Leica Biosystems et Molecular Instruments s’associent pour développer une solution automatisée permettant la détection simultanée et rapide de cibles ARN et protéiques dans les tissus tumoraux.
Un fardeau mondial : 2,05 millions de nouveaux cancers solides par an
Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), les cancers solides causent près de 20 millions de décès chaque année. Parmi les plus prévalents :
Cancer du poumon : 2,5 millions de nouveaux cas/an (12,4 % de l’ensemble des cancers)
Cancer du sein : 2,3 millions de cas (11,6 %)
Cancer colorectal : 1,9 million de cas (9,6 %)
Cancer de la prostate : 1,5 million de cas (7,3 %)
Limites des méthodes conventionnelles
Les technologies actuelles présentent des contraintes :
Histopathologie : analyse morphologique sans information sur l’expression génique.
Immunohistochimie (IHC) : sensibilité variable, dépendance à la qualité des anticorps.
Hybridation in situ (ISH) : procédure longue et complexe.
HCR Pro RNA-ISH : une avancée en hybridation in situ
Molecular Instruments propose une hybridation in situ chromogénique à haute sensibilité (HCR Pro RNA-ISH), basée sur une amplification sans enzyme :
+25 % de détection des marqueurs HER2, impliqués dans le cancer du sein
+30 % de détection des mutations KRAS, associées au cancer colorectal et pulmonaire
+20 % de précision diagnostique, améliorant l’identification des sous-types moléculaires
Automatisation : les atouts du système Bond RX de Leica Biosystems
Leica Biosystems développe depuis sept ans Bond RX, un système robotisé optimisant la standardisation des colorations en pathologie :
Trois plateaux indépendants, pour un chargement rapide et flexible
Système d’éclairage interactif, facilitant la gestion des réactifs en vrac
Traitement de 30 lames en 2,5 heures, permettant l’exécution simultanée de plusieurs protocoles
Une synergie pour des diagnostics plus précis
L’intégration du système Bond RX avec la technologie HCR Pro RNA-ISH permet :
Une automatisation avancée, réduisant la variabilité inter-utilisateur et augmentant la reproductibilité des analyses
Une détection améliorée des biomarqueurs, affûtant la stratification des patients
Une meilleure identification des sous-types moléculaires des cancers du sein, du poumon et colorectal, facilitant le développement de thérapies ciblées
Un marché en forte expansion
Leica Biosystems et Molecular Instruments ciblent un marché en pleine croissance. D’après Data Bridge Market Research, le marché de l’hybridation in situ (ISH) est passé de 1,003 milliard USD en 2022 à 2,4 milliards USD estimés d’ici 2030, avec un TCAC de 11,5 %. Cette expansion est portée par la demande croissante de diagnostics précis et de recherches avancées en biologie moléculaire.
Le délicat recrutement de patients pour les essais cliniques
Pierre angulaire de la recherche, les essais cliniques sont pourtant difficiles d’accès. Malgré leur importance, moins de 8 % des patients adultes dans le monde participent à un essai clinique en oncologie. Cela s’explique par les inégalités sociales, la distance entre les patients et les centres, les habitudes des médecins, ou encore par le grand nombre et la complexité des critères de sélection. L’objectif général est d’atteindre un taux de participation compris entre 10 % et 20 % dans les prochaines années.
La piste du Trial Matching
« Pour pallier cette difficulté, les outils de Trial Matching permettent de faire correspondre de manière automatique un patient à des essais cliniques auxquels il est éligible. Ces outils pourraient permettre à plus de patients d’accéder aux essais cliniques, indique le Dr Loic Verlingue, médecin chercheur au Centre Léon Bérard. C’est pourquoi il a coordonné une étude pour évaluer ces outils. Même si dans le centre lyonnais, 20,1% des patients suivis sont inclus dans un essai clinique. Concrètement, ils ont sélectionné 4 outils de Trial Matching (DigitalECMT, Klineo, ScreenAct et Trialing) et les ont testés pendant 10 semaines sur un groupe de 157 patients du Molecular Tumor Board du Centre Léon Bérard.
Les résultats de cette étude française ont été publiés le 27 janvier dans Nature.
Résultats : une précision de 33%
En moyenne, chaque patient s’est vu proposer 2,19 essais.
38 % des patients n’ont eu aucune proposition.
Le taux de précision était de de 33% : environ 1 essai sur 3 proposés par les outils correspondait réellement aux caractéristiques des patients
Parmi les 51,6% sans essai clinique disponible au Centre Léon Bérard, 26% auraient pu être réorientés vers d’autres hôpitaux ou sites.
Le type d’altération moléculaire (était le critère de sélection le plus fréquemment impliqué dans les erreurs des outils de mise en correspondance des essais cliniques.
« Ces résultats mettent en évidence un important potentiel malgré une précision encore limitée », concluent les auteurs de l’étude. En effet, ces outils pourraient permettre à 1 patient sur 4 d’accéder à un essai clinique dans un autre centre et donc réduire les inégalités d’accès aux essais cliniques en augmentant le taux de recrutement.
Le coup de pouce des LLM
Cependant, le taux de faux positifs de plus de 30% est problématique. Les chercheurs ont donc testé l’utilisation d’un LLM pour d’analyser les comptes-rendus moléculaires du programme ProfiLER et les descriptions des essais cliniques afin de déterminer l’éligibilité, en particulier sur le type d’altération moléculaire. Cela a permis d’améliorer les performances de la correspondance des essais avec les caractéristiques des patients de 5%.
