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  • Etude : le numérique pour optimiser l’usage des antimicrobiens (The Lancet)

    Un enjeu mondial pour la santé publique

    La résistance aux antimicrobiens représente l’un des plus grands défis de santé publique à l’échelle mondiale. L’optimisation de l’utilisation de ces molécules grâce aux technologies de santé numérique émerge comme une approche prometteuse pour améliorer le diagnostic, le traitement et la surveillance des infections bactériennes.

    Pour que ces technologies puissent atteindre leur plein potentiel, il est cependant indispensable de définir les données nécessaires à la prise de décision et d’assurer leur collecte et leur partage de manière optimale. Cet article de The Lancet, le premier d’une série consacrée à l’utilisation des dispositifs innovants pour combattre la RAM, examine les variables clés et les obstacles à surmonter pour une adoption mondiale équitable.

    Facteurs influençant les résultats du traitement antimicrobien chez l'individu et sources de données associées que les technologies numériques peuvent fournir - @ The Lancet
    Facteurs influençant les résultats du traitement antimicrobien chez l’individu et sources de données associées que les technologies numériques peuvent fournir – @ The Lancet

    L’importance des données pour l’optimisation des prescriptions :

    Les nouvelles technologies offrent un potentiel significatif pour améliorer les traitements antimicrobiens, mais leur efficacité est limitée par des défis liés à la collecte et la gestion des données. Parmi les obstacles majeurs figurent les exigences de données non standardisées, l’absence de liens entre les différentes bases de données, et le risque de biais qui pourrait amplifier les inégalités dans les résultats de santé. Le succès des outils numériques repose sur la capacité à recueillir des données pertinentes sur trois aspects : l’hôte, le pathogène et l’antibiotique. Ces données permettront d’ajuster les traitements en fonction des spécificités de chaque patient, d’éviter les effets secondaires et de limiter l’impact sur la résistance antimicrobienne.

    Les variables clés pour une prise de décision optimisée :

    Les décisions de prescription d’antimicrobiens sont influencées par un ensemble complexe de variables, qui varient selon le contexte local, les croyances des cliniciens et les données disponibles. Les technologies médicales doivent pouvoir intégrer des informations sur les pathogènes, l’immunité de l’hôte, les comorbidités et les interactions médicamenteuses, mais aussi sur les conditions environnementales. De plus, des données robustes sur l’exposition aux médicaments et leur efficacité sont cruciales pour éviter les risques d’effets secondaires et de résistance. Malheureusement, les solutions actuelles ne capturent pas encore toutes ces informations de manière systématique.

    La variabilité de l’exposition au médicament est un facteur déterminant :

    Une des clés de l’efficacité du traitement réside dans l’exposition adéquate du patient aux antimicrobiens. Il existe une relation directe entre la concentration du médicament dans le corps, l’efficacité du traitement, l’apparition de toxicités et le développement de la résistance. Cependant, cette exposition varie considérablement d’un patient à l’autre, et les tests de concentration du médicament sont souvent limités aux antibiotiques à faible indice thérapeutique. Les outils numériques peuvent jouer un rôle majeur en permettant une surveillance continue et en fournissant des données précises qui pourraient être utilisées pour ajuster le traitement en temps réel.

    Des défis liés à la surveillance des résistances et des effets secondaires :

    L’évaluation des résistances et des effets secondaires des antimicrobiens constitue un autre défi majeur. Les outils numériques actuelles peinent à capturer de manière systématique et fiable les données sur l’émergence de la résistance et la gestion des effets indésirables, comme les toxicités rénales ou gastro-intestinales. Bien que les technologies de surveillance, telles que les dispositifs portables, offrent des perspectives intéressantes pour suivre l’évolution de l’état des patients, elles nécessitent une meilleure intégration des données cliniques et environnementales pour être pleinement efficaces.

    Une approche “One Health” pour une stratégie globale

    Pour que ces nouvelles technologies atteignent leur potentiel, il est nécessaire d’adopter une approche « One Health », prenant en compte l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Cela inclut la collecte de données environnementales, telles que les niveaux de contamination dans les eaux usées, qui peuvent influencer la propagation de la RAM. Une stratégie mondiale visant à optimiser l’utilisation des antimicrobiens doit donc inclure des solutions numériques accessibles à l’échelle mondiale, tout en garantissant l’équité d’accès et la durabilité des technologies déployées.

    Les considérations stratégiques pour une adoption mondiale des nouvelles technologies :

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en place une stratégie mondiale sur la santé numérique pour 2020-2025, soulignant l’importance d’une adoption universelle des technologies de santé. Cependant, pour que ces technologies soient véritablement efficaces dans la lutte contre la RAM, il est essentiel de définir des cadres de données standardisés et reproductibles. Les innovations doivent être capables d’intégrer une variété de données, notamment issues de l’intelligence artificielle (IA), des dispositifs portables et des tests génomiques, et être déployées dans des contextes locaux spécifiques tout en minimisant les biais.

    Vers une transformation numérique de la lutte contre la RAM

    Les technologies de santé numérique représentent une avancée significative dans la gestion de la RAM, avec des applications potentiellement révolutionnaires pour optimiser l’utilisation des antimicrobiens. Toutefois, pour que ces outils atteignent leur pleine efficacité, il est crucial de surmonter les défis liés à la collecte, à la gestion et à l’analyse des données. En développant des solutions adaptées à tous les pays, qu’ils soient riches ou à revenu intermédiaire, et en renforçant la collaboration entre secteurs public et privé, la santé numérique pourrait jouer un rôle clé dans la lutte mondiale contre la résistance antimicrobienne.

