Nabil

  • 47% des patients chroniques n’ont accès à aucun canal de suivi à distance avec leur médecin référent (étude)

    L’étude REACTIVE, promue par l’Assistance publique, Hôpitaux de Paris, a été conduite par les équipes de médecine interne de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, du centre d’épidémiologie clinique de l’hôpital Hôtel-Dieu AP-HP, en lien avec l’Université Paris Cité, l’Université Sorbonne Paris-Nord, l’Inserm et l’INRAE. Elle a été réalisée en collaboration avec la cohorte ComPaRe, sous la coordination de la Dre Tiphaine Lenfant et du Pr Viet-Thi Tran.

    Publiée dans JAMA Network Open, l’étude a été conduite en France du 1er avril au 28 août 2024 auprès d’adultes vivant avec au moins une affection de longue durée, recrutés dans l’e-cohorte nationale ComPaRe (plus de 60 000 participants). Les résultats ont été pondérés pour représenter la population française de patients avec maladies chroniques, via une calibration sur les marges issue de l’enquête 2021 de Santé publique France (âge, genre, niveau d’études).

    Sur les 1 995 participants analysés (âge moyen 55 ans ; 56% de femmes ; 69% en multimorbidité), 47% déclarent ne disposer d’aucune des trois modalités de suivi à distance avec leur médecin référent : visioconsultation, contact téléphonique ou messagerie asynchrone. La visioconsultation est annoncée comme disponible pour 28% des patients, le téléphone pour 11% et la messagerie asynchrone pour 32%.

    Le motif de consultation fait varier le choix

    Chaque participant était confronté à l’une des cinq situations suivantes : aggravation de symptômes connus, symptôme nouveau non urgent, bilan annuel (symptômes stables), renouvellement d’ordonnance (symptômes stables), discussion de résultats non alarmants. Quatre options étaient proposées : présentiel, visioconsultation, téléphone, messagerie asynchrone.

    Au total, 37% préfèrent une modalité à distance plutôt qu’une consultation en présentiel, avec des écarts marqués selon la situation :

    • Renouvellement de traitement : 55% préfèrent à distance.
    • Discussion de résultats : 43%.
    • Aggravation de symptômes : 36%.
    • Symptôme nouveau : 25%.
    • Bilan annuel : 26%.

    Les modalités synchrones (visioconsultation et téléphone) sont plus souvent choisies que la messagerie asynchrone dans les cinq situations (par exemple, pour un renouvellement : 33% synchrone vs 22% asynchrone ; pour une aggravation : 30% vs 6%).

    L’analyse ajustée identifie des facteurs associés à la préférence pour le présentiel : être un homme (OR 0,73), un score de littératie numérique en santé plus faible (OR 0,51) et la facilité à dégager du temps pour se rendre en consultation (OR 0,47). À l’inverse, un délai plus long pour obtenir un rendez-vous présentiel (OR 1,38) et des compétences d’écoute jugées moyennes ou faibles (OR 1,35) sont associées à une préférence pour le distanciel. Le fait de ne disposer d’aucune modalité à distance n’est pas associé à une préférence différente (OR 1,06 ; p=0,58).

    Jusqu’à 51% prêts à remplacer un rendez-vous à 20 jours par une téléconsultation rapide… avec un autre médecin

    Le troisième volet testait un arbitrage : attendre 20 jours pour voir en présentiel le médecin référent, ou consulter plus tôt à distance un médecin non référent via une offre directe au patient (DTC). Si la réponse dépendait du délai, quatre paliers étaient proposés : 15 – 20 jours, 10 – 15 jours, 5 – 10 jours, ou moins de 5 jours.

    La proportion de patients acceptant de « troquer » augmente à mesure que le délai se raccourcit et varie selon le motif. En cas d’aggravation de symptômes, 51% préfèrent une consultation DTC à distance dans les 5 jours plutôt que d’attendre 20 jours en présentiel avec leur médecin référent. Pour un bilan annuel, 20% font ce choix au même horizon de 5 jours.

    Les situations de symptômes nouveaux (OR 3,16) et d’aggravation (OR 3,74) sont associées à une préférence pour une consultation DTC plus rapide, comparativement au renouvellement de traitement. S’y ajoutent : être un homme (OR 1,32), la difficulté à se libérer pour un rendez-vous présentiel (OR 1,54) et l’absence de modalités à distance avec le médecin référent (OR 1,33). Côté médecin, le fait qu’il soit généraliste (OR 1,79), une écoute jugée moyenne ou faible (OR 1,53) et un délai habituel de rendez-vous inférieur à deux semaines (OR 1,43) sont également associés à cette préférence.

    Vers un modèle hybride plutôt qu’un basculement unilatéral

    Les auteurs situent ces résultats dans un contexte de tension sur les systèmes de santé, marqué par la progression des maladies chroniques et les difficultés de recrutement médical. Ils rappellent que le suivi en présentiel entraîne des contraintes logistiques (déplacements, attente, organisation professionnelle et familiale), accentuées en cas de multimorbidité.

    En France, en 2023, les visioconsultations représentaient 4% des consultations. Les auteurs avancent, à titre illustratif, qu’en appliquant les préférences observées à certains motifs représentant environ 58% des consultations de médecine générale, une part substantielle pourrait théoriquement basculer vers le distanciel. Ils soulignent toutefois que cette estimation ne constitue pas une recommandation : le choix du mode de consultation doit rester partagé et dépendre du contexte clinique.

    L’étude met en avant un modèle hybride (« blended care »), articulant présentiel et distanciel selon les situations. Elle appelle également à la vigilance sur les offres DTC : accepter un médecin non référent plus rapide implique une rupture de continuité, alors que la continuité des soins est associée à de meilleurs résultats de santé.

