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  • Enquête : L’OCDE explore l’impact du numérique sur le bien-être pour guider les politiques publiques

    47,4 millions de Français connectés, quel impact sur la société ?

    D’après l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), 47,4 millions de français se connectent à internet chaque jour (91% des Français, âgés de plus de 12 ans, utilisent internet), et 50,7 millions de Français sont actifs sur les réseaux sociaux (soit 78% de la population).

    Face à la place croissante des technologies numériques dans notre quotidien, l’OCDE, en collaboration avec Cisco, lance cette enquête dans le but de recueillir les perceptions des citoyens sur l’influence des technologies numériques sur le bien-être, au sens large. Ce sondage vise à faire entendre la voix des citoyens vis-à-vis de « ceux qui conçoivent les politiques et prennent les décisions afin de les aider à mettre la technologie à votre service. ».  Le projet se distingue d’autres travaux menés par des institutions comme l’OMS ou l’Union Européenne, qui se concentrent sur des enjeux spécifiques, comme la santé mentale ou la régulation des plateformes. Ici, l’OCDE adopte une vision globale, combinant des analyses quantitatives et qualitatives pour mieux comprendre comment le numérique transforme la société dans son ensemble.

    @OCDE : Sondage de l’OCDE sur le bien-être numérique

    L’OCDE interroge les citoyens sur l’impact du numérique sur leur bien-être

    Les usages numériques présentent des effets contrastés selon les contextes. Les réseaux sociaux facilitent l’accès à l’information, mais sont aussi le théâtre de phénomènes comme le cyberharcèlement. Le télétravail renforce l’autonomie de certains salariés, tout en augmentant le risque d’isolement social. Dans le domaine éducatif, l’apprentissage en ligne constitue une opportunité pour les personnes familiarisées avec les outils numériques, mais peut déstabiliser celles moins à l’aise avec ces technologies. Les relations sociales dématérialisées apportent de la flexibilité tout en posant des questions sur la qualité des interactions humaines.

    Avec cette enquête mondiale, l’OCDE espère ouvrir un dialogue et poser les bases d’une réflexion collective sur la place du numérique dans nos vies. Une démarche qui pourrait guider les politiques publiques vers un usage plus responsable et durable des technologies au service du bien-être.

    En novembre 2024, dans son rapport « Comment va la vie ? 2024 », l’OCDE mentionne que la santé globale des populations a été fragilisée, avec une baisse de l’espérance de vie moyenne et une augmentation des préoccupations liées au bien-être.

     

    @ OCDE : La Plateforme sur le bien-être numérique de l’OCDE avec Cisco (le critère de la santé)

     

  • L’Université de Hong Kong dévoile quatre modèles d’IA pour optimiser le diagnostic de 30 cancers et maladies

    Une infrastructure de supercalcul dédiée à l’IA

    L’université des sciences et technologies de Hong Kong (HKUST) a récemment annoncé le développement de quatre modèles d’intelligence artificielle (IA) conçus pour améliorer le diagnostic de 30 types de cancers et de maladies. Ces avancées s’appuient sur une infrastructure de supercalcul dernière génération, révolutionnant le domaine du diagnostic médical assisté par l’IA.Ces nouveaux modèles bénéficient des capacités d’une infrastructure de supercalculateur intégrée à la technologie NVIDIA, qui offre des performances exceptionnelles :

    • Puissance de calcul : jusqu’à 3 000 petaflops, équivalant à 3 milliards de milliards d’opérations par seconde.
    • Traitement massif de données : gestion de plus de 160 millions d’images médicales.

    Grâce à cette infrastructure, des tâches complexes d’intelligence artificielle, autrefois réalisées en plusieurs jours, peuvent désormais être accomplies en quelques heures. Les chercheurs ont ainsi pu développer quatre modèles innovants, qui accélèrent l’analyse et augmentent la précision diagnostique.

    Les quatre modèles d’IA et leurs performances

    • MOME, outil de diagnostic du cancer du sein conçu pour distinguer les masses maligne des masses bénignes du sein à l’aide d’IRM, atteint une précision diagnostique de 87% dans des tests multicentriques
    • mStar PathologyAssitant Tool, qui utilise un algorithme qui modélise directement les images de lames entières, rationalise les flux de travail des pathologistes en automatisant jusqu’à 40 tâches diagnostiques et pronostiques
    • MedMr ,outil de langage multimodal aide à gérer des rapports médicaux et des diagnostics à partir d’images
    • XAIM, qui fournit des explications visuelles et textuelles des analyses générées par l’IA, a atteint une précision de 98,67% dans l’identification des tumeurs et non tumeurs

    Une couverture étendue des tâches cliniques

    Ces modèles atteignent une précision comparable à celle de spécialistes médicaux expérimentés (plus de cinq ans d’expérience). Ils couvrent un large éventail de tâches cliniques, notamment :

    • Le sous-typage et l’évaluation du stade ou de l’étendue du cancer dans le corps (staging du cancer). Cela permet de déterminer l’évolution de la maladie, sa propagation et son impact sur les organes ou tissus voisins.
    • La détection des métastases.
    • La prédiction moléculaire.
    • L’analyse de survie.

     

  • Europe : pénuries de soignants, vieillissement et nouvelles technologies au cœur des priorités (rapport OCDE)

    Une crise des soignants sans précédent

    Selon la nouvelle édition du rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dédié à la santé, l’Europe enregistrait en 2022 un déficit de 1,2 million de professionnels de santé, principalement des médecins, infirmiers et sages-femmes. La principale cause de ce déficit est le “double vieillissement” :

    • d’une part, la population vieillit, augmentant les besoins en soins ;
    • et d’autre part, un tiers des médecins européens ont plus de 55 ans et approchent de la retraite.
    En moyenne, plus d'un tiers des médecins et un quart des infirmières dans les pays de l'UE étaient âgés de plus de 55 ans en 2022 - @ OCDE
    En moyenne, plus d’un tiers des médecins et un quart des infirmières dans les pays de l’UE étaient âgés de plus de 55 ans en 2022 – @ OCDE

    Des chiffres alarmants :

    • 20 pays de l’UE manquent de médecins et 15 de personnels infirmiers.
    • 72 % d’augmentation des recrutements d’infirmiers formés à l’étranger en 2022 par rapport à 2019.
    • Le secteur médical a atteint un niveau d’emploi record en 2022, mais cela reste insuffisant face à l’augmentation des besoins en raison du vieillissement démographique.

