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  • Santé numérique : une cartographie dynamique pour guider les acteurs de soins (DGOS)

    Une cartographie évolutive au rythme des avancées

    La Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a récemment publié une cartographie des “leviers du numérique” pour la transformation des soins en France. À travers ce document, la DGOS vise à renforcer le dialogue entre tous les acteurs pour une transformation numérique au service des usagers du système de soins, tout en identifiant les priorités de développement.

    Cette cartographie propose un état des lieux des cas d’usage dans différents secteurs du système de soins, tels que les établissements de santé, les pharmacies ou encore les laboratoires. Elle a été réalisée en collaboration avec les partenaires ministériels, les agences régionales de santé (ARS), la Caisse nationale de l’Assurance Maladie et des acteurs industriels. La DGOS annonce qu’elle mettra à jour régulièrement cette cartographie en fonction des avancées, des besoins exprimés et des orientations stratégiques nationales.

    Le document rappelle notamment le périmètre et les atouts du numérique en santé : faciliter l’identification de molécules candidates, libérer du temps pour les soignants et optimiser les dépenses de santé.

     

    @ Cartographie des usages du numérique dans l’offre de soins – décembre 2024 (DGOS)

    Comment lire la cartographie : cas d’usage pour les métiers et recensement des actions publiques

    Pour chacune des huit unités de soins représentées*, la cartographie prend soin de séparer les pôles qui la constituent. Exemple : pour les maisons et centres de santé, on distingue la partie administrative, les activités de soins et la coordination des parcours de soins. Un deuxième échelon détaille les activités de manière plus précise au sein de ces parties (stratégie, ressources humaines ou aide au diagnostic). Aussi, une icône représente les technologies utilisées par pôle (intelligence artificielle, jumeau numérique, métavers ou télésanté).

    Une partie est dédiée à « l’action publique ». Pour chacune des trois parties suivantes : stratégie, dispositifs et financements, la cartographie apporte des précisions sur les démarches existantes. Dans le même exemple, on distingue que les maisons et centres de santé bénéficient de dispositifs comme « Mon espace santé », « e-parcours » ou encore « tiers lieux expérimentation ». En matière de financement, on retrouve le « Ségur du numérique » ou des « accords conventionnels ».

    @ Cartographie des usages du numérique dans l’offre de soins – décembre 2024 (DGOS)

     

    Pour terminer, une synthèse reprend les principales thématiques d’intérêt et les cas d’usage associés. Sans réellement entrer dans les détails, on s’aperçoit que, dans la partie « planification et pilotage », les cas d’usage concernent la prévision des flux et des activités, l’automatisation des processus et l’aide à la décision via des modèles prédictifs.

     

    @ Cartographie des usages du numérique dans l’offre de soins – décembre 2024 (DGOS)

     

    Pour consulter la cartographie de la DGOS (lien).

    * liste des acteurs : les établissements de santé (ES et ESMS), les soins non programmés, les cabinets, maisons et centres de santé, les pharmacies, les patients, les laboratoires et plateaux techniques, les institutions.

     

  • Antibiorésistance : un test certifié CE mesure la sensibilité bactérienne aux phages avec une efficacité élevée

    Une menace sanitaire mondiale urgente

    Phaxiam Therapeutics a récemment dévoilé, lors du Phagogram Day à Lyon, les avancées liées à son test de diagnostic in vitro marqué CE. Ce test innovant permet d’évaluer la sensibilité des bactéries aux bactériophages (phages), des virus naturels ciblant spécifiquement des souches résistantes comme Staphylococcus aureus, Pseudomonas aeruginosa, Acinetobacter baumannii, et Escherichia coli.

    L’antibiorésistance est responsable de 12 500 décès annuels en France, selon l’Alliance contre les bactéries multirésistantes, et pourrait entraîner jusqu’à 39 millions de décès mondiaux d’ici 2050, d’après The Lancet. En Europe, son impact sanitaire rivalise avec celui des grandes maladies infectieuses combinées (grippe, tuberculose, VIH).

    Les limites des méthodes conventionnelles

    Actuellement, l’évaluation de la sensibilité des bactéries aux antibiotiques repose sur trois approches principales :

    • La diffusion en milieu gélosé (méthode de Kirby-Bauer) : utilisation de disques imprégnés d’antibiotiques sur une gélose pour mesurer des zones d’inhibition.
    • Les microdilutions liquides : test en milieu liquide permettant de déterminer des concentrations inhibitrices minimales.
    • La concentration minimale inhibitrice (CMI) : mesure précise de la concentration minimale d’un antibiotique empêchant la croissance bactérienne.

    Malgré leur efficacité, ces techniques présentent des limites, telles qu’un temps d’analyse long, une sensibilité réduite pour certaines résistances spécifiques, et une variabilité des résultats.

