Nabil

  • EVERSANA déploie un outil d’IA pour automatiser 90 % du processus de relecture MLR dans les sciences de la vie

    Un processus encore largement manuel et coûteux

    EVERSANA a enrichi sa plateforme ORCHESTRATE d’un nouveau module baptisé ORCHESTRATE MLR, une boîte à outils exploitant l’intelligence artificielle pour automatiser les examens médicaux, juridiques et réglementaires (MLR). Ces étapes sont essentielles à la validation de contenus promotionnels ou publicitaires dans les sciences de la vie, mais elles restent encore très manuelles, longues et coûteuses. Certaines estimations évoquent des coûts annuels de plusieurs dizaines de millions de dollars pour les grandes entreprises.

    Une automatisation des tâches et une gestion accélérée des contenus

    Le nouveau système développé par EVERSANA peut automatiser jusqu’à 90 % des tâches associées au MLR. Il permet aux équipes de repérer, extraire et gérer automatiquement les réclamations contenues dans les documents marketing, avec un traitement en quelques minutes contre plusieurs semaines traditionnellement. L’outil permet également un recoupement automatisé entre les éléments créatifs et les bases de données réglementaires. Résultat : les contenus peuvent être mis à jour en temps réel, ce qui réduit de 50 % les révisions nécessaires et accélère la mise à jour des contenus de 90 %.

    Des résultats mesurés sur le terrain

    Selon des tests réalisés avec plusieurs entreprises du secteur, ORCHESTRATE MLR permettrait de réduire les erreurs de soumission de 86 % et d’enregistrer une économie moyenne de 35 % pour une équipe MLR. L’objectif est de garantir une conformité optimale : tout contenu imprécis ou non conforme peut en effet compromettre la sécurité des patients et exposer les entreprises à des sanctions financières.

    Le développement du module repose sur Amazon Bedrock, une suite de modèles d’IA générative (GenAI) fournie par Amazon Web Services (AWS), et a été réalisé en collaboration avec Modus Create, spécialiste de l’ingénierie produit, et Veeva, fournisseur de solutions cloud pour les sciences de la vie. Jim Lang, directeur général d’EVERSANA, estime qu’ORCHESTRATE MLR « établira une nouvelle norme en matière d’efficacité, de conformité et de qualité ».

  • Dispositifs connectés : l’anneau intelligent de Sky Labs plus performant que l’Apple Watch pour détecter la fibrillation auriculaire

    Une étude comparative menée au Royaume-Uni

    L’anneau intelligent CART-I, développé par la medtech sud-coréenne Sky Labs, a surpassé l’Apple Watch dans la détection automatique de la fibrillation auriculaire (FA), selon une étude publiée dans la revue Heart Rhythm O2. Réalisée dans trois hôpitaux britanniques – Oxford University Hospital, University Hospital Southampton et Queen Elizabeth Hospital –, l’étude a analysé les performances des algorithmes des deux dispositifs à partir de données d’électrocardiogrammes à dérivation unique (SL-ECG).

    CART-I a montré une sensibilité de 84,6 %, contre 69,1 % pour l’Apple Watch. L’anneau a manqué un seul épisode de FA sur sept, contre un sur trois pour la montre d’Apple. Les lectures non classifiées représentaient 1,9 % des cas avec CART-I, contre 20,1 % avec l’Apple Watch, mettant en évidence une meilleure capacité de catégorisation automatique pour l’appareil sud-coréen.

    Des limites persistantes dans la détection des autres arythmies

    L’étude incluait également des patients atteints de flutter auriculaire. CART-I a échoué à détecter un cas sur quatre, tandis que l’Apple Watch en a manqué deux sur cinq. Les auteurs précisent que ni l’un ni l’autre des dispositifs ne permet à ce jour un diagnostic fiable d’arythmies autres que la FA, comme le flutter ou la tachycardie auriculaire. Lorsque les ECG sont interprétés par un professionnel de santé, la sensibilité des deux appareils dépasse 94 %, soulignant le rôle incontournable de l’expertise médicale.

    Une technologie validée et remboursée en Corée du Sud

    Sky Labs commercialise également une version de l’anneau, nommée CART BP, destinée à la surveillance continue de la pression artérielle. Cet appareil bénéficie d’un remboursement par le système national d’assurance maladie en Corée du Sud et est déjà utilisé par plus de 1 300 cliniques.

    Vers une utilisation raisonnée des objets connectés

    Les dispositifs utilisent la photopléthysmographie (PPG), une technique basée sur la lumière infrarouge pour détecter les variations de volume sanguin, de plus en plus présente dans les outils portables. Cependant, les chercheurs soulignent que la plupart des études de validation se concentrent uniquement sur la FA ou le rythme sinusal, ce qui pourrait surestimer la performance des dispositifs en négligeant d’autres arythmies.

  • Séoul développe un LLM médical national entraîné sur 38 millions de documents cliniques

    Un corpus clinique local et des bases de connaissances intégrées

    L’hôpital universitaire national de Séoul (SNUH) annonce avoir mis au point ce qui serait le premier modèle de langage médical de grande taille (LLM) spécifiquement conçu pour le contexte sud-coréen. Le projet, lancé en mars 2024, vise à offrir une alternative locale aux outils développés par les grandes entreprises technologiques occidentales, jugés peu fiables dans le contexte médical coréen.

    Pour entraîner ce modèle, l’équipe de recherche du SNUH a constitué un corpus de 38 millions de textes cliniques, incluant des admissions, dossiers chirurgicaux, ordonnances et comptes rendus infirmiers. Tous les documents ont été anonymisés avant d’être utilisés pour l’apprentissage automatique. Début 2025, les chercheurs ont enrichi ce socle de données par des bases de connaissances propres à chaque spécialité médicale. Ces dernières intègrent les lois médicales locales, des directives de traitement, des résumés d’articles scientifiques, ainsi qu’un dictionnaire d’abréviations et les standards de terminologie médicale en langue coréenne. L’ensemble a été intégré dans le modèle via une approche de génération augmentée par récupération (RAG).

