Un enjeu mondial pour la santé publique
La résistance aux antimicrobiens représente l’un des plus grands défis de santé publique à l’échelle mondiale. L’optimisation de l’utilisation de ces molécules grâce aux technologies de santé numérique émerge comme une approche prometteuse pour améliorer le diagnostic, le traitement et la surveillance des infections bactériennes.
Pour que ces technologies puissent atteindre leur plein potentiel, il est cependant indispensable de définir les données nécessaires à la prise de décision et d’assurer leur collecte et leur partage de manière optimale. Cet article de The Lancet, le premier d’une série consacrée à l’utilisation des dispositifs innovants pour combattre la RAM, examine les variables clés et les obstacles à surmonter pour une adoption mondiale équitable.

L’importance des données pour l’optimisation des prescriptions :
Les nouvelles technologies offrent un potentiel significatif pour améliorer les traitements antimicrobiens, mais leur efficacité est limitée par des défis liés à la collecte et la gestion des données. Parmi les obstacles majeurs figurent les exigences de données non standardisées, l’absence de liens entre les différentes bases de données, et le risque de biais qui pourrait amplifier les inégalités dans les résultats de santé. Le succès des outils numériques repose sur la capacité à recueillir des données pertinentes sur trois aspects : l’hôte, le pathogène et l’antibiotique. Ces données permettront d’ajuster les traitements en fonction des spécificités de chaque patient, d’éviter les effets secondaires et de limiter l’impact sur la résistance antimicrobienne.
Les variables clés pour une prise de décision optimisée :
Les décisions de prescription d’antimicrobiens sont influencées par un ensemble complexe de variables, qui varient selon le contexte local, les croyances des cliniciens et les données disponibles. Les technologies médicales doivent pouvoir intégrer des informations sur les pathogènes, l’immunité de l’hôte, les comorbidités et les interactions médicamenteuses, mais aussi sur les conditions environnementales. De plus, des données robustes sur l’exposition aux médicaments et leur efficacité sont cruciales pour éviter les risques d’effets secondaires et de résistance. Malheureusement, les solutions actuelles ne capturent pas encore toutes ces informations de manière systématique.
La variabilité de l’exposition au médicament est un facteur déterminant :
Une des clés de l’efficacité du traitement réside dans l’exposition adéquate du patient aux antimicrobiens. Il existe une relation directe entre la concentration du médicament dans le corps, l’efficacité du traitement, l’apparition de toxicités et le développement de la résistance. Cependant, cette exposition varie considérablement d’un patient à l’autre, et les tests de concentration du médicament sont souvent limités aux antibiotiques à faible indice thérapeutique. Les outils numériques peuvent jouer un rôle majeur en permettant une surveillance continue et en fournissant des données précises qui pourraient être utilisées pour ajuster le traitement en temps réel.
Des défis liés à la surveillance des résistances et des effets secondaires :
L’évaluation des résistances et des effets secondaires des antimicrobiens constitue un autre défi majeur. Les outils numériques actuelles peinent à capturer de manière systématique et fiable les données sur l’émergence de la résistance et la gestion des effets indésirables, comme les toxicités rénales ou gastro-intestinales. Bien que les technologies de surveillance, telles que les dispositifs portables, offrent des perspectives intéressantes pour suivre l’évolution de l’état des patients, elles nécessitent une meilleure intégration des données cliniques et environnementales pour être pleinement efficaces.
Une approche “One Health” pour une stratégie globale
Pour que ces nouvelles technologies atteignent leur potentiel, il est nécessaire d’adopter une approche « One Health », prenant en compte l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Cela inclut la collecte de données environnementales, telles que les niveaux de contamination dans les eaux usées, qui peuvent influencer la propagation de la RAM. Une stratégie mondiale visant à optimiser l’utilisation des antimicrobiens doit donc inclure des solutions numériques accessibles à l’échelle mondiale, tout en garantissant l’équité d’accès et la durabilité des technologies déployées.
Les considérations stratégiques pour une adoption mondiale des nouvelles technologies :
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en place une stratégie mondiale sur la santé numérique pour 2020-2025, soulignant l’importance d’une adoption universelle des technologies de santé. Cependant, pour que ces technologies soient véritablement efficaces dans la lutte contre la RAM, il est essentiel de définir des cadres de données standardisés et reproductibles. Les innovations doivent être capables d’intégrer une variété de données, notamment issues de l’intelligence artificielle (IA), des dispositifs portables et des tests génomiques, et être déployées dans des contextes locaux spécifiques tout en minimisant les biais.
Vers une transformation numérique de la lutte contre la RAM
Les technologies de santé numérique représentent une avancée significative dans la gestion de la RAM, avec des applications potentiellement révolutionnaires pour optimiser l’utilisation des antimicrobiens. Toutefois, pour que ces outils atteignent leur pleine efficacité, il est crucial de surmonter les défis liés à la collecte, à la gestion et à l’analyse des données. En développant des solutions adaptées à tous les pays, qu’ils soient riches ou à revenu intermédiaire, et en renforçant la collaboration entre secteurs public et privé, la santé numérique pourrait jouer un rôle clé dans la lutte mondiale contre la résistance antimicrobienne.
* Using digital health technologies to optimise antimicrobial use globally
Timothy M Rawson, Nina Zhu, Ronald Galiwango, Derek Cocker, Mohammad Shahidul Islam, Ashleigh Myall, et al.
2024/12/01 – The Lancet Digital Health