     

     

    * Using digital health technologies to optimise antimicrobial use globally

    Timothy M Rawson, Nina Zhu, Ronald Galiwango, Derek Cocker, Mohammad Shahidul Islam, Ashleigh Myall, et al.

    2024/12/01 – The Lancet Digital Health

     

  • Plannings hospitaliers : l’Anap lance un challenge pour comparer les performances de l’IA aux méthodes traditionnelles

    Des solutions d’IA en plein essor

    Le 16 décembre, l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) a tenu une conférence de presse pour présenter un défi original autour de la gestion des plannings dans les établissements de santé. Entre réglementations, absences imprévues, turn-over et impératifs techniques, la planification peut rapidement devenir un irritant pour l’organisation. De nombreuses solutions basées sur l’intelligence artificielle (IA) voient le jour. Mais sont-elles réellement capables d’optimiser les plannings tout en respectant les contraintes réglementaires et professionnelles ?

    Un challenge concret pour des résultats mesurables

    L’objectif de ce défi est de comparer l’efficacité des solutions d’IA à une gestion manuelle, plus classiques des plannings. Pour cela, une vingtaine de cadres de santé participeront à une épreuve de 4 heures, organisée comme suit :

    • un exercice réaliste sera présenté, avec des variables liées aux ressources humaines : nombre de soignants, compétences, absences imprévues, impératifs personnels, etc. ;
    • 10 cadres utiliseront des outils d’IA pour proposer une solution ;
    • les 10 autres cadres utiliseront des méthodes de planification traditionnelles.

    Un jury examinera les plannings en aveugle, sans savoir s’ils ont été réalisés avec ou sans IA. Les critères d’évaluation incluent, sur le plan qualitatif, le respect des contraintes réglementaires, les besoins des professionnels et la prise en compte des imprévus tels que l’absentéisme. Sur le plan quantitatif, la vitesse de réalisation des plannings sera aussi évaluée. Cette expérimentation se veut rigoureuse et vise à démontrer, de manière concrète, l’intérêt d’utiliser des outils d’IA dans la gestion des plannings.

    Selon Mathieu Girier, directeur de la performance des ressources humaines à l’ANAP, les outils d’IA n’étaient pas encore matures il y a quelques années. Aujourd’hui ils semblent offrir des réponses bien plus pertinentes aux défis de planification.

    Sélection et calendrier :

    L’appel à candidatures reste ouvert jusqu’à fin décembre. À ce jour, 190 candidatures de cadres de santé ont déjà été reçues. La sélection des éditeurs de solutions d’IA est en cours, avec une vérification de l’adéquation au cahier des charges. Six candidats ont été présélectionnés pour le moment.

    Dates clés à retenir :

    • 6 mars 2025 (date prévisionnelle) : déroulement du défi.
    • 26 mars 2025 : présentation des résultats au Salon Infirmier.

    Des outils déjà implantés dans certains hôpitaux :

    En novembre 2023, le Groupe Vivalto Santé, troisième groupe d’hospitalisation privée en France, avait déjà déployé la solution Hopia – un outil de gestion automatisé des plannings – dans plusieurs de ses établissements (Hôpitaux Privés Rennais, la Clinique de la Côte d’Émeraude à Saint-Malo, les Hôpitaux Privés Rouennais).

     

  • Autonomie : la CNSA vote son budget 2025 sans loi de financement

    Des crédits d’investissement en hausse pour réhabiliter les établissements

    Dans le cadre de son budget 2025, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) met un accent particulier sur l’amélioration des conditions de vie des personnes âgées et en situation de handicap. Des efforts qui visent à moderniser les infrastructures et à soutenir les projets innovants pour un meilleur accueil et accompagnement des résidents :
    • l’effort déjà entrepris pour la réhabilitation des Ehpad et des résidences autonomie sera poursuivi avec des crédits de 143,5 millions d’euros ;
    • en faveur des personnes handicapées, 56,5 millions d’euros seront consacrés aux établissements et aux investissements technologiques ;
    • un nouvel appel à projets pour l’habitat inclusif sera lancé auprès des départements en 2025.

    Hausse des crédits pour les MDPH et les SPDA

    Les maisons départementales du handicap (MDPH) verront leurs crédits augmenter de 4 millions d’euros, dans l’objectif d’amélioration de la qualité de service et des délais de réponse.

    Un budget de 4,2 millions d’euros est consacré à la généralisation des services publics départementaux de l’autonomie (SPDA), pour financer l’ingénierie du projet, ainsi que l’animation et la coordination locales qui y sont liées.

    Le conventions tripartites CNSA – ARS – départements

    Le Conseil de la CNSA a adopté la trame des conventions tripartites 2025-2028 qui devront être élaborées dans chaque département en 2025, en étant spécifiées selon le contexte local.

    Ces conventions permettront de fixer des objectifs communs aux différents acteurs dans le champ des personnes âgées (MDPA) et du handicap (MDPH), établissant le cadre commun de leur collaboration.

    Pour ce qui concerne ses différentes interventions, le budget voté de la CNSA se situe également dans le cadre des objectifs de sa convention d’objectifs et de gestion, qu’il s’agisse notamment du développement des plateformes d’information et de service, du financement de la recherche et de l’innovation (nouveaux projets et partenariats, missions du centre de ressources et de preuves), ou des actions de modernisation, de professionnalisation et de soutien au secteur.