    Source : Lenfant T, Perrodeau E, Ravaud P, Tran et al. “Patient Preferences for In-Person vs Remote Care for Long-Term Conditions”, JAMA Network Open, publié en ligne le 10 février 2026 (doi:10.1001/jamanetworkopen.2025.57759).

  • Dossiers médicaux en double : une hausse de 4,7 fois du risque de décès hospitalier dans une cohorte de 6 086 patients (BMJ)

    Les doublons de dossiers médicaux surviennent lorsqu’un même patient se voit attribuer plusieurs numéros d’identification au sein d’un dossier patient informatisé. Ce fractionnement de l’information peut compromettre la continuité des soins, mais peu de travaux ont jusqu’ici mesuré son impact clinique.

    Publiée dans le BMJ Quality & Safety, l’étude « Double trouble » conduite par Gavriel Roda et ses collègues analyse l’association entre dossiers dupliqués et événements indésirables hospitaliers.

    Appariement par score de propension

    Les auteurs ont réalisé une étude de cohorte rétrospective incluant des patients hospitalisés âgés de 18 à 89 ans, pris en charge dans 12 hôpitaux d’un large système de santé multi-régional, du 1er juillet 2022 au 30 juin 2023. Un appariement par score de propension a permis d’équilibrer les caractéristiques des patients avec et sans dossier dupliqué. Les critères de jugement analysés étaient :

    • La mortalité intra-hospitalière.
    • Les événements nécessitant une équipe de réponse rapide.
    • Le recours à un niveau de soins en unité de soins intensifs (USI).
    • La durée de séjour.
    • Les réadmissions à 30 jours.
    • Les passages aux urgences à 30 jours.

    Les analyses reposaient sur des modèles de régression logistique ou linéaire multivariés, ajustés sur le service de sortie et le mode de sortie. Les différences moyennes standardisées ont été utilisées pour vérifier l’équilibre entre groupes après appariement. Au total, 1 698 patients avec dossiers dupliqués ont été comparés à 4 388 patients sans doublon.

    Résultats : une association significative avec les événements graves

    Après appariement, les patients présentant un dossier dupliqué avaient :

    • un risque accru de réadmission à 30 jours (OR = 1,3 ; IC 95 % 1,1–1,5 ; p = 0,0122).
    • un recours plus fréquent aux soins intensifs (OR = 3,5 ; IC 95 % 3,1–4,0 ; p < 0,0001).
    • un risque de mortalité intra-hospitalière multiplié par 4,7 (IC 95 % 3,7–6,0 ; p < 0,0001);

    La durée moyenne de séjour était par ailleurs supérieure de 32 % chez les patients concernés (p < 0,0001).

    Un signal pour la gouvernance des identités numériques

    Les auteurs concluent que les patients disposant de dossiers médicaux dupliqués présentent des probabilités plus élevées d’événements indésirables, incluant mortalité, recours aux soins intensifs et hospitalisation prolongée. Ces résultats interrogent directement les dispositifs d’identito-vigilance et les stratégies de gestion des identités numériques au sein des systèmes d’information hospitaliers. À l’heure où l’interopérabilité et la circulation des données s’intensifient, la qualité de l’identification patient apparaît comme un déterminant structurel de la sécurité des soins. Les auteurs appellent à approfondir les recherches afin de mieux comprendre les mécanismes reliant fragmentation informationnelle et dégradation des outcomes cliniques.

  • Lucis lève 8,5 M$ et s’allie à Livi pour structurer un parcours européen de prévention

    Après une levée de 8,5 M$, Lucis accélère son expansion européenne

    À la suite d’une levée de fonds récente de 8,5 millions d’euros, Lucis prévoit d’accélérer le déploiement de sa plateforme de prévention au Royaume-Uni et au Portugal. La startup française développe une infrastructure qui repose sur l’agrégation de données biologiques et de santé, conçue comme un dispositif complémentaire au système médical. Le co-fondateur Baptiste Debever est revenu, pour Health and Tech Intelligence, sur les ambitions de la startup.

    Créée il y a un peu plus d’un an, Lucis vise à rendre la prévention plus accessible en Europe, en développant un système capable d’agréger et d’exploiter des données aujourd’hui dispersées et parfois difficiles à interpréter.

    L’entreprise se concentre pour l’instant sur le marché français, mais prévoit une expansion progressive dans plusieurs pays européens. Le projet n’est pas pensé dans un cadre strictement national, mais comme une offre destinée à s’inscrire dans des systèmes de santé aux logiques proches. « Notre mission, c’est de démocratiser la prévention et de construire une infrastructure pour la rendre accessible en Europe », déclare Baptiste Debever.

    « Notre objectif est de transformer des bilans complexes en signaux compréhensibles et exploitables dans le temps »

    Lucis s’appuie sur des partenariats avec des fournisseurs de tests, principalement des laboratoires d’analyses. À partir de ces données, la plateforme construit des bilans de prévention et les transforme en indicateurs compréhensibles pour les utilisateurs. Les résultats sont traduits en scores par grands systèmes physiologiques (métabolique, cardiovasculaire, inflammatoire), puis analysés de manière longitudinale. L’objectif est de permettre un suivi dans le temps, en reliant les évolutions biologiques aux actions mises en place et au ressenti quotidien.

    Au-delà des scores, Lucis propose une interprétation des signaux et des liens entre différents systèmes de santé. La plateforme fournit des recommandations d’actions et permet d’évaluer leurs effets au fil des mois. « La donnée à un instant T n’est pas suffisante : ce qui compte, c’est la donnée longitudinale », affirme le co-fondateur.

    Lucis et Livi lancent un parcours digital pour rendre la prévention « plus lisible et plus actionnable »

    Les profils des utilisateurs sont variés : sportifs à la recherche de performance, mais surtout des personnes qui souhaitent comprendre leur état de santé ou faire face à des symptômes persistants. Les déclencheurs peuvent être personnels, familiaux ou liés à un suivi déjà engagé avec des professionnels comme des médecins ou des praticiens du bien-être.