*A prospective pragmatic evaluation of automatic trial matching tools in a molecular tumor board.
Gueguen, L., Olgiati, L., Brutti-Mairesse, C. et al. npj Precis. Onc.9, 28 (2025)
L’un des principaux obstacles à l’avancée de la recherche en IA est le cloisonnement des données médicales au sein des institutions. ATLANTIS ambitionne de lever ces barrières en harmonisant et consolidant les données patients multimodales. Les données ainsi collectées alimenteront Owkin K, le logiciel d’intelligence artificielle de l’entreprise, afin d’accélérer les découvertes et d’améliorer les résultats cliniques.
Un large spectre de pathologies couvertes
ATLANTIS cible les domaines thérapeutiques suivants :
Oncologie : cancer du poumon non à petites cellules, carcinome épidermoïde de la tête et du cou, cancer du sein, cancer de la prostate, cancer de l’ovaire, cancer du pancréas et myélome multiple.
Immunologie et inflammation : rectocolite hémorragique, maladie de Crohn et lupus érythémateux systémique.
Neurologie : maladie d’Alzheimer.
Un réseau de collaboration international
Démarré en septembre 2024 et prévu pour se finaliser en mai 2025, le programme mobilise 20 institutions de santé en France, Allemagne, Israël, Italie, Espagne, Royaume-Uni et États-Unis. Ces partenaires bénéficieront de l’expertise IA d’Owkin pour optimiser leurs capacités de recherche et favoriser des avancées scientifiques. Agathe Arlotti, Vice-Présidente Senior des Partenariats chez Owkin, souligne l’importance de cette collaboration : “Owkin s’engage à favoriser la collaboration entre les scientifiques des données et les données patients pour atteindre des niveaux inédits d’analyse et d’innovation. Ensemble, nous accélérons les découvertes pour les patients.”
Avec ATLANTIS, Owkin renforce son engagement pour une recherche médicale plus ouverte et collaborative. En structurant et partageant les données des patients à grande échelle, le programme entend favoriser des innovations et améliorer les soins grâce à l’IA.
Les technologies d’Intelligence Artificielle permettent d’aider les médecins à répondre aux problématique de santé féminines dans plusieurs domaines, et dans ces différents domaines, de plusieurs manières. C’est ce que nous allons détailler dans cette cartographie des cas d’usage de l’IA en santé des femmes.
Endométriose
Une fois entraînées sur des IRM annotées pour reconnaître des motifs spécifiques aux pathologies gynécologiques, les algorithmes peuvent assister les radiologues dans l’identification des manifestations radiologiques complexes de l’endométriose. Ce diagnostic par IA peut permettre d’éviter des opérations chirurgicales comme la laparoscopie, ainsi que de réduire l’errance diagnostique, actuellement de 6 à 9 ans pour cette pathologie.
Oncologie
Le cas d’usage de l’IA en oncologie féminine le plus fréquent est celui du dépistage du cancer du sein. Une fois entrainé sur des milliers de mammographie anonymisées, certaines solutions comme celle de Therapixel permettent aux radiologues de diminuer les faux négatifs de 22% et les faux positifs de 39%. L’aide au dépistage par IA s’applique également au cas du cancer du col de l’utérus, des outils sont capables de sélectionner les cellules les plus pertinentes à analyser et ceci facilite le travail du cytologiste.
Santé pelvienne
Pour la santé pelvienne, la contribution actuelle de l’IA à la santé des femmes françaises consiste en la création d’un jumeau numérique des organes pelviens. Ce jumeau numérique aide les chirurgiens à prendre de meilleures décisions.
Fertilité
Pour aider les femmes à avoir un enfant, des algorithmes sont entraînés en croisant des milliers de vidéos avec des données cliniques correspondantes. Ceci afin de pouvoir détecter les embryons ayant le plus de chances de succès dans le cadre d’une fécondation in vitro. Également, il existe des algorithmes qui analysent les données relatives à la fertilité pour personnaliser au mieux les traitements administrés..
Maternité
L’IA peut assister les médecins dans le cadre de la maternité via l’analyse d’échographies. L’IA permet aux médecins de détecter des problèmes éventuels de manière plus précoce et plus précise. Certaines IA comme Efelya intègrent également les antécédents médicaux de la mère et d’autres sont spécifiques à une zone comme Fetoly Essential qui se concentre sur le cœur.
Santé mentale
L’application de l’IA en santé mentale consiste généralement en des technologies dites de “chatbots”. Ces derniers peuvent formuler des avis diagnostics ou accompagner le patient dans sa thérapie. Cependant, ce n’est pas la solution que propose la Femtech française Dalia qui permet d’anticiper des rechutes dépressives en interprétant les données de divers objets connectés en surveillant certains paramètres comme le sommeil.
Dans le cadre de son étude sur la santé des femmes, Health & Tech Intelligence s’est entretenue avec Delphine Moulu, directrice générale de Femtech France. Lors de cet entretien, nous avons pu échanger sur les spécificités de la santé des femmes, l’application de l’IA à ce domaine ou les principales difficultés auxquelles faisaient face les Femtechs.
Des solutions d’IA en santé féminine déjà matures
Lors du sommet de l’IA, Femtech France a organisé une table ronde sur l’IA et la santé des femmes. Lors de cet événement, 3 startups françaises ont été mises en avant pour leur utilisation de l’IA dans le secteur de la Femtech :
My S Life, une application utilisant l’IA générative pour répondre aux questions des femmes sur leur santé.