    Solutions proposées par l’OCDE :

    • Améliorer les conditions de travail et les salaires.
    • Former davantage de soignants. L’UE n’enregistre qu’une croissance annuelle de 0,5 % du nombre de diplômés en soins infirmiers.
    • Miser sur l’innovation : IA et technologies numériques pour automatiser certaines tâches et libérer du temps pour les soins directs.

    Vieillir en bonne santé pour alléger le système de soins

    En 2023, 21 % des Européens avaient plus de 65 ans. Une proportion qui atteindra 29 % d’ici 2050. Par ailleurs, l’espérance de vie à 65 ans dépasse désormais 20 ans, mais plus de la moitié de ces années sont marquées par des maladies chroniques et des incapacités.

    Espérance de vie et années de vie en bonne santé à 65 ans, par sexe, 2022 - @ OCDE
    Espérance de vie et années de vie en bonne santé à 65 ans, par sexe, 2022 – @ OCDE

    Chiffres clés :

    • 45 % des cas de démence pourraient être évités en traitant 14 facteurs de risque modifiables.
    • Seulement 22 % des personnes âgées pratiquent une activité physique régulière.
    • Moins de la moitié de la vie après 65 ans est vécue sans incapacité.

    3 priorités politiques selon l’OCDE :

    • Promouvoir la prévention.
    • Soutenir la santé mentale.
    • Encourager la gestion autonome de la santé.

    Des inégalités de santé persistantes et de nouveaux défis sanitaires

    L’espérance de vie dans l’UE a augmenté de plus de quatre ans depuis 2000, passant de 77,3 ans en 2000 à 81,5 ans en 2023. Bien qu’elle ait chuté de plus d’un an entre 2019 et 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, elle a commencé à remonter en 2022 et a retrouvé son niveau d’avant la pandémie en 2023 dans la plupart des pays de l’UE. Les femmes vivent en moyenne 5,3 ans de plus que les hommes (84,2 ans contre 78,9 ans en 2023), mais cet écart s’est réduit de 1,5 an depuis 2000, l’espérance de vie des hommes ayant augmenté plus rapidement.

    Les inégalités en espérance de vie en bonne santé dans l’UE sont marquées par des disparités géographiques et socio-économiques. En 2022, Malte avait les meilleurs résultats, tandis que le Danemark, la Lettonie et la Slovaquie étaient en bas du classement. Les écarts selon le niveau d’éducation sont également importants : les moins éduqués vivent jusqu’à 9 ans de moins sans incapacité, particulièrement en Estonie, Hongrie et Lituanie.

    Autre fait marquant : les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais passent une plus grande part de leur vie avec des limitations d’activités : à 65 ans, elles peuvent espérer 21,1 années supplémentaires, mais moins de la moitié sans incapacité, contre presque autant d’années sans limitation pour les hommes (sur 17,7 ans).

    Espérance de vie à la naissance, par sexe, 2023 (ou année la plus proche) - @ OCDE
    Espérance de vie à la naissance, par sexe, 2023 (ou année la plus proche) – @ OCDE

    La santé mentale des jeunes en difficulté

    L’enfance et l’adolescence sont des phases de vie essentielles pour développer de bonnes habitudes de santé mentale. Pourtant, enfants et adolescents européens voient l’apparition de nombreux troubles psychologiques. En 2022, plus de 40 % des filles et 30 % des garçons de 11 ans ont signalé des problèmes de santé multiples (maux de tête, insomnie, irritabilité), un taux qui augmente avec l’âge, surtout chez les filles : à 15 ans, 68 % des filles et 37 % des garçons sont concernés.

    Les causes citées dans le rapport de l’OCDE incluent le déclin de l’activité physique, l’usage problématique des réseaux sociaux et le cyberharcèlement. Le bien-être mental est également lié au statut socio-économique, les jeunes de familles aisées rapportant une meilleure santé mentale. D’un autre côté, la pandémie de Covid-19 a aggravé ces problèmes, incitant les gouvernements à renforcer le soutien psychologique de leurs jeunesses :

    • la France a lancé le programme « Mon Soutien Psy » en 2021, étendu depuis à tous les âges ;
    • l’Espagne a adopté un plan d’action en santé mentale 2022-2024 ;
    • tandis que l’UE a introduit le Digital Services Act pour protéger les mineurs en ligne.
    Score de bien-être mental, 11 et 15 ans, 2022 - @ OCDE
    Score de bien-être mental, 11 et 15 ans, 2022 – @ OCDE

    Transformation numérique : des progrès et des défis

    En 2023, l’accès aux dossiers de santé électroniques (DSE) a progressé dans l’Union européenne, atteignant en moyenne 79 % (+8 points). Des avancées notables ont été réalisées en Slovaquie, France, Portugal et Irlande, tandis que la Finlande et Chypre ont connu des baisses dues à des révisions stratégiques et des lacunes technologiques.

    L’intégration des données de santé reste inégale : le Danemark et la Norvège offrent un accès complet à dix types de données clés, tandis que des pays comme la Tchéquie, la Suède et la Finlande utilisent des identifiants uniques pour lier plus de 90 % de leurs bases de données. Cependant, l’Allemagne et l’Irlande sont à la traîne en matière de liaison régulière des données.

    Pour renforcer l’accès sécurisé et le partage des informations, l’Espace européen des données de santé (EHDS), mis en place en 2024, vise à faciliter les échanges pour les soins, la recherche et les politiques publiques, avec un déploiement progressif prévu entre 2026 et 2028.

    Accès aux dossiers médicaux électroniques, 2022 et 2023 - @ OCDE
    Accès aux dossiers médicaux électroniques, 2022 et 2023 – @ OCDE

     

  • L’IA en médecine : des essais cliniques pour évaluer son impact réel sur les soins

    Des résultats théoriques solides, mais des défis en pratique réelle

    Leurs conclusions montrent que si l’IA est efficace dans certaines tâches de diagnostic, son intégration dans les pratiques médicales n’a pas encore démontré d’amélioration notable des performances globales des cliniciens. Les grands modèles de langage ont prouvé leur performance dans des contextes théoriques, notamment lors d’examens évaluant le raisonnement clinique. Leur application en conditions réelles, confrontée à la complexité des soins, reste à évaluer.

