- L’Hospitalisation à Domicile et les Services de Soins Infirmiers à Domicile sont les deux dispositifs majeurs de soins à domicile, mis en place sur prescription médicale.
- En 2023, l’HAD a enregistré une croissance de 8,4 %, atteignant 297 700 séjours pour 168 000 patients.
- La durée moyenne d’un séjour en HAD est de 25 jours, avec des écarts importants selon le type d’établissement (13,1 jours dans le public, 17,7 jours dans le privé).
- Les personnes de plus de 60 ans, notamment celles nécessitant des soins palliatifs ou des pansements complexes, constituent la majorité des bénéficiaires de l’HAD.
- Un algorithme d’orientation développé par la HAS est disponible via une application mobile pour aider les médecins à identifier les situations relevant de l’HAD.
- 93 % des patients pris en charge à domicile se déclarent satisfaits des soins reçus.
- Malgré cette satisfaction, un quart des patients rencontrent des difficultés d’accès aux professionnels, et 11 % ont dû renoncer à des soins à domicile.
- La feuille de route 2021-2026 vise à transformer l’HAD à travers sept axes, incluant l’intégration territoriale, la qualité des soins, et le développement de la e-santé.
- Une coordination interprofessionnelle solide est indispensable entre les médecins, les structures HAD, les SSIAD, les hôpitaux, les ARS et les réseaux de santé.
- Depuis 2016, des stages de trois jours en HAD sont proposés aux internes pour les sensibiliser à cette modalité de soins intégrée.
- Le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’HAD permet de limiter les erreurs, d’optimiser les tournées de soins et de surveiller les patients à distance de manière prédictive.
- L’efficacité clinique de l’IA est démontrée, avec une réduction de 20 à 30 % des hospitalisations, une amélioration des réhabilitations post-AVC et une baisse des erreurs médicamenteuses.
Une alternative à l’hospitalisation complète
Les soins à domicile englobent l’ensemble des prestations réalisées au domicile d’un patient par des professionnels de santé (infirmiers, aides-soignants, ergothérapeutes, podologues, etc.). Ils sont destinés à toute personne, quel que soit son âge, nécessitant des soins médicaux quotidiens. Deux dispositifs principaux sont mobilisables, sur prescription médicale :
- L’hospitalisation à domicile (HAD)
- Et les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD).
L’hospitalisation à domicile permet d’éviter ou de raccourcir un séjour à l’hôpital. La mise en place de l’HAD repose sur un projet thérapeutique élaboré par un médecin coordonnateur, en lien avec une équipe pluridisciplinaire. Elle s’applique notamment aux soins post-opératoires, aux pansements complexes, aux suites de chimiothérapie, à la surveillance de grossesses à risque ou encore à l’accompagnement en fin de vie. L’organisation logistique (ressources humaines et matérielles) est assurée par la structure d’HAD, qui coordonne également les intervenants extérieurs. Les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) visent le maintien à domicile de patients qui nécessitent des soins infirmiers. Ces derniers sont assurés par des infirmiers et aides-soignants, avec l’appui possible d’autres professionnels.
Qu’il s’agisse de l’HAD ou d’un SSIAD, la mise en place des soins à domicile repose obligatoirement sur une prescription médicale.
297 700 séjours d’HAD réalisés en 2023, en hausse de 8,4 % par rapport à 2022
En 2023, l’hospitalisation à domicile a concerné 168 000 patients pour 297 700 séjours, en hausse de 8,4 % par rapport à 2022 selon la Drees. Depuis 2017, le nombre de patients a progressé de 45 %. La durée moyenne d’un séjour est de 25 jours. La capacité d’accueil simultanée atteint 24 100 patients (+4,1 %), répartis dans 293 établissements autorisés. L’HAD représente désormais 7,7 % des capacités d’hospitalisation complète de court et moyen séjour en France. Le secteur associatif à but non lucratif concentre près de la moitié des capacités (49,3 %), des séjours (45,7 %) et des journées (48,7 %), avec une durée moyenne de séjour de 17,5 jours. Les établissements publics assurent 22,1 % des capacités et les structures privées lucratives, 21,1 %. La durée moyenne des séjours varie de 13,1 jours dans le public à 17,7 jours dans le privé lucratif, pour une moyenne nationale de 15,8 jours.