    Performances au-delà de la moyenne nationale

    Le LLM a été testé sur des questions extraites des trois dernières éditions de l’examen national de licence médicale. Il a obtenu un score de 86,2 %, contre une moyenne de 79,7 % pour les candidats humains. Le modèle a également démontré de bonnes performances de traduction, avec la capacité de traiter simultanément jusqu’à 50 000 mots. La SNUH prévoit une phase de vérification d’un an pour évaluer les performances et la sécurité du modèle avant toute intégration dans la pratique clinique. À terme, il pourrait être déployé dans plusieurs spécialités médicales et voir ses capacités d’analyse de données renforcées.

    Répondre à un besoin local

    D’après les responsables du projet, les LLM médicaux existants, comme Med-PaLM 2 de Google ou LLaVA-Med de Microsoft, sont inadaptés au contexte coréen car conçus à partir de corpus en langue anglaise et centrés sur les standards occidentaux. Ce décalage justifie le développement d’un outil spécifiquement calibré pour les professionnels de santé coréens. En parallèle, la SNUH poursuit le développement d’autres outils d’intelligence artificielle : génération automatique de résumés de patients, traitement des réclamations d’assurance, ou encore tri d’articles scientifiques pour les chercheurs

  • Santé au travail : entre retards structurels et initiatives dispersées, quelles priorités pour les années à venir ?

    Cadre juridique : la santé au travail ne se résume pas à l’absence de maladie, rappellent les textes fondateurs

    La santé au travail désigne l’ensemble des démarches visant à préserver la santé physique et mentale des travailleurs, en adaptant les conditions de travail et l’environnement professionnel à leurs besoins. Elle repose sur une approche interdisciplinaire, intégrant des dimensions médicales, sociales, environnementales et organisationnelles, avec pour but de promouvoir un milieu de travail sûr, sain et respectueux de l’individu.

    Sur le plan juridique, la santé au travail est encadrée par des principes issus notamment des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), telles que la Convention 155 (1981) et la Convention 161 (1985). Celles-ci précisent que la santé au travail ne se limite pas à l’absence de maladie mais inclut l’ensemble des facteurs physiques et mentaux affectant les salariés. Les services de santé au travail, à vocation essentiellement préventive, sont ainsi chargés de conseiller employeurs et travailleurs pour garantir des conditions de travail sûres et adaptées.

    En France, la réglementation impose à l’employeur une obligation générale de sécurité (article L.4121-1 du Code du travail), ce qui inclut la mise en œuvre d’actions de prévention, d’information et de formation ainsi que l’aménagement des postes de travail. Dans la fonction publique, la protection de la santé et de la sécurité des agents s’inspire de ces mêmes principes, adaptés aux spécificités du statut public. La loi reconnaît également l’importance du dialogue social en matière de santé au travail, en associant les représentants des personnels à l’évaluation et à l’amélioration des conditions de travail.

    État des lieux : la France compte moins de 5 000 médecins du travail pour 27 millions d’actifs

    La situation de la santé au travail en France est préoccupante. D’après l’Observatoire Santé-Travail 2023 de la Mutualité Française, le taux d’accidents du travail mortels s’établit à 3,5 pour 100 000 actifs, soit le double de la moyenne européenne. La France enregistre l’un des taux d’accidents non mortels les plus élevés de l’Union européenne, avec 3 425 cas pour 100 000 actifs. En 2021, 645 891 accidents du travail ont été recensés, principalement concentrés dans le bâtiment, la santé, les services à la personne et l’industrie. Le secteur de l’aide à domicile est particulièrement touché, avec un taux de 95,5 accidents pour 1 000 salariés. Les maladies professionnelles présentent également une progression importante. Leur nombre a doublé entre 2001 et 2019 dans le régime général. Près de 88 % de ces maladies concernent des troubles musculo-squelettiques (TMS), affectant majoritairement le dos, les poignets, les épaules et les coudes. Selon l’INRS, le syndrome du canal carpien arrive en tête, suivi du syndrome de la coiffe des rotateurs et de l’épicondylite. Le coût pour la collectivité est important. Le défaut de prévoyance en santé au travail est estimé à 15 milliards d’euros par an, dont 8,4 milliards concernent les actifs.

    La France souffre d’une pénurie de médecins du travail. Selon la DREES, on comptait en 2022 seulement 4 812 praticiens pour l’ensemble du territoire, avec une répartition très inégale entre départements. Cette situation entraîne un recul de l’accès aux visites médicales, avec seulement 39 % des salariés ayant bénéficié d’une visite dans l’année. Face à ce constat, les assureurs et mutuelles développent des offres d’accompagnement. Malakoff Humanis propose ainsi des diagnostics QVT et des programmes personnalisés de prévention. Harmonie Mutuelle organise des ateliers spécifiques sur les risques psychosociaux et les TMS.

    Les ouvriers et personnels de santé en première ligne face aux pathologies professionnelles

    Les pathologies professionnelles n’affectent pas uniformément toutes les professions. Les ouvriers, les aides à domicile, les agents d’entretien et les personnels de santé sont parmi les plus exposés aux risques d’accidents et de maladies professionnelles. Dans le bâtiment, on recense plus de 53 accidents de travail avec arrêt pour 1 000 salariés, alors que la moyenne nationale est inférieure à 40. Dans le secteur médico-social, les personnels cumulent près de 20 jours d’arrêt maladie par an en moyenne. Sur le plan psychologique, les chiffres sont également préoccupants. Une étude d’OpinionWay (pour le cabinet Empreinte Humaine) indique que 41 % des salariés français se déclarent en détresse psychologique et que 34 % sont en situation de burn-out.

    Les acteurs de la santé au travail et leurs missions :

    Un maillage d’acteurs aux responsabilités complémentaires

    Le dispositif de santé au travail repose sur plusieurs acteurs. L’employeur est responsable de la sécurité de ses salariés. Les salariés doivent, quant à eux, respecter les consignes de sécurité et signaler les risques. Les Services de Santé au Travail assurent la surveillance médicale et la prévention des risques. Le médecin du travail suit les salariés exposés à des risques particuliers et propose des mesures d’aménagement des postes. Les représentants du personnel, au travers des Comités Sociaux et Économiques (CSE), ont un rôle d’alerte et de proposition. L’inspection du travail vérifie le respect de la réglementation. Enfin, des organismes comme l’INRS, l’ANACT ou les ARACT apportent expertise et ressources.