    ChatGPT Plus testé auprès de 50 médecins dans trois centres de pointe

    L’équipe dirigée par le professeur Andrew S. Parsons a publié les résultats de ses recherches dans JAMA Network Open. L’étude a également été présentée lors du symposium 2024 de l’American Medical Informatics Association. L’essai clinique a mobilisé 50 médecins issus de trois spécialités (médecine familiale, interne et d’urgence) et répartis dans trois centres hospitaliers : UVA Health, Stanford, et le Beth Israel Deaconess Medical Center de Harvard. Les participants ont été divisés en deux groupes :

    • Le premier combinait ChatGPT Plus avec des outils traditionnels comme Google ou UpToDate.
    • Le second utilisait uniquement ces méthodes conventionnelles.

    Les médecins ont eu 60 minutes pour résoudre jusqu’à six cas cliniques, des scénarios basés sur des cas réels, contenant les antécédents des patients, des examens physiques et des résultats d’analyses.

    Résultats : l’IA affiche 92 % de précision

    Les médecins qui ont utilisé ChatGPT Plus ont obtenu une précision diagnostique médiane de 76,3 %, légèrement meilleure que celle du groupe témoin (73,7 %). En revanche, ChatGPT Plus, utilisé seul, a atteint un taux de précision de 92 %. L’IA a également permis un gain de temps dans l’établissement des diagnostics : 519 secondes par cas en moyenne contre 565 secondes pour le groupe témoin. À noter : cette rapidité a parfois entraîné une baisse de précision.

    Les chercheurs soulignent l’importance de former les professionnels de santé à exploiter efficacement ces technologies. Ils recommandent l’utilisation de prompts prédéfinis pour intégrer l’IA dans les flux de travail cliniques.

    Limites et perspectives

    Dans la pratique réelle, où les diagnostics s’accompagnent de décisions thérapeutiques complexes, les modèles d’IA pourraient s’avérer moins performants. Pour approfondir ces questions, une nouvelle étude est en cours, visant à évaluer l’impact des LLM sur la prise de décision en gestion des patients. L’étude conclut que l’utilisation conjointe des LLM et des méthodes traditionnelles n’améliore pas encore la précision diagnostique. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’une supervision médicale et d’une interaction optimisée entre humains et machines pour maximiser les bénéfices de l’IA en médecine.

    Les technologies d’IA nécessitent des ajustements pour s’intégrer dans les processus médicaux. Afin de poursuivre ces travaux, les chercheurs ont lancé ARiSE (AI Research and Science Evaluation), un réseau visant à évaluer les performances de l’IA dans le domaine des soins de santé.

     

  • Silver économie : le contrat de filière 2024-2027 fait une large place aux nouvelles technologies

    Des acteurs de niveau national et des réseaux territoriaux

    Parmi les partenaires historiques, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et la Caisse des Dépôts confirment leur engagement dans le contrat de la filière. Ils sont rejoints par Business France pour l’international et le réseau Future4Care, alliance d’Orange, Capgemini, Generali et Sanofi pour les usages numériques au service des seniors.

    De nouveaux acteurs entrent dans la filière :

    • Pour l’adaptation des logements : les fédérations professionnelles concernées : la Fédération Française du Bâtiment, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), l’Union Sociale pour l’Habitat, ainsi que l’Association nationale française des ergothérapeutes ;
    • Pour la mobilité des seniors : L’Union des transports publics et ferroviaires (UFTPF).

    La territorialisation du contrat s’appuie sur un réseau d’acteurs locaux engagés, notamment les collectivités territoriales et les gérontopôles pour la formation et la recherche.

    Enfin, les usagers feront connaître leurs priorités à travers une étude du CREDOC qui paraîtra en 2025. Elle livrera aussi une évaluation économique des budgets nécessaires structurés autour de cinq piliers : parcours résidentiel, mobilité, santé, inclusion sociale, aidants.

    Les 5 axes du contrat de filière

    Le nouveau contrat 2024-2027 est structuré autour de cinq axes :

    • 1️⃣ structurer et organiser la filière an niveau national et territorial ;
    • 2️⃣ comprendre et anticiper les problèmes, en les objectivant de manière scientifique ;
    • 3️⃣ favoriser l’innovation (technologique, sociale et sociétale) ;
    • 4️⃣ expérimenter les solutions et les diffuser ;
    • 5️⃣ communiquer auprès des décideurs publics et privés et du grand public.

    Ces cinq axes sont déclinés en objectifs, avec des pilotes désignés et un calendrier, afin de constituer la feuille de route de la filière avec des ambitions fortes. Des objectifs propres au domaine technologique figurent dans ces différents axes :

    • Objectif 2.3 : Anticiper les conséquences économiques et en termes d’innovation
    • Objectif 3.4 : Doter la filière d’un « centre de preuves » permettant de qualifier les solutions technologiques du secteur
    • Objectif 3.6 : Éclairer la filière et ses acteurs sur les potentialités de l’intelligence artificielle (IA)
    • Objectif 4.3 : Faciliter et massifier le recours aux aides techniques et technologiques, au service de l’autonomie à domicile
    • Objectif 4.7 : Permettre au parcours résidentiel de prendre le virage des nouvelles technologies
    • Objectif 4.16 : Lutter contre la connotation négative de la Silver économie en garantissant un cadre éthique

    Focus sur les nouvelles technologies :

    📌 Objectif 2.3 : Anticiper les conséquences économiques et en termes d’innovation

    « La filière s’est donnée pour mission de faire évoluer le modèle français de prise en compte du vieillissement, d’un format curatif et médico-social vers un modèle préventif et global ». Ce qui suppose une « filière d’innovation, technique et sociale » afin de soutenir les acteurs innovants.

    Descriptif de l’action :

    • Pérenniser le Livre blanc de la Silver économie et la cartographie qui présente l’offre entrepreneuriale, avec ses forces et ses manques ;
    •  Lancer une étude permettant la modélisation de la filière d’ici 2030 (poids économique, emplois, formations, etc.), afin de favoriser la lisibilité et l’attractivité de cet écosystème ;
    • Mener une étude d’impact économique, permettant de quantifier les coûts et bénéfices d’une politique de santé tournée vers la prévention (pour l’ensemble des parties prenantes).