Les plus de 80 ans représentent le principal groupe de patients (56 000). Les soins palliatifs et les pansements complexes constituent les premières indications, avec respectivement 2,3 et 2,2 millions de journées. Suivent les soins de nursing lourds (782 000), la gestion de la douleur (705 000) et l’assistance respiratoire (681 000). Enfin, l’HAD en EHPAD reste une modalité importante avec 26 000 patients et 705 000 journées, contre 900 patients hors EHPAD. L’offre HAD reste toutefois hétérogène selon les territoires, avec une densité plus élevée en Guadeloupe, Guyane et Corse, et plus faible en Normandie et Pays de la Loire.

SSIAD : 3,3 milliards d’euros dépensés en 2023, en hausse de 3,8 %
La croissance se poursuit, portée par le vieillissement et le virage ambulatoire
En 2023, les soins infirmiers à domicile poursuivent leur progression, atteignant 3,336 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % sur un an. Cette croissance s’inscrit dans une tendance liée au vieillissement de la population et à l’orientation vers le maintien à domicile des personnes dépendantes. Les services de soins infirmiers à domicile concentrent l’essentiel de ces dépenses, avec 2,165 milliards d’euros. Parallèlement, les soins liés à la dépendance peuvent impliquer un reste à charge pour les ménages. Des réformes conventionnelles, comme les avenants n°6 et n°10, ont introduit de nouveaux actes et revalorisé la prise en charge à domicile, notamment via le soutien à la formation des infirmiers en pratique avancée.
93 % de satisfaction pour les soins à domicile, mais un quart des patients peinent à accéder aux professionnels
Selon une enquête BVA/Xsight pour France Assos Santé menée fin 2024 auprès de 500 personnes, 93 % des patients pris en charge à domicile se disent satisfaits des soins reçus, avec un sentiment de sécurité partagé par une large majorité. Le respect de la dignité (92 %) et la clarté des informations transmises (91 %) figurent également parmi les points positivement évalués. Ces résultats couvrent les deux principaux types de prise en charge à domicile : d’une part les soins post-hospitalisation, souvent liés à un parcours ambulatoire, et d’autre part les suivis de longue durée dans le cadre de pathologies chroniques, du vieillissement ou du handicap. L’accompagnement non médical (aide-ménagère, auxiliaire de vie) est également bien perçu.
Un patient sur dix a renoncé à des soins à domicile faute de professionnels disponibles
En dépit de ces résultats, un quart des patients en suivi de longue durée et 19 % des patients en post-hospitalisation déclarent avoir rencontré des difficultés d’accès aux professionnels de santé ou aux aides à domicile. Ces obstacles concernent principalement les infirmiers, médecins et personnels d’accompagnement. Plus préoccupant, 11 % des personnes interrogées ont dû renoncer à des soins à domicile, en raison d’un manque de disponibilité des intervenants, ou dans une moindre mesure, pour des raisons financières. Les personnes vivant seules et celles en perte d’autonomie signalent plus fréquemment une expérience complexe ou insatisfaisante.
Des proches aidants sous pression
L’enquête met également en lumière la situation des proches aidants : 70 % d’entre eux rapportent des impacts négatifs liés à la prise en charge à domicile, notamment en termes de charge organisationnelle et de complexité administrative.

Une demande qui augmente : en 2024, la baisse des lits hospitaliers ralentit, mais l’hospitalisation à domicile bondit
L’HAD et les soins à domicile en France devraient augmenter dans les années à venir, portés par une demande croissante liée au vieillissement démographique et aux préférences des patients.
