Nabil

  • Soins à domicile : refonder l’HAD pour changer d’échelle et renforcer un modèle déjà bien plébiscité

    • L’Hospitalisation à Domicile et les Services de Soins Infirmiers à Domicile sont les deux dispositifs majeurs de soins à domicile, mis en place sur prescription médicale.
    • En 2023, l’HAD a enregistré une croissance de 8,4 %, atteignant 297 700 séjours pour 168 000 patients.
    • La durée moyenne d’un séjour en HAD est de 25 jours, avec des écarts importants selon le type d’établissement (13,1 jours dans le public, 17,7 jours dans le privé).
    • Les personnes de plus de 60 ans, notamment celles nécessitant des soins palliatifs ou des pansements complexes, constituent la majorité des bénéficiaires de l’HAD.
    • Un algorithme d’orientation développé par la HAS est disponible via une application mobile pour aider les médecins à identifier les situations relevant de l’HAD.
    • 93 % des patients pris en charge à domicile se déclarent satisfaits des soins reçus.
    • Malgré cette satisfaction, un quart des patients rencontrent des difficultés d’accès aux professionnels, et 11 % ont dû renoncer à des soins à domicile.
    • La feuille de route 2021-2026 vise à transformer l’HAD à travers sept axes, incluant l’intégration territoriale, la qualité des soins, et le développement de la e-santé.
    • Une coordination interprofessionnelle solide est indispensable entre les médecins, les structures HAD, les SSIAD, les hôpitaux, les ARS et les réseaux de santé.
    • Depuis 2016, des stages de trois jours en HAD sont proposés aux internes pour les sensibiliser à cette modalité de soins intégrée.
    • Le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’HAD permet de limiter les erreurs, d’optimiser les tournées de soins et de surveiller les patients à distance de manière prédictive.
    • L’efficacité clinique de l’IA est démontrée, avec une réduction de 20 à 30 % des hospitalisations, une amélioration des réhabilitations post-AVC et une baisse des erreurs médicamenteuses.

    Une alternative à l’hospitalisation complète

    Les soins à domicile englobent l’ensemble des prestations réalisées au domicile d’un patient par des professionnels de santé (infirmiers, aides-soignants, ergothérapeutes, podologues, etc.). Ils sont destinés à toute personne, quel que soit son âge, nécessitant des soins médicaux quotidiens. Deux dispositifs principaux sont mobilisables, sur prescription médicale :

    L’hospitalisation à domicile permet d’éviter ou de raccourcir un séjour à l’hôpital. La mise en place de l’HAD repose sur un projet thérapeutique élaboré par un médecin coordonnateur, en lien avec une équipe pluridisciplinaire. Elle s’applique notamment aux soins post-opératoires, aux pansements complexes, aux suites de chimiothérapie, à la surveillance de grossesses à risque ou encore à l’accompagnement en fin de vie. L’organisation logistique (ressources humaines et matérielles) est assurée par la structure d’HAD, qui coordonne également les intervenants extérieurs. Les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) visent le maintien à domicile de patients qui nécessitent des soins infirmiers. Ces derniers sont assurés par des infirmiers et aides-soignants, avec l’appui possible d’autres professionnels.

    Qu’il s’agisse de l’HAD ou d’un SSIAD, la mise en place des soins à domicile repose obligatoirement sur une prescription médicale.

    297 700 séjours d’HAD réalisés en 2023, en hausse de 8,4 % par rapport à 2022

    En 2023, l’hospitalisation à domicile a concerné 168 000 patients pour 297 700 séjours, en hausse de 8,4 % par rapport à 2022 selon la Drees. Depuis 2017, le nombre de patients a progressé de 45 %. La durée moyenne d’un séjour est de 25 jours. La capacité d’accueil simultanée atteint 24 100 patients (+4,1 %), répartis dans 293 établissements autorisés. L’HAD représente désormais 7,7 % des capacités d’hospitalisation complète de court et moyen séjour en France. Le secteur associatif à but non lucratif concentre près de la moitié des capacités (49,3 %), des séjours (45,7 %) et des journées (48,7 %), avec une durée moyenne de séjour de 17,5 jours. Les établissements publics assurent 22,1 % des capacités et les structures privées lucratives, 21,1 %. La durée moyenne des séjours varie de 13,1 jours dans le public à 17,7 jours dans le privé lucratif, pour une moyenne nationale de 15,8 jours.

    Les plus de 80 ans représentent le principal groupe de patients (56 000). Les soins palliatifs et les pansements complexes constituent les premières indications, avec respectivement 2,3 et 2,2 millions de journées. Suivent les soins de nursing lourds (782 000), la gestion de la douleur (705 000) et l’assistance respiratoire (681 000). Enfin, l’HAD en EHPAD reste une modalité importante avec 26 000 patients et 705 000 journées, contre 900 patients hors EHPAD. L’offre HAD reste toutefois hétérogène selon les territoires, avec une densité plus élevée en Guadeloupe, Guyane et Corse, et plus faible en Normandie et Pays de la Loire.

    @Health & Tech Intelligence

    SSIAD : 3,3 milliards d’euros dépensés en 2023, en hausse de 3,8 %

    La croissance se poursuit, portée par le vieillissement et le virage ambulatoire

    En 2023, les soins infirmiers à domicile poursuivent leur progression, atteignant 3,336 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % sur un an. Cette croissance s’inscrit dans une tendance liée au vieillissement de la population et à l’orientation vers le maintien à domicile des personnes dépendantes. Les services de soins infirmiers à domicile concentrent l’essentiel de ces dépenses, avec 2,165 milliards d’euros. Parallèlement, les soins liés à la dépendance peuvent impliquer un reste à charge pour les ménages. Des réformes conventionnelles, comme les avenants n°6 et n°10, ont introduit de nouveaux actes et revalorisé la prise en charge à domicile, notamment via le soutien à la formation des infirmiers en pratique avancée.

    93 % de satisfaction pour les soins à domicile, mais un quart des patients peinent à accéder aux professionnels

    Selon une enquête BVA/Xsight pour France Assos Santé menée fin 2024 auprès de 500 personnes, 93 % des patients pris en charge à domicile se disent satisfaits des soins reçus, avec un sentiment de sécurité partagé par une large majorité. Le respect de la dignité (92 %) et la clarté des informations transmises (91 %) figurent également parmi les points positivement évalués. Ces résultats couvrent les deux principaux types de prise en charge à domicile : d’une part les soins post-hospitalisation, souvent liés à un parcours ambulatoire, et d’autre part les suivis de longue durée dans le cadre de pathologies chroniques, du vieillissement ou du handicap. L’accompagnement non médical (aide-ménagère, auxiliaire de vie) est également bien perçu.

    Un patient sur dix a renoncé à des soins à domicile faute de professionnels disponibles

    En dépit de ces résultats, un quart des patients en suivi de longue durée et 19 % des patients en post-hospitalisation déclarent avoir rencontré des difficultés d’accès aux professionnels de santé ou aux aides à domicile. Ces obstacles concernent principalement les infirmiers, médecins et personnels d’accompagnement. Plus préoccupant, 11 % des personnes interrogées ont dû renoncer à des soins à domicile, en raison d’un manque de disponibilité des intervenants, ou dans une moindre mesure, pour des raisons financières. Les personnes vivant seules et celles en perte d’autonomie signalent plus fréquemment une expérience complexe ou insatisfaisante.

    Des proches aidants sous pression

    L’enquête met également en lumière la situation des proches aidants : 70 % d’entre eux rapportent des impacts négatifs liés à la prise en charge à domicile, notamment en termes de charge organisationnelle et de complexité administrative.

    @Health & Tech Intelligence

    Une demande qui augmente : en 2024, la baisse des lits hospitaliers ralentit, mais l’hospitalisation à domicile bondit

    L’HAD et les soins à domicile en France devraient augmenter dans les années à venir, portés par une demande croissante liée au vieillissement démographique et aux préférences des patients.