    Résultats prometteurs pour le Phagogramme

    L’analyse rétrospective menée sur 398 souches cliniques a révélé des résultats impressionnants :

    • 98,7 % des souches de S. aureus sensibles à au moins un phage dédié.
    • 71,3 % des souches de P. aeruginosa répondant favorablement.

    Une marché estimé à 3,35 milliards d’euros

    Le test de cette société lionnaise cotée sur le Nasdaq Capital Market aux Etats- et sur le marché réglementé d’Euronext à Paris pourrait non seulement orienter les traitements à base de phages, mais aussi jouer un rôle clé dans la lutte contre la résistance antimicrobienne. Le marché mondial du diagnostic in vitro lié à cette technologie est estimé à 3,35 milliards d’euros en 2024, selon Global Market Insights.

     

  • FDA : Encadrer l’IA générative dans les dispositifs médicaux (4 points à retenir)

    Les lignes directrices de la FDA pour encadrer l’IA en santé

    La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a entrepris plusieurs initiatives pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) et de l’apprentissage automatique (AA) dans les dispositifs médicaux. En janvier 2021, l’agence publiait un plan d’action pour encadrer l’IA en santé. Décembre 2024, trois hauts fonctionnaires de la FDA ont publié un article dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), détaillant des guidelines pour réglementer l’IA en santé.

    À ce jour, la FDA a autorisé près de 1 000 dispositifs médicaux équipés d’IA.

    Récemment, l’agence a intensifié ses efforts pour encadrer l’utilisation de l’IA générative dans les dispositifs médicaux. Lors de la première réunion de son Comité consultatif sur la santé numérique, les 20 et 21 novembre 2024, la FDA a réuni des représentants de l’industrie et des patients pour discuter des défis posés par cette technologie. L’accent a été mis entre autres sur la nécessité d’une surveillance des performances des dispositifs après leur déploiement en milieu clinique.

    « Pour être efficaces dans notre rôle de protecteurs de la santé publique, il est essentiel que nous adoptions ces technologies révolutionnaires, non seulement pour suivre le rythme des industries que nous régulons, mais aussi pour utiliser les canaux réglementaires et la supervision afin d’améliorer leurs applications de manière efficace, cohérente et équitable » – Robert Califf, commissaire de la FDA.

    Voici quatre points de la discussion du 20 et 21 novembre.

    Les patients veulent savoir

    Grace Cordovano, fondatrice d’Enlightening Results, a relaté son expérience suite à une mammographie qui mentionnait l’usage d’un logiciel de détection améliorée du cancer du sein. Les résultats, bien que normaux, signalaient des anomalies bénignes, mais ses demandes d’éclaircissements auprès du centre d’imagerie sont restées sans réponse. Un mois plus tard, elle a reçu une convocation pour une IRM, générant de l’incertitude sur les raisons de cet examen. Une enquête récente révèle que 91 % des patients souhaitent être informés de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans leurs soins, un point que Cordovano considère essentiel pour inclure les patients comme acteurs des dispositifs d’IA médicale. La FDA préconise d’informer patients et professionnels sur le rôle de ces outils et sur les données qu’ils exploitent dans la prise en charge. Le comité a également recommandé d’expliquer comment ces dispositifs contribuent aux soins et quelles données ils utilisent.

    Élargir l’accès aux soins avec l’IA tout en garantissant l’équité

    Michelle Tarver, responsable du Centre pour les dispositifs et la santé radiologique de la FDA, a indiqué que l’intelligence artificielle peut élargir l’accès aux soins pour les populations sous-desservies, tout en alertant sur son potentiel à accentuer les inégalités. Jessica Jackson, membre du comité consultatif, estime que la performance équitable des dispositifs médicaux doit devenir un critère fondamental. Elle souligne l’importance d’intégrer les communautés marginalisées dans les essais cliniques afin que leurs données puissent enrichir les modèles d’IA à venir. La FDA impose actuellement aux fabricants d’évaluer la diversité des données dans leurs études pour l’approbation des dispositifs et rejette les produits manquant de représentativité.

    Des établissements non préparés

    Des représentants hospitaliers ont présenté leurs cadres d’évaluation de l’intelligence artificielle, soulignant l’impréparation des établissements à déployer cette technologie de façon autonome. Michael Schlosser, vice-président de la transformation des soins chez HCA Healthcare, a insisté sur l’obligation de former les utilisateurs d’IA impliqués dans les soins. Il a toutefois précisé que son organisation n’était pas encore disposée à déléguer des décisions cliniques entièrement à des modèles d’IA générative.