    Dans cette logique, Lucis et Livi annoncent le lancement d’un parcours digital de santé préventive, articulant analyse biologique avancée, intelligence artificielle et téléconsultation médicale. L’offre repose sur l’analyse de 110 biomarqueurs. Les données sont intégrées à la plateforme Lucis, qui génère un bilan personnalisé à l’aide d’outils d’IA, avant validation par des médecins. Au moment de la restitution des résultats, les utilisateurs peuvent réserver une téléconsultation avec un praticien formé à la médecine préventive via Livi.

    Deux abonnements, à 190 € et 490 € par an

    Le modèle repose sur un abonnement annuel. La formule Discovery, 190 € par an, comprend une prise de sang annuelle analysant 60 biomarqueurs, avec un Data Hub et un plan d’action couvrant plusieurs systèmes corporels, sans intégration de données issues de wearables.

    L’offre Care (à 490 € par an) élargit le périmètre avec des analyses sanguines, urinaires et salivaires totalisant jusqu’à 110 biomarqueurs, un suivi biannuel, un plan d’action étendu à 11 systèmes et une intégration des appareils connectés permettant de corréler données biologiques et modes de vie. Le différentiel tarifaire reflète ainsi un passage d’une photographie annuelle à une logique de suivi longitudinal enrichi, plus proche d’un dispositif de monitoring personnalisé.

    La start-up s’appuie sur l’argument économique souvent avancé dans la prévention : un euro investi en amont permettrait d’économiser plusieurs euros à long terme.

    « L’IA change profondément la relation médecin-patient, parce que les patients arrivent beaucoup plus informés. »

    Baptiste Debever estime que la valeur se situe moins dans la donnée ponctuelle que dans sa mise en perspective dans le temps. Aussi, interrogée sur l’essor des outils d’IA conversationnelle en santé, comme OpenAI et ses modèles spécialisés, l’équipe de Lucis y voit avant tout un soutien à la compréhension et à la décision, pour les patients comme pour les médecins. L’essor de patients mieux informés pourrait modifier les échanges en consultation, notamment dans le cas de maladies chroniques ou complexes. Pour Baptiste, ces outils peuvent aider les patients à comprendre ce qui leur a été expliqué, en amont ou en aval des rendez-vous, sans se substituer à l’expertise médicale. « ChatGPT est un allié pour la compréhension et la décision, mais pas un outil qui remplace le médecin », conclut le co-fondateur de Lucis.

  • La e-santé portée par l’interopérabilité, le prédictif et l’intégration aux parcours selon Precedence Research

    Un marché multiplié par 4,2 sur dix ans

    La valeur se déplace vers l’interopérabilité et le prédictif

    Precedence Research examine l’évolution des infrastructures numériques hospitalières, des solutions de télésurveillance, des logiciels cliniques et des plateformes d’analyse de données. La trajectoire annoncée ne repose pas uniquement sur l’augmentation des volumes, mais sur un déplacement de la valeur vers des outils interopérables, prédictifs et intégrés aux parcours de soins.

    Une nouvelle génération de solutions revendique un apport prédictif. À partir de données longitudinales, des systèmes d’apprentissage automatique détectent des variations subtiles. Un ECG considéré comme normal peut ainsi révéler une dégradation progressive avant l’apparition de symptômes. Dans le champ cardiovasculaire, l’argument économique est avancé : jusqu’à 80 % des cardiopathies seraient évitables.

    L’enjeu se déplace vers l’agrégation et la contextualisation des données

    Selon l’analyse sectorielle, la multiplication des capteurs génère des flux de données hétérogènes dont la valeur dépend de leur intégration. La « sensor fusion » et l’articulation avec les dossiers médicaux électroniques sont identifiées comme des axes structurants. Antécédents, facteurs génétiques, chirurgies, allergies ou traumatismes enrichissent l’interprétation des mesures collectées à domicile.

    Cette évolution suppose des accords de partage de données et des partenariats industriels. Les exigences de confidentialité restent centrales, avec des mécanismes d’anonymisation, de pseudonymisation et de chiffrement avancé. Les phases d’entraînement et de validation des algorithmes doivent exclure toute donnée directement identifiable.

    Dispositifs prédictifs sous exigence de preuves cliniques et d’intégration aux parcours

    Le développement du traitement automatique du langage améliore l’accessibilité des résultats pour les patients, notamment via des explications contextualisées et des analyses de sentiments adaptées aux inquiétudes exprimées.

    Toutefois la validation clinique demeure un prérequis. Les dispositifs doivent être évalués sur des populations larges et diversifiées, avec des garde-fous destinés à prévenir toute recommandation inappropriée. Le diagnostic reste de la responsabilité d’un praticien habilité.

    La projection chiffrée de Precedence Research met en évidence l’ampleur des investissements attendus. Pour les établissements, industriels et régulateurs, l’enjeu dépasse la croissance du marché : il porte sur l’intégration aux parcours, la robustesse des preuves cliniques et la solidité des cadres de gouvernance.

  • Souveraineté, cybersécurité, IA : le point sur les récentes annonces du ministère de la Santé

    En déplacement aux Hospices Civils de Lyon début février, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a détaillé une feuille de route articulée autour de la souveraineté numérique, de la sécurisation des systèmes d’information et du soutien à l’innovation en santé.