    Le recul du nombre de lits ralentit (-0,5 %), tandis que les prises en charge alternatives poursuivent leur croissance, notamment l’hospitalisation à domicile, selon les résultats de la base administrative de la statistique annuelle des établissements de santé (SAE) publiés par la Drees. L’HAD enregistre une croissance de +5,5 %, après +4,1 % en 2023. Elle permet désormais la prise en charge simultanée de 25 400 patients, soit une part de 8,1 % des capacités hospitalières en court et moyen séjour, hors psychiatrie – contre seulement 2,1 % en 2006. L’HAD anticipe une augmentation.

    Facteurs de croissance future

    • Vieillissement de la population : Les personnes de 85 ans et plus passeront de 1,4 million à 5 millions d’ici 2060, augmentant les besoins en soins à domicile pour la dépendance et les pathologies chroniques.
    • Pression hospitalière : 71% des Français jugent les soins à domicile plus confortables, 92% des plus de 50 ans les voyant comme un atout face à la saturation des lits.
    • Politiques et innovations : Réformes comme le virage ambulatoire.

    Le ministère trace la feuille de route 2021-2026 pour transformer l’offre de soins à domicile

    Une croissance de 16,1 % en un an : l’HAD s’est fortement développée en 2020, portée par la crise sanitaire, mais demeure inégalement répartie et encore peu intégrée aux parcours territoriaux.

    Face aux limites structurelles de l’hospitalisation conventionnelle et à l’aspiration croissante des patients à être pris en charge à domicile, la feuille de route 2021-2026 publiée par le ministère des Solidarités et de la Santé propose un plan de transformation de l’HAD, articulé autour de sept axes. L’objectif : intégrer l’HAD comme une solution à part entière dans l’offre de soins, y compris pour les cas complexes, en s’appuyant sur l’innovation organisationnelle et numérique. L’activité est marquée par une forte disparité régionale, avec des taux allant de 19,7 à 33,5 patients pris en charge par jour pour 100 000 habitants en métropole. Outre-mer, ces chiffres sont même plus élevés.

    Sept axes pour structurer le développement de l’HAD

    La feuille de route identifie sept priorités :

    • Mieux faire connaître l’HAD auprès des prescripteurs, du public et des professionnels en formation (actions de sensibilisation, intégration dans les formations médicales et paramédicales, reconnaissance des métiers spécifiques à l’HAD).
    • Renforcer l’intégration territoriale, via des coopérations avec les établissements hospitaliers, les soins de ville et les structures médico-sociales. L’inclusion dans les projets médicaux de territoire devient un levier.
    • Développer l’articulation avec le secteur social et médico-social, en particulier pour les personnes âgées, en situation de handicap ou de précarité. Des conventions spécifiques avec les EHPADs, ESSMS et SSIAD/SPASAD sont encouragées.
    • Améliorer la qualité et la sécurité des soins, avec des mesures sur le circuit du médicament, la certification HAS, les indicateurs qualité et le déploiement du programme e-Satis.
    • Faire de la e-santé un levier d’expansion, en soutenant l’interopérabilité des outils, la télésanté et l’accès à l’expertise médicale à distance.
    • Inclure davantage les patients et les aidants, par l’information, la formation, le soutien et l’intégration de leur expertise dans les parcours.
    • Soutenir la recherche et l’innovation, notamment via le développement de prises en charge innovantes et la participation des HAD aux projets de recherche organisationnelle ou clinique.

    Un rôle renforcé pendant la crise sanitaire

    La crise du COVID-19 a révélé l’agilité de l’HAD, qui a permis d’alléger la pression sur les hôpitaux, notamment dans les régions les plus touchées. En 2020, l’activité a augmenté de 16,1 %, dont +124,9 % pour les soins regroupés sous « autres traitements » (incluant les cas Covid), +228 % pour les transfusions et +19,6 % pour la chimiothérapie. Le rôle d’appui de l’HAD aux EHPAD a également été formalisé par le Ségur de la santé (mesure 28), avec des financements dédiés.

    Un virage numérique en cours d’accélération

    Déjà engagées dans l’informatisation de leurs dossiers patients, les structures d’HAD doivent désormais renforcer leur interconnexion avec les systèmes de santé numérique (HOP’EN, SUN-ES), participer à l’e-prescription et généraliser l’usage de la télémédecine et de la télésurveillance. L’objectif est aussi d’encourager l’adoption d’outils connectés pour améliorer le suivi à domicile.

    L’HAD monte en charge, les SSIAD amorcent leur transformation

    L’HAD fait face à plusieurs enjeux pour accompagner son developpement. Soutenue par la feuille de route 2021-2026, son développement territorial s’accélère, avec une démocratisation du “réflexe HAD” dans les EHPAD et les territoires. L’attractivité des métiers reste un défi face à la concurrence hospitalière et libérale, et nécessite des actions ciblées (stages, communication) et une gouvernance dédiée. L’intégration dans l’organisation des soins est également essentielle : en période de tension hospitalière, l’HAD doit pouvoir s’activer rapidement (évaluation à 48 h), avec une coordination efficace entre ville, hôpital, GHT et pharmacies. Les priorités incluent aussi la qualité et la sécurité des prises en charge, l’innovation numérique (accès au dossier patient, télésuivi), et la réduction des inégalités d’accès.

    La réforme des SSIAD vise une meilleure coordination entre aide et soins (fusions SAAD/SPASAD) et prévoit la création de 25 000 places supplémentaires. Le modèle de financement doit être adapté aux besoins croissants, en particulier pour les publics les plus dépendants (GIR bas), tout en limitant le recours aux IDE libérales par un forfait journalier mieux calibré. Les tensions sur les ressources humaines appellent un accompagnement renforcé des équipes et une meilleure coordination gérontologique. Le maintien à domicile reste l’objectif central, via des soins de base, des actions de prévention et une évaluation continue des besoins. Enfin, le lien avec l’HAD doit être consolidé, via des coopérations renforcées, des systèmes d’information partagés et des indicateurs pour suivre l’impact sur les usagers et les aidants.

    Cas d’usage : l’IA réduit les erreurs, optimise les tournées et prévient les hospitalisations

    Jusqu’à 30 % de gain de productivité selon les retours terrain

    Les outils numériques améliorent l’organisation des soins à domicile, facilitent la coordination interprofessionnelle et apportent un suivi plus réactif aux patients. Grâce à l’IA, les soignants peuvent, avant même d’entrer chez un patient, accéder à des informations, planifier les tâches à réaliser, enregistrer des observations ou encore obtenir des recommandations contextuelles sur les actes à effectuer. Ces fonctions s’étendent aussi aux bureaux des coordinateurs de soins, où l’IA permet d’optimiser les plans d’intervention. La numérisation des parcours de soins à domicile permet de structurer les politiques de prévention sur des bases plus solides. En automatisant les dimensions administratives, les professionnels pourraient concentrer leur expertise sur la relation soignant-patient et les actes médicaux.

    • Surveillance à distance : Les systèmes d’IA analysent les données des objets connectés pour détecter les anomalies vitales en temps réel. Des alertes automatiques informent les soignants en cas de chute ou d’arythmie cardiaque. Cette approche prévient les hospitalisations inutiles chez les patients âgés.
    • Gestion des médicaments : L’IA vérifie les interactions médicamenteuses et rappelle les prises via des applications vocales ou des boîtiers intelligents. Des algorithmes ajustent les dosages selon les paramètres physiologiques monitorés. Les erreurs de prescription diminuent de 20 à 30% dans les déploiements observés.
    • Planification des tournées : Des plateformes comme AntsRoute intègrent l’IA pour optimiser les itinéraires en fonction de l’urgence et des compétences des soignants. Les plannings s’ajustent dynamiquement aux imprévus. Les gains de productivité atteignent 15 à 30%, selon les retours de professionnels.
    • Suivi prédictif : L’IA prédit les risques de décompensation via l’analyse de données multimodales, incluant historique médical et habitudes quotidiennes. Des modèles identifient les biomarqueurs pour des trajectoires de soins personnalisées. Cette méthode renforce la continuité entre domicile et hôpital.
    • Coordination interprofessionnelle : Les assistants virtuels facilitent les échanges via des dossiers partagés mis à jour par IA. La téléconsultation assistée analyse les symptômes pour orienter les décisions.