     

  • Etude : l’empathie des chatbots d’IA mise à mal par des biais raciaux

    L’essor des LLM en santé mentale

    Faute de suffisamment de professionnels de santé mentale, ou par crainte d’en consulter un, le monde numérique attire de plus en plus de personnes cherchant du soutien en santé mentale. Pour répondre à cette demande, plusieurs applications spécialisées dans les soins psychologiques se sont développées et certaines d’entre elles sont basées sur des LLM comme GPT-4.

    Afin de savoir si les conseils délivrés par l’intelligence artificielle sont de qualité et s’ils respectent une forme d’équité envers tous les patients, une équipe de chercheurs issus du MIT, de l’Université de New York et de l’UCLA ont mené une étude. Ils sont partis d’un ensemble de données de 12 513 publications avec 70 429 réponses provenant de 26 forums liés à la santé mentale et ont demandé à deux psychologues cliniciens d’évaluer 50 publications aléatoirement sélectionnées. Chaque publication était associée à une réponse réelle ou à une réponse générée par GPT-4. A l’aveugle, les psychologues devaient évaluer le niveau d’empathie dans chaque réponse.

    Les résultats de leur étude ont été publiés lors de la Conference on Empirical Methods in Natural Language Processing qui s’est tenue à Miami du 12 au 16 novembre.

    Résultats : les LLM ne font pas preuve d’empathie avec tous les patients

    • Les réponses de GPT-4 étaient plus empathiques dans l’ensemble.
    • Elles étaient aussi 48 % meilleures pour encourager des changements comportementaux positifs par rapport aux réponses humaines.
    • Les niveaux d’empathie des réponses de GPT-4 étaient réduits pour les utilisateurs noirs (de 2 à 15 % inférieurs) et asiatiques (de 5 à 17 % inférieurs) par rapport aux utilisateurs blancs ou à ceux dont la race n’était pas explicitement mentionnée.
    • Lorsque le texte contenait des indices sur l’origine de la personne, les réponses de GPT-4 étaient moins affectées que celles des répondants humains.

    Ces résultats mettent en évidence que donner explicitement des instructions aux LLM pour qu’ils utilisent les attributs démographiques peut atténuer les biais. Autrement dit, la moindre empathie observée chez certains groupes est due à des biais algorithmiques, probablement dus aux données utilisées pour entraîner le modèle, qui reflètent les biais présents dans les données humaines. Les biais observés ne sont donc pas le résultat d’une intentionnalité ou d’un “racisme” propre aux LLM, mais reflètent plutôt les inégalités et stéréotypes du monde réel. Cette étude pointe par conséquent à nouveau la nécessité de disposer de data de qualité pour concevoir des outils d’IA efficaces.

    Vers la “numéricovigilance” :

    Cette préoccupation n’a pas échappé au collectif MentalTech, qui réunit des entreprises numériques en santé mentale. A l’occasion de la journée mentale de la santé mentale, ce collectif a publié en octobre un rapport sur les risques de la mise en œuvre à grande échelle de ces outils. Selon eux, il est « crucial d’établir un cadre national de matériovigilance spécifique à l’IA pour vérifier l’absence de biais. Nous nous inspirons ici des principes de la pharmacovigilance, adaptés dans ce contexte sous l’appellation de « numéricovigilance ».

     

     

    * Can AI Relate: Testing Large Language Model Response for Mental Health Support

    Saadia Gabriel, Isha Puri, Xuhai Xu, Matteo Malgaroli, Marzyeh Ghassemi

    Findings of the Association for Computational Linguistics: EMNLP 2024

     

  • Health&Tech Summit 2024 : vers une évaluation harmonisée des DMN en Europe

    De g. à dr. : Aude Rochereau, Sarah Zohar, Magali Boers, Corinne Collignon, Barbara Hoefgen, Louisa Stuwe - @ Health&Tech Intelligence
    De g. à dr. : Aude Rochereau, Sarah Zohar, Magali Boers, Corinne Collignon, Barbara Hoefgen, Louisa Stuwe – @ Health&Tech Intelligence

    État des lieux de l’accès au marché des DMN

    Lors du Health&Tech Summit organisé du 17 au 19 décembre à Parisanté Campus par Care Insight, plusieurs experts internationaux ont présenté les travaux en cours pour l’harmonisation de l’évaluation des dispositifs médicaux numériques. Modérée par Louisa Stuwe, directrice de projet Innovation et Europe au ministère de la Santé, cette session a réuni : Magali Boers, responsable de la Digitalisation au ministère de la Santé et de la Sécurité sociale du Luxembourg, Corinne Collignon, responsable de la mission numérique en santé à la Haute autorité de santé (HAS), Sarah Zohar, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Jérôme Fabiano, directeur adjoint d’EIT Health FranceBarbara Höfgen, responsable de l’unité Digital health and nursing applications à l’Institut fédéral des produits pharmaceutiques et médicaux (BfArM), ainsi que le Dr Sonja Fulmer, directrice adjointe au Digital health center of excellence à la Food and Drug Administration (FDA) et le Pr Peter Pitts, président au Center for Medicine in the Public Interest.

    Les DMN révolutionnent la santé en combinant des algorithmes complexes et en générant directement des données de santé électroniques. Bien que leur utilisation progresse, leur accès reste inégal à travers l’Union européenne en raison de l’absence de cadres d’évaluation institutionnalisés dans plusieurs États membres. Cette fragmentation freine leur intégration dans les systèmes de santé.