    La Plateforme des données de santé abandonne la solution intercalaire et vise un hébergement souverain en 2026

    La Plateforme des données de santé (PDS) évoluera vers un hébergement souverain et sécurisé. Sur la base d’une mission d’expertise interministérielle, la ministre a décidé d’engager immédiatement la construction d’une solution cible destinée à accueillir la base principale des données de remboursement de l’Assurance maladie sur une infrastructure souveraine fondée sur des technologies ouvertes d’ici fin 2026. Cette orientation acte l’abandon de la solution dite « intercalaire » au profit d’un modèle présenté comme pérenne et compatible avec les exigences européennes, avec l’objectif de garantir la maîtrise des données de santé pour la recherche et l’innovation.

    Souveraineté hospitalière, 13 établissements s’engagent avec la CAIH contre la dépendance aux offres non européennes

    En parallèle, le projet Alternative est conduit avec la Centrale d’Achat de l’Informatique Hospitalière et 13 grands établissements, dont les Hospices Civils de Lyon. Il vise à développer des solutions substitutives aux offres dominantes non européennes afin de réduire la dépendance technologique des hôpitaux. Le cahier des charges a été publié par la CAIH en décembre 2025, avec une date limite de candidature fixée au 19 février. Le ministère indique soutenir cette trajectoire technologique axée sur l’open source afin de permettre aux établissements de mieux maîtriser le choix et les coûts de leurs outils numériques.

    120 M€ engagés via CaRE pour la cybersécurité

    Lancé fin 2023, le programme CaRE a engagé 120 M€ pour renforcer la cybersécurité et la résilience hospitalières. Selon le panorama de la cybermenace 2024 de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, la part des hôpitaux parmi les cibles de rançongiciels est passée de 11 % à 4 %. Le programme s’appuie sur trois leviers : réduction de l’exposition aux risques, évaluation de la maturité cyber à partir d’indicateurs communs et déploiement d’approches coordonnées à l’échelle des groupements hospitaliers de territoire.

    HospiConnect : 225 M€ pour l’identité numérique des professionnels

    Un nouveau programme, HospiConnect, est doté de 225 M€ sur la période 2026-2028. Il vise à renforcer la gestion de l’identité numérique des professionnels et la sécurisation des accès aux systèmes d’information hospitaliers, en simplifiant l’accès aux services nationaux tels que le DMP (Mon espace santé). Depuis l’ouverture du guichet le 20 janvier, plus de 700 dossiers ont été déposés. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 13 février.

    Dans le cadre de la stratégie d’accélération « santé numérique » de France 2030, plusieurs dispositifs soutiennent l’innovation, en particulier dans l’IA, l’évaluation médico-économique des dispositifs médicaux numériques et leur interopérabilité.

    Impact IA : 2 M€ pour trois projets

    L’appel à projets « Impact IA », opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, finance l’évaluation en conditions réelles des modifications organisationnelles et d’usage induites par des dispositifs médicaux numériques intégrant de l’IA. Trois projets sont soutenus pour un total de 2 M€ :

    49 études financées pour 30 M€ sur le médico-économique

    L’appel à projets dédié à l’évaluation du bénéfice médico-économique des dispositifs médicaux numériques, également financé par France 2030 et opéré par Bpifrance, a soutenu 49 études pour un montant cumulé supérieur à 30 M€. Trois nouveaux lauréats bénéficieront de 1,3 M€ :

    • SECURITY V2, porté par SEMEIA.
    • ON TRAC, porté par AXOMOVE.
    • EVAL LYV, porté par LYV HEALTHCARE.

    Diagnostic Dispositif Médical : 264 entreprises accompagnées

    Le guichet « Diagnostic Dispositif Médical », financé par France 2030 et opéré par Bpifrance, élargit ses volets à la cybersécurité et à l’interopérabilité, avec une prise en charge publique pouvant atteindre 50 % des coûts. Depuis 2022, 264 entreprises ont été accompagnées vers l’obtention du marquage CE, pour près de 9 M€ engagés et 411 diagnostics réalisés. Parmi elles, 192 entreprises du numérique en santé ont bénéficié de plus de 5 M€, correspondant à 260 diagnostics spécialisés.

  • Un fonds de 100 M€ pour financer la prévention (Bpifrance)

    Le 11 février 2026 à Paris, Bpifrance, la Banque des Territoires, CNP Assurances, Harmonie Mutuelle et le Groupe Vivalto Santé ont annoncé le lancement du Fonds Prévention Numérique en santé. Présenté comme “le premier fonds à impact social” consacré à la prévention en santé en France, il est opéré par Bpifrance.

    Doté de 100 M€, avec un premier closing à 80 M€, le fond investira dans des start-up qui développent des solutions numériques en prévention primaire, secondaire et tertiaire.

    Un accompagnement sur l’ensemble de la chaîne de valeur

    Le fonds prévoit d’investir dans une quinzaine d’entreprises en phase d’amorçage ou de développement. Les modèles soutenus devront reposer sur des dispositifs numériques intégrant des technologies d’IA et de valorisation des données de santé.

    Au-delà de l’apport en capital, l’accompagnement portera sur la démonstration de l’efficacité clinique, l’obtention des certifications réglementaires nécessaires à la mise sur le marché et la structuration de modèles économiques. En tant que fonds à impact social, le dispositif prévoit une méthodologie de mesure et de pilotage de l’impact sur l’ensemble du cycle d’investissement.

    L’évaluation médico-économique des solutions et leur capacité à améliorer les parcours de prévention en vie réelle seront examinées. Le fonds indique également vouloir veiller à l’accessibilité des solutions aux populations fragiles, quels que soient leur territoire, leur âge ou leur situation socio-professionnelle.

    Inscription dans la feuille de route « Santé Grand âge »

    Le fonds s’inscrit dans la dynamique de la French Care, mouvement porté par Bpifrance pour favoriser les coopérations entre start-up, industriels, chercheurs, professionnels de santé et acteurs publics.