Elixir Health, un logiciel pour améliorer les chances de grossesse dans les parcours de Procréation Médicalement Assistée (PMA).
Theremia qui permet de personnaliser les traitements selon le sexe, évitant une approche standardisée homme/femme.
L’enjeu des données
Un des grands enjeux de la santé féminine est celui des essais cliniques. Pendant longtemps, les femmes n’étaient pas incluses dans les essais cliniques. L’obligation d’inclure des femmes dans les essais cliniques date de seulement 30 ans.
L’IA étant tributaire des données qui ont servi à l’entraîner, si ces dernières sont biaisées, les indications de l’IA le seront également.
La France, un marché spécifique
La France est reconnue comme un leader européen du secteur Femtech, aux côtés du Royaume-Uni. Cette position s’explique notamment par une forte concentration d’innovations liées à l’endométriose, soutenues par une stratégie nationale dédiée à cette maladie chronique.
Le système de santé français fait que les modèles économiques sont moins orientés vers le B2C (Business to Consumer) que ceux du Royaume-Uni ou des États-Unis. De plus en plus de Femtech françaises font du B2B2C, par exemple elles vendent leurs solutions à des entreprises qui vont ensuite les proposer comme avantages à leurs salariées.
La problématique du financement
Le temps nécessaire pour signer un partenariat avec une entreprise ou une mutuelle est long (9 à 12 mois). Si la start-up n’a pas énormément de trésorerie, cette attente peut lui être fatale. Les startups doivent souvent prouver leur retour sur investissement (ROI) avant même que leur produit ne soit pleinement déployé.
Le rôle de Femtech France
Face à ces défis pour les start-up Femtech, Femtech France s’est donné pour mission de promouvoir des startups innovantes, de fédérer les acteurs de l’écosystème tels que les industriels ou les établissements de santé, et d’aider les startups femtech à se financer. L’association regroupe déjà plus de 80 startups Femtech au sein de son collectif et continue de porter des projets pour soutenir leur développement.
Plus de la moitié des solutions sont consacrées aux cancers de la femme (sein et col de l’uterus)
Les solutions d’IA en oncologie pour la santé des femmes ont pour objectif principal la détection précoce des cancers, ce qui permet une prise en charge rapide et une amélioration des chances de survie. L’IA est principalement utilisée pour le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus, avec une multitude d’outils permettant de détecter les anomalies à travers des images médicales, notamment la radiographie et l’imagerie par résonance magnétique (IRM). 16 solutions sont consacrés aux cancers de la femmes.
Dans le cadre du cancer du sein, des solutions comme MammoScreen de Therapixel ou Breast-SlimView de Hera-Mi utilisent l’IA pour analyser les mammographies et aider les radiologues dans la détection du cancer du sein. De son côté, Galen Breast d’Ibex Medical Analytics applique des algorithmes de deep learning pour classer les images mammographiques et identifier les anomalies, tandis que ProFound Suite d’iCad optimise l’interprétation des mammographies pour améliorer les décisions diagnostiques. D’autres solutions comme TechCare Breast (Milvue)et Cleo Breast (Primaa) ont également été développées pour améliorer la précision des diagnostics mammographiques.
Pour le cancer du col de l’utérus, des outils comme CytoProcessor de Datexim détectent et analysent les anomalies cervicales à travers des frottis, tandis que Genius Digital Diagnostic System de Hologic aide à diagnostiquer le cancer du col de l’utérus par la numérisation et l’analyse des tests Papanicolaou.
Plusieurs solutions consacrées à d’autres pathologies chroniques, comme l’endométriose :
En ce qui concerne les pathologies chroniques féminines, plusieurs solutions sont conçues pour améliorer la gestion et le suivi des patientes atteintes de l’endométriose. Luna est une solution spécialisée dans l’endométriose qui utilise l’IA pour améliorer le diagnostic précoce et le suivi des patientes. Femendo de Femnov aide également à analyser les symptômes de l’endométriose et optimise la prise en charge des patientes. Matricis.ai est un autre outil qui se concentre sur l’endométriose, facilitant la détection et la gestion des symptômes de cette maladie complexe. Enfin, Ziwig permet de prédire et suivre l’évolution de l’endométriose grâce à l’IA, améliorant ainsi les traitements. Ces technologies ont montré des résultats prometteurs dans le suivi des maladies gynécologiques et l’amélioration du parcours de soins des femmes.
La santé reproductive et la maternité aussi prises en charge
L’IA s’invite également dans la santé reproductive des femmes, avec des solutions adaptées pour les parcours de fertilité, ainsi que dans la maternité et le post-partum. Ces outils aident à mieux gérer la fertilité, à prédire les risques de complications et à analyser des données complexes liées à la santé reproductive. Elles permettent de mieux surveiller les conditions médicales, d’améliorer la gestion des soins et de prévenir les complications.
3 solutions d’IA pour la santé reproductive :
ImVitro est une solution basée sur l’IA qui permet d’optimiser le processus de fécondation in vitro (FIV) en analysant les données des embryons. De son côté, Louise aide les femmes dans leur parcours de fertilité, en analysant les données de cycles et de traitements, quant Elixir Health utilise des outils basés sur l’IA pour personnaliser les traitements de fertilité en fonction des caractéristiques médicales de chaque patiente.