    Limiter les erreurs de l’IA médicale

    Nina Kottler, directrice médicale adjointe pour l’IA clinique chez Radiology Partners, a expliqué que leur organisation utilise un outil génératif pour résumer les rapports radiologiques, mais que chaque résumé est revu et corrigé par un radiologue. Le taux d’erreurs cliniquement significatives de cet outil est de 4,8 %, contre 1 % pour les rapports validés par un expert. Kottler a insisté sur la nécessité de valider et de former les utilisateurs afin de minimiser ces erreurs. Le comité a évoqué l’obligation pour les fabricants de concevoir des systèmes permettant de détecter, surveiller et signaler les erreurs, en recommandant à la FDA d’établir des exigences claires à cet égard.

     

  • Collaboration entre Hinge Health et Amazon pour les soins musculosquelettiques

    Impact économique des TMS sur les entreprises françaises

    Les troubles musculosquelettiques (TMS) sont la première cause de morbidité liée au travail en France. Ils concernent 88 % des maladies professionnelles reconnues par le régime général, et représentent un coût entre entre 100 et 500 euros par an, et par salarié. Ces affections touchent principalement les muscles, les tendons et les nerfs, entraînant douleurs et limitations fonctionnelles. Les secteurs les plus concernés incluent l’industrie manufacturière, la construction, ainsi que la santé humaine et l’action sociale.

    Amazon Health intègre Hinge Health à son offre de services

    En décembre 2024, Hinge Health, une plateforme numérique de soins musculosquelettiques fondée en 2015 et basée à San Francisco, a annoncé une collaboration avec Amazon Health Services. Ce partenariat permet aux utilisateurs d’Amazon de vérifier leur éligibilité à la couverture des services de Hinge Health via leur employeur ou leur régime de santé sur le site d’Amazon Health. En cas d’éligibilité, ils peuvent accéder aux soins musculosquelettiques proposés par Hinge Health, incluant des plans de traitement personnalisés supervisés par une équipe de soins composée de kinésithérapeutes agréés et de coachs de santé certifiés. Pour les personnes souffrant de douleurs intenses, Hinge Health offre également Enso, un dispositif portable approuvé par la FDA, fournissant une stimulation nerveuse électrique pour soulager la douleur.

    Les géants de la tech investissent dans les services de santé numériques

    Ce partenariat s’inscrit dans une tendance plus large d’intégration des services de santé numériques par des géants de la technologie. Amazon élargit son offre de programmes de santé en ligne, visant à connecter les individus à des solutions de santé numériques de qualité, souvent disponibles en tant qu’avantages parrainés par l’employeur. Cette collaboration avec Hinge Health, premier partenaire de soins musculosquelettiques d’Amazon, simplifie le parcours vers une meilleure santé pour ceux souffrant de TMS. Hinge Health envisage une entrée en bourse début 2025 après avoir engagé Morgan Stanley et d’autres banques d’investissement. L’entreprise a levé 828 millions de dollars en financements, atteignant une valorisation de 6,2 milliards de dollars en 2021. Elle a noué des partenariats stratégiques récents : en août 2024 avec Midi Health pour soutenir les femmes en ménopause, avec Sun Life en juillet pour proposer des soins numériques et avec Upswing Health en juin pour offrir une prise en charge intégrée des blessures orthopédiques. En 2023, Hinge a élargi son offre aux soins à domicile en personne pour compléter ses services.
  • Cancer féminin : l’OMS appelle à agir pour éviter 2 millions de décès d’ici 2040

    Une urgence sanitaire et financière

    Le 2 décembre 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport sur l’impact sanitaire et économique des cancers du sein et du col de l’utérus en Méditerranée orientale. Sans prise en charge efficace, ces maladies pourraient causer 2 millions de décès et coûter 379 milliards de dollars d’ici 2040. L’OMS préconise des mesures simples, comme la vaccination contre le HPV et le dépistage précoce, pour sauver des vies et réduire les coûts économiques. Protéger la santé des femmes contribue à la stabilité économique et sociale de la région.

     

    Women’s cancer in the WHO Eastern Mediterranean Region Situation analysis and investment case report (WHO report)

     

    Des programmes de prévention en Afrique subsaharienne ont démontré que l’intégration des dépistages du cancer dans les soins de santé primaires permet d’améliorer l’accès aux soins et de réduire les inégalités. Par exemple au Niger, le programme WHO PEN de l’OMS intègre le dépistage des cancers gynécologiques dans les services de santé primaire, facilitant l’accès pour les femmes des zones rurales. Des projets menés au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Sénégal ont intégré le dépistage du cancer du col de l’utérus, avec des bons résultats en termes d’acceptabilité et de faisabilité. Ces initiatives ont eu des impacts positifs sur l’éducation à la santé des femmes.