    Une taskforce européenne pour l’harmonisation

    Face à ces disparités, la Taskforce européenne pour l’évaluation harmonisée des DMN (EvalEUDMD) a été mise en place. Son objectif : classer les DMN et aligner leurs procédures d’évaluation des technologies de santé (HTA) afin d’harmoniser les processus nationaux de remboursement.

    Les travaux sont organisés en trois axes majeurs :

    • Classification commune des DMN (work package 1) : développer une grille européenne commune basée sur les fonctionnalités et les catégories d’évaluation.
    • Exigences en matière de preuves (work package 2) : déterminer la quantité, la qualité et le type de données nécessaires pour l’évaluation des DMN.
    • Évaluation sociétale et intégration dans les systèmes de santé (work package 3) : élaborer un cadre pour évaluer l’impact sociétal et l’implémentation des DMN.

    Un comité consultatif externe apporte des perspectives multisectorielles et partage des exemples concrets pour enrichir les recommandations finales.

    La “matrice d’évaluation”, un outil d’aide à la décision :

    Une matrice d’évaluation (evidence matrix) des preuves est proposée pour structurer les processus décisionnels lors du développement et de l’évaluation des DMN. Basée sur le modèle EUnetHTA (HTA Core Model), elle contextualise les exigences en matière de preuves cliniques, techniques, économiques et sociétales. Cette matrice permet de mieux guider les agences nationales d’HTA et d’encourager des discussions interétatiques.

    Utilisé pour produire et partager des informations sur l’évaluation des technologies de santé, le HTA Core Model est un cadre méthodologique qui repose sur trois composantes principales :

    • des questions standardisées (ontologie) : structure hiérarchique pour définir les questions de recherche ;
    • un guide méthodologique : pour aider à répondre aux questions ;
    • et une structure de rapport commune : présentation des résultats sous forme de paires question-réponse.

    Son utilisation est gratuite mais régie par une licence spécifique.

    Le HTA Core Model - @ EUnetHTA
    Le HTA Core Model – @ EUnetHTA

    Défis et opportunités dans la régulation de l’IA

    Lors de son intervention, Peter J. Pitts a partagé une réflexion sur l’impact croissant de l’IA dans le secteur de la santé du XXIe siècle. Il a souligné que cette technologie, bien qu’elle génère de grandes quantités de données, ne doit pas être perçue comme une simple collecte d’informations, mais comme un outil essentiel pour améliorer la prise de décision clinique et la surveillance des produits médicaux commercialisés.

    Selon lui, les systèmes réglementaires actuels doivent évoluer pour s’adapter à cette nature itérative et adaptative de l’IA, en mettant l’accent sur l’interopérabilité et la standardisation des outils afin de favoriser une gestion plus efficace des risques et une innovation plus rapide. Il a aussi souligné que, même si l’IA peut traiter des volumes massifs de données, elle ne doit pas remplacer l’intuition humaine dans la prise de décisions critiques, notamment en matière de sécurité des patients et de validation des informations. Enfin, il a évoqué le rôle essentiel des autorités comme la FDA dans la mise en place de programmes éducatifs pour les experts réglementaires, afin d’améliorer leur capacité à évaluer des produits intégrant des algorithmes avancés.

    La vision de la FDA et ses efforts pour une harmonisation internationale

    Lors de son intervention, Sonja Fulmer de la FDA a présenté la stratégie américaine d’autorisation des DMN et les efforts d’harmonisation internationale. L’agence se concentre sur l’innovation responsable en matière de santé numérique, couvrant des produits allant des prothèses auditives en vente libre aux dispositifs de diagnostic du cancer de la peau assistés par IA. Elle applique une approche réglementaire basée sur le risque, ciblant les logiciels destinés au diagnostic et au traitement spécifiques, tout en excluant les applications axées sur la gestion quotidienne de la santé. Un outil interactif, le “Digital Health Policy Navigator“, guide les développeurs dans la détermination du statut réglementaire de leurs logiciels.

    En outre, le Dr Sonja Fulmer a tenu à mettre en avant les opportunités des dispositifs dotés d’IA (précision, personnalisation…), tout en soulignant des défis qui restent à relever tels que les biais algorithmiques et la transparence. Avant de conclure en évoquant les efforts de coordination internationale avec des agences comme Health Canada et la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA) britannique autour des principes de bonnes pratiques en apprentissage machine (GMLP) et des futures directives sur la gestion du cycle de vie des dispositifs d’IA.

    Perspectives futures et prochaines étapes

    En Europe, les prochaines étapes incluent la création d’un forum annuel sur l’évaluation des DMN et l’intégration des travaux au sein d’événements comme HIMSS 2025 à Paris. Un financement via la Coopération européenne dans le domaine de la recherche scientifique et technique (Cost) est également envisagé.

    À partir de janvier 2025, l’accent sera mis sur l’évaluation conjointe des médicaments orphelins et anticancéreux, avant d’étendre la coopération aux DMN de classes IIb et III d’ici 2026. Un cadre réglementaire uniformisé pourrait voir le jour dès 2030.

    Pour maximiser le potentiel des DMN, les experts de la taskforce européenne présents au Health&Tech Summit considèrent essentiel de développer des cadres d’évaluation clairs et harmonisés. L’initiative EvalEUDMD constitue une avancée majeure vers une évaluation commune, ouvrant la voie à un accès élargi et équitable aux innovations numériques en santé à travers l’Europe.