    Une réduction de 30 % des hospitalisations et des enjeux éthiques (revue de la littérature)

    Basée sur 186 publications de 1994 à 2025, la revue de la littérature révèle que l’IA appliquée au domicile améliore la réhabilitation post-AVC, réduit les hospitalisations chez les seniors et interroge les pratiques en matière de consentement et d’équité.

    Trois scénarios d’application dominants

    Les usages de l’IA identifiés dans les études se concentrent sur le monitoring passif, la réhabilitation et la prédiction de risques médicaux.

    • Monitoring à domicile : Lazarou et al. (2016) ainsi qu’Alwan (2009) décrivent des systèmes intelligents pour la détection de troubles cognitifs chez les personnes âgées, grâce à des capteurs passifs installés au domicile.
    • Réhabilitation : Chae et al. (2020) démontrent l’efficacité d’un dispositif associant montre connectée et plateforme web dans la récupération motrice post-AVC. Raccagni et al. (2024) étudient des protocoles spécifiques à la maladie de Parkinson.
    • Prédiction de risques : Belmin et al. (2022) et Levine et al. (2024) montrent que des outils prédictifs basés sur l’IA permettent de réduire les visites aux urgences et d’augmenter la précision diagnostique, notamment via des modèles comme GPT-3.

    Un quart des études sont centrées sur les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques, ce qui confirme l’orientation de ces solutions vers une personnalisation des soins à domicile.

    Efficacité clinique et impact sur les hospitalisations

    Les résultats cliniques rapportés font état de bénéfices mesurables :

    • Réduction des hospitalisations : selon Belmin (2022) et Havreng-Thry (2025), l’utilisation d’IA prédictive a permis une baisse de 20 à 30 % des hospitalisations chez les seniors.
    • Réhabilitation : les études montrent des améliorations significatives des fonctions motrices supérieures chez les survivants d’AVC, comme le souligne Chae et al. (2020) dans une étude prospective.
    • Hospitalisation à domicile : une méta-analyse menée par Lin et al. (2024) démontre que les sorties précoces vers le domicile avec suivi intelligent sont aussi efficaces que les soins hospitaliers classiques.
    • Acceptabilité et engagement : Zhao et al. (2025) relèvent une perception d’utilité des robots sociaux auprès des personnes âgées vivant à domicile.
    • Performance des modèles : Levine (2024) confirme la haute performance de GPT-3 en triage et diagnostic médical, contribuant à sécuriser les interventions à distance.

    Plus de la moitié des études incluses dans la synthèse ont été publiées après 2020, ce qui témoigne d’une accélération des travaux validant les bénéfices des solutions IA en homecare. La synthèse fait également ressortir des points de vigilance éthiques et contextuels.

    • Respect de la vie privée : Hine et al. (2022) insistent sur les implications du monitoring intelligent pour les patients atteints de démence, notamment autour du consentement éclairé.
    • Barrières sociales et culturelles : Chung et al. (2016) soulignent que l’introduction de technologies en milieu domestique se heurte à des réticences culturelles, tandis que Papadopoulos et al. (2020) identifient des obstacles à l’adoption des robots humanoïdes.
    • Inégalités structurelles : des écarts apparaissent selon les contextes nationaux. Cingolani (2023) en Italie et Asonganyi (2025) au Cameroun évoquent des contraintes liées aux infrastructures, contrairement aux avancées technologiques signalées en Chine (Yang, 2022 ; Cheng, 2024). Une étude de Yang et al. (2022) a d’ailleurs été rétractée, illustrant la nécessité de rigueur dans la validation des données.

    Les applications de l’intelligence artificielle en soins à domicile montrent des effets cliniques tangibles, notamment chez les personnes âgées. Mais leur déploiement à large échelle impose de résoudre des enjeux éthiques et techniques, et d’adapter les stratégies aux contextes locaux.

    20 solutions d’IA opérationnelles pour les soins à domicile et l’HAD : prédiction, coordination, automatisation

    Télésurveillance, logistique, assistants vocaux, transcription ou analyse d’images : 20 solutions d’intelligence artificielle sont actuellement utilisées ou en cours de déploiement en France et en Europe pour renforcer les capacités de soins à domicile et en hospitalisation à domicile Reposant sur des capteurs connectés, des algorithmes prédictifs, des modèles NLP ou des générateurs de langage, ces outils répondent à des besoins cliniques, organisationnels et réglementaires identifiés dans les parcours chroniques, post-opératoires et gériatriques. Tour d’horizon.

    Anticiper les hospitalisations non planifiées

    Plusieurs solutions associent capteurs, applications patient et algorithmes d’apprentissage automatique pour prédire les décompensations ou complications en amont.

    Presage Care s’appuie sur les données ePROMs quotidiennes (symptômes, activité) recueillies par les patients pour anticiper les hospitalisations non programmées à 7-14 jours. Déployé en EHPAD et en HAD, ce dispositif médical classe IIa, évalué par la HAS, a permis une réduction de 80 % des passages aux urgences selon des essais menés sur plus d’un million de données. Satelia Cardio combine des capteurs connectés (balance, tensiomètre) à une IA certifiée par le SNITEM pour détecter les signes précoces de décompensation chez les patients insuffisants cardiaques. Une étude menée dans 130 centres français rapporte une baisse de 36 % de la mortalité et de 50 % des hospitalisations. Luscii, racheté par Omron en 2024, propose un suivi à domicile pour 150 pathologies. L’outil génère des scores de risque à partir de capteurs (Oura, Withings) et réduit les réadmissions de 65 % selon une étude britannique. hellocare.ai, kit hospital-at-home avec TV connectée et capteurs sans fil, intègre une IA générant des rapports cliniques automatisés. Tucuvi LOLA, assistant vocal multilingue, interroge les patients chaque matin et analyse les réponses via NLP pour générer des alertes. Déployé au Royaume-Uni et en Suède, il a permis une réduction de 70 % des appels des soignants.

    Optimiser les tournées et la planification des soins

    L’IA permet aussi d’améliorer l’efficience des soins à domicile, notamment via la planification géolocalisée et l’optimisation des tournées. AntsRoute par exemple est utilisé par plusieurs structures françaises, optimise en temps réel les tournées des IDE en fonction du trafic, des compétences requises et des créneaux disponibles. Les retours montrent une hausse de 30 % de la productivité et une baisse de 20 % des kilomètres parcourus.

    Réduire la charge administrative et améliorer le reporting

    Plusieurs outils d’IA visent à automatiser les tâches répétitives, à faciliter la documentation et à structurer les informations médicales dans les dossiers numériques. Posos e-scan automatise la saisie des ordonnances manuscrites via OCR et NLP, avec une réduction de 95 % des erreurs et de 80 % du temps de saisie. Déployé dans plus de 100 HAD en France. Arcad360 SSIAD intègre des outils de RPA pour automatiser les tâches de facturation et prévoir les plannings. CareConnect Nurse AI Speech-to-Text permet une transcription vocale en temps réel avec compatibilité SNOMED. Il cible les IDE intervenant à domicile sur smartphone. domo.health GenAI, basé sur Azure, facilite la coordination des équipes et génère des résumés automatiques des dossiers médicaux. Il est utilisé dans 10 pays européens dont la France. Loquii.ai, assistant vocal pour les infirmiers, propose synthèse de dossier et rappels médicamenteux. Il vise à fluidifier la communication entre HAD et hôpital.

    Des acteurs mieux coordonnés pour structurer l’offre sur le terrain des HAD

    Médecins traitants, équipes hospitalières, ARS, réseaux de santé : la prise en charge à domicile s’appuie sur une collaboration opérationnelle entre acteurs, avec des outils partagés et des critères d’intervention clarifiés.