    Investir dans la vaccination HPV et le dépistage

    L’OMS a mené une analyse des systèmes de santé et des retombées économiques des cancers féminins dans la région. Elle recommande des interventions susceptibles de réduire cette charge.

    • Vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) : la mesure préventive pourrait empêcher de nombreux cas de cancers du col de l’utérus. Chaque dollar investi dans cette vaccination pourrait générer jusqu’à 6,2 dollars de retour sur investissement. À un taux de couverture de 90 %, cette intervention pourrait réduire l’incidence du cancer du col de l’utérus de 81 %
    • Diagnostic précoce et traitement des cancers du sein : Ces actions permettraient d’éviter 73 000 décès d’ici 2040 et d’assurer un retour économique de 6,4 à 7,8 dollars pour chaque dollar investi. Pour le cancer du sein, cette stratégie pourrait réduire la mortalité de 26 %.
    • Dépistage ciblé :  Le dépistage reste essentiel pour identifier les cas précoces.
    Women’s cancer in the WHO Eastern Mediterranean Region Situation analysis and investment case report (WHO report)

    Pour maximiser l’impact des mesures proposées, l’OMS insiste sur l’importance de lever les obstacles culturels, sociaux et économiques à l’accès aux soins. Le recours à des agents de santé communautaires, des campagnes de sensibilisation adaptées aux contextes locaux figurent parmi les stratégies recommandées.

    Intégration des cancers féminins dans les politiques de santé

    Le rapport insiste sur l’importance d’intégrer les soins liés aux cancers féminins dans les stratégies de santé existantes, notamment les soins primaires. Une approche intégrée permettrait d’optimiser les ressources et d’améliorer la prise en charge des patientes. L’expansion des programmes de vaccination et de dépistage, associée à des politiques de sensibilisation adaptées, pourrait transformer la prévention et le traitement de ces maladies. L’OMS recommande également de renforcer les infrastructures de santé et d’assurer une couverture financière via les systèmes d’assurance. L’amélioration de l’approvisionnement en vaccins HPV, le développement de tests d’autoprélèvement et l’utilisation des infrastructures PCR existantes pour le dépistage offrent des solutions abordables.

    Des défis culturels et infrastructurels à surmonter

    Des obstacles persistent ; l’instabilité politique dans la région, les lacunes dans la coordination des campagnes de sensibilisation et les limitations des financements compromettent l’efficacité des programmes. La faible adhésion des femmes aux dépistages organisés souligne l’importance de lever les barrières culturelles et structurelles.

    Une opportunité économique et sanitaire

    Avec des mesures bien ciblées, il est possible d’éviter 73 000 décès liés à ces maladies et de réduire leur impact économique. Le rapport de l’OMS invite les gouvernements et les décideurs à considérer ces interventions comme des investissements stratégiques. Prévenir et traiter les cancers féminins ne se limite pas à sauver des vies : cela renforce également la résilience économique des pays en réduisant les pertes de productivité.

     

  • Liban : une stratégie en santé numérique axée sur les usagers et les données

    Un pionnier dans la région dès les années 1990

    Le ministère de la Santé libanais a été pionnier dans l’automatisation de ses processus interne et a créé un département d’informatique en santé dès le début des années 2000. En 2013, il a lancé le Programme national de santé électronique, qui englobe aujourd’hui 22 outils numériques. Ces outils sont majoritairement développés localement et répondent aux besoins spécifiques du système de santé. En effet, le Liban possède un système de santé fragmenté et sous pression depuis plusieurs années. Les défis sont exacerbés par des crises successives : l’afflux de réfugiés syriens, l’explosion du port de Beyrouth, la pandémie de Covid-19 et les instabilités sociopolitiques.

    La dévaluation de la livre libanaise a aggravé les problèmes de financement de la santé. Les dépenses à la charge des ménages ont augmenté, affectant particulièrement les populations les plus vulnérables. En réponse, le ministère de la Santé a élaboré une stratégie de santé pour 2030 qui vise à renforcer la résilience du système grâce à une transformation numérique en profondeur. A sa tête, le Dr Firass Abiad a montré un engagement fort pour moderniser le secteur en organisant en mai 2023 le Digital Health Retreat, qui a réuni toutes les parties prenantes pour discuter des priorités du pays, telles que la gouvernance, la gestion des données et les besoins des usagers. Cela a abouti en 2024 à l’élaboration d’une stratégie pour la santé numérique.

    Dans cet article, et à l’occasion de la participation du Dr Firass Abiad, le 18 décembre, au Health&Tech Summit 2024, Health&Tech Intelligence revient en détails sur les axes et objectifs de cette stratégie nationale, mais aussi sur l’historique du développement de la santé numérique au Liban.