Le recul du nombre de lits ralentit (-0,5 %), tandis que les prises en charge alternatives poursuivent leur croissance, notamment l’hospitalisation à domicile, selon les résultats de la base administrative de la statistique annuelle des établissements de santé (SAE) publiés par la Drees. L’HAD enregistre une croissance de +5,5 %, après +4,1 % en 2023. Elle permet désormais la prise en charge simultanée de 25 400 patients, soit une part de 8,1 % des capacités hospitalières en court et moyen séjour, hors psychiatrie – contre seulement 2,1 % en 2006. L’HAD anticipe une augmentation.
Facteurs de croissance future
- Vieillissement de la population : Les personnes de 85 ans et plus passeront de 1,4 million à 5 millions d’ici 2060, augmentant les besoins en soins à domicile pour la dépendance et les pathologies chroniques.
- Pression hospitalière : 71% des Français jugent les soins à domicile plus confortables, 92% des plus de 50 ans les voyant comme un atout face à la saturation des lits.
- Politiques et innovations : Réformes comme le virage ambulatoire.
Le ministère trace la feuille de route 2021-2026 pour transformer l’offre de soins à domicile
Une croissance de 16,1 % en un an : l’HAD s’est fortement développée en 2020, portée par la crise sanitaire, mais demeure inégalement répartie et encore peu intégrée aux parcours territoriaux.
Face aux limites structurelles de l’hospitalisation conventionnelle et à l’aspiration croissante des patients à être pris en charge à domicile, la feuille de route 2021-2026 publiée par le ministère des Solidarités et de la Santé propose un plan de transformation de l’HAD, articulé autour de sept axes. L’objectif : intégrer l’HAD comme une solution à part entière dans l’offre de soins, y compris pour les cas complexes, en s’appuyant sur l’innovation organisationnelle et numérique. L’activité est marquée par une forte disparité régionale, avec des taux allant de 19,7 à 33,5 patients pris en charge par jour pour 100 000 habitants en métropole. Outre-mer, ces chiffres sont même plus élevés.
Sept axes pour structurer le développement de l’HAD
La feuille de route identifie sept priorités :
- Mieux faire connaître l’HAD auprès des prescripteurs, du public et des professionnels en formation (actions de sensibilisation, intégration dans les formations médicales et paramédicales, reconnaissance des métiers spécifiques à l’HAD).
- Renforcer l’intégration territoriale, via des coopérations avec les établissements hospitaliers, les soins de ville et les structures médico-sociales. L’inclusion dans les projets médicaux de territoire devient un levier.
- Développer l’articulation avec le secteur social et médico-social, en particulier pour les personnes âgées, en situation de handicap ou de précarité. Des conventions spécifiques avec les EHPADs, ESSMS et SSIAD/SPASAD sont encouragées.
- Améliorer la qualité et la sécurité des soins, avec des mesures sur le circuit du médicament, la certification HAS, les indicateurs qualité et le déploiement du programme e-Satis.
- Faire de la e-santé un levier d’expansion, en soutenant l’interopérabilité des outils, la télésanté et l’accès à l’expertise médicale à distance.
- Inclure davantage les patients et les aidants, par l’information, la formation, le soutien et l’intégration de leur expertise dans les parcours.
- Soutenir la recherche et l’innovation, notamment via le développement de prises en charge innovantes et la participation des HAD aux projets de recherche organisationnelle ou clinique.
Un rôle renforcé pendant la crise sanitaire
La crise du COVID-19 a révélé l’agilité de l’HAD, qui a permis d’alléger la pression sur les hôpitaux, notamment dans les régions les plus touchées. En 2020, l’activité a augmenté de 16,1 %, dont +124,9 % pour les soins regroupés sous « autres traitements » (incluant les cas Covid), +228 % pour les transfusions et +19,6 % pour la chimiothérapie. Le rôle d’appui de l’HAD aux EHPAD a également été formalisé par le Ségur de la santé (mesure 28), avec des financements dédiés.
