de leur voix lisant quelques phrases, directement depuis leur smartphone ou ordinateur portable. L’algorithme devait analyser divers paramètres vocaux, comme les variations de hauteur, d’intensité et de ton. Ces 25 secondes d’enregistrements ont par ailleurs été associés à des données de santé de base comme l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle (IMC) et l’état d’hypertension.

    Les résultats de cette étude ont été présentés en septembre au congrès de l’EASD (European Association for the Study of Diabetes Annual Meeting).

    Résultats : l’IA aussi précise qu’un score de risque classique

    • L’IA identifiait correctement 71 % des cas de DT2 chez les hommes et 66 % chez les femmes.
    • Le modèle a obtenu de meilleurs résultats chez les femmes âgées de 60 ans et plus et chez les personnes hypertendues.
    • L’analyse vocale était concordante à 93% avec le score de risque de l’ADA (American Diabetes Association), qui est basé sur un questionnaire. Ce questionnaire évalue des facteurs comme l’âge, le poids, la tension artérielle et les antécédents familiaux pour estimer le risque de diabète.

    Utiliser la voix comme méthode de dépistage de première ligne pour le diabète de type 2 n’est évidemment pas pour tout de suite. Mais les auteurs de l’étude jugent ces résultats « prometteurs ». « Nos prochaines étapes consistent à cibler spécifiquement les cas de diabète de type 2 au stade précoce et de prédiabète », a déclaré le co-auteur Dr Guy Fagherazzi de l’Institut de Santé du Luxembourg.

    Le diabète n’est d’ailleurs pas la seule maladie qui pourrait être détectée grâce à la voix. Des études antérieures ont déjà révélé que notre voix serait impactée par la maladie d’Alzheimer, la dépression ou encore le covid. Loin de nous trahir, elle pourrait donc nous sauver.

     

     

    Can we screen for type 2 diabetes using voice? Findings from the Colive Voice study

    Guy Fagherazzi, Mégane Pizzimenti, Jean-Pierre Riveline, Gloria Aguayo, Aurélie Fischer, Hanin Ayadi, Abir Elbeji, Franck Mauvais-Jarvis, Vladimir Despotovic.

    Abstract # 365 – Session: SO 013 Prevention of type 2 diabetes

  • Diabète : une augmentation des nouveaux cas qui fait grimper les montants de prise en charge

    Une augmentation de 75 % en France en 12 ans

    Avec un taux de croissance annuel de 4,8 %, le diabète est l’une des affections de longue durée (ALD) qui a le plus progressé ces dernières années, passant ainsi d’une maladie (diabète de type 1 et de type 2 compris) qui concernait environ 1,9 millions de Français de plus de 20 ans en 2010 à 3,3 millions en 2022, selon les derniers chiffres de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), publiés dans un rapport paru en juin 2024. Cette augmentation du nombre de Français diabétiques de 75 % en 12 ans, fait de cette ALD la deuxième plus importante en France, avec 21,4 % des patients, juste derrière les maladies cardiovasculaires qui concernent, quant à elles, 27 % des patients souffrants d’ALD. Si l’on prend en compte tous les âges, le diabète touche 5,6 % des Français (3,8 millions) selon les derniers chiffres de Santé publique France.

    Effectifs par ALD en 2022 et taux de croissance des effectifs depuis 2010 - @Igas
    Effectifs par ALD en 2022 et taux de croissance des effectifs depuis 2010 – @Igas

    En 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié des documents montrant une multiplication par cinq du nombre de personnes atteintes de tous types de diabète depuis 1980 : alors que 108 millions de personnes étaient concernées par cette pathologie il y a 44 ans, il y a désormais environ 540 millions de patients dans le monde aujourd’hui. L’OMS fait du diabète un enjeu de santé publique internationale, notamment parce que cette affection est une une cause importante :

    • de cécité ;
    • d’insuffisance rénale ;
    • d’infarctus du myocarde (IDM) ;
    • d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) ;
    • et d’amputation des membres inférieurs.