    Synthèse et chiffres clés de la santé numérique au Liban – @ Health&Tech Intelligence

    Objectifs et vision stratégiques

    La stratégie libanaise a pour objectif de transformer le système de santé en un écosystème moderne, interopérable et centré sur ses bénéficiaires. La vision du pays consiste à garantir un accès amélioré à des soins de qualité, personnalisés et accessibles grâce aux dossiers médicaux électroniques (EHR), la télésanté, l’IA et l’analyse de données.

    Pour atteindre ces objectifs, la stratégie repose sur quatre principes directeurs :

    • 1️⃣ une gouvernance solide : mise en place d’un cadre réglementaire pour protéger les données et sécuriser leur utilisation ;
    • 2️⃣ l’inclusion et la durabilité : afin de réduire les inégalités d’accès et garantir que les technologies de santé soient accessibles à l’ensemble de la population ;
    • 3️⃣ une approche centrée sur les personnes : afin d’impliquer les patients dans leur parcours de soins et dans la conception des solutions numériques ;
    • 4️⃣ une collaboration locale et internationale : afin de mobiliser les ressources, partager les connaissances et s’aligner sur des standards internationaux.

    Synthèse des axes stratégiques de la stratégie de santé numérique :

    Axe stratégique Détails
    Rendre le patient et les professionnels de santé plus autonome et acteur de leur santé
    • Plateformes numériques centrées sur les utilisateurs : développer et améliorer des outils tels qu’AMAN (identifiant unique de santé) et Meditrack (suivi des médicaments), en intégrant les retours des utilisateurs.
    • Littératie numérique : lancer des campagnes de sensibilisation et des plateformes éducatives pour former les usagers et professionnels à l’usage des outils numériques grâce à des formations, ateliers et ressources accessibles.
    Renforcement des infrastructures et de l’interopérabilité
    • Dossiers médicaux électroniques standardisés : mise en place de systèmes d’échange d’informations interopérables et sécurisés, alignés sur des standards internationaux.
    • Connectivité et réseaux : mise en place avec le ministère des télécommunications d’un accès haut débit dans les régions sous-desservies et adopter des solutions énergétiques durables.
    Encourager l’innovation et l’entrepreneuriat inclusifs
    • Centres d’incubation pour la santé numérique : soutenir les startups avec des fonds d’investissement et des partenariats avec des hubs comme Berytech et Flat6Labs.
    • Recherche scientifique : réutilisation des données provenant des plateformes numériques pour développer des politiques basées sur des preuves et renforcer la recherche en santé numérique.
    Gouvernance et protection des données
    • Réglementation de la confidentialité et de la sécurité : mise à jour des lois comme celle de 2017 sur la protection des données pour garantir un traitement éthique et sécurisé des données.
    • Standards éthiques : application des principes de transparence et de responsabilité dans l’utilisation des technologies d’IA.
    Collaboration régionale et internationale
    • Participer à des initiatives mondiales et régionales pour harmoniser les standards comme le Digital Health Atlas de l’OMS et partager des bonnes pratiques.
    Modèles de financement et partenariats public-privé
    • Collaborer avec les opérateurs télécoms pour proposer des forfaits mobiles abordables adaptés aux besoins de santé numérique.
    • Travailler avec les assureurs pour élaborer des modèles de remboursement pour les outils numériques.

    Une gouvernance centralisée et collaborative

    Un comité directeur, composé de représentants des ministères, d’experts en santé numérique et d’organisations internationales, est chargé de définir les orientations nationales et de superviser la mise en œuvre de la stratégie. Parallèlement, un comité technique regroupe des spécialistes pour fournir un appui opérationnel, prioriser les initiatives et évaluer les progrès techniques. Le rôle du ministère de la Santé consiste en la coordination globale, veillant à l’alignement des projets avec les priorités nationales. Pour garantir le suivi de cette stratégie, un cadre de monitoring et évaluation (M&E) est intégré, permettant de mesurer les performances et d’ajuster les actions en fonction des résultats obtenus.

    Cette organisation favorise la collaboration entre les acteurs en impliquant les secteurs public et privé ainsi que les usagers, afin d’assurer une mise en œuvre efficace et adaptée aux besoins du système de santé. La transparence autour de ce travail est mise en avant par le ministère, qui souligne que des rapports réguliers seront publiés pour informer les parties prenantes et le public sur l’avancement des initiatives.

    Principales avancées en santé numérique au Liban :

    Principales avancées – @ Health&Tech Intelligence

     

  • Anapath : 77 % des pathologistes misent sur l’IA pour réduire les délais et alléger leur charge de travail

    Un secteur sous tension

    Dans son nouveau rapport, la biotech franco-américaine spécialisée en IA, Owkin, a interrogé 312 médecins pathologistes et oncologues (112 en France, 100 en Grande-Bretagne et 100 aux Etats-Unis) pour identifier les défis liés à la transformation numérique et à l’intégration de l’IA dans le diagnostic. Bien que la numérisation et l’IA soient perçues comme prometteuses, leur adoption varie selon les régions. Le rapport détaille les besoins, sentiments et réserves des utilisateurs.

