Crises sanitaires et baisse des financements : intégrer, former, coopérer… six leviers pour refonder l’aide en santé numérique
Alors que les crises sanitaires, environnementales ou géopolitiques se multiplient, l’accès aux soins est de plus en plus compromis. À cela s’ajoute une chute attendue de 35 à 40 % des financements internationaux pour la santé d’ici 2025. Dans ce contexte, l’ODESS plaide pour un changement de modèle. Son approche : soutenir des projets numériques déjà validés sur le terrain, renforcer les compétences locales, et favoriser des coopérations régionales durables avec une série de recommandations.
- 📲Consolider les solutions éprouvées : l’ODESS recommande d’intégrer les outils numériques validés sur le terrain.
- 🚀Renforcer les compétences locales : le développement des compétences techniques et organisationnelles est jugé essentiel pour garantir la durabilité des projets.
- 🌍Stimuler la coopération régionale : L’Observatoire plaide pour une coopération renforcée entre pays, institutions et acteurs de terrain afin de mutualiser les ressources.
- 📊Appuyer la surveillance épidémiologique : Des systèmes d’information interconnectés et décentralisés doivent permettre une détection rapide des crises sanitaires, même en zones reculées.
- 👩💻Combattre la désinformation sanitaire : Face aux fausses informations, l’ODESS recommande d’associer communication de crise, éducation numérique et acteurs de confiance locaux.
- 🛠️Adapter les technologies aux contextes fragiles : Les outils numériques doivent être simples, robustes, utilisables hors ligne et conçus avec les utilisateurs finaux pour rester opérationnels en situation de crise.
Recommandation 1 : consolider les solutions numériques déjà éprouvées
La première recommandation appelle à intégrer les outils numériques au cœur des systèmes de santé, non comme des ajouts ponctuels ou expérimentaux, mais comme des composantes structurelles. À travers son action, l’ODESS met en évidence la nécessité de sortir d’une logique de projets pilotes fragmentés au profit de modèles reproductibles, fondés sur l’analyse des résultats obtenus sur le terrain. Cette approche suppose un changement de cap : passer d’un financement de l’innovation à tout prix à un investissement dans la consolidation, la documentation et la mise à l’échelle des solutions ayant prouvé leur efficacité dans des contextes réels. La santé numérique doit être considérée comme un outil stratégique de planification, de pilotage et de réponse, au même titre que les infrastructures ou les ressources humaines en santé.
Recommandation 2 : miser sur la montée en compétences
Deuxième axe de travail identifié : le développement des compétences, condition indispensable pour assurer l’impact réel des solutions numériques. L’ODESS insiste sur l’importance d’un renforcement des capacités non seulement techniques, mais aussi organisationnelles, chez les professionnels de santé, les institutions et les porteurs de projet. La formation continue, l’apprentissage hybride, l’accès à des outils de décision mobile comme Safe Delivery App ou Z-Waka, sont autant de réponses concrètes à la pénurie de formation dans les contextes fragiles. L’accompagnement technique (mentorat, ateliers, mise en réseau) proposé aux lauréats de l’Observatoire est présenté comme un levier essentiel pour garantir l’autonomie des acteurs locaux et éviter une dépendance aux prestataires extérieurs.
Recommandation 3 : dépasser les logiques concurrentielles et coopérer à l’échelle régionale
Face à la fragmentation croissante des systèmes de santé, l’ODESS recommande de structurer des dynamiques de collaboration régionale et interinstitutionnelle. Il s’agit de dépasser les logiques verticales ou concurrentielles pour promouvoir des coopérations entre pays, agences de santé, sociétés savantes et organismes de formation. L’appui aux campus numériques, les partenariats avec l’Agence universitaire de la Francophonie ou le réseau AeHIN en Asie du Sud-Est illustrent cette volonté de créer des écosystèmes régionaux d’innovation. La circulation des savoirs, des retours d’expérience et des outils interopérables doit être encouragée pour améliorer l’agilité collective face aux crises.
Recommandation 4 : des systèmes interconnectés et décentralisés de surveillance épidémiologique
La quatrième recommandation porte sur l’usage stratégique des données de santé. En contexte de crise, la rapidité et la fiabilité de l’information conditionnent l’efficacité des réponses. L’ODESS promeut l’usage de systèmes d’information intégrés, interconnectés et fondés sur des données multisources (sanitaires, environnementales, géographiques), capables de détecter les signaux faibles, d’alerter les autorités, et d’orienter les ressources. Des projets comme DDS en Thaïlande ou SORMAS au Népal démontrent la faisabilité d’une surveillance épidémiologique nationale décentralisée, y compris dans les zones reculées. La consolidation de ces systèmes implique également une attention à la gouvernance des données, à leur qualité, à leur souveraineté et à leur accessibilité pour les décideurs de terrain.
Recommandation 5 : structurer une réponse coordonnée face à la désinformation sanitaire
La pandémie de COVID-19, puis les crises plus récentes, ont mis en évidence l’impact délétère de la désinformation sur les comportements de santé, la couverture vaccinale, la confiance dans les institutions et l’efficacité des campagnes de prévention. L’ODESS alerte sur le caractère viral de ces contenus et recommande de structurer une réponse offensive en matière de communication sanitaire. Cela implique d’associer les professionnels de santé à des démarches de fact-checking, de renforcer l’éducation numérique des jeunes publics, et de s’appuyer sur des figures de confiance au sein des communautés.
Recommandation 6 : adapter les outils numériques aux réalités des zones en crise
Enfin, l’ODESS insiste sur l’impératif d’adaptabilité technologique dans les zones affectées par des conflits, des catastrophes naturelles ou des crises de gouvernance. La résilience des projets numériques dépend de leur compatibilité avec des environnements à faible connectivité, de leur capacité à fonctionner hors ligne, et de leur simplicité d’usage. L’exemple de l’application MERA, utilisée auprès de réfugiés syriens au Liban, ou de DHIS2 déployé au Mozambique, démontre qu’une approche frugale, construite avec les utilisateurs finaux, permet de maintenir des services essentiels comme la vaccination. La coordination locale, la mobilisation d’« ambassadeurs » communautaires et la gouvernance des données doivent être intégrées dès la conception des projets pour garantir leur acceptabilité.