     

  • Health&Tech Summit 2024 : construire une stratégie IA & Data dans les établissements de santé

    Masterclass 2 – AI&Data Strategy Model @ HTS 2024

    Construire une stratégie IA pour les besoins opérationnels

    La Cleveland Clinic avec plus de 5 000 médecins et chercheurs salariés, desservant des patients de 185 pays dans 22 hôpitaux et plus de 220 centres ambulatoires est un exemple mondial de mise en place d’innovation data & IA au cœur d’établissements de santé. En 2023, la clinique a introduit le premier système quantique IBM dédié à la santé, une initiative qui incarne sa vision de créer un écosystème d’innovation en santé. L’accès aux données et leur gestion sont au centre de ses activités en témoignent les plateformes avancées qui exploitent des millions de points de données pour optimiser les soins. Lors de la masterclass « AI & Data Strategy Model » à l’occasion du Health & Tech Summit 2024, il a été montré comment l’intelligence artificielle (IA) et les données sont au cœur des transformations dans le secteur de la santé offrant des opportunités uniques pour améliorer les soins, rationaliser les opérations et promouvoir l’innovation.

    Les interventions ont été menées par trois experts de la Cleveland Clinic :

    • Albert Marinez, Chief Analytics Officer, spécialiste en stratégies analytiques et opérationnelles ;
    • Dr Lara Jehi, Chief Research Information Officer, reconnue pour son leadership en recherche computationnelle et partenariats stratégiques ;
    • et Beth Meese, directrice exécutive des technologies de l’information, experte en mise en œuvre d’innovations technologiques et transformation digitale dans les systèmes de santé.

    Durant son intervention, Albert Marinez a mis en avant l’importance de développer une stratégie IA centrée sur les besoins opérationnels des hôpitaux. Il a expliqué que l’IA permet d’améliorer considérablement les processus en optimisant les admissions, les transferts et les sorties des patients. L’exemple du Virtual Command Center de la Cleveland Clinic illustre comment une telle stratégie peut harmoniser les données opérationnelles en temps réel pour soutenir des décisions proactives. Cette approche réduit à la fois les inefficacités mais également les coûts tout en garantissant des soins de qualité.
    Albert Marinez a également souligné l’importance d’investir dans la formation des équipes et d’établir des modèles de gouvernance efficaces pour assurer une adoption réussie des technologies d’IA. Une stratégie IA bien conçue repose sur une infrastructure robuste, un leadership clair et une collaboration active entre les différentes parties prenantes. Selon lui, l’avenir des systèmes de santé repose sur un équilibre subtil entre la technologie, les processus et la culture organisationnelle.

    Élaborer une vision globale de l’IA pour la recherche et l’innovation

    Dr Lara Jehi, Chief Research Information Officer à la Cleveland Clinic, a présenté sa vision pour intégrer l’IA dans la recherche et l’innovation. Elle a expliqué que les données doivent être gérées dans un esprit de collaboration et non de propriété. Des initiatives telles que la biobanque de la Cleveland Clinic favorisent cette transition en offrant une visibilité et une transparence sur les échantillons et les données longitudinales utilisés. Par exemple, cette biobanque a permis de réaliser des études sur des pathologies telles que l’insuffisance cardiaque et les cancers rares en exploitant des échantillons collectés sur plusieurs décennies. Ces travaux ont abouti à l’identification de biomarqueurs prédictifs qui ont contribuer à améliorer les diagnostics précoces et les stratégies de traitement personnalisé. Par exemple, le projet de transcriptomique à cellule unique a permis d’identifier de nouvelles voies moléculaires pour le traitement des maladies chroniques. Cela illustre le potentiel des données longitudinales pour guider des décisions cliniques précises.

    Dr Jehi a également mis en évidence le potentiel des modèles génératifs, qui permettent d’extraire des informations précises à partir de vastes ensembles de données. Ces modèles, combinés à des partenariats stratégiques avec des acteurs comme IBM Quantum renforcent la capacité de l’organisation à exploiter les avancées technologiques. La Cleveland Clinic a déjà lancé plusieurs projets utilisant ces approches allant de la modélisation des récepteurs T à la prédiction des épisodes épileptiques. Ce projet mett en avant la valeur des données longitudinales pour des décisions cliniques plus informées. Dr Lara Jehi a également insisté sur l’importance de comprendre le paysage et l’écosystème autour des données publiques et privées afin d’aligner les stratégies organisationnelles sur ces ressources. Les quatre programmes collaboratifs mis en place avec IBM allant de la recherche collaborative à l’éducation illustrent cette vision. Par exemple, le programme quantique a permis à la Cleveland Clinic d’accéder à des systèmes quantiques avancés, facilitant des recherches sur la découverte de médicaments et la génomique à une échelle inégalée.

    Cleveland Clinic AI and Quantum Healthcare and Life Sciences Eco-System

    Cadre d’évaluation et de mise en œuvre des technologies IA

    Masterclass 2 – AI&Data Strategy Model @ HTS 2024

    Beth Meese, directrice exécutive des technologies de l’information à la Cleveland Clinic, a proposé un cadre pratique et structuré pour évaluer et mettre en œuvre les technologies IA dans les systèmes de santé. Elle a expliqué que le succès repose sur une évaluation rigoureuse prenant en compte des critères tels que la sécurité des données, la flexibilité des solutions et leur compatibilité avec les systèmes existants. Beth Meese a partagé des exemples concrets notamment un programme pilote qui a réduit le temps de documentation des médecins de 25 %, tout en améliorant leur satisfaction et leur engagement. Ce programme a permis une augmentation des taux de fermeture des dossiers le jour même de 7 % et une réduction de 30 minutes par semaine du temps consacré à la documentation en dehors des heures de travail. Ces résultats montrent comment l’IA peut être un outil puissant pour améliorer l’efficacité et le bien-être des professionnels de santé.
    Beth Meese a également insisté sur l’importance de la gestion du changement pour assurer l’adoption des technologies par les utilisateurs. Elle a mis en avant la nécessité d’une formation adaptée et d’un soutien continu ainsi que d’une communication efficace pour répondre aux inquiétudes des professionnels. Une approche itérative et collaborative doit être mise en place pour maximiser les avantages de l’IA et éviter les écueils liés à une adoption précipitée.