    L’équipe d’investissement en charge du nouveau fonds gère depuis 2018 le Fonds Patient Autonome, dédié à la santé numérique. Elle a investi dans des sociétés telles que Fizimed, Implicity, Incepto Medical, Invivox, Ludocare, NaoX, Poppins et Tribun Health. Elle met en avant son expérience en capital-risque et sa maîtrise des enjeux de validation clinique, d’accès au marché et d’intégration de technologies d’IA dans les systèmes de soins.

    Plus largement, la création du Fonds Prévention Numérique en santé et le déploiement de l’Accélérateur s’inscrivent dans la feuille de route « Santé Grand âge » du groupe Caisse des Dépôts. Celle-ci prévoit la mobilisation de plus de 25 milliards d’euros d’ici 2030 pour les secteurs de la santé et du grand âge.

    Quatre axes structurent cette stratégie : 

    • Financer l’offre de soins et l’accompagnement de la perte d’autonomie.
    • Soutenir les innovations au service de la santé et du vieillissement.
    • Structurer l’offre et fluidifier les parcours de santé.
    • Accompagner les citoyens dans le financement de leur santé et de la perte d’autonomie.

    Avec ce nouveau fonds, les acteurs publics et privés concernés cherchent à doter la prévention numérique d’outils financiers et d’accompagnement adaptés, dans un contexte où la transformation des modèles de prise en charge est présentée comme une condition de soutenabilité du système de santé.

  • Vieillir en bonne santé, un marché qui change d’échelle

    Vivre plus longtemps, mais surtout en bonne santé : où en est la France en 2024 ?

    L’espérance de vie sans incapacité correspond au nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans être limitée dans les activités de la vie quotidienne par un problème de santé.

    En France, en 2024, à 65 ans, les hommes peuvent espérer vivre 10,5 ans sans incapacité et les femmes 11,8 ans. Depuis 2008, l’indicateur a progressé d’un an et neuf mois pour les deux sexes. Cette amélioration s’est concentrée entre 2008 et 2019. Depuis cette date, la hausse est limitée à quatre mois pour les femmes et un mois pour les hommes, traduisant un ralentissement. Dans le même temps, l’espérance de vie sans incapacité a augmenté plus vite que l’espérance de vie totale à 65 ans. La part des années vécues sans incapacité est ainsi passée de 45 % à 50 % chez les femmes et de 48 % à 53 % chez les hommes entre 2008 et 2024.

    À la naissance, en 2024, les femmes peuvent espérer vivre 64,1 ans sans incapacité, contre 63,7 ans pour les hommes. Si l’espérance de vie totale des femmes reste supérieure de 5 ans et 7 mois à celle des hommes, l’écart en espérance de vie sans incapacité n’est que de 5 mois.  Depuis 2008, l’évolution diverge selon le sexe : l’espérance de vie sans incapacité à la naissance a diminué de 5 mois pour les femmes, tandis qu’elle a augmenté de 12 mois pour les hommes.

    @Drees : L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 11,8 ans pour les femmes et de 10,5 ans pour les hommes en 2024

    France et Europe : des performances contrastées selon l’âge

    À l’échelle européenne, la France se distingue en 2023 pour l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans. Elle se classe 3ᵉ dans l’UE-27 pour les femmes, avec un niveau supérieur de 2 ans et 5 mois à la moyenne européenne, et 7ᵉ pour les hommes, au-dessus de la moyenne de 1 an et 4 mois.

    En revanche, pour l’espérance de vie sans incapacité à la naissance, la France occupe une position plus intermédiaire : 9ᵉ rang pour les femmes et 11ᵉ rang pour les hommes, tout en restant légèrement au-dessus de la moyenne européenne.

    Jusqu’à 11 années de vie sans maladies chroniques à partir de 50 ans

    Une analyse de deux grandes cohortes nord-américaines montre que la combinaison de plusieurs comportements favorables est associée à un allongement net de l’espérance de vie sans cancer, maladie cardiovasculaire ni diabète, avec des écarts chiffrés en années vécues sans maladie. Publiée dans le BMJ, cette étude examine l’effet cumulé de facteurs de mode de vie sur l’espérance de vie exempte de trois maladies chroniques majeures. L’objectif est d’exprimer le bénéfice en années de vie sans pathologie plutôt qu’en indicateurs de risque relatifs.

    Deux cohortes suivies sur plus de 30 ans

    Les analyses s’appuient sur la Nurses’ Health Study (73 196 femmes suivies de 1980 à 2014) et la Health Professionals Follow-Up Study (51 529 hommes suivis de 1986 à 2014), deux cohortes de référence en épidémiologie nutritionnelle et cardiovasculaire.

    Cinq facteurs évalués

    Cinq comportements ont été étudiés : absence de tabagisme, IMC entre 18,5 et 24,9, au moins 30 minutes d’activité physique quotidienne, consommation modérée d’alcool et alimentation riche en fibres, pauvre en sucres rapides et graisses saturées. À 50 ans, les femmes cumulant quatre à cinq facteurs favorables vivaient en moyenne 34,4 années sans maladie chronique, contre 23,7 ans sans aucune mesure favorable, soit près de 11 années supplémentaires. Chez les hommes, le gain atteignait environ 7 ans. Le tabagisme intensif et l’obésité apparaissaient comme les facteurs les plus délétères. En chiffrant le bénéfice d’un mode de vie favorable en années de vie sans maladie, cette étude fournit des éléments directement mobilisables pour la prévention et la planification des politiques de santé.

    La médecine préventive en passe de doubler de taille d’ici 2034

    La valeur du marché mondial de la médecine préventive, estimée à 409,4 milliards USD en 2024, devrait presque doubler en dix ans, selon une analyse de Facts & Factors, avec une croissance annuelle moyenne de 8,74 % sur la période 2025-2034.