    Les premiers résultats montrent que les pathologistes et oncologues subissent une pression grandissante : 55 % d’entre eux signalent un niveau élevé de stress et d’épuisement professionnel, principalement à cause de la complexité accrue des diagnostics et de la charge de travail excessive. Cette situation affecte directement les soins aux patients, comme l’ont admis plus d’un tiers des répondants.

    La pénurie de professionnels, due aux départs en retraite et à une faible relève, aggrave cette situation. Les délais d’obtention des résultats d’examens pathologiques s’allongent, laissant certains patients dans l’attente prolongée de leurs diagnostics.

    65 % des réponses mentionnent des problèmes liés aux opérations, à la charge de travail, aux méthodes de travail, à l’épuisement professionnel et au stress - @ Owkin
    65 % des réponses mentionnent des problèmes liés aux opérations, à la charge de travail, aux méthodes de travail, à l’épuisement professionnel et au stress – @ Owkin

    L’IA, levier essentiel pour des diagnostics plus rapides :

    Malgré ce constat préoccupant, l’étude révèle un optimisme marqué envers l’IA :

    • 77 % des professionnels pensent qu’elle peut réduire les délais de diagnostic ;
    • 74 % estiment qu’elle pourrait accélérer les diagnostics oncologiques ;
    • 82 % des pathologistes interrogés font confiance aux outils alimentés par l’IA ;
    • et 70 % pensent que leurs patients accepteraient leur utilisation.

    L’IA permettrait de prioriser les cas urgents, d’automatiser les tâches répétitives et d’améliorer la précision des diagnostics. Cependant, les professionnels insistent sur le rôle complémentaire de ces technologies, qui doivent renforcer et non remplacer l’expertise humaine.

    Plus des 2/3 des médecins interrogés estiment que la mise en œuvre de l'IA en pathologie réduira les délais d'attente et soulagera les professionnels - @ Owkin
    Plus des 2/3 des médecins interrogés estiment que la mise en œuvre de l’IA en pathologie réduira les délais d’attente et soulagera les professionnels – @ Owkin

    Un impact direct sur les patients

    L’essor de la pathologie numérique et de l’IA promet des avancées significatives pour les patients, notamment en termes de rapidité et d’accès aux diagnostics. Actuellement, 47 % de la population mondiale n’a pas accès aux tests médicaux de base, un enjeu critique identifié, en octobre 2021, par la Lancet Commission on Diagnostics. Grâce à l’IA, les téléconsultations et l’analyse automatisée des échantillons standard, comme les coupes colorées à l’hématoxyline et l’éosine (H&E), pourraient réduire cette inégalité en rendant les tests plus accessibles et abordables.

    Moins d’ambiguïtés et des résultats plus précis :

    L’enquête d’Owkin rapporte, par exemple, que 65 % des spécialistes interrogés pensent que l’IA peut diminuer les ambiguïtés dans les résultats de tests. Cela s’avère essentiel pour des pathologies complexes comme le cancer du sein, où l’évaluation de biomarqueurs, tels que l’indice Ki-67, bénéficie déjà de recommandations basées sur l’IA.
    Pour les évaluations Ki-67 pour le cancer du sein, les pathologistes sont ouverts à l’utilisation des recommandations de l’IA pour les décisions critiques et ambiguës - @ Owkin
    Pour les évaluations Ki-67 pour le cancer du sein, les pathologistes sont ouverts à l’utilisation des recommandations de l’IA pour les décisions critiques et ambiguës – @ Owkin

    Cependant, l’acceptation de ces technologies par les patients reste un défi. Selon une étude publiée en 2022 par le Pew Research Center, 38 % des Américains pensent que l’IA améliorera les résultats médicaux, mais ils sont plus confiants lorsque l’IA agit en soutien des médecins plutôt qu’en les remplaçant. Une meilleure information sur le rôle de l’IA pourrait renforcer cette confiance :

    • 50 % des personnes bien informées sur l’IA se disent à l’aise avec son utilisation dans leurs soins ;
    • contre seulement 30 % de celles qui en savent peu ou rien.

    Ces perceptions soulignent l’importance d’une adoption centrée sur les besoins et les attentes des patients.

    Les freins technologiques et financiers ralentissent l’adoption

    Les obstacles à l’intégration de l’IA sont nombreux. Parmi eux, les médecins participants à cette enquête citent principalement :

    • l’insuffisance des infrastructures informatiques (43 %) ;
    • le coût élevé des technologies (23 %) ;
    • et le manque de financements (23 %).