    Les principaux acteurs de la santé et de la qualité de vie au travail

    L’employeur Le salarié / agent public Le service de santé au travail (SST) Le médecin du travail Les représentants du personnel L’inspection du travail La médecine de prévention (dans la fonction publique) Les organismes de prévention Les caisses d’assurance maladie (CPAM / CARSAT) Les psychologues du travail / ergonomes
    Responsable légal de la santé et de la sécurité de ses salariés ou agents.

    Met en œuvre les actions de prévention, d’information et de formation.

    Doit évaluer les risques professionnels (Document Unique d’Évaluation des Risques – DUER).

    Acteur de sa propre sécurité et de celle des autres.

    Doit respecter les consignes de sécurité et signaler les risques.

    Composé de médecins du travail, infirmiers, intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP).

    Mission de prévention, de suivi médical et de conseil auprès des employeurs et des travailleurs.

    Joue un rôle dans la prévention des risques professionnels et dans le suivi médical des salariés.

    Conseille sur les adaptations des postes et la prévention des risques.

    Comité Social et Économique (CSE) dans le secteur privé ou formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail dans la fonction publique.

    Exercent un droit d’alerte et de proposition en matière de santé, sécurité et qualité de vie au travail.

    Contrôle le respect de la réglementation en matière de santé et sécurité.

    Peut imposer des mesures correctives.

    Contrôle le respect de la réglementation en matière de santé et sécurité.

    Peut imposer des mesures correctives.

    Exemples : ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail), ARACT (Agences Régionales), INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité).

    Apportent expertise, outils et ressources pour améliorer la qualité de vie au travail.

    Interviennent dans la prévention des risques professionnels et l’indemnisation des accidents du travail/maladies professionnelles. Experts mobilisés pour prévenir les risques psychosociaux (RPS) et adapter l’organisation du travail aux capacités humaines.

    34 % des salariés concernés par un burn-out

    La santé mentale, particulièrement dans le cadre professionnel, s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux centraux de la qualité de vie au travail. L’accélération du recours au télétravail, souvent improvisé durant la crise sanitaire, a entraîné un isolement des salariés, une dissolution des collectifs de travail et une extension du temps de travail au-delà des horaires habituels. Cette nouvelle organisation a alimenté une surcharge cognitive, marquée par une hyperconnexion, une fragmentation des tâches et une perte de repères. Les jeunes actifs, en quête de sens et de stabilité, figurent parmi les plus exposés, de même que les professionnels de santé, déjà soumis à des conditions de travail tendues. Les salariés des secteurs du soin, de l’éducation et du social présentent un niveau élevé de burn-out, avec des arrêts maladie en hausse constante. Les femmes, plus souvent en emploi précaire et occupant des postes d’encadrement intermédiaire ou déjà très sollicités émotionnellement, sont particulièrement concernées par les risques psychosociaux. 41 % des salariés se disent en détresse psychologique, et 34 % seraient en situation de burn-out (Opinion Way pour Empreinte Humaine). Pour y faire face, les pouvoirs publics ont amorcé une réponse : le ministère du Travail a lancé un Plan national pour la prévention de la santé mentale au travail, visant notamment à outiller les entreprises, former les managers et développer des dispositifs d’écoute. Certaines entreprises, en partenariat avec des mutuelles ou des startups, ont mis en place des programmes de soutien psychologique, des applications de gestion du stress ou des cellules de soutien internes. Mais la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles reste encore très partielle, et les inégalités d’accès à l’accompagnement psychologique persistent, notamment dans les petites entreprises et les territoires les plus éloignés des structures de soin.

    L’absentéisme recule légèrement, mais les arrêts longs inquiètent

    L’absentéisme est devenu un indicateur central du climat social et de la santé au travail dans les organisations. En France, et selon le baromètre Social France 2025 de Diot Siaci, le taux d’absentéisme est de 4,84% en 2024, en légère baisse par rapport à 2023 (5,06%). Le sujet est désormais suivi de près par les employeurs, les pouvoirs publics, mais aussi les assureurs et les mutuelles. Ces derniers, souvent en collaboration avec des instituts de sondage comme l’IFOP ou l’IPSOS, publient régulièrement des baromètres afin d’en évaluer les causes, l’évolution et les conséquences économiques. La majorité des absences sont dues à des maladies ordinaires, mais les troubles psychologiques (burn-out, stress, anxiété) gagnent en importance, surtout dans les arrêts de longue durée. Les accidents de travail et maladies professionnelles, moins fréquents, génèrent néanmoins un impact fort en raison de la durée des arrêts qu’ils entraînent. L’absentéisme touche plus particulièrement certains profils :

    • Les femmes affichent un taux de 5,8 %, contre 4,2 % pour les hommes, notamment en raison de leur présence majoritaire dans les secteurs les plus exposés comme la santé ou l’éducation.
    • Les jeunes salariés (20-30 ans) ont vu leur taux baisser en 2023.
    • Tandis que les cadres, historiquement moins touchés, connaissent une hausse préoccupante des absences longues, souvent liées à un stress élevé.

    Certains domaines concentrent un absentéisme bien au-dessus de la moyenne nationale. C’est le cas du secteur de la santé (7,56 %), de l’hôtellerie-restauration (7,39 %) et du transport-logistique (6,18 %). Côté public, le gouvernement envisage de durcir les règles relatives aux arrêts maladie, en particulier dans l’Éducation nationale, avec la mise en place de jours de carence supplémentaires. Face à ces constats, les employeurs sont de plus en plus incités à développer des politiques de prévention, à améliorer les conditions de travail et à promouvoir la qualité de vie au travail. Le télétravail, la flexibilité, ainsi que le soutien psychologique des salariés apparaissent comme des leviers pour réduire l’absentéisme.