    L’Agence régionale de santé coordonne une politique de développement de l’HAD en s’appuyant sur l’ensemble des parties prenantes du parcours de soins. Objectif : garantir au patient le droit au domicile dès que la situation clinique le permet, et organiser l’intervention d’acteurs multiples dans un cadre structuré. Le maintien à domicile implique une articulation entre les professionnels de santé de ville, les établissements hospitaliers, les structures médico-sociales, les services d’HAD, les réseaux de santé et les proches. Pour fluidifier ce parcours, trois axes sont mis en avant :

    • définition des rôles selon une gradation des soins,
    • organisation des relais
    • et diffusion d’une information claire sur les modalités de recours.

    Un algorithme d’orientation développé par la Haute Autorité de Santé (HAS) est disponible via application mobile pour soutenir les prescripteurs.

    Des prescripteurs aux coordonnateurs : qui fait quoi ?

    L’entrée et la sortie en HAD reposent sur la prescription d’un médecin hospitalier ou libéral, et l’accord du médecin traitant, qui reste le référent de la prise en charge, y compris lorsqu’il n’est pas le prescripteur initial. Le médecin coordonnateur de l’HAD valide chaque admission. La demande est idéalement transmise via la plateforme Via-Trajectoire. L’équipe de l’HAD, en lien avec le prescripteur et le médecin traitant, évalue la situation et établit un projet thérapeutique individualisé. Ce projet précise les soins nécessaires, la fréquence des interventions, les besoins d’aides à domicile, les objectifs attendus et les relais à organiser. Il est réévalué au minimum chaque semaine. L’éducation du patient et de son entourage est intégrée à la mission des intervenants.

    L’ARS Île-de-France a mené dès 2016 un travail de clarification des niveaux d’intervention entre professionnels de ville, services de soins à domicile et structures HAD. Ce référentiel, fondé sur des critères d’inclusion et d’exclusion, a permis de poser des repères partagés sur les périmètres d’action de chaque acteur. Parallèlement, la notion de domicile a été élargie aux établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) dès 2007 et aux établissements médico-sociaux (ESMS) depuis 2012. Cela implique une coordination renforcée entre les acteurs sanitaires et médico-sociaux.

    Formation à l’HAD : des stages de 3 jours pour sensibiliser les futurs médecins généralistes

    Pour mieux faire connaître l’HAD aux futurs médecins généralistes, un stage de trois jours au sein d’un établissement d’HAD est proposé aux internes depuis 2016. Cette immersion leur permet d’appréhender les conditions de prescription et de coordination spécifiques à cette modalité de prise en charge. Des partenariats entre équipes de médecine physique et de réadaptation et opérateurs d’HAD ont permis d’expérimenter des prises en charge de rééducation à domicile, dites HAD-R. Ces dispositifs reposent sur une coordination étroite entre spécialistes, professionnels de l’HAD et acteurs sociaux. Un groupe régional HAD-R travaille à lever les freins, produire des outils partagés et soutenir les équipes dans leur collaboration.

    En Île-de-France, des échanges réguliers entre acteurs de l’HAD et réseaux de santé tri-thématiques ont permis d’expliciter les rôles de chacun dans le parcours du patient et de construire une culture commune de l’intervention à domicile. La politique régionale de développement de l’HAD s’appuie sur la capacité des acteurs à organiser localement des parcours cohérents. En renforçant les outils d’orientation, les critères d’intervention et les logiques de partenariat, l’ARS et les professionnels impliqués cherchent à garantir une prise en charge adaptée, anticipée et partagée au domicile.

    Soigné chez soi : une réponse à la crise hospitalière ?

    Le vieillissement rapide de la population et l’augmentation des maladies chroniques rendent incontournables le développement des soins à domicile, notamment via l’HAD et les SSIAD. Ces dispositifs répondent aux besoins en matière de dépendance, de pathologies chroniques et de soins palliatifs. Leur montée en charge doit toutefois s’accompagner d’une adaptation des financements, du renforcement des équipes et d’un soutien aux aidants. Le numérique joue un rôle en facilitant la coordination, en optimisant les tournées et en anticipant les complications grâce à l’IA. Ces innovations permettent de sécuriser les prises en charge et aussi de structurer des parcours plus personnalisés.

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    Dernières actualités (depuis janvier 2025) sur l’HAD et les services de soins à domicile

    Décrets et expérimentations

    • Décret n° 2025-4 du 3 janvier 2025 modifiant les conditions de réadaptation en HAD, autorisant les EAPA pour au moins 2 pratiques thérapeutiques et renforçant la pluridisciplinarité.
    • Décret du 5 février 2025 et arrêté du 14 mars lançant une expérimentation de 3 ans pour un forfait d’adressage en chimiothérapie injectable vers l’HAD, visant à désengorger les HDJ et améliorer le confort des patients cancéreux.
    • PLFSS 2025 Annexe 6 signalant une croissance de 13,3% des prises en charge conjointes HAD-SSIAD en 2023, avec consensus pour réformer le financement de l’HAD.

    Rapports et études

    • Étude DREES juillet 2025 sur les établissements HAD : 293 structures recensées fin 2023, capacité à 24 100 patients simultanés (+5% annuel moyen), après hausses post-Covid.
    • Rapport Insee Première n°2042 (mars 2025) prévoyant une forte hausse de la demande de services à la personne d’ici 2050 (5 millions de ménages), tirée par le vieillissement et l’assistance aux seniors dépendants.
    • Rapport BVA pour France Assos Santé (janvier 2025) analysant la satisfaction des Français envers les soins à domicile, avec focus sur raisons d’expérience positive.​

    Croissance et annonces sectorielles

    Ressources bibliographiques

     

  • UK : les consultations de médecine générale deviennent de plus en plus complexes

    • Pathologies chroniques plus fréquentes chez les jeunes.
    • Augmentation des recommandations cliniques.
    • Surcroît de tâches liées à la prévention.
    • Transfert de charges depuis l’hôpital (listes d’attente, sorties précoces).
    • Moins de soins à domicile.
    • Consultations toujours limitées à 10 minutes.

    Recommandations évoquées :

    • Allonger les consultations à 15 min.
    • Augmenter le nombre de GPs (General Practitioners = médecins généralistes au UK).
    • Adapter le financement au temps réel nécessaire.
    • Renforcer la coordination ville-hôpital-domicile.

    Une complexité mal définie mais bien réelle

    Définir ce qu’est une consultation complexe reste délicat. Une déclaration de consensus récente la décrit comme difficile, exigeante, multifactorielle et chronophage. Elle peut concerner des patients en situation de précarité, atteints de douleurs chroniques ou de troubles liés à l’addiction, ou encore des situations cliniques débouchant sur des hospitalisations d’urgence ou nécessitant plusieurs prescriptions. S’ajoute une explosion des recommandations : le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) en recense plus de 25 000. Le temps nécessaire à leur mise à jour et à leur application alourdit encore la charge cognitive et administrative des médecins généralistes.

    Les politiques de prévention, en expansion dans les pays industrialisés, imposent également un surcroît de tâches aux médecins. Selon Minna Johansson (Université de Göteborg), si les recommandations européennes étaient appliquées strictement, plus de 80 % des adultes devraient consulter un généraliste pour réduire leur risque cardiovasculaire — un scénario incompatible avec les ressources médicales actuelles.

    La multimorbidité touche 32 % des patients, les consultations en médecine générale se complexifient

    En trente ans de pratique, le nombre de patients sous traitement est passé de 20 % à 50 %, les consultations sont plus longues, plus denses, et les journées de travail s’étirent. Ce constat est partagé par l’ensemble des médecins généralistes britanniques : la complexité clinique des consultations augmente, sans adaptation du système en parallèle. Le vieillissement de la population, associé à l’augmentation des cas de multimorbidité, contribue fortement à cette évolution. Selon une étude de l’université de Birmingham, 32 % des patients étaient atteints de plusieurs maladies chroniques en 2019, contre 23 % en 2005. Cette tendance concerne désormais aussi les jeunes adultes, qui présentent davantage de pathologies chroniques (diabète, obésité, hypertension) autrefois cantonnées aux personnes âgées.