3 solutions pour la maternité et le post-partum :
Sonio est une solution innovante qui utilise l’IA pour aider les professionnels de santé à surveiller la grossesse. Elle analyse les échographies et les données cliniques pour détecter les risques précoces et faciliter un suivi personnalisé. Efelya permet un suivi à distance de l’état de santé des femmes enceintes et post-partum, en surveillant les signes vitaux et en fournissant des recommandations personnalisées. Diagnoly se concentre sur le diagnostic et le suivi des complications post-partum en analysant les données médicales, permettant ainsi une gestion optimale des soins après l’accouchement.
Ces technologies ont montré des résultats prometteurs dans le suivi des maladies gynécologiques et l’amélioration du parcours de soins des femmes.
Les solutions de santé pelvienne et de santé mentale, moins développées, mais pas oubliées
Les solutions pour la santé pelvienne et la santé mentale abordent des questions souvent négligées, mais essentielles pour le bien-être des femmes, notamment pour des pathologies comme l’endométriose, ou des troubles mentaux comme la dépression post-partum.
Digyne utilise des jumeaux numériques pour améliorer le suivi des pathologies pelviennes et apporter des traitements personnalisés. De son côté, Dalia est une solution qui se concentre sur la détection précoce des troubles de santé mentale chez les femmes, en particulier la dépression et l’anxiété post-partum.
Cartographie des solutions d’IA dédiées à la santé des femmes et utilisées en France :
Cartographie des solutions d’IA dédiées à la santé des femmes et utilisées en France – @Health&Tech Intelligence
Depuis 2023 Wavestone et Femtech France publient tous les ans un baromètre du secteur. Le dernier date d’avril 2024, et le prochain est prévu pour juin 2025.
Crée en 2016, le terme “Femtech” désigne l’ensemble des innovations dédiées à la santé des femmes : applications mobiles, logiciels de santé, objets connectés, etc. Le concept de santé des femmes englobe à la fois :
les problématiques spécifiques aux femmes (comme la ménopause, le syndrome des ovaires polykystiques, le cancer du sein);
les pathologies dont la prévalence est plus élevée chez les femmes (comme la dépression, la sclérose en plaques, alzheimer);
les maladies qui affectent différemment les femmes et les hommes (comme les maladies cardio-vasculaires, le diabète ou l’asthme);
Dans le baromètre et le présent article, sont catégorisées comme “bien-être” les solutions qui visent à améliorer la qualité de vie la santé des utilisatrices, et sont catégorisés comme “santé” les produits et services qui s’inscrivent dans le cadre d’un parcours de soin.
La France 3ème pays en nombre de start-up mais 7ème en termes d’investissements.
La France est la troisième nation mondiale en nombre de start-up de ce segment, derrière le Royaume-Uni et les Etats-Unis. 18% des start-up européennes et 10% des start-up à l’échelle mondiale sont françaises. Cependant dans le classement des pays par montant investis dans les Femtech entre 2018 et 2023, la France est 7ème avec seulement 81 millions d’euros. Cela signifie que les start-up françaises ont plus de difficultés que les autres à trouver des fonds. Ce financement se fait à 59% par levée de fonds et à 34% par auto-financements. Sur les 59% par levée de fonds, 85% se fait en combinant des financements de fond d’investissement avec ceux de la BPI et/ou de “Business Angels”.
En Europe la grande majorité des startups Femtech sont en “early stage”, 44% d’entre elles n’ont pas encore levées de fonds.
Les domaines de la fertilité, santé globale et pathologies chroniques représentent 57% des Femtechs hors bien-être.
Sur les 140 start-up Femtech que compte la France en 2024, 82 sont classées dans la catégorie bien-être et 58 dans la catégorie santé. La cartographie de Femtech France, trie les entreprises selon ce critère et en fonction de 13 domaines d’activités. Les domaines avec le plus de start-up sont la fertilité, la santé globale et les pathologies chroniques. Hors bien-être ces domaines représente respectivement 12, 11 et 10 start-up. Seules 3 innovations de santé sont consacrées à la ménopause.
@FemtechFrance
25% des entreprises du domaine du bien-être et de la santé féminine proposent des produits de grandes consommations, 10% des logiciels, 9% des applications mobiles et 9% des dispositifs médicaux.
@Femtech France @Wavestone
Un contexte politique favorable en France
La puissance publique a pris 3 initiatives favorables à la Femtech depuis 2022.
En 2022 le ministère de la santé a mis en place un plan national de lutte contre l’endométriose avec pour objectif de garantir un diagnostic rapide et l’accès au soin sur tout le territoire.
La Région Ile-De-France a lancé un plan “smart santé” 2023-2028. L’innovation en santé des femmes est l’un des 5 piliers du plan. les 3 axes de ce pilier sont : la recherche, le soutien financier au Femtech, la question des données en santé des femmes.
En 2024, un PE-PR (Programme et Équipements Prioritaires de Recherche) «Santé des femmes, santé des couples» de 30 millions d’euros sur le Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK), l’endométriose, et d’autres causes d’infertilité féminines a été confié à l’INSERM.
Santé, travail, éducation : des mesures au cœur de l’action publique
Le Gouvernement français a lancé le 8 mars 2023 le plan « Toutes et tous égaux » pour la période 2023-2027, visant à concrétiser l’égalité entre les femmes et les hommes sur les plans professionnel, économique et social. Ce plan s’articule autour de quatre axes principaux : Le plan interministériel comprend 161 mesures destinées à assurer une égalité réelle entre les femmes et les hommes dans tous les domaines de la société, notamment la santé.