    Des attentes élevées, des engagements encore limités

    Face à une prise de conscience croissante des liens entre santé au travail, bien-être des salariés et performance des organisations, les initiatives se multiplient en France pour promouvoir un environnement professionnel plus sain. Dans ce contexte, les attentes des salariés évoluent. Une étude menée par Predilife et Ipsos révèle que 81 % d’entre eux considèrent les initiatives en faveur du bien-être comme un critère déterminant dans le choix d’un employeur, et 82 % comme un facteur de fidélisation. La majorité (76 %) estime également légitime que les entreprises investissent dans la santé préventive. L’intérêt pour les bilans prédictifs de santé est également fort : 79 % des salariés se disent favorables à ce type de dispositif, et 94 % souhaitent un suivi annuel de leur état de santé. Pourtant, seules 24 % des entreprises disposent aujourd’hui d’un budget dédié à la santé. Les actions les plus courantes concernent l’évaluation des risques psychosociaux (55 %), la prévention des addictions (40 %) et l’encouragement à la pratique sportive (38 %). Le baromètre QVCT 2024 de Qualisocial met en lumière une dégradation notable de la santé mentale et un désengagement massif : 53 % des actifs se disent désengagés et 67 % vont au travail “mécaniquement” ou à reculons. Si 88 % estiment que la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) est importante, seuls 48 % jugent que leur employeur en tient réellement compte. Pourtant, les bénéfices des démarches QVCT sont clairs : elles sont associées à une meilleure santé des salariés (71 % contre 37 %), un plus grand sentiment de sécurité physique et mentale (92 %), et une meilleure relation avec le management (98 %).

    Pour améliorer durablement la QVCT, l’étude recommande aux entreprises de créer une ambiance de travail agréable, de favoriser une communication transparente, d’impliquer les salariés dans la stratégie et de valoriser leurs compétences. Du côté des pouvoirs publics, elle suggère de financer la recherche et la formation, de proposer des incitations fiscales ou des obligations réglementaires, et de généraliser l’évaluation régulière du niveau de QVCT en interrogeant les salariés eux-mêmes.

    Plan santé-travail 2021–2025 : vers une prévention plus ciblée et mieux coordonnée

    Les outils technologiques offrent de nouvelles possibilités pour renforcer la prévention des risques professionnels. L’automatisation de certaines tâches, notamment dans l’industrie, permet de limiter l’exposition des salariés à des environnements dangereux. L’Organisation internationale du travail (OIT) souligne que les systèmes robotisés et l’usage de drones peuvent contribuer à éloigner les travailleurs des zones à haut risque. Par ailleurs, les dispositifs de détection précoce basés sur des capteurs connectés (IoT) associés à des algorithmes d’analyse permettent d’identifier des anomalies environnementales ou ergonomiques. L’intelligence artificielle est aussi utilisée dans des projets comme Intenseye, où des systèmes d’analyse vidéo permettent de repérer des comportements à risque sur les postes de travail. La réalité virtuelle, de son côté, est de plus en plus mobilisée pour la formation à la sécurité dans des environnements immersifs, simulant des situations à risque sans exposition réelle. Enfin, certains outils d’organisation du travail intègrent désormais des algorithmes capables d’ajuster les plannings pour éviter les surcharges, un facteur identifié dans l’apparition de troubles liés au stress ou à l’épuisement professionnel.

    Ces avancées techniques s’inscrivent néanmoins dans un cadre plus large, qui implique une action politique structurée. Les données récentes mettent en évidence des inégalités sociales marquées : selon l’Observatoire Santé-Travail 2023, les ouvriers ont cinq fois plus de risques d’accident grave que les cadres, et l’écart d’espérance de vie en bonne santé entre ces catégories reste significatif. Le Plan national santé au travail 2021-2025 (PNST4) fixe plusieurs axes prioritaires :

    • Renforcer la prévention primaire, en diffusant une culture de prévention dans toutes les entreprises, avec un focus sur les risques prioritaires (TMS, RPS, expositions chimiques).
    • Prévenir la désinsertion professionnelle, en soutenant le maintien dans l’emploi des salariés fragilisés ou atteints de maladies chroniques.
    • Renforcer la gouvernance, avec la création de comités nationaux et régionaux pour piloter la stratégie et associer les partenaires sociaux.
    • Améliorer la coordination entre les acteurs (employeurs, services de santé au travail, organismes de protection sociale)
    • Anticiper les crises et risques émergents, en tirant les leçons du COVID-19 et en développant la recherche sur les transformations du travail (télétravail, IA, etc.).
    • La qualité de vie au travail doit être pleinement intégrée dans les stratégies de responsabilité sociétale des entreprises.
    • Améliorer les outils et données, en structurant les services de santé au travail (SPST) et en développant des outils numériques partagés.
    • Mieux couvrir les publics les plus exposés, notamment les travailleurs non-salariés.

    Le rapport recommande également de renforcer les moyens de l’inspection du travail, de soutenir la recherche appliquée en santé au travail, et de mieux intégrer la prévention dans les politiques publiques, y compris à travers des incitations fiscales ou des normes réglementaires. Enfin, la mise en place d’une couverture prévoyance universelle pour tous les actifs fait partie des pistes évoquées pour répondre aux fragilités actuelles du système.

  • Formation, dépistage, soutien psychologique, solutions digitales : les mutuelles s’engagent dans la santé au travail (cartographie)

    Panorama des offres Santé au Travail et QVCT 

    De nombreux acteurs (mutuelles, assureurs, groupes de protection sociale, institutions de prévoyance) proposent une variété d’offres pour améliorer la santé au travail et la Qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Ces offres ciblent aussi bien les salariés d’entreprises que les dirigeants de PME/TPE, les travailleurs indépendants et les artisans. Nous présentons ci-dessous un panorama de quelques initiatives, (dispositifs, offres, partenariats), ainsi que les acteurs du monde de l’assurance qui les portent.

    Prévention des risques professionnels (TMS, RPS, addictions…)

    Les assureurs et mutuelles proposent depuis 2022 des dispositifs ciblant les troubles musculosquelettiques (TMS), les risques psychosociaux (RPS) et autres risques du travail.