    La médecine préventive regroupe les actions visant à éviter l’apparition des maladies ou à en détecter les signes précocement : bilans de santé, vaccination, dépistage, évaluation des risques, santé numérique, télésurveillance ou encore génétique et génomique. Selon le rapport, l’augmentation continue des maladies chroniques (obésité, hypertension, pathologies cardiovasculaires ou diabète) alimente la demande de solutions capables d’intervenir en amont, avant l’apparition de complications.

    Les technologies numériques jouent un rôle important. Les dispositifs portables, les outils de diagnostic assistés par IA et les tests génétiques personnalisés modifient les pratiques de dépistage et de suivi, en particulier pour les populations à risque. L’accès élargi à l’information sanitaire encourage également les comportements de prévention.

    Dépistage et détection précoce en tête des services

    Par type de service, le segment du dépistage et de la détection précoce domine le marché et devrait conserver cette position jusqu’en 2034. Cette dynamique s’explique par l’augmentation de l’incidence du diabète et l’intérêt croissant pour la médecine personnalisée. Les services d’imagerie avancée, le dépistage automatisé et les diagnostics individualisés concentrent une part importante des investissements. Les services de vaccination et d’immunisation affichent également une progression, dans un contexte de politiques de santé publique orientées vers la prévention des maladies infectieuses.

    Les maladies cardiovasculaires restent l’application dominante

    Par application, la prévention des maladies cardiovasculaires représente le premier segment du marché. Ces pathologies sont responsables d’environ 17,9 millions de décès par an dans le monde, ce qui renforce le recours aux stratégies de prévention ciblant les facteurs de risque : hypercholestérolémie, sédentarité ou hypertension. La prévention du cancer devrait générer des revenus significatifs sur la période de prévision, portée par les programmes de dépistage et l’intégration de l’IA dans l’analyse des examens.

    Hôpitaux et soins primaires au cœur de l’offre

    Les hôpitaux et centres de soins primaires constituent le principal utilisateur final des services de médecine préventive. Leur rôle dans la vaccination, le dépistage et l’éducation à la santé explique leur position dominante, devant les programmes de bien-être en entreprise et les centres spécialisés. Des initiatives publiques, comme le programme britannique de dépistage du cancer du sein basé sur l’IA lancé par le NHS, illustrent cette centralité des établissements de soins dans la prévention.

    3 % des dépenses de santé pour la prévention

    Malgré son potentiel économique, le marché reste freiné par des limites structurelles. Dans de nombreux pays, les services de prévention sont partiellement remboursés, ce qui réduit leur accessibilité. En Europe, seuls 3 % des budgets nationaux de santé sont consacrés à la prévention, un niveau jugé insuffisant pour généraliser les campagnes de dépistage, de vaccination ou de promotion des modes de vie sains. Les coûts initiaux élevés de certains services, comme les tests génomiques ou les dépistages approfondis, ainsi que les inégalités d’accès dans les zones rurales ou défavorisées, constituent d’autres obstacles identifiés par le rapport.

    Entreprises, assurances, le relais du privé pour réduire les coûts

    Le développement des programmes de bien-être en entreprise et des assurances intégrant des incitations à la prévention ouvre de nouvelles perspectives. Les employeurs et assureurs misent sur ces dispositifs pour réduire l’absentéisme et les dépenses de santé à long terme. Parallèlement, la télémédecine et la télésurveillance facilitent l’accès aux soins préventifs, notamment dans les territoires sous-dotés en professionnels de santé.

    Amérique du Nord et Europe en tête

    Sur le plan géographique, l’Amérique du Nord domine le marché mondial, soutenue par des politiques publiques favorables et une forte adoption des technologies de santé numérique. L’Europe arrive en deuxième position, portée par le vieillissement de la population et des politiques orientées vers la prévention et la valeur des soins. Les programmes nationaux de dépistage et de vaccination mis en œuvre dans plusieurs pays européens contribuent à maintenir cette dynamique.

    Le marché des thérapies de longévité atteindra 52,88 milliards de dollars en 2035, porté par l’innovation biotechnologique

    Le marché mondial des thérapies de longévité et anti-sénescence devrait passer de 32,79 milliards de dollars en 2026 à 52,88 milliards de dollars en 2035, avec un taux de croissance annuel moyen de 6,5 %. L’augmentation de la population âgée et la prévalence des maladies chroniques, comme Alzheimer, le diabète ou les pathologies cardiovasculaires, alimentent la demande en solutions ciblant les mécanismes du vieillissement. Cette tendance est renforcée par l’adoption de politiques de vieillissement en bonne santé dans plus de 90 pays, inscrivant la longévité dans les stratégies de santé publique.

    Domination des thérapies médicamenteuses

    Les innovations biotechnologiques structurent le marché. Les approches sénolytiques enregistrent une hausse de 32 % des innovations en ciblage génétique, tandis que les applications des cellules souches progressent de 28 %, principalement dans la régénération cellulaire. La répartition par type de thérapie reste dominée par les traitements médicamenteux hémolytiques (35 %), devant la thérapie génique (25 %), l’immunothérapie (22 %) et les thérapies cellulaires (18 %).

    Une R&D en expansion freinée par les coûts et l’allongement des cycles d’approbation

    Malgré cette dynamique, les contraintes restent marquées. Les coûts élevés limitent l’accès aux traitements : plus de 30 % des patients retardent leur prise en charge et 25 % évoquent des difficultés financières. Les enjeux éthiques et réglementaires allongent les cycles de développement. Selon l’OCDE, les délais d’approbation ont augmenté de 22 %. La pandémie de COVID-19 a également ralenti les essais cliniques et perturbé les chaînes d’approvisionnement, même si la tendance s’inverse.

    Investissements en longévité : plus de 5 milliards de dollars engagés

    Sur le plan géographique, l’Amérique du Nord concentre 42 % du marché, suivie par l’Europe avec plus de 30 %, portée par l’intensité de la recherche clinique. Les grandes entreprises de biotechnologie détiennent 48 % des parts, tandis que les start-ups représentent plus de la moitié des projets de R&D.