    🏁 Pilote : Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb)

    📌 Objectif 3.4 : Doter la filière d’un « centre de preuves » permettant de qualifier les solutions technologiques du secteur (usage, innovation, modèle économique)

    Dans un marché complexe et foisonnant, il est nécessaire, en « s’appuyant sur l’expérience d’acteurs de la filière (clusters, living labs, gérontopôles), de définir les différentes ‘preuves’ à prendre en considération et structurer un outil permettant de qualifier l’innovation sur la base de critères pertinents et objectifs ».

    Descriptif de l’action :

    • Cartographier les différents types de preuves à prendre en compte avec des acteurs disposant d’une expérience (scientifique, usage, modèle économique…).
    • Créer un véritable « centre de preuves », rassemblant l’ensemble des ressources permettant de qualifier les innovations. Celui-ci devrait alors s’articuler avec le centre de ressources et de preuves de la CNSA.

    🏁 Pilotes à définir.

    📌 Objectif 3.6 : Éclairer la filière et ses acteurs sur les potentialités de l’intelligence artificielle (IA)

    « La filière doit apporter un état des lieux des usages, en fonction des acteurs et secteurs, puis engager une démarche prospective autour du développement de l’IA dans le champ de la Silver économie. »

    Descriptif de l’action

    • Établir un état des lieux des usages de l’IA en fonction de leur usage, des acteurs et des secteurs d’activité ;
    • Confier une mission prospective sur les perspectives de l’IA dans le secteur de la Silver économie.

    🏁 Pilotes : Silver Valley, Future4Care.

    📌 Objectif 4.3 : Faciliter et massifier le recours aux aides techniques et technologiques, au service de l’autonomie à domicile

    Les aides techniques, les robots domestiques contribuent au maintien à domicile, mais il faut les diffuser et accompagner leur appropriation.

    En complément des Centres d’information et de conseils sur les aides techniques (CICAT), dont le maillage territorial est considéré comme insuffisant, la filière propose de s’« appuyer sur les prestataires de services et distributeurs de matériel (PSDM), répartis sur le territoire, en partenariat avec les ergothérapeutes et les prestataires de soins à domicile (PSAD) ».

    Descriptif de l’action :

    • S’appuyer sur les prestataires de services et distributeurs de matériel, afin de faire tester les aides techniques ;
    • Expérimenter l’acceptabilité des ‘robots domestiques’ grand public (aspirateur, nettoyage des vitres, enceinte connectées, etc.) à domicile pour les seniors et leurs aidants.

    🏁 Pilotes : Associations d’ergothérapeutes, Union des PSAD indépendants (UPSADI).

    📌 Objectif 4.7 : Permettre au parcours résidentiel de prendre le virage des nouvelles technologies

    L’objectif de la filière est « d’objectiver l’impact positif » sur différents critères (conditions de travail, qualité de vie des résidents, sobriété et économies) des nouvelles technologies dans le parcours résidentiel.

    Descriptif de l’action :

    • Mener une étude sur l’impact économique des technologies en établissement (sobriété, économies, confort, conditions de travail) ;
    • Monitorer le taux de pénétration des technologies et de l’innovation dans les établissements ;
    • Sur la base des conclusions, contribuer à la création d’un fond permettant l’investissement dans ces technologies.

    🏁 Pilotes : Industries du génie numérique énergétique et sécuritaire (Ignes), Fédération hospitalière de France (FHF).

    📌 Objectif 4.16 : Lutter contre la connotation négative de la Silver économie en garantissant un cadre éthique

    Pour une filière respectueuse et éthique, « France Silver Eco mandate le Technopôle Alpes Santé à Domicile et Autonomie (TASDA) pour mener une étude sur l’intégration de l’éthique dans les pratiques des structures de la Silver économie. Cette étude vise à évaluer les impacts de l’éthique sur la qualité des services offerts aux seniors, en mettant en lumière les meilleures pratiques et les défis rencontrés par les acteurs du secteur ».

    Descriptif de l’action :

    • Lancer une mission autour des enjeux d’éthique comme levier de croissance et de développement.

    🏁 Pilotes : Technopôle Alpes santé à domicile et autonomie (TASDA), Apave, pour le contrôle de mise en œuvre du label Haute Sécurité Santé (HS2).

    Les travaux à venir de la filière

    Le calendrier des actions n’est pas défini à ce stade. Il sera précisé par les travaux de la filière, ainsi organisés :

    • Des groupes de travail, avec des acteurs de terrain, réunis par les pilotes et la gouvernance ;
    • Le Conseil exécutif, « dont la composition doit refléter la diversité thématique et territoriale de la filière », qui se réunit une fois par trimestre et suit la feuille de route ;
    • Le conseil national de la Silver économie, lieu d’échange entre acteurs, « permettant de mettre en avant les initiatives, de créer du lien, de partager les actualités et enjeux » avec l’apport d’experts pour élargir le champ et se projeter. Il se réunit bimestriellement.

     

  • Rapport : 127 déterminants numériques de santé au cœur des enjeux du XXIe siècle (OMS/Europe)

    Comprendre les déterminants numériques de la santé

    Cette nouvelle étude, réalisée conjointement par l’OMS/Europe et la London School of Economics (LSE), en collaboration avec plusieurs institutions internationales, propose un cadre conceptuel novateur de la santé publique : elle identifie les facteurs numériques affectant directement ou indirectement la santé, en réinventant les relations traditionnelles avec les déterminants sociaux, politiques et économiques. Cela inclut des aspects bien connus jusque-là, comme l’accès à Internet ou les équipements technologiques, mais des éléments plus abstraits aussi, tels que la transparence algorithmique et la régulation des contenus nuisibles en ligne. Ce travail met en lumière les mécanismes complexes par lesquels la numérisation influence la santé, tant au niveau individuel que collectif.

    Un écosystème numérique des déterminants de santé :

    Le cadre conceptuel élaboré illustre les relations entre la santé et les déterminants sociaux, économiques, politiques et numériques, ainsi que leur manifestation au sein de différentes composantes de l’écosystème digital. Cela peut être schématisé comme suit :

    • au centre : la santé est entourée d’un spectre intégré de déterminants fortement interconnectés, qui l’influencent directement et indirectement ;
    • une première couche : les déterminants individuels sont classés en catégories sociales, économiques, politiques et numériques ;
    • une couche extérieure : l’interaction des déterminants dans un écosystème reliant les mondes physique et numérique.

    Cette dernière couche montre aussi comment la transformation digitale perturbe et redéfinit les déterminants traditionnels tout en créant un domaine entièrement nouveau : les déterminants numériques.