    Soins primaires au Royaume-Uni : les généralistes en première ligne face aux défaillances du système hospitalier

    Un système sous-dimensionné

    La croissance des listes d’attente hospitalières pousse les généralistes à assurer un rôle de relais, en prenant en charge des pathologies relevant normalement du niveau spécialisé. Cela entraîne un risque de complications, les médecins devant improviser des traitements ou des gestes (injections, prescriptions de corticoïdes) en l’absence d’accès rapide à un spécialiste.  Le raccourcissement des durées moyennes de séjour (de 8,4 à 4,5 jours entre 1998 et 2020) et la baisse du nombre d’infirmiers à domicile (−43 % depuis 2009) transfèrent aussi la gestion post-hospitalisation vers les généralistes. Ceux-ci se retrouvent à suivre des patients encore instables, parfois dès leur retour du service d’urgences. L’essor des professionnels de santé non médecins, encouragé par le dispositif ARRS (Additional Roles Reimbursement Scheme), modifie la répartition du travail en soins primaires. En 2023, ils étaient plus de 17 000, contre seulement 280 trois ans plus tôt. Ce sont désormais les généralistes qui prennent en charge la majorité des cas complexes, les autres professionnels traitant les situations plus simples.

    Des consultations trop courtes (10 minutes, elles devraient être de 15 minutes)

    Malgré la montée en complexité, la durée des consultations reste figée à 10 minutes depuis des décennies. Le Pr Azeem Majeed (Imperial College London) déplore un financement qui ne permet pas d’allouer plus de temps aux patients complexes, obligeant les médecins à dépasser leur créneau ou à fragmenter le suivi. Le Royal College of General Practitioners et le BMA plaident pour des consultations d’au moins 15 minutes, mais cela exigerait soit une baisse du nombre de rendez-vous quotidiens, soit une augmentation du nombre de médecins — un scénario peu réaliste à court terme, alors que les départs et les réductions d’activité se multiplient dans la profession.

    Best J. Seven reasons why GP consultations are getting more complex. BMJ. 2025;391:r1829.

  • Nominations aux ARS : trois nouveaux directeurs généraux en Outre-mer et en Corse

    • Jean-Jacques Coiplet, ancien directeur de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, est nommé à la direction générale de l’ARS La Réunion, où il pilotera les politiques sanitaires du territoire.
    • Bertrand Parent succède à Laurent Bien à la tête de l’ARS Guyane. Professeur à l’EHESP et spécialiste de la gestion de crise, il prendra ses fonctions le 15 décembre.
    • Ancienne secrétaire d’État, Christelle Boucher-Dubos dirigera l’ARS de Corse. Elle succède à Marie-Hélène Lecenne et pilotera l’adaptation des réformes de santé sur l’île.

    Jean-Jacques Coiplet nommé directeur général de l’ARS de La Réunion

    Par décret du 2 décembre 2025, Jean-Jacques Coiplet prend ses fonctions de directeur général de l’Agence régionale de santé de La Réunion à compter du 15 décembre 2025. Il succède à son poste précédent de directeur général de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté.  Jean-Jacques Coiplet est administrateur de l’État. Il est diplômé de l’École des hautes études en santé publique et de Sciences Po Grenoble. Sa carrière débute comme inspecteur de l’action sanitaire et sociale à la DRASS Centre.

    Il occupe ensuite des postes d’adjoint aux directeurs des DDASS des Alpes-de-Haute-Provence, du Jura et de Mayotte. Il dirige les DDASS de Lozère, de l’Aisne, puis des Bouches-du-Rhône de 2008 à 2010. En 2010, il rejoint l’ARS Provence-Alpes-Côte-d’Azur comme directeur de la santé publique et environnementale. De mai 2012 à novembre 2016, il est directeur général de l’ARS Corse. De novembre 2016 à septembre 2017, il exerce comme directeur régional et départemental de la Jeunesse, des sports et de la cohésion sociale en région PACA. D’octobre 2017 à novembre 2022, il dirige l’ARS Pays de la Loire. Depuis novembre 2022, il est directeur général de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. Il pilote les politiques de santé publique dans ces agences. En tant que directeur général de l’ARS La Réunion, Jean-Jacques Coiplet supervise l’offre de soins, la santé publique et les établissements sanitaires.

    Bertrand Parent nommé directeur général de l’ARS de Guyane

    Par décret du 2 décembre 2025, Bertrand Parent est nommé directeur général de l’Agence régionale de santé de Guyane à compter du 15 décembre 2025. Il succède à Laurent Bien. Bertrand Parent est professeur à l’École des hautes études en santé publique. Il enseigne le management, la communication et la gestion de crise depuis 2005. ​ De 2015 à 2018, il dirige la Délégation Réunion de l’Agence de Santé Océan Indien. Il est membre du Haut Comité à la Santé Publique. Il contribue à la formation des directeurs d’ARS avec l’EN3S.​ En tant que directeur général de l’ARS Guyane, Bertrand Parent coordonne les politiques sanitaires locales. Il gère les crises et renforce le système de santé amazonien. L’agence veille sur la prévention et les soins

    Christelle Boucher-Dubos nommée directrice générale de l’ARS de Corse

    Par décret du 2 décembre 2025, Christelle Boucher-Dubos est nommée directrice générale de l’agence régionale de santé de Corse à compter du 15 décembre 2025. Elle remplace Marie-Hélène Lecenne. Christelle Boucher-Dubos exerce comme médiatrice et déontologue nationale à la Cnaf depuis 2022. Elle a été secrétaire d’État aux Solidarités et à la Santé de 2018 à 2020. ​Christelle Boucher-Dubos cumule 27 ans de services publics.

  • IA RH : le GHR Mulhouse expérimente l’automatisation des plannings

    IA RH : le GHR Mulhouse expérimente l’automatisation des plannings

    Publié le mercredi 03 décembre 2025 à 16h19

    Le GHR Mulhouse Sud-Alsace lance une expérimentation d’IA pour optimiser l’élaboration et l’actualisation des plannings du personnel hospitalier, dans le cadre de l’AMI DGOS. Le projet, copiloté par la DRH et la DSI, associe l’éditeur Optacare et vise à améliorer la gestion RH et l’organisation du travail.

  • HAS, France Assos Santé, IFEP : panorama des acteurs de l’expérience patient en 2025

    De la loi Kouchner à la réforme de 2016

    Promulguée le 4 mars 2002, la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé – dite loi Kouchner – a marqué une rupture dans l’organisation des soins en France. Désormais, un texte de loi place le patient au cœur du dispositif de santé, en lui reconnaissant des droits individuels et collectifs.

    La loi Kouchner donne la capacité des patients à contribuer, par leur expérience, à l’amélioration de la sécurité des soins. Elle affirme plusieurs droits fondamentaux, dont le respect de la vie privée, de la dignité, le droit à l’information et l’absence de discrimination. Elle établit également le principe du consentement libre et éclairé pour tout acte médical, inscrivant le patient comme acteur à part entière du parcours de soins. Cette logique est prolongée par la loi du 26 janvier 2016, qui reconnaît aux usagers la possibilité d’agir collectivement en cas de préjudice lié à leur prise en charge. Ce texte transforme par ailleurs la Commission des Relations avec les Usagers et de la Qualité de la Prise en Charge (CRUQPC) en Commission des Usagers (CDU), renforçant leur place dans les établissements de santé.

    De l’arrêt Teyssier à France Assos Santé : la longue construction de la participation des usagers

    Cette avancée est l’aboutissement d’un long processus historique. Dès l’arrêt Teyssier (1942), les bases du consentement aux soins sont posées, renforcées par la loi Huriet de 1988. Dans les années 1980, face au VIH, les patients imposent un nouveau rapport au corps médical. Les associations comme AIDES ou Act Up deviennent des interlocuteurs du système de santé. L’affaire du sang contaminé en 1991 et les États généraux de la santé (1998-1999) confirment le besoin d’une refondation de la relation patient-soignant. La loi Kouchner organise donc la démocratie sanitaire autour de droits pour les individus et d’un rôle institutionnalisé pour les associations d’usagers. Elle reconnaît aussi la responsabilité médicale, y compris pour les aléas thérapeutiques.

