Aux Etats Unis, le marché de l’e-santé se porte bien en 2016 mais navigue dans un climat plus sobre qu’en 2015. « Le total des financements pour le premier trimestre de 2016 atteint 981.3 millions de dollars, le montant le plus important pour un premier trimestre depuis que nous suivons les levées de fonds en 2011 », explique Mitchell Mom, associé capital risque de Rock Health, le 4 avril 2016 dernier.
Selon les analystes de Rock Health, les statistiques du 1er trimestre 2016 montrent que les investissements dans la santé numérique restent solides.
3 start-up prometteuses dans la tourmente
En 2015 un certain nombre de start ups très en vue de l’e-santé comme Zenefits, Oscar Health et Theranos ont rencontré de graves turbulences.
Elizabeth Holmes, la fondatrice de Theranos, la startup phare de la e-santé spécialisée dans le test sanguin, est aujourd’hui en grande difficulté. En avril 2016, le Wall Street Journal annonçe que « les régulateurs fédéraux de la santé ont interdit à Elizabeth Holmes la commercialisation des tests sanguins pour un minimum de 2 ans après avoir conclu que l’entreprise n’était pas parvenue à résoudre ce que les régulateurs ont appelé des problèmes majeurs dans son laboratoire en Californie ».
Zenefits, la startup proposant des logiciels de ressources humaines et courtier en assurance, s’est également écroulée. Après une croissance de 500 M$ et une frénésie d’embauche pour répondre à leur besoin de croissance, la société est en décroissance et vient de licencier 250 salariés aux Etats Unis. Zenefits a subitement remercié son PDG, Parker Conrad, en février 2016 accusé d’avoir violé les lois de licences requises pour la vente d’assurance santé.
Oscar Health, une autre start up de la e-santé est en difficulté sur le marché. Elle a perdu 27,5 millions de dollars en 2015 et 11,4 millions de dollars au premier trimestre de 2016.
Méfiance et scepticisme envers les start-up de l’e-santé
Mais les investisseurs et les entrepreneurs de l’ e-santé en ont tiré quelques leçons. Pour réussir les startups ne peuvent plus se contenter de vendre des promesses marketing, elles doivent démontrer des résultats, apporter des preuves solides et montrer qu’elles sont conscientes des contraintes réglementaires en s’y soumettant. La FDA commence à regarder de près toutes les startups de l’e-Santé.
Il en résulte un climat de méfiance et de scepticisme envers les startups de l’e-santé. Cette nouvelle sobriété a pour conséquence l’émergence de start ups surveillant et régulant les start ups de l’e-santé. De nouvelles agences de consultants fournissent maintenant des services pour démontrer la conformité règlementaire des startups de la E-santé et d’en faire la preuve.
Evidation Health, est une de ces nombreuses nouvelles sociétés récemment fondées dans le but d’analyser et mettre en évidence la légitimité des startups de l’e-Santé. Fondée par GE Ventures et Stanford Health, elle aide à valider et optimiser les solutions de E-santé, construit une base de données d’éléments de preuve, donne aux startups un moyen de prouver que les informations relatives à leur produit sont légitimes, et donnant ainsi un moyen aux entrepreneurs de l’e-santé d’être pris au sérieux.
Rassurer les investisseurs par l’évaluation des solutions E-santé.
Evidation Health a récemment conclu un partenariat avec Ochsner Health, précédemment testeur de logiciels d’Apple HealthKit, afin d’apporter de la transparence et d’évaluer quelles sont les applications de e-santé dignes de confiance. Amy Belt Raimundo, directeur commercial chez Evidation, explique qu’ils travaillent ensemble essentiellement pour créer « le type de preuves irréfutables qu’on trouve traditionnellement en santé, mais qui manque aujourd’hui dans beaucoup de discussions autour des sujets e-santé… il y a beaucoup de promesses basées sur de nombreuses solutions et la capacité de collecter des données directement des patients mais vous devez structurer cela afin de prouver que cela a du sens. »
Malay Gandhi, ancien directeur général du Fonds de l’e-santé de Rock Health, a expliqué lors d’un panel organisé par SXSW en mars pourquoi les entrepreneurs du secteur doivent rassurer les investisseurs et leur montrer qu’ils peuvent être dignes de confiance. « Si nous survendons des choses irréelles… nous aurons de grandes difficultés à revenir dans le cycle de vente quand nous aurons de vrais produits. »
« Je pense que le scepticisme sur l’e-santé s’est accentué à la suite du scandale de Theranos » a déclaré Malay. « Il est inquiétant de voir des entreprises manquer d’éthique et choisir d’adresser le marché sans suivre les bonnes pratiques. »
Appliquer les méthodes d’évaluation classiques aux solutions e-santé
Les vieilles métriques standardisées et dignes de confiance utilisées par les entreprises traditionnelles en santé seront dans l’avenir importantes pour la croissance des entreprises non-traditionnelles du digital en santé.
Pour l’e-santé, le chemin vers le succès est plus lent et doit être soigneusement étudié. Pour les nouvelles startups de l’e-santé, il est temps de combiner innovation avec conformité réglementaire et « results-based evidence ».