    Cela est aussi dû au coût énorme de sa prise en charge pour les états qui ont instauré des politiques dédiées, pour les mutuelles, ainsi que pour les patients eux-mêmes.

    Les pays à faible revenu touchés par une augmentation plus rapide :

    Les chiffres de l’OMS ainsi que ceux de l’International diabetes federation (IDF) montrent que la prévalence du diabète a augmenté et continuera de le faire. Plus rapidement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire que dans les pays à revenu élevé, avec des projections de l’IDF allant jusqu’à :

    • +134 % de patients diabétiques entre 2021 et 2045 en Afrique subsaharienne ;
    • jusqu’à 87 % dans la région Moyen-orient et Afrique du nord ;
    • et jusqu’à 68 % d’augmentation dans l’Asie du sud-est.

    En France, l’organisation internationale prévoit que 4,22 millions de personnes seront touchées par le diabète en 2045.

    Nombre de personnes atteintes du diabète dans le monde et projection jusqu'en 2045 - International diabetes federation
    Nombre de personnes atteintes du diabète dans le monde et projection jusqu’en 2045 – @ IDF

    Plus de 10 Mds€/an de dépenses de l’Assurance maladie

    Dans leur revue des dépenses concernant les ALD, l’Igas et l’Inspection générale des finances (IGF) montrent que, sur les 112 milliards d’euros dépensés par l’Assurance maladie, 10,9 concernent la prise en charge des soins du diabète. Cela en fait l’une des pathologies les plus coûteuses pour le système de santé, juste derrière le cancer. Sur ces 10,9 milliards d’euros, la grande majorité vient du remboursement des soins de ville (8 milliards d’euros en 2021). Les autres dépenses proviennent de l’hôpital et des prestations en espèces.

    Par ailleurs, le diabète se présente comme l’une des ALD avec le plus bas reste à charge pour les patients : sur une moyenne de 5 565 euros de dépense moyenne par an pour un patient diabétique, seulement 717 euros restent à la charge du patient et 4 848 euros sont pris en charge par l’Assurance maladie. A titre de comparaison, le reste à charge :

    • du cancer est de 960 euros par an en moyenne ;
    • de l’insuffisance cardiaque grave est de 919 euros ;
    • et des maladies coronaires est de 831 euros.
    : Dépense et reste à charge moyen pour des 30 principales combinaisons d’ALD, en2021 - @Igas
    Dépenses et reste à charge moyen pour les 30 principales combinaisons d’ALD, en 2021 – @ Igas

    200 bandelettes/an remboursées dans le diabète de type 2 :

    Les dispositifs médicaux (DM) occupent une place centrale dans le suivi quotidien des diabétiques : pompes, lecteurs de glycémie, auto-piqueurs… Suivant leur destination, les dispositifs ont été classés en plusieurs catégories, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) :

    • les systèmes de surveillance de l’équilibre glycémique : lecteurs de glycémie, électrodes/bandelettes, auto-piqueurs, bandelettes urinaires, holters glycémiques, automates et réactifs de laboratoire ;
    • les systèmes d’administration d’insuline : stylos injecteurs, aiguilles pour stylos injectables, pompes à insuline externes, pompes implantables, seringues à insuline et inhalateurs d’insuline.

    En termes de remboursement, ce sont les bandelettes, capteurs et électrodes ainsi que les pompes à insuline (y compris le forfait journalier et la location) qui représentent les montants les plus élevés. En effet, en cas d’autosurveillance par mesure du glucose interstitiel en continu (MGC), l’Assurance maladie prend en charge un kit tous les 4 ans et un capteur tous les 10 ou 14 jours. Pour ce qui est des bandelettes, la prise en charge est limitée à 200 bandelettes par an pour les personnes avec un diabète de type 2 non traité par insuline.