Un virage numérique en cours d’accélération
Déjà engagées dans l’informatisation de leurs dossiers patients, les structures d’HAD doivent désormais renforcer leur interconnexion avec les systèmes de santé numérique (HOP’EN, SUN-ES), participer à l’e-prescription et généraliser l’usage de la télémédecine et de la télésurveillance. L’objectif est aussi d’encourager l’adoption d’outils connectés pour améliorer le suivi à domicile.
L’HAD monte en charge, les SSIAD amorcent leur transformation
L’HAD fait face à plusieurs enjeux pour accompagner son developpement. Soutenue par la feuille de route 2021-2026, son développement territorial s’accélère, avec une démocratisation du “réflexe HAD” dans les EHPAD et les territoires. L’attractivité des métiers reste un défi face à la concurrence hospitalière et libérale, et nécessite des actions ciblées (stages, communication) et une gouvernance dédiée. L’intégration dans l’organisation des soins est également essentielle : en période de tension hospitalière, l’HAD doit pouvoir s’activer rapidement (évaluation à 48 h), avec une coordination efficace entre ville, hôpital, GHT et pharmacies. Les priorités incluent aussi la qualité et la sécurité des prises en charge, l’innovation numérique (accès au dossier patient, télésuivi), et la réduction des inégalités d’accès.
La réforme des SSIAD vise une meilleure coordination entre aide et soins (fusions SAAD/SPASAD) et prévoit la création de 25 000 places supplémentaires. Le modèle de financement doit être adapté aux besoins croissants, en particulier pour les publics les plus dépendants (GIR bas), tout en limitant le recours aux IDE libérales par un forfait journalier mieux calibré. Les tensions sur les ressources humaines appellent un accompagnement renforcé des équipes et une meilleure coordination gérontologique. Le maintien à domicile reste l’objectif central, via des soins de base, des actions de prévention et une évaluation continue des besoins. Enfin, le lien avec l’HAD doit être consolidé, via des coopérations renforcées, des systèmes d’information partagés et des indicateurs pour suivre l’impact sur les usagers et les aidants.
Cas d’usage : l’IA réduit les erreurs, optimise les tournées et prévient les hospitalisations
Jusqu’à 30 % de gain de productivité selon les retours terrain
Les outils numériques améliorent l’organisation des soins à domicile, facilitent la coordination interprofessionnelle et apportent un suivi plus réactif aux patients. Grâce à l’IA, les soignants peuvent, avant même d’entrer chez un patient, accéder à des informations, planifier les tâches à réaliser, enregistrer des observations ou encore obtenir des recommandations contextuelles sur les actes à effectuer. Ces fonctions s’étendent aussi aux bureaux des coordinateurs de soins, où l’IA permet d’optimiser les plans d’intervention. La numérisation des parcours de soins à domicile permet de structurer les politiques de prévention sur des bases plus solides. En automatisant les dimensions administratives, les professionnels pourraient concentrer leur expertise sur la relation soignant-patient et les actes médicaux.
- Surveillance à distance : Les systèmes d’IA analysent les données des objets connectés pour détecter les anomalies vitales en temps réel. Des alertes automatiques informent les soignants en cas de chute ou d’arythmie cardiaque. Cette approche prévient les hospitalisations inutiles chez les patients âgés.
- Gestion des médicaments : L’IA vérifie les interactions médicamenteuses et rappelle les prises via des applications vocales ou des boîtiers intelligents. Des algorithmes ajustent les dosages selon les paramètres physiologiques monitorés. Les erreurs de prescription diminuent de 20 à 30% dans les déploiements observés.