    Depuis 2002, plusieurs textes sont venus compléter le socle instauré par la loi Kouchner :

    Parallèlement, le Collectif Interassociatif sur la Santé (CISS), devenu France Assos Santé en 2017, a consolidé la représentation des usagers à tous les niveaux du système de santé. Il regroupe aujourd’hui plus de 80 associationsN

    Vingt ans après la loi Kouchner, la participation des usagers reste limitée selon France Assos Santé

    Vingt ans après son adoption, la loi Kouchner a vu plusieurs de ses principes remis en question par la gestion de la pandémie. Le rapport de la Conférence nationale de santé de juin 2021 dresse un constat sévère : secret médical non respecté, information partielle, mesures sanitaires peu lisibles, isolement des personnes vulnérables, discriminations dans l’accès aux soins. Les atteintes aux droits ont notamment touché les patients non Covid, du fait de la déprogrammation massive d’interventions ou du manque d’accès aux consultations. Aussi, les inégalités sociales et territoriales se sont accentuées.

    Si la loi de 2002 a ouvert la voie à une meilleure représentation des patients, cette participation reste aujourd’hui limitée. Les représentants des usagers sont peu identifiés par les patients et parfois écartés des décisions.

    France Assos Santé propose des permanences et parlements régionaux pour renforcer la démocratie sanitaire

    • France Assos Santé recommande de créer des permanences physiques dans les établissements et de renforcer leur présence dans les instances.
    • Une autre proposition porte sur la création de parlements sanitaires et sociaux régionaux, indépendants des directions administratives, pour structurer une démocratie sanitaire locale plus ouverte et inclusive.
    • Enfin, l’un des constats majeurs établis dès 2011 reste d’actualité : la répartition territoriale des professionnels de santé demeure inégalitaire. Déserts médicaux, difficultés d’accès à un médecin traitant, coût des soins ou des complémentaires santé sont autant de freins pour une partie des usagers.

    L’IFEP rappelle que l’analyse du vécu patient peut réduire les réhospitalisassions de 30 jours

    Car l’exploitation structurée de l’expérience patient permet d’identifier les points de friction dans les parcours de soins. En recueillant et analysant le vécu des usagers, les établissements peuvent ajuster leurs pratiques et un levier sur des indicateurs comme la réduction des réhospitalisassions ou l’adhésion aux traitements. Elle contribue également à restaurer la confiance dans le système de santé, à condition que ces retours soient intégrés aux processus décisionnels, notamment via les représentants des usagers. Malgré l’introduction historique des droits des patients avec la loi de 2002, les inégalités d’accès aux soins et la faible reconnaissance des représentants des usagers révèlent les limites du modèle, notamment depuis la crise du Covid-19. Or un retour d’expérience patient bien exploité permettrait de diminuer les ré-hospitalisations à 30 jours, selon l’Institut français expérience patient (IFEP).

    @ Health & Tech Intelligence : Résultats nationaux 2023 e-Satis +48h MCO Patients hospitalisés plus de 48h en Médecine – Chirurgie – Obstétrique

    Les acteurs de l’expérience patient 

    Au-delà du binôme médecin-patient, l’expérience de soins mobilise un large éventail de professionnels médicaux, sociaux et institutionnels, appelés à coordonner leurs actions tout au long du parcours.

    Les patients partenaires : impliqués jusqu’à 180 heures dans la formation des étudiants

    En premier lieu, on peut noter l’implication des patients eux-mêmes, une évolution dans la dynamique des soins, étendant leur rôle au-delà de la simple réception des traitements. Ces patients experts, formateurs ou pair-aidants, valorisent leur vécu personnel pour nourrir l’amélioration des pratiques. Leur participation est reconnue. Les patients participent donc à la formation des médecins en France (depuis 2019, la participation des patients est inscrite dans la loi comme une composante des formations médicales, mais son application reste très hétérogène en France). Les patients partenaires peuvent intervenir jusqu’à : 180 heures dans le cadre du DES de médecine générale (3e cycle), 96 heures dans les groupes d’échanges de pratiques en 2e cycle, 36 heures pour l’UE sur le parcours de santé du patient. Cette participation favorise une meilleure sensibilisation des futurs soignants aux réalités vécues par les patients.

    Coordination médico-sociale : un levier sous-utilisé face aux besoins des patients fragilisés

    Les professionnels sociaux et médico-sociaux complètent ce dispositif en prenant en charge les dimensions non médicales, essentielles pour les patients fragiles ; par exemple une étude en cancérologie menée auprès de plus de 7 700 patients a montré que 24% des personnes n’avaient pas été orientées vers des soins de support malgré leurs séquelles, et plus de la moitié ne bénéficiaient pas d’un accompagnement social adapté. Ce constat souligne l’importance du rôle des professionnels médico-sociaux pour combler ces manques et garantir un accompagnement global.

    Les professionnels de santé mobilisent PROMs et PREMs pour améliorer les soins

    Les professionnels de santé (infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes) sont en première ligne pour observer ce qui fonctionne ou non dans le parcours de soins. Ils recueillent de façon directe et régulière les retours des patients. Un premier exemple concerne la collecte de données par les médecins généralistes via les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures). Ces questionnaires permettent de mieux comprendre les symptômes ressentis par les patients et d’ajuster les traitements. Par exemple, lors du suivi des patients atteints de maladies chroniques, les PROMs facilitent la détection précoce des symptômes aggravants, ce qui optimise les interventions médicales. Selon un rapport récent, plus de 60% des maladies recensées par l’OMS sont suivies à travers ces indicateurs de santé rapportés par les patients. Un deuxième exemple illustre le rôle des infirmiers dans les services d’urgence. Par la mise en place de questionnaires d’expérience patient (PREMs), les infirmiers recueillent les perceptions des patients sur la communication, le temps d’attente et la qualité globale des soins. Ce recueil structuré a permis, dans certaines institutions, de réduire le temps d’attente perçu et d’améliorer l’empathie des équipes soignantes, augmentant ainsi la satisfaction globale des patients. Par exemple, l’AP-HP a mis en place un dispositif où les patients reçoivent un questionnaire par mail, pour identifier les axes d’amélioration.

    Les aidants en première ligne

    Les aidants ont un impact direct sur l’expérience patient. Ils assurent une présence continue auprès de la personne malade et participent à de nombreuses décisions du quotidien. Leur soutien contribue à sécuriser le parcours de soins, à faciliter la compréhension des informations médicales et à renforcer l’adhésion aux traitements, notamment en cas de pathologies chroniques ou de perte d’autonomie. Leur implication influence aussi la perception de la qualité des soins, puisque le vécu des proches  se répercute sur celui du patient. Des études montrent que la présence d’un proche aidant peut réduire le stress et l’anxiété des patients hospitalisés, favoriser un meilleur suivi des traitements et limiter les ruptures de soins, même si cette aide expose les aidants à un risque accru de fatigue, de troubles anxieux et de difficultés sociales. Cette double dimension souligne la nécessité d’intégrer les aidants dans les dispositifs d’expérience patient tout en développant pour eux des mesures de soutien adaptées. En France, environ 11 millions de personnes se déclarent aidantes, ce qui montre l’ampleur de cette contribution et son poids dans l’organisation concrète des parcours.

    Les institutions : la HAS encadre la prise en compte dans les établissements de santé

    Plusieurs institutions publiques jouent un rôle dans l’organisation et la régulation de l’expérience patient en France. La Haute Autorité de Santé (HAS) émet des recommandations et évalue la qualité des soins, tandis que les Agences Régionales de Santé (ARS) assurent la coordination territoriale. Les établissements hospitaliers, publics et privés, sont responsables de la qualité des parcours et de la mise en œuvre des dispositifs d’amélioration. Par ailleurs, les caisses d’assurance maladie interviennent dans le financement et le soutien aux parcours, spécifiquement pour les soins de longue durée. Ce cadre institutionnel participe à la promotion des droits. Avec six critères dédiés dans son référentiel 2025, la HAS renforce l’intégration de la parole des patients dans la gouvernance, les pratiques cliniques et les évaluations de la qualité des soins.