    Cadre conceptuel des déterminants numériques - @ OMS/Europe
    Cadre conceptuel des déterminants numériques – @ OMS/Europe

    127 déterminants, 30 urgences prioritaires :

    Le rapport recense 127 déterminants numériques classés en cinq catégories :

    • déterminants individuels : accès à Internet, compétences digitales, disponibilité des appareils numériques ;
    • déterminants communautaires : capacités numériques locales, soutien social ;
    • facteurs liés aux technologies : transparence algorithmique, sécurité des données ;
    • déterminants politiques : stratégies numériques et législation ;
    • et enjeux économiques et culturels : culture des données, fractures numériques.

    Parmi eux, 30 ont été qualifiés de “hautement urgents” à traiter. Par exemple, la validation des algorithmes et la régulation des contenus nuisibles ont été jugées essentielles pour éviter la désinformation et renforcer la confiance dans les technologies de santé.

    👉 Un tableau détaillant les 30 déterminants prioritaires peut être consulté aux pages 18 et 19 du rapport du projet, en suivant ce lien.

    Le défi des fractures numériques

    Dans son rapport, l’OMS/Europe met en exergue une double fracture numérique :

    • la première concerne l’accès aux technologies de base, accentuant les inégalités préexistantes ;
    • la seconde, liée à l’adoption de technologies avancées comme l’intelligence artificielle (IA) ou la blockchain, approfondit ces disparités.

    Par ailleurs, les groupes les plus vulnérables – personnes âgées, migrants, handicapés –, qui pourraient bénéficier de solutions numériques, sont souvent exclus de l’usage de ces outils, par manque d’accès ou de compétences. Le Dr David Novillo Ortiz, responsable de l’unité Data et santé numérique de l’OMS/Europe, avertit : « Le paysage numérique évolutif peut exacerber les inégalités si des politiques inclusives ne sont pas mises en œuvre ».

    Vers une gouvernance équitable et inclusive

    Un autre enjeu majeur pour les systèmes de santé est souligné dans le rapport : la gouvernance des données. L’OMS/Europe insiste sur le rôle clé de l’inclusion des parties prenantes non médicales (concepteurs technologiques, régulateurs…) pour créer un écosystème numérique favorable à la santé publique. Des politiques solides doivent garantir la confidentialité, l’interopérabilité des systèmes et une utilisation éthique des données de santé.

    D’un autre côté, des innovations prometteuses comme l’IA nécessitent des politiques adaptées pour limiter les biais et garantir une transparence totale. « Une collaboration interdisciplinaire est essentielle pour éviter que l’innovation numérique ne devienne source d’inégalités », explique le Dr Robin van Kessel de la LSE.

    Des recommandations pour une santé équitable

    Le rapport lance enfin un appel à l’action : la santé numérique doit être pensée comme un outil d’équité. Réduire les fractures numériques, garantir un accès universel et aligner les technologies sur les objectifs de santé publique sont des impératifs pour construire un avenir où le numérique renforce, plutôt qu’il n’affaiblisse, la santé des populations.

    Pour répondre à tous ces défis, l’OMS/Europe émet ainsi plusieurs recommandations, qui peuvent être résumés en quatre axes :

    • investir dans des infrastructures numériques inclusives ;
    • former les populations vulnérables aux compétences numériques ;
    • promouvoir la transparence des technologies et la modération des contenus ;
    • et sensibiliser les décideurs aux nouvelles fractures numériques.

     

  • Cancer du sein : un premier test prédictif basé sur l’IA multimodale

    Un enjeu majeur de santé publique

    Le cancer du sein est le plus fréquent chez les femmes, avec 2,3 millions de nouveaux cas diagnostiqués chaque année, représentant 11,7 % de l’ensemble des nouveaux cancers. Il est responsable de 685 000 décès annuels, faisant de lui la première cause de mortalité par cancer chez les femmes, selon l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) affiliée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

    Dans un tel contexte, la strat-up new-yorkaise spécialisée en médecine de précision, Ataraxis AI, lance le premier test pronostique et prédictif du cancer du sein au monde, basé sur l’IA. Une alternative prometteuse aux tests moléculaires.

    Limites et défis des tests diagnostiques moléculaires :

    Les tests génétiques et de profilage moléculaire, qui évaluent les caractéristiques des tumeurs, présentent plusieurs limitations :

    • précision sous-optimale : sensibilité et spécificité parfois inférieures à 85 % ;
    • cycles de développement longs : plusieurs semaines pour obtenir des résultats ;
    • coûts élevés : entre 300 et 5000 euros.

    Une approche multimodale innovante

    Pour pallier ces limitations, Ataraxis AI a développé une approche multimodale combinant des données cliniques, d’imagerie et moléculaires pour améliorer les performances diagnostiques et prédictives du test. La plateforme repose sur trois types d’algorithmes :

    • réseaux neuronaux convolutifs (CNN) pour l’imagerie ;
    • modèles d’apprentissage profond, ou deep learning (DL), pour les données cliniques ;
    • apprentissage par transfert pour intégrer plusieurs types de données.

    Des performances cliniques supérieures aux tests moléculaires existants :

    Le modèle Kestrel du test Ataraxis Breast a été validé sur un échantillon de 7 600 patientes de 15 institutions en Europe, Amérique du Nord et Asie. Les résultats, récemment prépubliés sur ArXiv, montrent que ce test surpasse les tests moléculaires classiques :

    • sensibilité : 94 % ;
    • spécificité : 92 % ;
    • précision améliorée : +30 %.

    Disponible en France début 2025

    Ce test pourrait remplacer ou compléter les tests actuels, en particulier pour les sous-types de cancers du sein (HER2+, triple négatif), qui réagissent différemment aux thérapies ciblées. Ataraxis AI prévoit de commercialiser ce test, certifié CE en 2024, dès début 2025 en France, en Allemagne et aux États-Unis. La technologie sera également étendue à d’autres types de cancers, tels que ceux de l’ovaire et de la prostate.

     

  • Cancer du poumon : un test nasal pour améliorer le dépistage

    Une technologie née d’un hackathon

    Le concept d’OncoSwab a vu le jour lors d’un hackathon organisé à Leyde, aux Pays-Bas, en 2022. Cet événement, réunissant plus de 100 jeunes scientifiques, avait pour objectif de développer des innovations face à des problématiques globales. L’équipe de Stephany s’est inspirée des progrès réalisés dans les tests Covid-19 pour imaginer un dépistage du cancer basé sur un prélèvement nasal. Ce projet a obtenu la troisième place dans la catégorie « cancer ».