    • Harmonie Mutuelle a lancé le programme « La santé gagne l’entreprise », qui aide employeurs et salariés à identifier et anticiper les problèmes liés aux TMS, RPS, addictions, risques routiers, à l’allongement de la vie professionnelle ou à la reprise du travail​. Ce programme offre des kits méthodologiques (par exemple pour prévenir TMS, RPS ou l’absentéisme) et inclut des campagnes de sensibilisation, ateliers pratiques, formations (présentiel ou e-learning) ainsi qu’une plateforme téléphonique animée par des experts santé​.
    • Malakoff Humanis propose des outils de prévention : ses « Kits Enjeux RH » sont des guides pratiques à destination des entreprises pour agir sur les RPS et les risques physiques comme les TMS​. Le groupe met à disposition des formations en ligne dédiées aux risques professionnels courants, afin de former les salariés aux bonnes pratiques de sécurité au travail​.
    • De son côté, AG2R La Mondiale a développé en 2022 le programme « Branchez‑vous Santé » à destination des branches professionnelles. Ce programme comprend un pré-diagnostic en ligne permettant à chaque entreprise d’évaluer son niveau de prévention des risques professionnels et de cibler des actions pour les réduire​. Il inclut aussi des actions de formation/sensibilisation sur des thèmes comme le stress au travail, la sédentarité (ateliers « Rencontres de la forme »), l’équilibre alimentaire, le sommeil ou les conduites addictives​.
    • MGEN intervient auprès du secteur public hospitalier : depuis 2022, son dispositif « Bien-Être Santé Travail (BEST) » déploie des formations et sessions de sensibilisation sur la prévention des RPS et des TMS pour le personnel soignant (par exemple, plus de 100 sessions de formation ont déjà été menées dans plusieurs CHU)​.
    • Apicil a soutenu via son incubateur Prévention Santé by H7 des start-up innovantes en prévention des risques. L’une d’elles, Matvisio, a mis au point une caméra intelligente pour détecter en temps réel les postures à risque et prévenir les TMS. Apicil a également accompagné des jeunes pousses dédiées à la lutte contre l’épuisement professionnel et les RPS.

    Bilans de santé, dépistages et promotion de la santé

    Plusieurs organismes intègrent des bilans de prévention et des campagnes de dépistage dans leurs offres récentes. Harmonie Mutuelle organise par exemple des Rendez-vous prévention santé en entreprise : dépistages du diabète, des maladies cardiovasculaires, tests d’audition et de vue, etc., couplés à des conseils sur l’hygiène de vie (alimentation, activité physique, sommeil)​.

    • AG2R La Mondiale inclut dans Branchez-vous Santé un parcours de dépistage bucco-dentaire invitant chaque salarié à réaliser un examen dentaire pris en charge à des âges-clés (35 ans et 55 ans)​. Le même programme prend en charge une innovation médicale de pointe en cancérologie : l’analyse d’imageries médicales avec modélisation 3D (technologie Visible Patient) pour optimiser la préparation des chirurgies tumorales, réduisant le temps opératoire et améliorant la précision du geste​.
    • Du côté de Malakoff Humanis, on facilite l’accès à la prévention courante : le groupe propose aux entreprises une offre de vaccination antigrippale sur site à tarif négocié, afin de protéger les salariés contre la grippe saisonnière et de limiter l’absentéisme hivernal​. Malakoff a également mis en place des ateliers dédiés à des publics spécifiques, comme « Sport & Cancer » – un programme de séances d’activité physique pendant ou après un traitement de cancer, destiné à améliorer la qualité de vie des salariés malades et à accompagner leur rémission​.
    • Apicil cible certains risques de santé particuliers en milieu professionnel : en fin 2022, le groupe a lancé avec la start-up Ziwig une campagne de dépistage de l’endométriose auprès des jeunes salariées de la branche des instituts de beauté​. Ce dépistage, fondé sur un test salivaire ARN développé par Ziwig, diagnostique plus précocement la maladie.

    Soutien psychologique et bien-être mental

    Les organismes de protection sociale ont renforcé leurs offres de soutien psychologique pour les employés en difficulté, particulièrement depuis la crise du Covid.

    • Harmonie Mutuelle propose une cellule de soutien psychologique en cas de crise dans l’entreprise : en situation d’événement traumatique ou de choc, une équipe de psychologues peut être mobilisée rapidement pour écouter et accompagner collectivement les salariés.
    • Malakoff Humanis met à disposition des salariés et des dirigeants une ligne d’écoute psychologique joignable 24h/24 – ce service offre une écoute confidentielle par des psychologues aux personnes traversant une période professionnelle ou personnelle difficile (stress intense, conflit, épuisement…). Chaque bénéficiaire peut avoir jusqu’à quatre entretiens téléphoniques individuels par an avec un psychologue dans le cadre de cette prestation
    • Chez AXA, toute entreprise cliente peut activer une ligne d’aide psychologique similaire, donnant droit pour chaque salarié à quatre consultations téléphoniques annuelles avec un psychologue clinicien​.
    • Malakoff Humanis a lancé l’application mobile « Coach & Moi » pour aider les salariés à gérer leur stress : ce coach numérique propose des exercices et conseils personnalisés (techniques de respiration, gestion du temps, conseils de sommeil, etc.) afin de prévenir le burn-out et l’anxiété au travail​.
    • Certains proposent aussi des activités collectives autour de la santé mentale : par exemple, AXA Prévention offre depuis 2022 aux petites entreprises des formations aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) pour leurs équipes, afin de former des salariés capables de repérer et d’assister un collègue en détresse psychique​r.

    Outils numériques et solutions digitales

    La digitalisation des services de santé au travail s’est accélérée, avec de nombreux outils en ligne ou applications mobiles mis à disposition depuis 2022.

    • AXA a développé la plateforme Préventelis, un service numérique pour aider l’employeur à gérer ses obligations réglementaires en matière de prévention​. L’entreprise peut réaliser en ligne son Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), tenir à jour les fiches de pénibilité, suivre un tableau de bord des actions de prévention et même accéder à des modules de quiz pour s’auto-former sur la sécurité​.
    • Generali inclut dans ses contrats collectifs santé le programme Generali Vitality. Une application de coaching santé personnalisée qui encourage chaque salarié assuré à adopter une vie plus saine​. Après un bilan initial en ligne (questionnaires sur la santé, l’alimentation, le mode de vie pour déterminer l’âge Vitality de l’assuré), l’utilisateur reçoit des objectifs sur mesure et des recommandations pour améliorer ses habitudes (activité physique régulière, nutrition équilibrée, arrêts du tabac, etc.)​En atteignant ces objectifs, il cumule des points qu’il peut ensuite échanger contre des récompenses ou des réductions chez des partenaires (bons d’achat, tarifs préférentiels…)
    • Malakoff Humanis offre également sa plateforme Mes attitudes santé, un site web interactif de prévention à destination des salariés, avec des contenus pédagogiques, des tests et conseils personnalisés sur divers thèmes (nutrition, sommeil, activité physique, addictions…)​.