- Planification des tournées : Des plateformes comme AntsRoute intègrent l’IA pour optimiser les itinéraires en fonction de l’urgence et des compétences des soignants. Les plannings s’ajustent dynamiquement aux imprévus. Les gains de productivité atteignent 15 à 30%, selon les retours de professionnels.
- Suivi prédictif : L’IA prédit les risques de décompensation via l’analyse de données multimodales, incluant historique médical et habitudes quotidiennes. Des modèles identifient les biomarqueurs pour des trajectoires de soins personnalisées. Cette méthode renforce la continuité entre domicile et hôpital.
- Coordination interprofessionnelle : Les assistants virtuels facilitent les échanges via des dossiers partagés mis à jour par IA. La téléconsultation assistée analyse les symptômes pour orienter les décisions.
Une réduction de 30 % des hospitalisations et des enjeux éthiques (revue de la littérature)
Basée sur 186 publications de 1994 à 2025, la revue de la littérature révèle que l’IA appliquée au domicile améliore la réhabilitation post-AVC, réduit les hospitalisations chez les seniors et interroge les pratiques en matière de consentement et d’équité.
Trois scénarios d’application dominants
Les usages de l’IA identifiés dans les études se concentrent sur le monitoring passif, la réhabilitation et la prédiction de risques médicaux.
- Monitoring à domicile : Lazarou et al. (2016) ainsi qu’Alwan (2009) décrivent des systèmes intelligents pour la détection de troubles cognitifs chez les personnes âgées, grâce à des capteurs passifs installés au domicile.
- Réhabilitation : Chae et al. (2020) démontrent l’efficacité d’un dispositif associant montre connectée et plateforme web dans la récupération motrice post-AVC. Raccagni et al. (2024) étudient des protocoles spécifiques à la maladie de Parkinson.
- Prédiction de risques : Belmin et al. (2022) et Levine et al. (2024) montrent que des outils prédictifs basés sur l’IA permettent de réduire les visites aux urgences et d’augmenter la précision diagnostique, notamment via des modèles comme GPT-3.
Un quart des études sont centrées sur les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques, ce qui confirme l’orientation de ces solutions vers une personnalisation des soins à domicile.
Efficacité clinique et impact sur les hospitalisations
Les résultats cliniques rapportés font état de bénéfices mesurables :
- Réduction des hospitalisations : selon Belmin (2022) et Havreng-Thry (2025), l’utilisation d’IA prédictive a permis une baisse de 20 à 30 % des hospitalisations chez les seniors.
- Réhabilitation : les études montrent des améliorations significatives des fonctions motrices supérieures chez les survivants d’AVC, comme le souligne Chae et al. (2020) dans une étude prospective.
- Hospitalisation à domicile : une méta-analyse menée par Lin et al. (2024) démontre que les sorties précoces vers le domicile avec suivi intelligent sont aussi efficaces que les soins hospitaliers classiques.
- Acceptabilité et engagement : Zhao et al. (2025) relèvent une perception d’utilité des robots sociaux auprès des personnes âgées vivant à domicile.
- Performance des modèles : Levine (2024) confirme la haute performance de GPT-3 en triage et diagnostic médical, contribuant à sécuriser les interventions à distance.
Plus de la moitié des études incluses dans la synthèse ont été publiées après 2020, ce qui témoigne d’une accélération des travaux validant les bénéfices des solutions IA en homecare. La synthèse fait également ressortir des points de vigilance éthiques et contextuels.
- Respect de la vie privée : Hine et al. (2022) insistent sur les implications du monitoring intelligent pour les patients atteints de démence, notamment autour du consentement éclairé.
- Barrières sociales et culturelles : Chung et al. (2016) soulignent que l’introduction de technologies en milieu domestique se heurte à des réticences culturelles, tandis que Papadopoulos et al. (2020) identifient des obstacles à l’adoption des robots humanoïdes.