    Des limites de l’imagerie aux promesses d’un test nasal

    Le dépistage du cancer du poumon repose principalement sur des examens d’imagerie tels que les radiographies, les CT scans ou les IRM. Ces méthodes, coûteuses et parfois réalisées à un stade avancé de la maladie, réduisent les chances de survie. OncoSwab s’appuie sur une approche différente, fondée sur la détection de composés libérés par les tumeurs dans les voies respiratoires. « La proximité entre la tumeur et les voies aériennes rend cette méthode logique », explique Stephany Andrea, cofondatrice et PDG d’OncoSwab. Le test pourrait également s’avérer utile pour évaluer les nodules pulmonaires détectés par imagerie. Dans de nombreux cas, ces nodules nécessitent une biopsie invasive pour confirmer leur nature, une procédure lourde.

    Un outil encore en développement

    Le test, conçu pour un prélèvement nasal réalisable à domicile ou en centre de soins, analyse les échantillons en laboratoire. Les biomarqueurs spécifiques, identifiés à l’aide d’un algorithme propriétaire, permettent de détecter la présence d’un cancer. Bien que la nature exacte des biomarqueurs reste confidentielle, les résultats seraient disponibles en 24 à 48 heures. Actuellement, OncoSwab dispose d’un laboratoire en Europe et prévoit d’en ouvrir un aux États-Unis pour accompagner la commercialisation.

    Un avenir prometteur pour la détection des cancers

    Fondée en 2023, OncoSwab répartit ses activités entre San Francisco et Corroux, en Suisse. La startup développe son test en tant que laboratory developed test (LDT), une classification qui ne requiert pas d’approbation de la FDA. Soutenue par un financement pré-amorçage, elle cherche à lever des fonds supplémentaires pour poursuivre ses recherches cliniques. Si le cancer du poumon est la priorité, OncoSwab envisage d’élargir sa technologie à d’autres cancers ou maladies.

     

  • Santé des femmes : 4 lauréats de l’AAP sur les innovations organisationnelles (ARS – IDF)

    Des innovations organisationnelles pour des parcours de soins adaptés

    L’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France a lancé, le 3 juillet dernier, un appel à projets pour promouvoir des innovations organisationnelles qui visent à améliorer la santé des femmes. Cet appel s’inscrit dans le cadre du projet régional de santé 2023-2028. L’objectif est de soutenir des initiatives qui renforcent les connaissances des professionnels de santé et facilitent l’accès des femmes aux soins, en dehors des thématiques de gynécologie et de périnatalité. Bien que les outils numériques puissent être intégrés aux propositions, leur financement n’est pas couvert par cet appel. L’appel à projets visait à développer des solutions permettant notamment :

    • d’améliorer la prise en charge des femmes dans des situations spécifiques, comme le travail décalé, la monoparentalité ou les violences.
    • de sensibiliser les professionnels aux enjeux de santé spécifiques aux femmes.
    • de réduire l’impact des conditions de vie et de travail sur la santé des femmes.

    Des initiatives régionales pour améliorer la prévention et les parcours de soins des femmes

    Cet appel à projets s’adressait à des structures franciliennes du secteur sanitaire ou médico-social, comme des établissements de santé, des maisons de santé, des associations ou des dispositifs d’appui à la coordination. Les projets retenus devront être mis en œuvre sur une durée maximale de deux ans. Pour rappel, les critères d’éligibilité étaient : le ciblage des populations à risque, le caractère innovant, le décloisonnement des pratiques, et le coût prévisionnel et méthodologie.

    Quatre projets lauréats

    Parmi les 35 dossiers reçus, quatre ont été sélectionnés :

    • Association Ikambéré : un programme de médiation en santé pour accompagner les femmes vivant avec un diabète ou une hypertension, en milieu hospitalier.
    • Association Checkpoint : une consultation en santé sexuelle, incluant la PrEP, dédiée aux femmes dans un centre de PMI de Seine-Saint-Denis.
    • Centre de santé du square de la Mutualité : un parcours de soins pour des femmes en situation de vulnérabilité professionnelle ou personnelle, comme les policières, femmes de ménage ou aidantes.
    • Maison de santé Cap Horn : un dépistage systématique des maladies cardiovasculaires et de l’ostéoporose chez les femmes de plus de 45 ans.

    Vers une meilleure prise en charge

    Ces projets seront suivis et financés sur deux ans par l’ARS. Ils reflètent l’intérêt des acteurs régionaux pour améliorer la santé des femmes par des approches innovantes en matière de mode d’organisation. En renforçant les connaissances, en réduisant les inégalités d’accès aux soins et en intégrant les facteurs sociaux dans les parcours de santé, ces initiatives visent à répondre aux besoins en termes de santé des femmes.

     

  • IA et VBHC : Une alliance nécessaire pour transformer la santé

    Un défi commun : mettre la valeur au cœur des soins

    Le système de santé français, comme d’autres à travers le monde, fait face à des défis grandissants : coûts croissants, complexité accrue des parcours de soins, et attentes toujours plus fortes des patients en matière de personnalisation et de résultats. C’est dans ce contexte que deux innovations majeures émergent comme des leviers puissants de transformation : l’intelligence artificielle (IA) et le Value-Based Healthcare (VBHC), ou la « santé basée sur la valeur ». Si l’IA fascine par sa capacité à analyser des données complexes, prédire des maladies et personnaliser les traitements, le VBHC propose un modèle centré sur les résultats qui comptent pour les patients, tout en maîtrisant les coûts. Mais ces deux approches ne peuvent pleinement tenir leurs promesses que si elles sont combinées de manière stratégique.

    L’IA : Accélérateur des soins personnalisés

    L’intelligence artificielle (IA) révolutionne déjà de nombreux domaines de la santé. Prenons l’exemple des jumeaux numériques (digital twins). Ces répliques virtuelles de patients, créées à partir de données issues de capteurs, de dispositifs portables et de dossiers médicaux électroniques, permettent de simuler des scénarios médicaux et d’optimiser les traitements en temps réel. Ainsi, un patient atteint d’insuffisance cardiaque pourrait bénéficier d’un ajustement précis de son traitement grâce à des analyses prédictives. Un autre exemple inspirant se trouve en Estonie, pionnière de la blockchain en santé. Depuis 2016, cette technologie garantit la sécurité et l’intégrité des données médicales tout en favorisant leur partage entre les différents acteurs du système de santé. Résultat : une transparence et une interopérabilité accrues, essentielles pour des soins centrés sur la valeur.