     

  • Health&Tech Summit 2024 : Interopérabilité sémantique, 6 catégories prioritaires pour un écosystème de santé connecté

    Anne Maheust, CEO d’Interop’Santé, a ouvert la discussion en rappelant que « l’interopérabilité sémantique est une dimension essentielle de la qualité des données. Elle permet de lever les silos et d’assurer une collaboration fluide entre les différents acteurs de l’écosystème de santé. » Elle a également souligné l’importance de fédérer les producteurs de données autour d’initiatives communes, comme le fait Interop’Santé en France.

    L’interopérabilité comme levier stratégique

    Diego Kaminker (HL7 International) a présenté l’impact des standards globaux dans l’amélioration des systèmes de santé. Il a souligné que l’interopérabilité technique (structure des données) ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une interopérabilité sémantique (compréhension partagée des données). « Lorsque les données cliniques sont alignées avec des terminologies standardisées, les erreurs diminuent, et la qualité des soins s’améliore », a-t-il affirmé. Il a également évoqué les avancées de HL7 FHIR, qui fournit une API standardisée pour l’échange d’informations.

    Interrogée sur les perspectives à court terme, Catherine Chronaki (HL7 Europe) a expliqué que des efforts sont en cours pour harmoniser les priorités au niveau européen, notamment autour de six catégories prioritaires : résumés de patients, prescriptions électroniques, dispensations, rapports d’examens, résultats diagnostiques et données médicales structurées. Elle a rappelé l’importance de l’adoption collaborative de ces standards pour atteindre les objectifs fixés pour 2025.

    La France en avance sur certains domaines

    Du côté français, Thierry Dart et Maël Le Gall (ANS) ont détaillé les initiatives nationales, notamment le Cadre d’Interopérabilité des Systèmes d’Information de Santé (CI-SIS). Ils ont illustré ces efforts par des cas concrets, comme le projet Mon Espace Santé, qui intègre des données standardisées grâce à SNOMED CT et FHIR, insistant sur la nécessité d’une traduction précise des standards internationaux en contextes locaux pour garantir leur adoption par les professionnels de santé.

    Lors d’une question sur l’intégration des standards dans les systèmes existants, Nicolas Riss (ANS) a évoqué les défis techniques liés à l’hétérogénéité des données dans les établissements de santé. Il a expliqué que l’usage de terminologies comme SNOMED CT et LOINC permet non seulement de structurer les données, mais aussi de les annoter pour des utilisations secondaires, comme la recherche clinique ou l’entraînement d’algorithmes d’intelligence artificielle.

    Une vision d’avenir tournée vers les écosystèmes ouverts

    Stefan Schraps  a clôturé la session en partageant sa vision d’un écosystème de santé piloté par les données. Selon lui, l’avenir repose sur des systèmes ouverts, capables de gérer des données longitudinales tout au long de la vie d’un patient. « La structuration homogène des données est essentielle, car des données mal harmonisées créent des inefficacités et des erreurs coûteuses », a-t-il précisé. Il a également plaidé pour une adoption conjointe des standards FHIR (pour l’échange) et OpenEHR (pour la persistance des données), afin d’assurer la pérennité des systèmes.

    Perspectives à cinq ans

    En conclusion, les experts ont répondu à une question sur l’avenir de l’interopérabilité sémantique d’ici cinq ans. Tous ont convenu que l’accélération de son adoption sera inévitable, notamment sous l’effet des avancées en intelligence artificielle, qui dépendent de la qualité des données.

    Diego Kaminker a ajouté que le succès résidera dans l’utilisation universelle des standards : « Dans cinq ans, nous ne devrions même plus savoir qui utilise FHIR, car il sera omniprésent. »

    L’importance des terminologies et de la sémantique pour l’interopérabilité des données de santé

    En conclusion de la session, l’Agence du Numérique en Santé (ANS) a mis en avant le rôle des terminologies et de la sémantique dans l’interopérabilité des données de santé. Ces éléments permettent de garantir une communication efficace entre les systèmes tout en préservant la signification des informations échangées.

    Les besoins fondamentaux

    • Préserver le sens des données : La sémantique assure que la signification des données reste intacte lors des échanges entre systèmes;
    • Agréger les données : Elle permet de consolider des informations issues de sources variées pour une meilleure exploitation;
    • Enrichir les données : Grâce à l’annotation et au traitement automatique du langage naturel (NLP), il devient possible de relier des synonymes ou d’analyser des documents non structurés;
    • Raisonner sur les données : La sémantique autorise des déductions et ouvre la voie à de nouvelles connaissances.

    Les bonnes pratiques

    • Utiliser des référentiels standards : L’adoption de terminologies universelles, telles que SNOMED CT ou LOINC, est essentielle pour harmoniser les échanges;
    • Adapter les référentiels : Traduire et contextualiser les terminologies permet leur utilisation dans différents cadres nationaux;
    • Publier selon des normes : Les terminologies et leurs correspondances doivent être diffusées de manière standardisée (par exemple, avec FHIR ou RDF/OWL) pour garantir leur interopérabilité.