    La version 2025 du référentiel de certification des établissements de santé consacre une place à l’expérience patient. La Haute Autorité de Santé (HAS) y inscrit un objectif complet sur l’implication des patients dans la vie de l’établissement, matérialisé par six critères (expression de l’expérience patient, prise en compte de la satisfaction, utilisation des PROMs, partenariats avec les patients et associations, implication des représentants des usagers et accès à l’information).

    Les CDU (Commission des Usagers) doivent inclure au minimum un médiateur médecin et non-médecin, des représentants des usagers et un représentant de l’établissement. La HAS valorise deux formes d’engagement :

    • Le patient partenaire, qui s’implique directement dans son parcours de soins, en collaboration avec l’équipe médicale. Il participe à la prise de décision et à l’amélioration des pratiques.
    • Le patient expert, souvent formé et parfois diplômé, possède une connaissance approfondie de sa pathologie et peut intervenir dans des projets institutionnels, de formation ou d’élaboration de protocoles.

    Ces profils soutiennent une triple légitimité de l’implication des usagers : médicale (pertinence des soins), stratégique (efficacité organisationnelle) et politique (réduction de la dépendance hospitalière). Depuis 2016, le dispositif e-satis permet de recueillir en continu la satisfaction des patients par des questionnaires standardisés. Ce dispositif devient central dans la version 2025 du référentiel, via le critère 1.4-02 qui impose la prise en compte de ces retours.

    Près de 15 000 associations mobilisées pour défendre les droits et améliorer les pratiques de soin

    Les associations de patients, historiquement moins visibles, occupent aujourd’hui une place centrale. Elles sont au nombre de près de 15 000 en France métropolitaine et représentent plus de 20 millions de patients atteints de maladies chroniques. Leur action dépasse le soutien direct aux malades : elles mènent des campagnes multi-supports (télévision, radio, presse, réseaux sociaux) pour sensibiliser la population, prévenir, défendre des droits et faire évoluer les représentations. Cette évolution s’appuie sur une autonomie financière renforcée et une crédibilité accrue. Les associations interviennent aussi dans l’amélioration des pratiques professionnelles et la co-construction avec les industriels de messages et services adaptés à la réalité des patients. Par exemple, elles collaborent avec des groupes pharmaceutiques pour élaborer des référentiels qualité et personnaliser les entretiens pharmaceutiques.

    • L’Institut Français de l’Expérience Patient (IFEP) est une organisation à but non lucratif qui vise à faire de l’expérience patient un levier de transformation du système de santé en France. Il accompagne les établissements dans leurs mutations, outille les professionnels et explore de nouveaux canaux pour impliquer les patients et leurs proches.
    • France Assos Santé fédère toutes les associations de patients et usagers en France. Elle œuvre pour représenter les intérêts des patients dans les décisions de santé publique, promouvoir leurs droits et améliorer l’accès aux soins. L’organisation encourage la participation active des usagers dans le système de santé et soutient les actions en faveur de l’expérience patient.
    • L’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) renforce son soutien à la prise en compte de l’expérience patient et usager. Enjeu organisationnel, managérial et clinique, cette démarche permet d’améliorer concrètement la qualité des prises en charge, en s’alignant sur les besoins exprimés par les usagers.

     

  • IA : Les pays européens adoptent l’IA pour soulager leurs systèmes, moins pour révolutionner la médecine (rapport OMS)

    l’IA médicale déployée dans 64 % des pays européens, surtout pour les diagnostics

    Selon une première étude de l’OMS publiée le 27 novembre 2025, couvrant 50 pays d’Europe et d’Eurasie, l’intelligence artificielle est en cours d’intégration dans les systèmes de santé. Son principal domaine d’application : l’aide au diagnostic, utilisée dans 64 % des pays, notamment en ophtalmologie, radiologie ou dermatologie.  La France, le Portugal, la Suède, la Hongrie et les Pays-Bas ont déjà institutionnalisé ce type d’outils depuis deux ans. À l’inverse, le Royaume-Uni et l’Italie n’en sont qu’à des déploiements informels, dans quelques établissements. Dans certains cas, les résultats sont déjà mesurables : en Slovaquie, un projet d’automatisation des processus en radiothérapie a permis de réduire de 50 % le temps passé par les oncologues sur certaines taches.

    Après le diagnostic, l’usage le plus répandu de l’IA concerne :

    • les chatbots d’assistance aux patients (50 % des pays),
    • suivis par l’automatisation des tâches administratives (40 %).

    La France est citée parmi les rares pays à expérimenter ou utiliser l’ensemble des usages identifiés : diagnostics, chirurgie, chatbots, administration et vérification des symptômes. L’Espagne affiche également une avancée sur la chirurgie assistée, les tâches logistiques et les chatbots.

    L’enjeu n’est pas juste, budgétaire mais réglementaire

    Contrairement aux idées reçues, le financement ne constitue pas le principal obstacle : seules 78 % des réponses y font référence, contre 86 % pour les incertitudes juridiques. Le manque de clarté sur les processus d’évaluation, d’approbation et de surveillance des systèmes d’IA est un frein identifié. Toutefois, 54 % des pays indiquent disposer d’un ou plusieurs régulateurs pour l’évaluation des systèmes d’IA en santé. L’OMS signale des signes de progrès dans la coopération réglementaire entre États membres, avec un début de mutualisation des connaissances et des ressources.

    Les pays européens misent sur l’IA pour répondre à l’urgence opérationnelle, moins pour innover

    L’étude montre que les pays européens investissent l’IA avec des objectifs opérationnels immédiats.

    • L’amélioration des soins aux patients (70 %),
    • la réduction de la pression sur les personnels de santé (62 %),
    • et la lutte contre les inefficiences (54 %) sont les principales motivations.

    Les enjeux stratégiques à plus long terme, comme la recherche (24 %) ou la réduction des inégalités (38 %), arrivent loin derrière.

  • Apnée du sommeil : une appli validée par 9 centres européens pour remplacer l’examen hospitalier

    Des résultats comparables à un examen de référence

    L’apnée du sommeil reste largement sous-diagnostiquée. Une nouvelle solution numérique pourrait changer la donne. Une étude multicentrique menée dans neuf centres du sommeil en France et en Europe vient de valider la fiabilité de l’application Apneal. Pour quelques dizaines d’euros, ce dispositif grand public permettrait de détecter l’apnée du sommeil via le microphone d’un smartphone, sans nuit à l’hôpital. Les résultats obtenus seraient aussi fiables qu’une polysomnographie, l’examen standard réalisé en milieu hospitalier.

    En France, 20 % des 40-65 ans et 30 % des plus de 65 ans seraient concernés par le syndrome d’apnées obstructives du sommeil, qui provoque des arrêts respiratoires durant la nuit, souvent à l’insu des patients. À l’échelle mondiale, près d’un milliard de personnes seraient touchées. Face à ce constat, Apneal propose une méthode de dépistage simplifiée : il suffit de fixer son téléphone sur le thorax avant de dormir. Grâce au microphone, l’application enregistre les sons nocturnes pour analyser la respiration. Le diagnostic est disponible dès le réveil.

    Un impact attendu sur les parcours de soins et les coûts

    Pour les professionnels de santé, cette solution pourrait permettre de rationaliser les examens du sommeil. Le dépistage précoce de l’apnée du sommeil est également essentiel pour prévenir des complications comme l’hypertension artérielle ou le diabète. Apneal sera disponible pour le grand public d’ici fin décembre, à un tarif annoncé de quelques dizaines d’euros. Un outil potentiellement utile face à une demande croissante de diagnostics et à des délais d’attente importants dans les filières du sommeil.

  • PLFSS 2026 : Sophie Beaupère et Frédéric Valletoux appellent à une programmation pluriannuelle du financement de la santé

    Un déficit record et un PLFSS 2026 sans marge de manœuvre parlementaire

    Invité des Contrepoints de la santé le 5 novembre 2025, Frédéric Valletoux, président de la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, a livré une analyse du PLFSS 2026. Il souligne que le texte, bien qu’examiné en commission, revient toujours en séance sous la version initiale du gouvernement, réduisant le rôle du Parlement à une phase préparatoire. Cette mécanique empêche tout compromis , et traduit selon lui une incapacité politique à réformer durablement le système.