    L’application Babylon Health illustre comment l’IA peut transformer l’accès aux soins. Fondée en 2013 au Royaume-Uni, Babylon Health propose une plateforme de santé numérique combinant une intelligence artificielle avancée avec des consultations médicales virtuelles. Les utilisateurs peuvent décrire leurs symptômes via un chatbot alimenté par l’IA, qui analyse les informations et fournit des conseils médicaux ou oriente vers une consultation avec un professionnel de santé. Cette approche permet une détection précoce des maladies, une personnalisation des soins et une réduction des coûts en évitant des consultations physiques inutiles. En 2019, Babylon Health couvrait plus de 20 millions de personnes et réalisait plus de 5 000 consultations par jour, démontrant l’efficacité de l’IA pour améliorer l’accès aux soins et la satisfaction des patients.

    Enfin, le système PathAI, utilisé dans le domaine de la pathologie numérique, démontre comment l’IA peut transformer les diagnostics. PathAI applique des algorithmes d’apprentissage automatique pour analyser des échantillons de tissus, permettant ainsi une détection précoce et plus précise des maladies, comme certains types de cancer. Cette technologie réduit non seulement les erreurs de diagnostic, mais elle améliore également l’efficacité des équipes médicales en accélérant les processus. En intégrant les résultats dans des plateformes interopérables, PathAI contribue directement à un modèle de soins centré sur la valeur, où la rapidité et la précision des traitements sont au cœur des résultats pour les patients.

    Le VBHC : Un cadre structurant pour l’IA

    Là où l’IA analyse et optimise, le VBHC apporte un cadre stratégique pour structurer ces innovations. Ce modèle repose sur un principe révolutionnaire : mesurer les résultats qui comptent pour les patients (PROMs et PREMs) et les relier aux coûts. Sans ce cadre, l’IA risque de devenir une technologie sans lien avec les besoins réels, incapable de transformer les systèmes de santé. Popularisé par le professeur Michael Porter, le VBHC se concentre sur la valeur des soins pour les patients en mesurant systématiquement leurs résultats cliniques, leur expérience, et les coûts associés. Contrairement au modèle traditionnel de paiement à l’acte (fee-for-service), qui privilégie le volume, le VBHC récompense les résultats mesurables. Des exemples à l’échelle internationale, comme la Mayo Clinic aux États-Unis ou les programmes nationaux aux Pays-Bas, montrent que ce modèle améliore les résultats cliniques, tout en augmentant la satisfaction des patients. Cependant, sans outils technologiques robustes et interopérables, cette transformation reste limitée.

    Des impacts concrets pour les soignants et les patients

    L’alliance IA-VBHC pourrait transformer profondément le quotidien des soignants. Aujourd’hui, de nombreuses heures sont perdues dans des tâches administratives chronophages, créant frustration et épuisement. Avec l’IA, ces tâches pourraient être automatisées, permettant aux médecins et aux infirmiers de se recentrer sur leur mission première : le soin.

    Pour les patients, l’impact est tout aussi direct. Grâce à des outils comme la télémédecine augmentée par l’IA, ils pourraient bénéficier d’un suivi continu, même à domicile. Les algorithmes prédictifs aideraient à identifier les complications potentielles avant qu’elles ne se manifestent, réduisant ainsi les hospitalisations inutiles et améliorant la qualité de vie.

    La combinaison de l’IA et du VBHC pourrait transformer profondément le quotidien des soignants et des patients.

    Pour les soignants :

    • Réduction des tâches administratives grâce à l’automatisation des dossiers médicaux et des codages.
    • Accès facilité à des données intégrées et pertinentes pour soutenir les décisions cliniques.
    • Plus de temps consacré à l’interaction humaine avec les patients, essentielle pour une relation de confiance.

    Pour les patients :

    • Des soins plus personnalisés grâce à des algorithmes prédictifs qui détectent les complications potentielles avant qu’elles ne surviennent.
    • Un suivi continu, notamment via des dispositifs connectés et des outils de télémédecine augmentés par l’IA.
    • Une meilleure qualité de vie grâce à des traitements optimisés et à des parcours simplifiés.

    Les défis à relever pour une transformation réussie

    Un point particulièrement intéressant, souligné par Verena Voelter dans son ouvrage, est le retard dans l’adoption de la télémédecine avant la pandémie de COVID-19. Elle observe que « la télémédecine, tout comme la visioconférence, existait bien avant cette pandémie. Mais elle n’était pas ancrée dans nos habitudes ni largement utilisée. » Ce retard s’explique en grande partie par l’absence de cadre de remboursement adapté. Une consultation médicale par téléphone ou par vidéo n’était tout simplement pas remboursable par les assurances. Ce n’était pas la faute des prestataires ou des payeurs, mais bien le manque d’un cadre systémique et fonctionnel permettant de telles transactions.

    Cette réflexion met en lumière un défi clé dans la construction d’un monde interconnecté des soins numériques (interconnected world of digital care). Sans cadre structurant pour intégrer des innovations comme la télémédecine ou les dispositifs connectés dans les systèmes de santé traditionnels, ces technologies risquent de rester sous-utilisées. Il est donc impératif de revoir les politiques de remboursement et les incitations financières pour intégrer pleinement ces outils dans la pratique courante.

    En parallèle, le point of care, où les données cliniques sont collectées au plus près du patient, est une étape cruciale pour alimenter efficacement l’IA et soutenir le VBHC. Actuellement, les données recueillies sont souvent non structurées, issues de systèmes disparates, et difficiles à intégrer dans une analyse cohérente. Pourtant, pour suivre les patients sur l’ensemble du continuum of care, des consultations initiales aux suivis à domicile, il est impératif de standardiser les formats de données et de garantir leur qualité. Une collecte structurée permet non seulement une meilleure compréhension des besoins des patients, mais aussi une évaluation précise des résultats et des coûts, éléments centraux du VBHC. La standardisation des données sur l’ensemble du continuum of care, des consultations initiales aux suivis à domicile, permettrait d’alimenter efficacement ces innovations et d’optimiser leur impact sur les patients.

