Un accroissement de la survie globale médiane de 7 mois, c’est le principal résultat de l’étude de phase III menée sur MoovCare, première application d’identification précoce des rechutes chez les patients atteints de cancer du poumon. Les résultats de cette étude ont été présentés le 6 juin 2016 en session orale par le cancérologue Fabrice Denis au congrés mondial sur le cancer de Chicago organisé par l’ASCO.
MoovCare, développée par Sivan Innovation, est une application e-santé de surveillance des symptômes qui cible la détection des rechutes. Grâce à leur smartphone, les patients évaluent leurs symptômes une fois par semaine. Les données sont analysées par un algorithme et directement transmises à leur médecin. Les premières études ont confirmé l’efficacité de ce « diagnostic numérique ».
Une approche innovante du suivi des rechutes dans le cancer du poumon
Pour mettre au point l’application MoovCare, le Dr Fabrice Denis, cancérologue au Centre Jean Bernard (Le Mans), s’est appuyé sur une étude de la dynamique des symptômes observés chez les patients traités pour un cancer du poumon pour développer un algorithme de suivi.
Deux études pilotes prospectives de phase II ont été conduites pour évaluer l’algorithme. Elles ont porté dans un premier temps sur 43 patients pendant un an, sur la base de 6 symptômes renseignés dans un questionnaire par le malade.
Dans un second temps, 42 patients atteints de cancer bronchique ont renseigné chaque semaine 11 symptômes : variation de poids, douleurs, perte d’appétit, fatigue, etc. Après analyse, l’algorithme alertait le médecin s’il détectait une anomalie. Grâce aux contrôles ainsi anticipés, les rechutes ont pu être détectées environ cinq semaines avant le scanner inscrit dans le suivi classique.
Les premiers résultats, en 2013, ont montré un accroissement de la survie de l’ordre de 27% à un an. De plus, ce test affiche une sensibilité de 86 à 100 % dans la détection des rechutes, supérieure à celle du scanner.
L’impact sur la survie globale : les résultats prometteurs de l’étude de phase III
Ces résultats ont conduit au lancement d’un essai clinique de phase III, avec une étude clinique randomisée multicentrique. Pendant un an, un groupe de patients a suivi le protocole habituel pour détecter la rechute d’un cancer du poumon (soit un scanner tous les trois mois), alors que l’autre groupe a consulté lorsque l’application a lancé une alerte.
Le protocole mentionne comme critère de jugement principal la survie globale ; comme critères secondaires le PS (Performance Status), la survie sans progression et la qualité de vie.
L’étude comporte deux bras, l’un de 60 patients utilisateurs de l’application et l’autre de 61 patients témoins suivis de manière classique. Les patients utilisateurs de l’application ont vu leurs rechutes détectées plus précocement entre deux visites de surveillance : 74% vs 33% (p<0,001). Ce groupe présente un accroissement de sa survie globale médiane de 7 mois (HR = 0,33).
En revanche, on n’observe pas de différence en termes de survie sans progression.
Une diffusion internationale dans les prochains mois
L’étude démontre donc que la régularité du suivi à distance permet un traitement plus rapide et impacte positivement la qualité de vie du patient.
84% des patients du groupe utilisateur de l’application ont respecté la discipline de signalement hebdomadaire des symptômes et les patients du bras témoin ont mieux respecté leurs visites de consultation et leurs rendez-vous de scanner.
Les oncologues ont vu le nombre d’appels téléphoniques inutiles diminuer et le nombre d’actes d’imagerie a été divisé par deux.
A ce jour, l’application a été utilisée par plus de 300 patients atteints de cancer du poumon. D’autres études ont été initiées dans d’autres localisations tumorales.
Le marquage CE est en cours. La diffusion internationale est prévue dans les prochains mois.
Selon des informations recueillies par Health&Tech Intelligence, le modèle économique retenu pour la commercialisation de cette application serait un abonnement forfaitaire mensuel par patient. Les dirigeants de Sivan Innovation ont confié qu’ils « espéraient » une prise en charge dés 2017 par l’Assurance maladie et donc la fixation d’un tarif applicable à MoovCare.