    Pour surmonter ces freins, l’étude recommande des investissements ciblés dans la numérisation, la formation et la mise en place de protocoles standardisés. Owkin souligne, par ailleurs, la nécessité de campagnes de sensibilisation et de collaborations entre institutions médicales et entreprises technologiques, afin promouvoir l’adoption de l’IA.

     

  • Note aux abonnés (Health&Tech Summit 2024) : participez à la construction du futur de l’IA en santé

    À cette occasion, le comité scientifique international a souhaité lancer une grande étude sur les stratégies IA en Santé. Un merci tout particulier à Albert Marinez, Chief Analytics Officer de la Cleveland Clinic qui a élaboré le questionnaire et aura le plaisir de présenter les premiers résultats lors du Summit.

    Participez pour construire une vision collaborative de l’IA en Santé !

    Vos insights ont une réelle valeur pour forger le futur de la santé, et c’est une opportunité unique de partager vos expériences et vos approches.

    En répondant à l’étude, Strategic AI Survey for the Health&Tech Summit 2024, vous mettrez en lumière vos organisations et contribuerez à construire un écosystème de collaboration sur l’IA.  

    Merci de votre engagement,

    A mardi, à PSC !

    Sandrine DEGOS

    Care Insight

    CEO

  • Tribune : des données fiables, une infrastructure essentielle pour le système de santé du futur (OpenEHR)

    Qu’est-ce qui caractérise les “bonnes données” en santé ?

    L’intelligence artificielle (IA) redéfinit le secteur de la santé, apportant des transformations majeures dans des domaines tels que le diagnostic, la médecine personnalisée, et l’efficacité opérationnelle, tout en introduisant de nouveaux modèles de soins. Toutefois, la robustesse des solutions de santé basées sur l’IA repose fondamentalement sur la qualité des données utilisées. Des données de mauvaise qualité ou un manque d’interopérabilité peuvent compromettre l’efficacité des modèles d’IA, voire les rendre nuisibles.

    Dans le domaine de la santé, où chaque décision peut avoir un impact direct sur les patients, la qualité des données est une exigence cruciale. Des cadres normatifs tels qu’openEHR, FHIR, et SNOMED CT jouent un rôle clé en garantissant la qualité, l’interopérabilité, et la clarté sémantique des données, établissant ainsi une base solide pour le déploiement efficace de l’IA.

    Les données de santé, souvent complexes et issues de multiples sources (dossiers médicaux électroniques, systèmes de laboratoire, dispositifs médicaux, et systèmes d’imagerie), doivent respecter des critères stricts pour être exploitables par l’IA :

    • précision : Données exemptes d’erreurs et d’incohérences ;
    • exhaustivité : Ensemble de données aussi complet que possible, avec un minimum de données manquantes ;
    • clarté sémantique : Définitions précises et univoques, assurant une interprétation cohérente entre les systèmes ;
    • interopérabilité : Structuration permettant un échange fluide sur diverses plateformes ;
    • et actualité : Données collectées et traitées en temps réel ou quasi réel.

    De plus, ces données doivent être conformes aux réglementations en matière de protection des données, telles que le RGPD, tout en restant accessibles pour la formation et l’inférence de modèles d’IA.

    Le rôle des normes pour garantir des données fiables

    Une base pour des données structurées et interopérables

    OpenEHR est une norme ouverte qui fournit un cadre complet pour la gestion des dossiers médicaux interopérables tout au long de la vie. Cette norme se distingue par :

    • structuration des données : Concepts cliniques représentés via des archétypes, garantissant la lisibilité et la réutilisabilité ;
    • interopérabilité : Échange fluide de données via des formats standardisés ;
    • précision sémantique : Conservation du contexte et de la signification des données cliniques pour une interprétation correcte par l’IA.

    FHIR : faciliter l’interopérabilité

    Fast healthcare interoperability resources (FHIR) est conçu pour l’échange de données de santé entre systèmes. Ses points forts incluent :

    • des API permettant le partage en temps réel, essentiel pour des applications telles que l’analyse prédictive et l’aide à la décision ;
    • une conception modulaire qui s’adapte à divers cas d’utilisation ;
    • une intégration fluide avec les systèmes existants, déverrouillant des données auparavant isolées.

    SNOMED CT : garantir l’interopérabilité sémantique

    SNOMED CT est un système de terminologie clinique normalisé qui assure la cohérence sémantique dans les écosystèmes openEHR et FHIR. Ses atouts incluent :

    • codification des données cliniques : Diagnostics, procédures et observations standardisés pour une exploitation calculable ;
    • compréhension contextuelle : Permet aux modèles d’IA de saisir la signification clinique des données ;
    • Adaptabilité internationale : Support multilingue, facilitant l’utilisation globale des solutions d’IA.