    En adoptant ces approches, la sémantique et les terminologies contribuent à une meilleure qualité des soins et à l’optimisation des données de santé, en consolidant un écosystème numérique centré sur le patient et son parcours.

    Un appel à l’action collective

    Cette session a mis en évidence la nécessité d’une mobilisation collective pour renforcer l’interopérabilité sémantique à l’échelle locale et globale. En harmonisant les pratiques et en formant les professionnels de santé, ces standards permettront non seulement d’améliorer les soins, mais aussi de faire des données de santé un véritable moteur d’innovation.

     

  • Health&Tech Summit 2024 : Biosency, Diampark et Curecall parmi les 6 lauréats

    6 prix pour cette 7e édition

    Pour la septième édition du Health&Tech Summit qui se déroule à PariSanté Campus, Care Insight a décidé de renouveler son célèbre “Innovation Awards & Cocktail” et d’y introduit une petite nouveauté : le prix du public. Avec cet award, 6 catégorie sont mises à l’honneur cette année :

    • santé populationnelle ; 
    • excellence opérationnelle ; 
    • intelligence artificielle générative ;
    • prévention ;
    • recherche et innovation ; 
    • prix du public. 

    Des lauréats choisis par un jury international :

    En dehors du prix du public, un jury international a scrupuleusement analysé près d’une centaine de participants pour départager les lauréats de cette édition. Responsables de l’innovation dans leur entreprise ou établissement, ou encore directeurs scientifiques… ce jury est composé d’experts dans le numérique en santé :

    Pour le prix du public, 519 personnes ont voté pour leur solution préférée et plusieurs d’entre elles ont récoltées plus de 100 votes.

    Les 6 lauréats du Innovation Awards & Cocktail 2024 :

    Voici les 6 entreprises lauréates du Innovation Awards & Cocktail de la septième édition du Health&Tech Summit :

     

  • Expérimentations en santé : 155 projets pour moderniser les parcours de soins avec l’Article 51

    Article 51 de la LFSS, expérimenter pour moderniser les soins et leur financement

    L’Article 51, introduit par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) et adopté en 2018, vise à promouvoir des expérimentations innovantes dans le domaine de la santé. Ce dispositif a été conçu dans un contexte d’augmentation des coûts, de complexité des parcours de soins et d’inégalités d’accès. L’objectif est de tester de nouvelles organisations et modèles de financement pour répondre aux défis suivants :

    • Le vieillissement de la population, avec une augmentation des maladies chroniques et des polypathologies.
    • Les inégalités d’accès aux soins, notamment dans les zones sous-dotées.
    • La nécessité de fluidifier les parcours de soins, entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social.

    L’Article 51 est ouvert à tous les acteurs du système de santé, qu’ils soient publics ou privés. Les expérimentations autorisées bénéficient d’un cadre dérogatoire qui permet d’explorer des approches originales, parfois plus difficiles à faire dans les cadres réglementaires traditionnels. Depuis sa mise en œuvre, le dispositif a mobilisé 641,2 millions d’euros et ciblé 1,5 million de bénéficiaires potentiels. Sur les 1 258 projets déposés, 155 ont été autorisés, dont 94 sont encore en déploiement.

    Six ans plus tard, le rapport parlementaire 2024 dresse un bilan riche en enseignements et en perspectives.

     

    @ Health & Tech Intelligence

     

    Les projets expérimentaux proposés dans le cadre de l’Article 51 sont évalués par un comité technique national et validés par arrêté ministériel. Les acteurs soumettent leurs projets via des appels à candidatures. Une fois acceptés, les projets bénéficient d’un financement spécifique et d’un suivi pour mesurer leur impact. Le dispositif est piloté conjointement par la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS), la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie (CNAM) et l’Agence Nationale d’Appui à la Performance (ANAP).

    Des expérimentations pour transformer l’organisation et le financement des soins

    Les expérimentations de l’Article 51 portent sur des thèmes variés et visent à répondre aux besoins des patients et des maladies comme l’obésité, les maladies cardiovasculaires et les cancers.

    Obésité : Huit expérimentations, telles que PRALIMAP, TOPASE et PROXOB, ciblent le dépistage, la prévention et la prise en charge pluridisciplinaire. Ces initiatives intègrent des outils comme les plateformes pédagogiques et des parcours coordonnés pour adultes et enfants.

    • PRALIMAP : dépistage systématique en milieu scolaire.
    • EMNO : modèle transitoire élaborant un parcours renforcé pour adultes.
    Cardiologie : Huit projets innovants, comme Cardio+ et DIVA, mettent en avant des solutions pour l’insuffisance cardiaque et les syndromes coronariens. Ces expérimentations visent à améliorer la coordination des soins entre ville et hôpital.

    • CECICS : une cellule d’expertise pour l’insuffisance cardiaque sévère.
    • WALK HOP : plateforme de télémédecine pour la réadaptation cardiaque.
    Cancérologie : Douze projets, comme Onco’Link et Livhou, facilitent le suivi des patients sous traitements complexes. Ils se concentrent sur la prévention des complications et la coordination entre les professionnels de santé

    • Livhou : suivi des cancers urologiques en rémission.
    • Onco’Link : mobilisation des pharmaciens et infirmiers pour soutenir le suivi hospitalier.