- Inégalités structurelles : des écarts apparaissent selon les contextes nationaux. Cingolani (2023) en Italie et Asonganyi (2025) au Cameroun évoquent des contraintes liées aux infrastructures, contrairement aux avancées technologiques signalées en Chine (Yang, 2022 ; Cheng, 2024). Une étude de Yang et al. (2022) a d’ailleurs été rétractée, illustrant la nécessité de rigueur dans la validation des données.
Les applications de l’intelligence artificielle en soins à domicile montrent des effets cliniques tangibles, notamment chez les personnes âgées. Mais leur déploiement à large échelle impose de résoudre des enjeux éthiques et techniques, et d’adapter les stratégies aux contextes locaux.
20 solutions d’IA opérationnelles pour les soins à domicile et l’HAD : prédiction, coordination, automatisation
Télésurveillance, logistique, assistants vocaux, transcription ou analyse d’images : 20 solutions d’intelligence artificielle sont actuellement utilisées ou en cours de déploiement en France et en Europe pour renforcer les capacités de soins à domicile et en hospitalisation à domicile Reposant sur des capteurs connectés, des algorithmes prédictifs, des modèles NLP ou des générateurs de langage, ces outils répondent à des besoins cliniques, organisationnels et réglementaires identifiés dans les parcours chroniques, post-opératoires et gériatriques. Tour d’horizon.
Anticiper les hospitalisations non planifiées
Plusieurs solutions associent capteurs, applications patient et algorithmes d’apprentissage automatique pour prédire les décompensations ou complications en amont.
Presage Care s’appuie sur les données ePROMs quotidiennes (symptômes, activité) recueillies par les patients pour anticiper les hospitalisations non programmées à 7-14 jours. Déployé en EHPAD et en HAD, ce dispositif médical classe IIa, évalué par la HAS, a permis une réduction de 80 % des passages aux urgences selon des essais menés sur plus d’un million de données. Satelia Cardio combine des capteurs connectés (balance, tensiomètre) à une IA certifiée par le SNITEM pour détecter les signes précoces de décompensation chez les patients insuffisants cardiaques. Une étude menée dans 130 centres français rapporte une baisse de 36 % de la mortalité et de 50 % des hospitalisations. Luscii, racheté par Omron en 2024, propose un suivi à domicile pour 150 pathologies. L’outil génère des scores de risque à partir de capteurs (Oura, Withings) et réduit les réadmissions de 65 % selon une étude britannique. hellocare.ai, kit hospital-at-home avec TV connectée et capteurs sans fil, intègre une IA générant des rapports cliniques automatisés. Tucuvi LOLA, assistant vocal multilingue, interroge les patients chaque matin et analyse les réponses via NLP pour générer des alertes. Déployé au Royaume-Uni et en Suède, il a permis une réduction de 70 % des appels des soignants.
Optimiser les tournées et la planification des soins
L’IA permet aussi d’améliorer l’efficience des soins à domicile, notamment via la planification géolocalisée et l’optimisation des tournées. AntsRoute par exemple est utilisé par plusieurs structures françaises, optimise en temps réel les tournées des IDE en fonction du trafic, des compétences requises et des créneaux disponibles. Les retours montrent une hausse de 30 % de la productivité et une baisse de 20 % des kilomètres parcourus.
Réduire la charge administrative et améliorer le reporting
Plusieurs outils d’IA visent à automatiser les tâches répétitives, à faciliter la documentation et à structurer les informations médicales dans les dossiers numériques. Posos e-scan automatise la saisie des ordonnances manuscrites via OCR et NLP, avec une réduction de 95 % des erreurs et de 80 % du temps de saisie. Déployé dans plus de 100 HAD en France. Arcad360 SSIAD intègre des outils de RPA pour automatiser les tâches de facturation et prévoir les plannings. CareConnect Nurse AI Speech-to-Text permet une transcription vocale en temps réel avec compatibilité SNOMED. Il cible les IDE intervenant à domicile sur smartphone. domo.health GenAI, basé sur Azure, facilite la coordination des équipes et génère des résumés automatiques des dossiers médicaux. Il est utilisé dans 10 pays européens dont la France. Loquii.ai, assistant vocal pour les infirmiers, propose synthèse de dossier et rappels médicamenteux. Il vise à fluidifier la communication entre HAD et hôpital.