Lutte contre les violences faites aux femmes : Mise en place de structures médico-sociales dans chaque département pour une prise en charge globale des victimes, généralisation du recueil de plaintes dans les hôpitaux dotés de services d’urgence ou gynécologiques d’ici fin 2025, et lancement de campagnes de sensibilisation aux outrages sexistes et sexuels.
Égalité professionnelle et économique : Promotion de l’égalité salariale avec des initiatives comme la série de podcasts « 13,9 % » pour sensibiliser aux inégalités salariales persistantes, et soutien à l’entrepreneuriat féminin à travers des programmes d’accompagnement dédiés.
Culture de l’égalité : Diffusion de la culture de l’égalité dès le plus jeune âge, notamment à l’école, pour combattre les stéréotypes de genre, et valorisation des figures féminines historiques, comme les héroïnes de la Résistance, pour offrir des modèles inspirants.
Et enfin, la santé des femmes : Renforcement de l’accès à la santé pour les femmes, notamment en situation de précarité, avec des consultations de santé sexuelle, de contraception et de prévention entièrement prises en charge par l’Assurance Maladie pour les jeunes femmes.
Le plan gouvernemental en faveur de la santé des femmes
@ Source : Service d’information du Gouvernement (Toutes et tous égaux, comment suivre sa santé quand on est une femme ?)
Un meilleur accompagnement après une fausse couche
Chaque année, environ 15 % des grossesses se terminent par une fausse couche, un événement souvent traumatique pour les femmes et leurs partenaires. Pourtant les dispositifs d’accompagnement sont encore insuffisants. Pour y remédier, le Gouvernement a décidé de supprimer le délai de carence en cas d’arrêt maladie consécutif à une fausse couche, permettant aux femmes d’être indemnisées dès le premier jour d’arrêt. Un soutien psychologique renforcé sera également mis en place pour accompagner les femmes et leurs conjoints face à cette épreuve. En complément, des parcours pluridisciplinaires associant professionnels hospitaliers et libéraux seront créés afin d’assurer un suivi adapté et coordonné.
Accès élargi aux moyens de contraception et à la prévention des IST
L’accès aux méthodes contraceptives et aux outils de prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) demeure inégalitaire, notamment pour les jeunes. Si le préservatif masculin est déjà accessible gratuitement en pharmacie pour les moins de 25 ans, le préservatif féminin, pourtant plus fiable dans certains cas, reste méconnu et jusqu’à 15 fois plus cher. Pour corriger cette inégalité, le Gouvernement prévoit désormais un accès gratuit et sans ordonnance aux préservatifs féminins pour les jeunes. Dans une logique de sensibilisation, la plateforme numérique Tumeplay, qui propose des contenus éducatifs et interactifs sur la santé sexuelle, sera généralisée pour toucher un plus large public.
Intensifier la lutte contre la précarité menstruelle
Selon une étude de l’IFOP réalisée en 2021, plus d’un million et demi de femmes en France souffrent de précarité menstruelle, une réalité qui pousse certaines à utiliser des protections de fortune. Le Gouvernement entend amplifier ses efforts en rendant les protections périodiques réutilisables remboursables par la Sécurité sociale pour les jeunes jusqu’à 25 ans dès 2024. Par ailleurs, le budget alloué à la lutte contre la précarité menstruelle sera doublé afin de renforcer la distribution gratuite de protections hygiéniques, en particulier dans les épiceries solidaires et auprès des femmes en situation de grande précarité. Les établissements scolaires seront également incités à installer des distributeurs de protections périodiques pour garantir un accès facilité aux collégiennes et lycéennes. En parallèle, des campagnes de sensibilisation sur l’hygiène menstruelle seront déployées.
Une prise en charge renforcée des spécificités de la santé des femmes
Certaines pathologies féminines restent sous-diagnostiquées ou insuffisamment dépistées. On estime, par exemple, que 90 % des cancers du col de l’utérus et 80 % des maladies pourraient être évités grâce à un dépistage régulier. Or, la nécessité de ces examens et les symptômes spécifiques des maladies cardiovasculaires féminines restent encore trop méconnus. Pour sensibiliser la population et encourager les dépistages précoces, une Semaine Santé des femmes sera instaurée chaque année. Cet événement s’accompagnera de campagnes nationales d’information, avec un thème spécifique décliné sur l’ensemble du territoire (ménopause, maladies cardiovasculaires, santé au travail, etc.). Par ailleurs, 30 bus itinérants de prévention et de dépistage gynécologique et cardiovasculaire seront déployés dans les territoires où l’accès aux soins est le plus difficile. Afin de mieux répondre aux contraintes des femmes, notamment des parents isolés, des rendez-vous communs parent-enfant seront proposés, et des solutions de garde seront mises en place pour faciliter les consultations médicales.
Un soutien pour les femmes en situation de grande précarité
Les femmes sans domicile sont particulièrement vulnérables face aux violences et aux risques sanitaires. Environ 115 000 femmes en France vivent sans abri, souvent dans des conditions de santé physique et mentale très dégradées. Pour leur offrir une prise en charge adaptée, le Gouvernement prévoit d’améliorer le repérage et l’accompagnement des femmes à la rue ou en hébergement d’urgence. Des Lits Haltes Soins Santé spécialisés pour la périnatalité seront également développés pour accueillir les femmes enceintes et leurs nourrissons nécessitant une prise en charge médicale. Enfin, des dispositifs adaptés seront mis en place pour les femmes sans domicile souffrant d’addictions, afin de leur proposer un parcours de soins mieux structuré.