    Accompagnement des dirigeants et travailleurs non-salariés (TNS)

    Conscients que les chefs d’entreprise et les indépendants sont eux-mêmes exposés à des risques de santé (stress intense, burn-out, isolement) et ont des besoins spécifiques, les organismes ont développé des offres sur-mesure pour les soutenir.

    • Malakoff Humanis a mis en place dès 2021 une Ligne Écoute Dirigeants dédiée aux employeurs de TPE-PME. Ce service téléphonique permet aux dirigeants de parler à des psychologues ou conseillers en cas de situation difficile.
    • AG2R La Mondiale de son côté a intégré un programme de prévention de l’épuisement professionnel du chef d’entreprise. Ce programme, lancé en partenariat avec les organisations patronales de branches, offre aux dirigeants de TPE-PME un accompagnement personnalisé (ateliers collectifs, coaching individuel, bilan de santé dédié) pour surveiller et améliorer leur propre santé physique et mentale​. Dans le même esprit, AG2R propose l’initiative « Démarche Présence », un accompagnement dans la durée visant à mesurer et prévenir les risques d’arrêts de travail dans l’entreprise, y compris ceux du dirigeant lui-même​
    • Harmonie Mutuelle a conçu un parcours : Harmonie Potentiel Humain – un diagnostic de l’énergie et de l’engagement des collaborateurs – s’adressent aux dirigeants soucieux de maximiser le potentiel humain de leur entreprise. Cette solution évalue, via questionnaires et tests, l’énergie physique et mentale des équipes, puis préconise des actions (coaching, aménagement du temps de travail, activités de cohésion) pour re-mobiliser les salariés et le dirigeant lui-même​.

  • Silver économie : la CNIL accompagne six projets sur la gestion des données personnelles des seniors

    Pour sa quatrième édition, le programme « bac à sable » de la CNIL s’est ouvert aux innovations de la silver économie. L’appel à projets ciblait des solutions technologiques conçues pour accompagner le vieillissement de la population, en particulier celles destinées au maintien à domicile, à l’accompagnement administratif ou aux services à la personne. Sur la quinzaine de candidatures reçues, six ont été retenues pour bénéficier d’un accompagnement par la CNIL.

    Trois projets lauréats accompagnés pendant six mois

    Parmi les projets sélectionnés pour un accompagnement approfondi :

    • O₂ développe un dispositif visant à améliorer la sécurisation des flux de données échangées entre partenaires médico-sociaux, sociaux et administratifs, tout en repérant plus efficacement les fragilités des personnes âgées suivies à domicile.
    • OSO-AI propose une solution basée sur la reconnaissance sonore par intelligence artificielle pour les établissements médico-sociaux. L’outil détecte automatiquement des sons critiques (chutes, détresse respiratoire, etc.) et alerte les soignants en temps réel, renforçant ainsi la réactivité sans recours à la vidéosurveillance.
    • Neural Vision (MISSIA) met au point une application mobile de suivi à distance permettant aux proches et aux professionnels de santé de surveiller les conditions de vie des seniors, d’identifier les changements dans leur niveau d’autonomie et d’ajuster les soins en conséquence.

    Ces projets bénéficieront d’un accompagnement personnalisé de six mois par les experts de la CNIL, avec pour objectif la mise en conformité des dispositifs tout en favorisant leur développement.

    Trois autres projets bénéficieront d’un appui ciblé

    Outre les lauréats principaux, trois projets recevront un soutien juridique et technique, sans intégration complète au programme d’accompagnement :

    • CDIET, solution de suivi diététique à destination des structures d’aide à domicile et des EHPAD, pour un meilleur encadrement nutritionnel après hospitalisation ou au quotidien.
    • DIWALL, plateforme facilitant la création de colocations sécurisées entre seniors autonomes, avec services intégrés et outils de gestion administrative.
    • SONAID, logiciel de détection sonore intégré à des dispositifs de téléassistance, pour repérer les signaux de détresse au domicile et prolonger l’autonomie des personnes âgées.

    Un retour d’expérience partagé avec l’ensemble de la filière

    Les résultats de cet accompagnement alimenteront le plan d’action de la CNIL pour la silver économie. Cette initiative prévoit notamment une actualisation du « pack de conformité » sur les données personnelles publié en 2017. Comme pour les éditions précédentes, un bilan des travaux sera publié pour permettre aux autres acteurs du secteur de s’appuyer sur les enseignements tirés de ces expérimentations.

  • US : hellocare.ai lève 47 M$ pour équiper plus de 13 000 chambres d’hôpital en solutions de soins virtuels assistés par l’IA

    Une plateforme unique pour les soins virtuels assistés par IA

    La société américaine hellocare.ai annonce une levée de fonds de 47 millions de dollars, dans le cadre d’un tour de financement de croissance sursouscrit, mené par HealthQuest Capital. Parmi les investisseurs figurent Bon Secours Mercy Health, UCHealth, OSF Ventures et LRVHealth. Déployée dans plus de 70 systèmes de santé, la plateforme entend accélérer sa phase d’hyper-croissance et renforcer l’intégration de l’intelligence artificielle dans les modèles de soins hospitaliers.

    Conçue comme une solution unifiée, hellocare.ai regroupe plusieurs services : soins infirmiers virtuels, surveillance à distance, consultations vidéo, documentation ambiante, tableaux blancs numériques, soins à domicile et engagement patient. L’ensemble est supporté par une infrastructure technologique interne – matériel, logiciel, IA et intégration aux dossiers de santé électroniques – permettant un déploiement rapide et adaptable à grande échelle.

    Des usages étendus dans les hôpitaux

    AdventHealth vient d’annoncer son adoption à grande échelle,à savoir plus de 13 000 chambres réparties sur 50 établissements en seront équipées. Objectifs : fluidifier les processus cliniques, améliorer l’expérience patient et optimiser l’efficacité opérationnelle. Bon Secours Mercy Health et UCHealth jouent un double rôle dans cette dynamique : investisseurs dans cette levée de fonds et utilisateurs actifs de la solution.