    Les défis économiques et scientifiques persistent : hausse de 15 % du coût des essais cliniques par phase selon l’Agence européenne des médicaments, baisse de 9 % des taux d’approbation signalée par la FDA et pénurie de talents en biotechnologie. Dans ce contexte, plus de 5 milliards de dollars ont été investis dans plus de 50 programmes actifs, illustrant l’intérêt soutenu des investisseurs pour les thérapies de longévité.

    Le marché attire de plus en plus de capitaux. Le financement de plus de 50 programmes actifs sur la longévité, pour un montant dépassant 5 milliards de dollars, traduit un fort potentiel d’innovation. Les investisseurs misent sur l’émergence de traitements capables non seulement de freiner le vieillissement, mais aussi de prévenir ou inverser les pathologies associées.

    Sources : 

    Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 11,8 ans pour les femmes et de 10,5 ans pour les hommes en 2024. Paris: Ministère des Solidarités et de la Santé; 2024. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/260122-ER-esperance-de-vie-sans-incapacite

    Portail Vasculaire de la SFMV. Effet du mode de vie sur l’espérance de vie sans cancer, maladie cardiovasculaire ni diabète. Paris: Société Française de Médecine Vasculaire: https://www.portailvasculaire.fr/effet-du-mode-de-vue-sur-lesperance-de-vie-sans-cancer-maladie-cardiovasculaire-ni-diabete

    FNFR Research. Taille et part de marché de la médecine préventive : rapport de croissance – 2034. FNFR Research : https://www.fnfresearch.com/fr/preventive-medicine-market

     

  • Accord pharmaceutique UK–US : un coût d’1 milliard de livres pris sur le budget du DHSC

    Le gouvernement britannique a confirmé que le financement de l’accord pharmaceutique conclu avec les États-Unis sera prélevé sur le budget du Department of Health and Social Care (DHSC), relançant les inquiétudes sur ses conséquences pour le système de santé.

    Le ministre d’État chargé des Sciences, de la Recherche et de l’Innovation, Patrick Vallance, a précisé dans une lettre adressée à la Commons Science, Innovation and Technology Committee que le coût initial de l’accord est estimé à environ 1 milliard de livres sterling sur trois ans. Cette clarification met fin aux hypothèses d’un financement par le Trésor britannique et confirme que la charge reposera sur le budget du DHSC, dont dépend le NHS England.

    Des alertes sur un impact pour le NHS

    Plusieurs organisations alertent sur le risque d’un dérapage à moyen et long terme. Le groupe Global Justice Now estime que la facture pourrait atteindre jusqu’à 9 milliards de livres par an d’ici 2035. Une analyse publiée dans The Lancet avance une estimation plus basse, autour de 3 milliards de livres par an, tout en soulignant qu’un tel effort pourrait se traduire par des arbitrages défavorables aux dépenses de soins. À titre de comparaison, le budget annuel du NHS England s’élève à 196 milliards de livres, pour un budget global du DHSC de 202 milliards. Une hausse durable des dépenses pharmaceutiques alimente donc les interrogations sur la capacité à maintenir les services de première ligne.

    Le Royaume-Uni s’engage à accroître ses dépenses en échange d’un accès au marché américain

    Conclu fin 2025, l’accord prévoit le maintien de droits de douane à 0 % sur les médicaments exportés du Royaume-Uni vers les États-Unis. En contrepartie, Londres s’engage à augmenter de 25 % ses dépenses consacrées aux nouveaux médicaments. Cette hausse passera notamment par un relèvement du seuil de coût-efficacité utilisé pour recommander les traitements au remboursement par le NHS ainsi que par une modification du mécanisme de reversement des surcoûts.

    Les autorités américaines, sous l’administration Donald Trump, estiment que l’accord soutiendra l’investissement et l’emploi. Le gouvernement britannique met en avant un meilleur accès aux médicaments pour les patients.

  • Corti lance un framework multi-agents pour sécuriser le déploiement de l’IA en santé

    La startup de santé numérique Corti Inc. annonce le lancement de Corti Agentic Framework, une infrastructure multi-agents destinée aux secteurs de la santé et des sciences de la vie. L’objectif est de répondre aux limites observées de l’IA générative et de l’automatisation lorsqu’elles sont intégrées dans des workflows cliniques complexes, où des erreurs mineures peuvent rapidement produire des effets systémiques. Selon l’entreprise, ces risques restent souvent invisibles jusqu’à ce qu’ils affectent directement la prise en charge des patients ou l’équilibre financier des organisations de soins. Le framework vise à prévenir ces situations en imposant des règles déterministes et des garde-fous intégrés à l’exécution des agents.

    Orchestration, conformité et passage à l’échelle

    Le Corti Agentic Framework se présente comme une fondation technique pour concevoir, orchestrer et déployer des agents d’IA en production. Il repose sur une interface de programmation unique qui regroupe orchestration, mécanismes de contrôle et exigences de conformité réglementaire avec l’ambition de faciliter le passage du prototype à l’usage opérationnel.

    La bibliothèque inclut plusieurs briques :

    • Des agents d’IA capables de raisonner et d’agir.
    • Des experts, spécialisés sur des compétences précises.
    • Des capacités de composition multi-agents, permettant d’assembler agents et experts en fonction des tâches.

    Parmi les cas d’usage cités figurent des agents de codage médical pour la génération de documentation, des agents d’éducation clinique s’appuyant sur des sources fondées sur les preuves, des agents d’évaluation comparant les pratiques aux recommandations cliniques, ou encore des agents dédiés à la conciliation médicamenteuse.