Un engagement durable pour la santé des femmes
En levant les tabous et en mettant en place des dispositifs concrets, ce plan gouvernemental vise à réduire les inégalités persistantes en matière de santé des femmes. De l’accès à la contraception à la lutte contre la précarité menstruelle, en passant par le renforcement du dépistage et la prise en charge des femmes les plus vulnérables, ces mesures ambitionnent de garantir un accès équitable à la santé pour toutes.
Endométriose : la France déploie une stratégie nationale
Un plan national pour lutter contre une maladie qui touche 1 femme sur 10 : L’endométriose, maladie gynécologique chronique encore mal connue, affecte près de 2,5 millions de femmes en France. Face à un retard diagnostique moyen de sept ans et un manque criant de solutions curatives, le gouvernement français a lancé une Stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, articulée autour de trois axes prioritaires : la recherche, l’amélioration de l’offre de soins et la sensibilisation de la société.
Un investissement massif dans la recherche : Sous l’impulsion de l’Inserm et du ministère de la Recherche, un programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) dédié à la santé des femmes a été doté de 20 millions d’euros. Ce projet vise à comprendre les causes de la maladie, améliorer son diagnostic et développer des traitements innovants. Une base de données épidémiologique unique au monde sera constituée à partir des six cohortes de patientes déjà existantes en France.
Un parcours de soins structuré et accessible : Pour réduire l’errance diagnostique et garantir un accès équitable aux soins, des filières territoriales spécifiques à l’endométriose seront mises en place dans chaque région, avec un financement annuel de 4,5 millions d’euros. Ces structures permettront d’informer, de diagnostiquer et d’orienter les patientes vers des centres de référence pour les formes complexes. Par ailleurs, le dispositif de reconnaissance en affection de longue durée (ALD 31) sera harmonisé sur l’ensemble du territoire pour une meilleure prise en charge financière.
Former et informer pour briser le tabou : Une campagne de sensibilisation nationale a été déployée afin d’améliorer la connaissance de l’endométriose parmi les professionnels de santé, mais aussi au sein de la société. L’endométriose sera intégrée aux programmes scolaires dès le collège et abordée dans la formation initiale et continue des médecins, sages-femmes et infirmiers scolaires. Des outils numériques tels que le site Santé.fr recenseront les professionnels qualifiés et les structures de soins spécialisées.
Un engagement interministériel pour une approche globale : Au-delà du ministère de la Santé, plusieurs ministères sont impliqués dans cette stratégie : l’Éducation nationale intégrera la maladie dans les plans d’accueil individualisés pour les élèves concernées, le ministère du Travail sensibilisera les employeurs à l’impact de l’endométriose sur la vie professionnelle, et le ministère de l’Égalité des chances luttera contre les tabous liés aux règles douloureuses.
Un programme de recherche de 30 M€ sur 5 ans pour lutter contre l’endométriose et l’infertilité
Le Gouvernement a confié à l’Inserm le pilotage du programme “Santé des Femmes, Santé des Couples” pour structurer la recherche et répondre aux objectifs de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose et l’infertilité.
S’inscrivant dans le cadre de France 2030, ce programme vise à renforcer la communauté scientifique et à approfondir les connaissances sur les causes de l’infertilité. L’augmentation de l’âge de la procréation, l’impact environnemental et nutritionnel, ainsi que des causes médicales liées au système endocrinien et à l’appareil reproducteur sont autant de facteurs identifiés. Pour soutenir cette dynamique, 30 millions d’euros seront investis sur cinq ans. Ce financement permettra de déployer des actions de recherche stratégiques en lien avec les objectifs fixés par la Stratégie nationale de lutte contre l’endométriose et le rapport “Vers une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité”.
Un test innovant pour une maladie difficile à diagnostiquer
L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique caractérisée par la présence de tissu endométrial en dehors de l’utérus, provoquant des douleurs pelviennes, des troubles menstruels et des problèmes de fertilité. En France, entre 600 000 et 700 000 femmes sont concernées. Le délai moyen de diagnostic est estimé à sept ans en raison des limites des examens d’imagerie traditionnels (échographie pelvienne, IRM) et de la nécessité, dans certains cas, d’une cœlioscopie exploratoire, un acte chirurgical invasif. Endotest (par Ziwig) propose une alternative en s’appuyant sur l’analyse des microARN salivaires, des biomarqueurs moléculaires spécifiques de l’endométriose. Grâce à l’IA et au séquençage de nouvelle génération (NGS), ce test permettrait un diagnostic rapide, fiable et non invasif, évitant ainsi des examens plus longs.
Une validation clinique à grande échelle
L’Assurance Maladie finance temporairement ce test, à hauteur de 849 € par patiente dont l’imagerie est normale. Cette phase d’expérimentation prévoit l’inclusion de 25 000 patientes, dont 2 500 dans une étude clinique spécifique visant à confirmer la fiabilité du test. Les analyses se dérouleront dans 80 hôpitaux français, dont des établissements de référence comme l’Hôpital Lyon Sud, l’Hôpital de la Croix-Rousse, ainsi que les CHU de Rouen, Saint-Étienne et Lille. Le protocole prévoit plusieurs étapes :
Prélèvement salivaire sur des patientes présentant des symptômes évocateurs d’endométriose, mais pour lesquelles l’imagerie médicale ne permet pas d’établir un diagnostic clair.