    L’approche de hellocare.ai repose sur une hybridation des modèles de soins, combinant assistance humaine et virtuelle. L’intelligence artificielle y est mobilisée pour soutenir les équipes, réduire la charge administrative et renforcer la sécurité des patients. L’entreprise prévoit d’accélérer ses déploiements et d’approfondir ses capacités technologiques dans les mois à venir, en réponse à une demande croissante pour des infrastructures hospitalières.

  • L’IA s’impose progressivement dans le secteur de l’autonomie des personnes âgées

    Le département de l’Yonne fait appel à l’IA pour mieux adapter sa politique en faveur des personnes âgées

    Le conseil départemental de l’Yonne a fait appel en 2024 à ALOGIA GROUPE, afin de conduire une étude basée sur l’intelligence artificielle et l’open data pour mieux mesurer les besoins en matière de perte d’autonomie sur ses territoires.

    La collectivité a fixé trois objectifs :

    • Identifier les fragilités des bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa) ;
    • Identifier les territoires de non-recours ;
    • Déterminer les territoires dans lesquels l’action du département doit être priorisée.

    En se fondant sur les déterminants du bien vieillir de l’OMS, 4 groupes de population ont été identifiés, de P1 (le plus haut niveau de risque) jusqu’à P4. Il s’est avéré que 16% des 4 200 bénéficiaires de l’APA nécessitaient un « haut niveau de prévention active » (P1), car ils cumulent des difficultés sur 3 déterminants identifiés par l’OMS, et 23% se situent en P2.

    Le dispositif s’appuie sur le logiciel RevealCare d’ALOGIA GROUPE, lequel combine intelligence artificielle et algorithmes prédictifs ; il a permis de dégager plusieurs observations significatives :

    • Des différences de recours à l’APA entre les communes. Certaines d’entre elles présentent un recours à l’APA insuffisant par rapport au recours moyen. C’est le cas pour près d’un tiers (28%) des 423 communes du département ;
    • Certaines communes apparaissent à risque de fragilité et d’isolement, selon un indicateur qui prend notamment en compte leur accès plus difficile aux services médicosociaux et aux soins. L’étude a produit des cartes identifiant ces différences entre les territoires.

    Cette étude constitue une aide à la décision pour le département, qui sera en mesure de mieux évaluer les besoins en matière d’APA et de mettre en place des actions de prévention nécessaires pour mieux anticiper la perte d’autonomie à domicile et en établissement. La conférence des financeurs départementale sera destinataire de l’étude et pourra s’inspirer de ses conclusions pour le financement de mesures de financement de la perte d’autonomie.

    L’IA en Ehpad nécessite un investissement humain

    L’intérêt de l’IA en Ehpad s’impose progressivement, au travers des appels d’offres de l’ANS[1] et de différentes expérimentations. L’une d’entre elles a été présentée lors d’une webconférence du magazine en ligne Gérontonews.

    Julien Brunet, directeur des Ehpad finistériens des Abers et de Plabennec, a présenté le bilan positif de l’expérimentation dans un Ehpad d’un outil de reconnaissance des signes prédictifs de troubles anxieux chez les résidents : Emobot[2] détecte précocement les troubles anxieux des résidents en filmant l’expression de leurs visages. « Dans 83% des cas, la détection des troubles est plus précoce qu’avec un psychologue seul ». Le dispositif, discret, a été bien accepté par les résidents[i]

    On sait que l’IA permet aussi le repérage des chutes, notamment la nuit[3] et apporte une réponse concrète à des problèmes bien connus en Ehpad mais aussi à domicile. Les services supports peuvent être aussi utilisateurs de l’IA comme aide à la gestion des ressources humaines ou à la gestion financière.

    Lors de cette conférence, les participants ont cependant insisté sur les réserves des professionnels[4], qui craignent une déshumanisation des soins ainsi que d’être dépossédés de leur savoir-faire ou de ne pas être à la hauteur. Un préalable est donc de former et rassurer les personnels. D’autant que l’usage de l’IA est désormais soumise à l’encadrement du règlement général de protection des données (RGPD) de l’UE, qui entre en vigueur progressivement jusqu’en 2027. Les Ehpad qui utiliseraient des solutions d’IA se voient contraints dans l’utilisation de ces outils, afin que soit garantie la sécurité des données à caractère personnel de leurs résidents. La réglementation européenne prévoit des niveaux de garantie différents selon le niveau de risque de l’IA. Certains usages sont prohibés, d’autres, considérées comme étant « à haut risque », exigent un contrôle plus important. Sur cet aspect aussi, la formation des personnels est indispensable et une assistance juridique peut être nécessaire.

    Dans ces conditions, seules les structures importantes ou regroupées dans un groupement de coordination sociale et médicosociale (GCSMS) peuvent s’engager dans cette voie, par ailleurs coûteuse. « L’Ehpad de 80 lits, tout seul, dans son coin, n’y arrivera pas »[ii].

    L’IA à domicile : de multiples solutions d’IA

    De nombreuses solutions utilisant l’IA existent pour la surveillance des personnes âgées à leur domicile[5]. L’association La Prévention médicale a récemment distingué le dispositif Epoca de télésurveillance pour personnes âgées polypathologiques à domicile. Il repose sur une collecte en temps réel de données médicales essentielles sur le patient. En cas d’urgence une alerte est donnée pour une intervention rapide par téléconsultation, grâce à un téléphone configuré préalablement. Une équipe d’experts en gériatrie disponible 24h/24 analyse les données, gère les alertes et coordonne les interventions. La plateforme de suivi a bénéficié à plus de 4 000 patients depuis 2019, diminuant, d’après les porteurs de projet , de 50% à 80% les hospitalisations et passages aux urgences, soit en moyenne 17,5 jours d’hospitalisation évités par rapport à l’année précédente de référence.