    Pourquoi des données fiables sont-elles essentielles pour l’IA en santé ?

    📌 Qualité des données, qualité des résultats :

    L’efficacité des modèles d’IA dépend directement de la qualité des données d’entraînement. Des données biaisées ou inexactes compromettent les prédictions, pouvant entraîner des résultats inappropriés.

    📌 Interopérabilité pour l’évolutivité :

    L’interopérabilité, assurée par des cadres tels que FHIR et openEHR, permet d’accéder à des ensembles de données diversifiés, essentiels pour des modèles d’IA robustes.

    📌 Précision sémantique et interprétation cohérente :

    L’interopérabilité sémantique garantit que les données sont interprétées uniformément, évitant les ambiguïtés critiques dans des applications comme l’aide à la décision clinique.

    📌 Données longitudinales pour l’apprentissage continu :

    Les données longitudinales, couvrant toute la vie d’un patient, favorisent l’apprentissage continu des systèmes d’IA. openEHR est spécifiquement conçu pour prendre en charge de tels dossiers.

    Construire des données adaptées à l’IA grâce aux normes

    En combinant les forces d’openEHR, FHIR et SNOMED CT, les organisations de santé peuvent créer des écosystèmes de données optimisés pour l’IA :

    • OpenEHR assure un stockage structuré avec une préservation du contexte;
    • FHIR facilite l’échange de données en temps réel;
    • SNOMED CT codifie les concepts cliniques pour garantir une interprétation cohérente.

    L’exemple de l’analyse prédictive des maladies chroniques

    Un hôpital intégrant openEHR pour le stockage de ses données peut utiliser les API FHIR pour connecter des flux de données en temps réel et enrichir ces informations avec des codifications SNOMED CT. Ces données combinées permettent :

    • de prédire la progression des maladies chroniques.
    • d’identifier les patients à haut risque.
    • de fournir des informations exploitables en temps réel aux cliniciens.

    En conclusion, pour que l’IA atteigne son plein potentiel dans le domaine de la santé, il est indispensable d’investir dans la qualité des données, l’interopérabilité et les normes. Ces fondations permettront non seulement d’assurer la fiabilité et la sécurité des solutions d’IA, mais également de transformer les résultats des patients à l’échelle mondiale.

     

    Rachel Dunscombe

    CEO, OpenEHR

     

  • Santé mentale numérique : MindLink lance un appel à projets 2025

    Coconstruire l’avenir de la santé mentale

    Créé dans le cadre de l’initiative « Tiers-Lieux d’Expérimentation en santé » de la Caisse des Dépôts, MindLink se positionne en faveur de l’innovation en santé mentale. Inauguré à Paris sur le site de Sainte-Anne du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, ce projet s’inscrit dans la stratégie « Santé numérique » de France 2030, et vise à pallier le manque de terrains d’expérimentation pour les solutions numériques en santé. Cet espace collaboratif entend réunir usagers, aidants, et professionnels de santé autour de la co-conception de solutions adaptées.

    MindLink promeut le partage d’expériences et l’élaboration de dispositifs numériques centrés sur la prévention et la détection précoce. Ce lieu favorise les échanges lors d’ateliers, conférences et événements dédiés à la déstigmatisation de la santé mentale. Les enjeux incluent l’amélioration de l’accès aux soins, la sensibilisation du grand public et l’intégration de solutions dans les pratiques professionnelles.

    Un appel à projets 2025 pour développer des solutions numériques

    MindLink a lancé un appel à projets, ouvert entre le 20 novembre 2024 et le 15 janvier 2025, pour accompagner le développement de dispositifs numériques répondant aux besoins des personnes concernées par des troubles psychiques, leurs aidants et les professionnels de santé. Trois axes prioritaires ont été définis :

    • Accompagnement des personnes touchées par des troubles psychiques ou du neurodéveloppement.
    • Amélioration des conditions de travail et du bien-être des professionnels de santé.
    • Renforcement du lien entre la ville et les aidants, pour une meilleure prise en charge des besoins.

    Les projets retenus bénéficieront du soutien logistique et méthodologique de MindLink, ainsi que d’un accès à des ressources partagées sur le site du GHU Paris. L’évaluation des propositions inclura des critères d’impact sur les usagers, d’innovation technologique et de viabilité opérationnelle. MindLink prévoit la sélection des projets au premier trimestre 2025 et leur intégration dans des parcours d’expérimentation en conditions réelles dès le deuxième trimestre. Le projet s’ancre dans une dynamique nationale visant à améliorer l’offre de soins et à promouvoir une vision collaborative de la santé mentale.

    Pour candidater : cliquez ici