Analyse des microARN via la technologie Endotest, qui repose sur une signature spécifique de 109 biomarqueurs.
Comparaison des résultats avec des examens de référence (IRM, cœlioscopie) pour valider le diagnostic.
Des résultats prometteurs mais encore à confirmer
Les premières études sur Endotest ont mis en avant une sensibilité de 95 % et une spécificité de 94 %, réduisant le nombre de cœlioscopies inutiles de près de 47 %. Cependant, la Haute Autorité de Santé (HAS) estime que des données supplémentaires sont nécessaires avant une prise en charge généralisée par l’Assurance Maladie. L’expérimentation en cours doit donc permettre d’évaluer l’impact du test sur la prise en charge des patientes et de mesurer sa capacité à améliorer le parcours de soins. En janvier 2024, la HAS avait rendu un premier avis sur Endotest, soulignant son caractère innovant et son potentiel à répondre à un besoin médical non couvert. Toutefois, l’organisme avait jugé les données disponibles insuffisantes pour justifier un remboursement immédiat. La mise en place du forfait innovation permet aujourd’hui d’accélérer l’accès des patientes à ce test tout en poursuivant son évaluation clinique.
“Si Endotest présente un caractère novateur indéniable, un très fort potentiel souligné par les experts et des performances diagnostiques validées, une étude diagnostique comparative et interventionnelle complémentaire d’impact avant-après le résultat du test sur la décision et la prise en charge des patientes (notamment en termes de réduction du nombre des coelioscopies inutiles) s’avère maintenant nécessaire pour démontrer l’utilité clinique du test et ainsi pouvoir répondre aux attentes importantes des patientes et des cliniciens, quant à son usage dans la pratique.” – Évaluation du test salivaire Endotest® dans les situations complexes de diagnostic d’endométriose (HAS).
Vers une intégration durable dans le parcours de soins ?
Si les résultats de l’étude clinique sont concluants, Endotest pourrait être intégré durablement dans le parcours de soins des patientes souffrant d’endométriose. Cela permettrait de réduire les délais de diagnostic, d’éviter des interventions chirurgicales inutiles et d’améliorer la qualité de vie des femmes atteintes. Par ailleurs, la technologie développée par Ziwig pourrait ouvrir la voie à d’autres avancées diagnostiques. L’entreprise travaille déjà sur des applications similaires pour la détection précoce du cancer de l’ovaire, une pathologie souvent diagnostiquée à un stade avancé. L’évaluation du test salivaire Endotest s’inscrit ainsi dans une démarche plus large visant à moderniser le dépistage et la prise en charge de l’endométriose. La HAS poursuivra son suivi afin d’assurer une analyse des résultats obtenus et de statuer sur une éventuelle généralisation du remboursement du test.
Un observatoire H&TI pour saisir les enjeux de la santé des femmes
Le dernier observatoire de H&TI publié en 2024 avait mis en lumière plusieurs initiatives françaises qui ont été mise en place pour favoriser l’amélioration de la santé des femmes, un meilleur accès au soin, ainsi qu’une plus grande prise en compte de certaines pathologies qui leurs sont propres, comme l’endométriose, mais avait aussi mis l’accent sur des enjeux auxquels doivent faire face les pouvoirs publics en matière de santé des femmes, et plus particulièrement d’égalité de prise en charge en santé, notamment en ce qui concerne l’errance diagnostique, les mauvaises prises en charge, ou encore la méconnaissance de certains symptômes.
Depuis ce dernier observatoire, aucune initiative majeure n’a été mise en place du point de vue du Gouvernement, mais l’écosystème de la Femtech n’a cessé de grandir, que ce soit à l’échelle de l’Hexagone, ou aux échelles européennes et mondiales, avec une forte croissance du nombre d’entreprises. Cependant, le point noir réside dans le manque de financement. Si la France s’est fixée l’objectif ambitieux d’investir 200 millions d’euros (public et privé) d’ici 2026 dans la Femtech, Juliette Mauro, CEO de My S Life et présidente de l’association Femtech France, expliquait dans un événement qui s’est déroulé en fin d’année 2024 que “les fonds français ne sont pas assez gros pour permettre de lever des montants significatifs” et que cela conduit au freinage de la progression des start-ups françaises qui ont pourtant énormément de projets ambitieux pour faire évoluer la façon dont la santé des femmes est traitée.
Compte tenu de ces évolutions, cet observatoire H&TI revient sur :
➡️ Les chiffres clés de la santé des femmes ;
➡️ Le marché de la femtech ;
Santé des femmes : les chiffres clés
Espérance de vie :
À la naissance, les femmes peuvent espérer vivre 64,2 ans sans incapacité et les hommes 63,6 ans, alors que l’âge moyen d’espérance de vie sans incapacités fortes s’établit à 77,5 ans pour les femmes et à 73,8 ans pour les hommes. Ces chiffres issues d’une récente étude de la Dress publiée en décembre 2024 sur les chiffres de l’année 2023 montre une baisse continue depuis 2021, avec une baisse par rapport à l’année 2022 (65,3 ans pour les femmes et 63,8 ans pour les hommes), alors que cette espérance là était plus haute en 2021 (67,0 ans pour les femmes et 65,6 ans pour les hommes).