Des acteurs mieux coordonnés pour structurer l’offre sur le terrain des HAD
Médecins traitants, équipes hospitalières, ARS, réseaux de santé : la prise en charge à domicile s’appuie sur une collaboration opérationnelle entre acteurs, avec des outils partagés et des critères d’intervention clarifiés.
L’Agence régionale de santé coordonne une politique de développement de l’HAD en s’appuyant sur l’ensemble des parties prenantes du parcours de soins. Objectif : garantir au patient le droit au domicile dès que la situation clinique le permet, et organiser l’intervention d’acteurs multiples dans un cadre structuré. Le maintien à domicile implique une articulation entre les professionnels de santé de ville, les établissements hospitaliers, les structures médico-sociales, les services d’HAD, les réseaux de santé et les proches. Pour fluidifier ce parcours, trois axes sont mis en avant :
- définition des rôles selon une gradation des soins,
- organisation des relais
- et diffusion d’une information claire sur les modalités de recours.
Un algorithme d’orientation développé par la Haute Autorité de Santé (HAS) est disponible via application mobile pour soutenir les prescripteurs.
Des prescripteurs aux coordonnateurs : qui fait quoi ?
L’entrée et la sortie en HAD reposent sur la prescription d’un médecin hospitalier ou libéral, et l’accord du médecin traitant, qui reste le référent de la prise en charge, y compris lorsqu’il n’est pas le prescripteur initial. Le médecin coordonnateur de l’HAD valide chaque admission. La demande est idéalement transmise via la plateforme Via-Trajectoire. L’équipe de l’HAD, en lien avec le prescripteur et le médecin traitant, évalue la situation et établit un projet thérapeutique individualisé. Ce projet précise les soins nécessaires, la fréquence des interventions, les besoins d’aides à domicile, les objectifs attendus et les relais à organiser. Il est réévalué au minimum chaque semaine. L’éducation du patient et de son entourage est intégrée à la mission des intervenants.
L’ARS Île-de-France a mené dès 2016 un travail de clarification des niveaux d’intervention entre professionnels de ville, services de soins à domicile et structures HAD. Ce référentiel, fondé sur des critères d’inclusion et d’exclusion, a permis de poser des repères partagés sur les périmètres d’action de chaque acteur. Parallèlement, la notion de domicile a été élargie aux établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) dès 2007 et aux établissements médico-sociaux (ESMS) depuis 2012. Cela implique une coordination renforcée entre les acteurs sanitaires et médico-sociaux.
Formation à l’HAD : des stages de 3 jours pour sensibiliser les futurs médecins généralistes
Pour mieux faire connaître l’HAD aux futurs médecins généralistes, un stage de trois jours au sein d’un établissement d’HAD est proposé aux internes depuis 2016. Cette immersion leur permet d’appréhender les conditions de prescription et de coordination spécifiques à cette modalité de prise en charge. Des partenariats entre équipes de médecine physique et de réadaptation et opérateurs d’HAD ont permis d’expérimenter des prises en charge de rééducation à domicile, dites HAD-R. Ces dispositifs reposent sur une coordination étroite entre spécialistes, professionnels de l’HAD et acteurs sociaux. Un groupe régional HAD-R travaille à lever les freins, produire des outils partagés et soutenir les équipes dans leur collaboration.