    Sur l’étude ALOGIA pour le département de l’Yonne :

    https://alogiagroupe.com/wp-content/uploads/2025-02-24-Le-departement-de-lYonne-et-ALOGIA-menent-une-mission-de-prevention.pdf

    Sur le dispositif  Epoca :

    https://epoca.health/epoca/

    [i] Voir article bilan 2e appel à projet de l’ANS 20241031

    2 Voir article sur Emobot 20241029

    3 Voir articles plan de prévention des chutes 20220228 et téléassistance et prévention des chutes du 240124

    4 Voir article IA  dans MS :des attentes et des craintes 20250312

    5 Voir article le domicile du futur… 20241121

     

  • Réforme du 100 % santé : les primes des contrats individuels en hausse jusqu’à +12 % pour les plus de 85 ans (étude Drees)

    Une réforme favorable à l’accès aux soins, mais à un coût croissant pour les complémentaires

    Progressivement mise en place entre 2019 et 2021, la réforme du 100 % santé vise à offrir aux assurés couverts par un contrat responsable un accès sans reste à charge à certains soins onéreux : prothèses dentaires, auditives et lunettes. Ce dispositif repose en grande partie sur les organismes de complémentaire santé, qui en assurent le financement résiduel après remboursement par l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Cette nouvelle charge s’est traduite par une hausse significative des primes, en particulier pour les contrats individuels.

    Des primes en nette augmentation après 60 ans

    Selon l’étude publiée aujourd’hui par la DREES et réalisée avec l’Irdes et l’Inserm, les primes des contrats individuels augmentent avec l’âge à partir de 40 ans. Pour un assuré dit « de référence », la prime mensuelle moyenne est passée de 87 à 93 euros à 60 ans (+7 %), de 115 à 127 euros à 75 ans (+11 %), et de 130 à 146 euros à 85 ans (+12 %) entre 2019 et 2021. Cette évolution concerne plus fortement les assurés disposant de contrats peu couvrants ou intermédiaires. En revanche, les contrats collectifs, couvrant principalement les actifs, affichent une stabilité des primes sur la même période. La dynamique de hausse est donc concentrée sur les populations âgées, qui sont aussi les plus concernées par les soins pris en charge dans le cadre du 100 % santé.

    Une forte progression du recours aux soins ciblés par la réforme

    L’étude montre un accroissement important du recours aux équipements inclus dans le panier 100 % santé. Entre 2019 et 2021, le nombre de personnes équipées de prothèses auditives a augmenté de 75 %. Chez les 70-79 ans, cette proportion est passée de 2,2 % à 4,1 %, soit une hausse de 83 %. Les acquisitions de lunettes et de prothèses dentaires ont progressé de 17 %, là encore majoritairement chez les personnes âgées de 60 ans ou plus.

    Une charge élevée pour les complémentaires malgré l’impact de la crise sanitaire

    En deux ans, les remboursements des complémentaires santé pour les soins du 100 % santé ont progressé de 2,1 milliards d’euros (+30 % par rapport à 2019). Cette hausse a toutefois été partiellement compensée par une baisse conjoncturelle des remboursements sur d’autres postes de soins pendant la crise sanitaire, à hauteur de 2,6 milliards d’euros. Une contribution exceptionnelle de 1,5 milliard d’euros a en outre été imposée aux organismes complémentaires.

    Au total, la dépense nette supplémentaire s’établit à 0,9 milliard d’euros sur 2020-2021, tandis que les primes collectées par les complémentaires ont crû de 1,1 milliard sur la même période. La hausse des dépenses se concentre sur les postes de soins du 100 % santé et sur les assurés de 60 ans ou plus.

    Une évolution appelée à se poursuivre

    L’effet modérateur de la crise sanitaire sur les dépenses des complémentaires pourrait n’être que temporaire. À mesure que le recours aux soins inclus dans le panier 100 % santé augmente et que la population vieillit, les primes pourraient continuer à croître pour les assurés les plus âgés, en particulier ceux disposant de contrats individuels. L’étude souligne également l’importance de la sensibilisation au dispositif pour favoriser son utilisation, ce qui, in fine, pourrait renforcer cette tendance à la hausse.

  • L’Institut Curie investit dans la formation de 220 managers pour moderniser le management hospitalier

    Un programme structurant pour refondre la culture managériale en santé

    Après deux années de conception, l’Institut Curie lance un dispositif de formation managériale destiné à ses 220 cadres – médecins, managers paramédicaux et administratifs. D’ici à 2027, tous auront suivi un parcours combinant théorie, pratique, outils numériques et coaching, dans l’objectif de faire évoluer les pratiques managériales au sein de l’hôpital. Pour Anne-Claire de Reboul, directrice adjointe de l’Ensemble hospitalier, cet investissement vise à garantir l’efficacité de l’organisation autant qu’un environnement de travail stimulant. La démarche s’inscrit dans le cadre du projet social Curie 2030, qui fait du management un levier d’attractivité, de fidélisation des talents et de qualité des soins.

    Une montée en compétences progressive et collective

    Le programme repose sur une structure hybride. Il comprend six modules en présentiel autour des postures managériales (coach, communiquant, innovant, etc.), des sessions de co-développement, du e-learning, des mises en situation pratiques et des ateliers thématiques sur des sujets tels que le harcèlement ou les risques psychosociaux. Chaque participant commence par un travail d’introspection, via l’outil D.I.S.C., pour identifier ses modes de fonctionnement. Un coaching individuel vient ensuite compléter le dispositif afin de faciliter l’appropriation des outils dans les contextes spécifiques à chaque service.

    Partage d’expériences et adaptation aux évolutions

    Onze promotions sont actuellement engagées dans le programme. Toutes les six semaines pendant un an, les managers se retrouvent pour partager leurs expériences et réfléchir aux transformations du métier. Parmi les thématiques abordées : le management intergénérationnel ou l’adaptation aux nouvelles attentes des équipes hospitalières. Pour le Dr Nicolas Pouget, chef de service de chirurgie gynécologique et mammaire, le partage d’expérience autour de situations concrètes est une composante essentielle du programme. Rémi Goudefroye, cadre paramédical, confirme que cette formation a modifié sa pratique, notamment dans l’animation des réunions : « plus d’écoute, moins de verticalité ».

    Avec ce dispositif, l’Institut Curie entend affirmer sa position de référence parmi les Centres de Lutte Contre le Cancer (CLCC) en matière d’innovation managériale. Au-delà de la montée en compétences individuelles, il s’agit de structurer une communauté de managers partageant une culture commune et adaptée aux réalités actuelles du soin.