    Des rôles strictement délimités pour les agents

    Le framework repose sur un principe de cloisonnement fonctionnel. Une fois un rôle défini, l’agent ne peut agir en dehors de son périmètre. Les experts, de leur côté, agrègent des compétences telles que la recherche dans des bases d’essais cliniques structurées, l’accès à des données médicamenteuses à jour, l’intégration de connaissances issues de PubMed, la réalisation de calculs médicaux ou la collecte de données en ligne.

    Des agents pour transcrire, structurer et préparer les actes médicaux

    Corti met en avant des scénarios d’assistance à la télésanté. Les agents peuvent intervenir dès l’accueil du patient, analyser l’historique médical, structurer les informations sur les traitements et allergies, ou préremplir des formulaires avant la consultation. Pendant l’échange, ils peuvent transcrire les propos, identifier les médicaments mentionnés, préparer des courriers d’orientation et simplifier la facturation. L’entreprise souligne que ces usages visent à réduire le temps consacré par les médecins à la relecture et à la rédaction de notes, un facteur fréquemment associé à l’allongement des délais d’attente et à la surcharge administrative.

    Un positionnement face aux modèles généralistes

    Corti indique compter aujourd’hui plus de 100 clients testant son framework dans des contextes de triage infirmier. Si des acteurs comme OpenAI ou Anthropic développent des modèles généralistes de plus en plus performants, l’entreprise estime que les usages cliniques nécessitent avant tout une infrastructure spécialisée.

    Le lancement s’accompagne d’une compatibilité annoncée avec les standards Agent-to-Agent et Model Context Protocol. Avec cette approche, Corti cherche à se positionner sur un maillon encore peu structuré de l’IA en santé : celui de l’orchestration contrôlée d’agents, pensée dès l’origine pour des environnements cliniques contraints par des exigences.

  • CNIL : 83 sanctions et 486,8 millions d’euros d’amendes en 2025, cookies en tête

    En 2025, la CNIL a adopté 259 décisions, dont 83 sanctions, 143 mises en demeure, 31 rappels aux obligations légales et 2 avertissements. Le montant total des amendes prononcées atteint 486 839 500 euros.

    Parmi les sanctions, 16 décisions ont été rendues par la formation restreinte selon la procédure ordinaire, tandis que 67 l’ont été dans le cadre de la procédure simplifiée, par le président de la CNIL ou un membre de cette formation. Dix décisions ont fait l’objet d’une publication.

    Procédure ordinaire Procédure simplifiée
    Conduite par la formation restreinte de la CNIL, elle s’applique aux dossiers complexes ou à forts enjeux (sanctions élevées, dossiers transfrontaliers, manquements graves), avec une instruction approfondie. Mise en œuvre par le président de la CNIL ou un membre de la formation restreinte, elle vise des manquements plus simples et récurrents, avec une instruction allégée, des sanctions plafonnées et des décisions plus rapides.

    Les sanctions comprennent 78 amendes, dont 27 assorties d’injonctions sous astreinte, trois décisions de liquidation d’astreinte et deux rappels à l’ordre.

    Coopération européenne et guichet unique RGPD

    Sur les seize sanctions prononcées selon la procédure ordinaire, quatre l’ont été en coopération avec les homologues européens de la CNIL, dans le cadre du mécanisme de guichet unique prévu par le Règlement général sur la protection des données.

    Consentement aux cookies

    La CNIL a poursuivi son plan d’action sur les cookies et les autres types de traceurs. Les contrôles menés ont mis en évidence des manquements. 21 organismes ont été sanctionnés pour des pratiques telles que le dépôt de traceurs sans consentement, une information insuffisante des utilisateurs ou l’absence de prise en compte effective du refus ou du retrait du consentement. La formation restreinte a souligné l’impact de ces pratiques sur les internautes et rappelé que les règles applicables étaient largement connues. Sur cette base, deux acteurs (Google et Shein) ont écopé d’amendes, respectivement de 325 millions et 150 millions d’euros.

    Le cadre rappelé pour la vidéosurveillance des salariés

    En 2025, 16 organismes ont été sanctionnés pour non-respect des règles encadrant la vidéosurveillance des salariés. La CNIL rappelle qu’en l’absence de circonstances exceptionnelles, la surveillance vidéo permanente constitue une atteinte à la protection des données personnelles. Sont notamment jugés contraires aux règles les dispositifs filmant en continu les caisses ou les bureaux, ainsi que l’installation de caméras dissimulées hors situations exceptionnelles, sans équilibre entre protection des biens et respect de la vie privée.

    Des obligations réaffirmées pour les sous-traitants

    La formation restreinte a également sanctionné des manquements aux obligations des sous-traitants. Elle rappelle qu’ils doivent :

    • Mettre en œuvre des mesures techniques et organisationnelles adaptées à la sécurité des données.
    • Traiter les données uniquement sur instruction du responsable de traitement.
    • Supprimer les données à l’issue de la relation contractuelle.

    Dans le cadre de la procédure simplifiée, trois motifs dominent les sanctions de 2025 :

    • Sécurité insuffisante des données personnelles, avec notamment des mots de passe faibles ou des comptes partagés ;
    • Absence de coopération avec la CNIL.
    • Non-respect des droits des personnes : accès, opposition ou effacement.

    La prospection commerciale et politique a donné lieu à 10 sanctions. La CNIL a rappelé l’obligation de consentement pour la prospection électronique et a sanctionné cinq candidats aux élections européennes et législatives de 2024 pour défaut de justification de la licéité des envois.

    En septembre 2024, Cegedim santé a été sanctionnée par la CNIL d’une amende de 800 000€ pour avoir traité des données de santé sans autorisation. La CNIL a estimé que les données utilisées à des fins d’études, bien que présentées comme anonymes, étaient en réalité pseudonymes et exposaient les patients à un risque de réidentification.