En Île-de-France, des échanges réguliers entre acteurs de l’HAD et réseaux de santé tri-thématiques ont permis d’expliciter les rôles de chacun dans le parcours du patient et de construire une culture commune de l’intervention à domicile. La politique régionale de développement de l’HAD s’appuie sur la capacité des acteurs à organiser localement des parcours cohérents. En renforçant les outils d’orientation, les critères d’intervention et les logiques de partenariat, l’ARS et les professionnels impliqués cherchent à garantir une prise en charge adaptée, anticipée et partagée au domicile.
Soigné chez soi : une réponse à la crise hospitalière ?
—
Dernières actualités (depuis janvier 2025) sur l’HAD et les services de soins à domicile
Décrets et expérimentations
- Décret n° 2025-4 du 3 janvier 2025 modifiant les conditions de réadaptation en HAD, autorisant les EAPA pour au moins 2 pratiques thérapeutiques et renforçant la pluridisciplinarité.
- Décret du 5 février 2025 et arrêté du 14 mars lançant une expérimentation de 3 ans pour un forfait d’adressage en chimiothérapie injectable vers l’HAD, visant à désengorger les HDJ et améliorer le confort des patients cancéreux.
- PLFSS 2025 Annexe 6 signalant une croissance de 13,3% des prises en charge conjointes HAD-SSIAD en 2023, avec consensus pour réformer le financement de l’HAD.
Rapports et études
- Étude DREES juillet 2025 sur les établissements HAD : 293 structures recensées fin 2023, capacité à 24 100 patients simultanés (+5% annuel moyen), après hausses post-Covid.
- Rapport Insee Première n°2042 (mars 2025) prévoyant une forte hausse de la demande de services à la personne d’ici 2050 (5 millions de ménages), tirée par le vieillissement et l’assistance aux seniors dépendants.
- Rapport BVA pour France Assos Santé (janvier 2025) analysant la satisfaction des Français envers les soins à domicile, avec focus sur raisons d’expérience positive.
Croissance et annonces sectorielles
- Données DREES novembre 2025 : capacité HAD en hausse de 5,5% en 2024 après +4,1% en 2023, dans un contexte de réduction des lits hospitaliers.
- Rapport d’activité Fondation Santé Service 2024 (juillet 2025) anticipant une croissance HAD de 5% par an, avec intégration de 8 structures HAD-SSIAD au 1er janvier 2025.
Ressources bibliographiques
- ATIH. Hospitalisation à domicile – Chiffres clés. Lyon : Agence technique de l’information sur l’hospitalisation ; Disponible sur : https://chiffres-cles.scansante.fr/had.html
- ATIH. L’activité d’hospitalisation à domicile en 2023. Lyon : Agence technique de l’information sur l’hospitalisation ; 2024 Disponible sur : https://www.atih.sante.fr/sites/default/files/public/content/4852/had_aah23.pdf
- Hospitalisation à domicile : Olivier Véran lance la première feuille de route stratégique nationale pour soutenir son développement – Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées
- Ministère des Solidarités et de la Santé. Feuille de route sur le développement de l’hospitalisation à domicile. Paris : MSS ; 2022 ; Disponible sur : https://www.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/feuille-de-route-had-2022-05-01-2.pdf
- AntsRoute. Digitalisation et soins à domicile : un duo gagnant pour les patients et les professionnels. AntsRoute – Le blog ; 2023. Disponible sur : https://antsroute.com/blog/digitalisation-et-soins-a-domicile-un-duo-gagnant-pour-les-patients-et-les-professionnels/
- Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Services à domicile : intégration d’un outil numérique, comment adapter son organisation du travail ? Anact.fr ; 2023. Disponible sur : https://www.anact.fr/services-domicile-integration-dun-outil-numerique-comment-adapter-son-organisation-du-travail
- National Center for Biotechnology Information. NCBI homepage : U.S. National Library of Medicine
- Agence régionale de santé Île-de-France. Hospitalisation à domicile : acteurs et prises en charge. ARS Île-de-France. Disponible sur : https://www.iledefrance.ars.sante.fr/hospitalisation-domicile-had-acteurs-et-prises-en-charge