    Figure 1 – Les données patient doivent être recueillies tout au long du parcours du patient. Image du livre It Takes Five to Tango, Voelter V (2021)

     

    L’interopérabilité repose en grande partie sur l’intégration et l’évolution des systèmes d’enregistrement électronique des données de santé, tels que les EHR (Electronic Health Records), EMR (Electronic Medical Records) et EPR (Electronic Patient Records). Ces systèmes sont essentiels pour centraliser et partager les informations de santé tout au long du parcours patient. Cependant, dans leur forme actuelle, ils sont souvent cloisonnés, conçus pour répondre à des besoins administratifs ou spécifiques à un établissement, plutôt que pour favoriser une coordination globale des soins.

    Un bon système interopérable doit aller au-delà de ces limites, en permettant :

    • La connexion des silos de données entre différents établissements, professions et spécialités médicales.
    • Une standardisation des formats de données, pour garantir une intégration fluide dans des plateformes communes.
    • Un accès en temps réel pour les patients et les soignants, favorisant des décisions éclairées et des parcours de soins personnalisés.

    Un exemple où cette interconnexion commence à porter ses fruits est le programme CORTEX-eCARE en Europe, qui repose sur une plateforme centralisée permettant la coordination des soins pour les patients atteints de cardiopathies congénitales. Ce système relie des centres de soins dans plusieurs pays, avec une standardisation des données et une intégration fluide des outils d’intelligence artificielle pour stratifier les risques et guider les décisions cliniques. Grâce à cette interopérabilité, les données des patients sont disponibles pour les soignants où qu’ils soient, permettant des ajustements rapides des traitements et une réduction des hospitalisations inutiles. De même, en France, la plateforme Mon Espace Santé marque un pas significatif vers l’interconnexion. Ce dossier médical électronique national vise à regrouper toutes les données des patients dans un format standardisé et accessible aux professionnels de santé. En y intégrant des technologies comme la télémédecine et la télésurveillance, ce système permet un suivi continu des patients, y compris à domicile, et facilite la coordination entre les différents acteurs du parcours de soins.

    Par ailleurs, la convergence avec des solutions comme le m-health pourrait renforcer ce cadre en collectant des données directement dans l’environnement quotidien des patients. Montres connectées, capteurs et applications mobiles enrichiraient ces systèmes, permettant une surveillance continue et un engagement accru des patients. Les questions éthiques et de protection des données restent cependant centrales. Si des initiatives comme celle de l’Estonie montrent qu’une gestion transparente et sécurisée est possible, elles doivent être adaptées aux contraintes et aux attentes locales pour bâtir un système de santé de confiance et véritablement centré sur la valeur.

    Une décennie pour changer la donne

    Dans les dix prochaines années, l’IA et le VBHC pourraient redéfinir les standards de la santé en France. En combinant la capacité de l’IA à analyser et prédire avec le cadre structurant du VBHC, il est possible de construire un système de santé plus centré sur les patients, plus efficace et plus durable.

    Dans une logique VBHC, il devient possible de construire un système de santé :

    • Plus centré sur les besoins réels des patients.
    • Plus efficace dans l’utilisation des ressources.
    • Plus juste et inclusif, en réduisant les inégalités d’accès aux soins.

    Cette transformation s’inscrit dans ce que l’on pourrait appeler un monde interconnecté des soins numériques, où les systèmes de santé, les technologies et les patients sont liés par des flux de données continus et transparents. Une image saisissante de cette structure interconnectée est donnée par une carte de réseau utilisée dans la recherche sur la santé numérique, où les mots-clés employés par les auteurs, apparaissant au moins vingt-cinq fois, révèlent les liens sous-jacents et les interactions complexes entre les concepts clés. Cela illustre la manière dont les différents éléments de la santé numérique – données, technologies, patients et soignants – se tissent pour créer un écosystème intégré.

     

    Figure 2 – Les réseaux de la santé numérique . Image du livre It Takes Five to Tango, Voelter V (2021)

     

    Les dispositifs connectés, les plateformes interopérables et les innovations telles que les digital twins et le m-health facilitent une prise en charge coordonnée et fluide, peu importe où se trouve le patient ou l’acteur médical. Dans ce modèle, chaque donnée collectée, chaque interaction soignant-patient, et chaque décision clinique contribuent à une boucle d’amélioration continue des soins. Mais cette transformation nécessite une collaboration étroite entre tous les acteurs : décideurs politiques, industriels, professionnels de santé et patients eux-mêmes. Ce n’est qu’en alignant les efforts et en adoptant une vision commune que l’on pourra réellement tirer parti des promesses de l’IA et du VBHC. 

    Le mariage entre IA et VBHC n’est pas une option, mais une nécessité pour transformer les soins en profondeur.

    L’IA et le VBHC ne sont pas des solutions indépendantes, mais des leviers complémentaires. Ensemble, ils peuvent créer un système de santé où la valeur prime sur le volume, où les patients sont placés au centre, et où les soignants retrouvent le temps et les outils pour exercer leur métier dans les meilleures conditions.

    La décennie à venir sera déterminante. À nous, en France, de relever ce défi et de montrer qu’une approche innovante et collaborative peut transformer la santé pour tous.

     

    Balicer, R. D., & Afek, A. (2017). Digital Health Nation: Israel’s Global Big Data Innovation Hub. The Lancet. Publié en ligne le 8 mai 2017. Disponible à : http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(17)30876-0.

    Kuul, S. (2020). Estonia’s Healthcare System: A Blockchain Revolution. Medium. Disponible : Estonia’s healthcare system: A blockchain revolution | by Silvia-Kairet Kuul | Medium.

    European Alliance for Value in Health. (n.d.). CORTEX-eCARE: A High-Value Care Approach for Patients with Congenital Heart Disease. Consulté le 7 novembre 2024. Disponible à : https://www.europeanallianceforvalueinhealth.eu/case-study/cortex-ecare-a-high-value-care-approach-for-patients-with-congenital-heart-disease/.

    Les Echos. (2024). Deux acteurs de poids s’unissent pour accélérer la transformation numérique de la santé. Consulté le 7 novembre 2024. Disponible à : https://www.lesechos.fr/partenaires/la-poste-sante-et-autonomie/deux-acteurs-de-poids-sunissent-pour-accelerer-la-transformation-numerique-de-la-sante-2074958.

    Voelter, Verena (2021) It Takes Five to Tango: From competition to cooperation in health care, Grammar Factory Publishing