Mais si les femmes peuvent espérer vivre plus longtemps que les hommes sans incapacité, le rapport “les inégalités sociales de santé” de l‘EHESP publié en 2021 montre que “les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais passent plus d’années d’incapacité qu’eux”, et ce quelque soit leur catégorie socio-professionnelle. Ainsi, les femmes passeraient environ 20 ans avec des incapacités modérées ou sévères, soit un quart de leur vie, là où les hommes ne passeraient que 16 ans (un cinquième de leur vie), comme le montre le tableau ci-dessous partagé par l’Insee :
On remarque que chez les femmes, la majorité des cancers ont vu leur incidence augmenté au cours des 30 dernières années, notamment pour les pathologies les plus fréquentes, comme le cancer du sein, le cancer du pancréas ou encore le mélanome de la peau.
En croisant les données récoltés par le biais du “Panorama des cancers en France 2022” de l’Institut national du cancer (Inca), H&TI a créé un tableau qui montre que l’incidence n’est pas la seule donnée inquiétante à propos des cancers chez les femmes, mais que ces cancers causent aussi beaucoup de décès tous les ans.
Quatre maladies affectent la santé des femmes et sont sous-estimées :
Selon un rapport du cabinet de conseil Mc Kinseypublié en janvier 2025, quatre maladies spécifiques aux femmes, que sont la ménopause, le syndrome prémenstruel (PMS), la migraine et l’endométriose, restent sous-reconnues malgré leur impact majeur sur la qualité de vie et l’économie mondiale. La ménopause affecte plus de 450 millions de femmes et augmente le risque de maladies chroniques, avec un manque à gagner estimé à 120 milliards de dollars par an. Le PMS touche 20 à 40 % des femmes en âge de procréer, entraînant une perte de 23 jours de productivité annuelle et un coût global de 115 milliards de dollars. Les migraines, trois fois plus fréquentes chez les femmes, font perdre 2,7 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité (DALYs (Disability-Adjusted Life Years)) et une perte de 80 milliards de dollars. L’endométriose, qui concerne 190 millions de femmes, entraîne des douleurs chroniques et une baisse de l’activité professionnelle, avec un marché potentiel de 180 à 250 milliards de dollars pour les traitements. En comblant ces lacunes, près de 27 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacitépourraient être gagnés chaque année, améliorant ainsi la santé des femmes et stimulant la croissance économique.
Ce rapport indique également que la recherche pour ses pathologies est également sous financées : si certaines maladies, comme le syndrome prémenstruel (PMS), la ménopause, les hémorragies et troubles hypertensifs maternels, le cancer du col de l’utérus et l’endométriose, représentent 14 % de la charge globale des maladies féminines, mesurée en années de vie ajustées sur l’incapacité, elles ont reçu moins de 1 % des financements de recherche alloués aux 64 principales maladies responsables des inégalités de santé entre les sexes entre 2019 et 2023. À titre de comparaison, le diabète, qui ne représente que 2 % de cette charge, a bénéficié de 12,5 % des financements. Ce déséquilibre illustre une sous-évaluation persistante des maladies féminines, qui reçoivent des investissements largement inférieurs à leur impact réel. Le financement par DALY pour le diabète est presque deux fois supérieur à celui cumulé pour le PMS, la ménopause, l’endométriose et les autres pathologies concernées, mettant en lumière une disparité majeure dans les priorités de la recherche en santé.
Femtech : un marché mondial estimé à 117 Mds$ d’ici 2029
117 milliards de dollars (109 Mds €) : c’est le montant estimé du marché mondial des femtech d’ici 2029, selon une étude réalisée par Statista et publiée en août 2024. Ce chiffre – qui est en nette augmentation depuis l’étude de 2023 qui estimait que le marché atteindrait seulement 95 Mds$ en 2029 et 103 Mds$ en 2030 – couvre l’ensemble des segments du secteur, c’est-à-dire non seulement la santé mais également le bien-être qui s’est énormément développé ces dernières années.
De l’investissement en baisse après une forte hausse en 2021 :
Après avoir atteint un record historique de sommes recueillis par les start-ups de la santé et du bien-être des femmes en 2021 avec 2,7 Mds $ (2,6 Mds €) de fonds levés, soit une hausse de 44 % en un an, les financements ont chuté de de 1,4 milliard à 648 millions de dollars en 2023. Une chute qui n’est pas un problème selon une étude de CB Insight publiée en mai 2024 qui montre que parallèlement à cela, plusieurs nouvelles technologies émergentes qui bénéficient à l’amélioration de la santé des femmes, ont, de leur côté connu une augmentation des financements récemment (surtout en 2023). C’est le cas notamment des applications mobiles d’aide à la ménopause et les technologies de soins de maternité virtuels et hybrides.
Un rapport publié en 2024 par les Echos Etudes, sur les nouvelles opportunités du marché de la santé de la femmes et de la femtech pour les acteurs de la santé souligne que les levées de fonds de plus de 5 millions d’euros portent quasi automatiquement “sur des technologies hautement innovantes”. Cependant, aucune entreprise française ne peut se vanter d’atteindre des montants de financements équivalents à ceux des entreprises américaines et britanniques : à titre de comparaison, et alors que la France a pour objectif de mobiliser 200 millions d’euros de financements publics et privés d’ici à 2026, la femtech Flo Health, basée à Londres, a obtenu 200 millions de dollars (182M €) de financement de la part d’un seul investisseur (General Atlantic) en juillet 2024. À ce jour, Sonio – et ses 18 millions d’euros levés – reste la start-up française de la Femtech qui a levé le plus de fonds.