    La Sécurité sociale affiche un déficit de 23 milliards d’euros pour 2025, un niveau qui a plus que doublé en quelques années. L’impact durable de la crise sanitaire, les mesures du Ségur et la croissance continue des besoins de santé pèsent. Ce déséquilibre structurel oppose des dépenses croissantes à des recettes insuffisantes, sans qu’un cap politique ne vienne orienter l’action publique.

    Un texte rédigé sans cap politique, piloté par l’administration

    Selon Frédéric Valletoux, l’instabilité politique depuis 2022 a vidé les ministères de leur capacité à piloter. Les PLFSS successifs ont été rédigés par l’administration, sans impulsion politique. Le texte 2026 ne dessine aucune orientation de fond : il s’agit d’un exercice de gestion budgétaire immédiate, centré sur des économies et de nouvelles recettes, sans transformation du modèle de santé. Il ne s’agit pas, selon lui, d’un texte d’austérité – les dépenses augmentent toujours – mais elles restent inférieures aux besoins.

    Des professionnels ciblés par des mesures perçues comme stigmatisantes

    Les tensions s’exacerbent autour de mesures perçues comme ciblant directement les professionnels : dépassements d’honoraires, mécanismes qualifiés de “rentes”, ou débats sur la financiarisation du système. Valletoux admet que le vocabulaire employé peut heurter, tout en appelant à interroger certains équilibres économiques, notamment dans des secteurs concentrés.

    Valletoux plaide pour une territorialisation réelle du système de santé

    La suspension de la réforme des retraites aurait un impact budgétaire limité sur la santé (100 à 400 millions d’euros). Plus globalement, Frédéric Valletoux critique un système encore trop centralisé, reposant sur des outils comme l’Ondam ou la T2A, devenus inadaptés. Il plaide pour une territorialisation effective, une meilleure coordination entre ville, hôpital et médico-social, et regrette que de nombreux rapports publics ne soient ni partagés, ni suivis d’effets.

    L’appel à une programmation pluriannuelle se renforce

    Sophie Beaupère, déléguée générale d’Unicancer, défend une programmation pluriannuelle du financement de la santé, condition nécessaire pour sortir de l’instabilité actuelle. Elle pointe l’imprévisibilité budgétaire qui freine les investissements, l’innovation et la prévention, et déplore le manque de transparence des travaux administratifs. Frédéric Valletoux appuie cette demande, jugeant l’annualité « antédiluvienne », mais rappelle que seul le gouvernement peut initier une telle réforme. Il cite notamment l’article 51 comme exemple d’un dispositif innovant, devenu un parcours d’obstacles.

    Philippe Bessé (FSPF) alerte sur la désertification pharmaceutique : cinq villages par mois perdent leur dernière officine. Il soutient l’idée d’un réseau France Santé pour garantir l’accès aux soins, mais en critique la précipitation et le manque de concertation. Il appelle à intégrer les dispositifs existants (notamment les CPTS) dans une logique de négociation conventionnelle.

    Sécurité sociale : un attachement fort des Français, mais des inquiétudes croissantes face au déficit

    Selon un sondage Viavoice, 80 % des Français restent attachés à la Sécurité sociale, au-delà de ses aspects techniques : elle constitue un repère culturel et républicain. Mais cet attachement coexiste avec une inquiétude grandissante : 55 % jugent le déficit « grave », 71 % doutent de l’efficacité de la lutte contre la fraude, et les jeunes redoutent une dégradation de leur niveau de vie. Un clivage apparaît : 46 % privilégient l’équilibre budgétaire, 42 % préfèrent préserver la couverture universelle. Les mesures techniques suscitent des réponses contrastées : la hausse du reste à charge est mieux acceptée que la taxation des complémentaires. Une majorité des Français (72 %) souhaite une responsabilisation des assurés, mais préfère la pédagogie aux sanctions.

    Face à un système fragilisé, le PLFSS 2026 cristallise les critiques : absence de cap, mesures techniques, tensions professionnelles et inquiétudes citoyennes. Pour Valletoux comme pour les acteurs de terrain, sortir de cette impasse nécessiterait une volonté politique forte et une réforme d’ensemble, seule voie pour réarticuler financement, qualité et accès aux soins.

  • 45 % des fonds du programme SUN-ES alloués aux hôpitaux publics

    Bilan de 3 ans de soutien aux usages numériques

    Le ministère de la Santé a publié début novembre un bilan du programme SUN-ES (Ségur usage numérique en établissements de santé), désormais clos, qui révèle une répartition différenciée des financements entre les différents types d’établissements. Sur les 142 millions d’euros versés entre 2021 et 2024, 45 % ont été captés par les hôpitaux publics. Ce programme visait à soutenir les usages numériques en santé, à travers notamment le versement de documents dans Mon espace santé ou leur transmission via la messagerie sécurisée MSSanté. Les financements étaient conditionnés à l’atteinte de seuils d’usage précis.

    Les cliniques ont reçu 37 % des fonds, les Espic 16 %

    Les cliniques ont reçu 37 % de l’enveloppe, les établissements privés à but non lucratif (Espic) 16 %, et les centres de lutte contre le cancer (CLCC) 1 %. Parmi les établissements éligibles, 77 % ont participé au programme SUN-ES, représentant 91 % de l’activité du secteur. Au total, 2.172 structures ont été engagées, tous statuts confondus. Le taux d’acceptation des candidatures a atteint 95 %.

    Les établissements de médecine, chirurgie, obstétrique (MCO) constituaient 41 % des participants, devant les établissements de soins médicaux et de réadaptation (SMR, ex-SSR) avec 35 %, les établissements psychiatriques (13 %) et les structures d’hospitalisation à domicile (HAD), qui représentaient 6 %.

  • UK : un cluster à 800M£ pour dynamiser les sciences de la vie

    Un deuxième cluster NHS en 2025 malgré les désengagements industriels

    Un nouvel écosystème dédié aux sciences de la vie a officiellement ouvert ses portes à Londres, sur le site du Barts Health NHS Trust, avec un investissement annoncé de plus de £800 millions. Situé à Whitechapel, le Barts Life Sciences Cluster est porté par Barts Health et les fonds privés BGO, H.I.G. Capital et Lateral.

    Le cluster cherche à attirer de jeunes pousses comme acteurs établis des secteurs medtech, intelligence artificielle, santé numérique et thérapeutique. Il s’appuie sur les infrastructures cliniques et de recherche de Barts Health, avec notamment :

    • une base de données cliniques propriétaire,
    • un accès à des environnements de tests en vie réelle,
    • et des collaborations académiques avec Queen Mary University of London et le Royal London Hospital.

    À terme, le site devrait soutenir des milliers d’emplois et générer une valeur ajoutée brute de £0,75 milliard.

    Il s’agit du deuxième hub d’envergure annoncé cette année autour d’un NHS trust à Londres, après le dépôt d’un projet de £1 milliard autour du Royal Marsden Hospital et de l’Institute for Cancer Research à Sutton. Cette dynamique intervient dans un contexte contrasté, marqué notamment par le retrait de MSD d’un projet d’expansion similaire à King’s Cross et le gel d’investissements chez AstraZeneca et Eli Lilly, affaiblissant les ambitions du gouvernement en matière de relance du secteur. Le cluster de Barts Health pourrait cependant contribuer à concrétiser l’un des objectifs du plan britannique pour les sciences de la vie : faire du pays un environnement propice à la création et à la montée en puissance de nouvelles biotechs. Le lancement en septembre du Moderna Innovation and Technology Centre (MITC) à Harwell, pour £150 millions, va dans le même sens.

    Barts Health a également annoncé un partenariat avec l’Association of British HealthTech Industries (ABHI) pour faciliter l’intégration de nouvelles technologies médicales en milieu hospitalier. Ce partenariat vise à accélérer l’accès des patients à l’innovation tout en fournissant aux industriels des retours sur l’adoption et l’impact de leurs solutions.