    De l’expérimentation à la norme

    La section « On passe le relais » du rapport 2024 met en avant les étapes pour intégrer les expérimentations réussies dans le droit commun. Les discussions entre l’État et les acteurs de santé visent à pérenniser les modèles validés. Ces négociations s’articulent autour des enjeux de financement, de simplification des démarches et d’alignement avec les priorités stratégiques nationales. Le Fonds d’Intervention pour la Sécurité Sociale (FISS) reste un levier. Cependant, l’adaptation budgétaire pour accompagner ces innovations reste un défi. En 2024, 87 % du financement total a été alloué aux rémunérations dérogatoires. Les expérimentations intègrent progressivement le droit commun. Cela nécessite un soutien aux acteurs concernés pour ajuster les processus et renforcer les infrastructures techniques.

    En 2024, 155 expérimentations ont été autorisées, parmi lesquelles 94 sont encore en cours de déploiement, 641 millions d’euros investis depuis 2018. Plus de 1,5 million de bénéficiaires potentiels, et 41 projets achevés, dont 25 déjà en phase transitoire vers le droit commun. Le rapport souligne également des défis budgétaires, notamment avec un budget 2023 saturé, nécessitant une révision à la hausse pour répondre aux besoins.

     

  • HTI Summit : « l’IA permet de développer les cyberattaques et les mécanismes de défense contre ces attaques » (W. Suarez)

    L’IA comme outil de prédiction de cyberattaques

    Dans cette session modérée par Jean-François Goglin (Himss), le docteur Walter Suarez, directeur “Health IT Strategy and Policy” chez Kaiser Permanente a indiqué que des hackers essayent de pénétrer les systèmes d’information hospitaliers (SIH) du groupe un milliard de fois par mois pour s’emparer des données de santé des plus de 30 millions de dossiers médicaux informatisés.

    Alors que le groupe américain a fait les frais d’une fuite de données de 13,4 millions de patients en avril 2024, Walter Suarez explique que l’IA permet de déjouer la grande majorité des attaques et même aller au-delà du simple fait de les déjouer : “les outils d’IA ne se contentent pas de détecter les cyberattaques, mais aussi de connaître leur source, ainsi que de savoir quand est ce que la prochaine attaque va arriver et de quel type d’attaque il s’agira”. Cependant, il reconnaît toutefois que l’intelligence artificielle peut parfois desservir les SIH puisque si elle est utilisée par les groupes hospitaliers pour se défendre, elle est aussi utilisée par les hackers pour créer des attaques toujours plus difficile à être détecter.

    C’est pourquoi, il insiste sur le fait que pour faciliter la gestion des données de santé au mieux et de se préparer de la meilleure des manières aux cyberattaques, il faut tout d’abord que les données de santé des patients soient stockées dans des clouds de data centers qui se trouvent dans le pays où elles sont récoltées et utilisées, dans le cas présent, aux États-Unis. Cela permet aux données de bénéficier d’une protection de la loi où elles sont conservées.

    La cybersécurité encore loin dans les priorités des hôpitaux

    De son côté, Christophe Mattler, directeur de projet à la Délégation au numérique en santé, reconnaît que l’utilisation de l’IA est très efficace pour renforcer la sécurité des SIH mais que ces hôpitaux ne se soucient que trop peu de la cybersécurité : pour illustrer son propos, il explique que la technologie de l’information (IT) ne représente que 1,6 % du budget des hôpitaux (publics, ainsi que quelques hôpitaux privés) et que le budget concernant la cybersécurité est compris dans ce pourcentage. Une information qui a été confirmée par le docteur Suarez, lui-même, qui avoue que Kaiser Permanente ne dédie que 4 % de son budget aux technologies de l’information, alors que cela est trois à quatre fois plus élevés dans les autres secteurs que celui de la santé.

    Une anticipation de l’informatique quantique nécessaire :

    Tenant compte de cette réalité, les deux intervenants ont ensuite été questionnés au sujet du risque cyber que pouvait représenter l’informatique quantique pour les hôpitaux et leurs données. Walter Suarez a expliqué que les outils d’IA utilisés actuellement et qui permettent de déjouer plusieurs milliards d’attaques par an, ne seront plus suffisantes pour protéger les SIH lors de l’avènement de cette nouvelle technologie.

    C’est pourquoi plusieurs groupes hospitaliers américains sont développent des protocoles de résistances au quantique (“quantum resisting protocol”), notamment la cryptographie post-quantique (“post-quantum cryptography”), pour se préparer au mieux à l’arrivée de cette technologie et garantir la sécurité de l’information face à une attaque venant d’une entité disposant d’un calculateur quantique. Parmi les projets en cours de développement, il y a celui de la Cleveland Clinic, cité par le docteur Suarez et développé par l’équipe du docteur Lara Jehi (présente elle aussi au Summit dans plusieurs sessions) qui devrait être finalisé en 2025.

    Christophe Mattler a quant à lui indiqué que s’il faut tout de même “accepté d’être dans un risque continuel de cyberattaque, qui pourrait se renforcer avec la venue des calculateurs quantiques”, il est important de prendre cette technologie comme un challenge et de penser avec 10 ans d’avance pour se préparer à son arrivée et pouvoir agir en conséquence lorsqu’elle sera là. Il a cité l’initiative de l’ Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) qui possède une équipe interdisciplinaire dédiée au quantique qui a pour objectif de “développer à la fois des méthodes et des dispositifs expérimentaux assurant un traitement robuste de l’information quantique”.