Nabil

  • US : la télémédecine stabilisée entre 6% et 7 % des consultations de soins primaires (le seuil invisible de la consultation à distance)

    • La stabilisation de la télémédecine suggère l’existence d’un seuil organique d’acceptabilité clinique et organisationnelle.
    • L’enjeu n’est plus de soutenir une croissance exponentielle, mais d’organiser un usage ciblé et pérenne.
    • La télémédecine apparaît moins comme un outil universel de santé publique que comme un service d’optimisation adapté aux modes de vie des actifs.
    • Cette évolution oblige les décideurs à abandonner une vision homogène du distanciel.

    L’usage de la télémédecine en soins primaires aux États-Unis, qui avait fortement progressé durant la pandémie de Covid-19 sous l’effet d’assouplissements fédéraux et commerciaux en matière de remboursement, a décru jusqu’à mi-2023 avant de se stabiliser.

    L’étude, publiée le 17 février 2026 par Epic Research, repose sur l’analyse de 411 millions de consultations réalisées entre juillet 2022 et octobre 2025. Les données proviennent de Cosmos, une base constituée avec une communauté de systèmes de santé utilisant les solutions d’Epic Systems. Elle agrège plus de 300 millions de dossiers patients issus de 1 800 hôpitaux et 42 000 cliniques, répartis dans les 50 États américains ainsi qu’au Canada, au Liban et en Arabie saoudite.

    Deux équipes indépendantes, chacune composée d’un clinicien et de chercheurs, ont conduit les analyses et abouti à des conclusions similaires.

    La télémédecine se fixe à environ 6 % des consultations de soins primaires

    Entre juillet 2022 et octobre 2025, la part des consultations de soins primaires réalisées en télémédecine est passée d’un peu plus de 8 % à un peu moins de 6 %, soit une diminution d’environ 30 %. Depuis 2023, elle oscille entre 6 et 7 %, suggérant l’émergence d’un nouvel équilibre entre présentiel et distanciel.

    Ces résultats interviennent dans un contexte de débats sur la pérennisation des flexibilités réglementaires mises en place pendant la crise sanitaire et sur l’impact de la télémédecine en matière d’accès et d’équité.

    Un recours deux fois plus élevé en zones métropolitaines qu’en zones rurales

    L’analyse met en évidence un différentiel constant selon la ruralité, déterminée à partir du code postal le plus récent du patient.

    Sur l’ensemble de la période étudiée, les patients résidant en zones métropolitaines ont eu recours à la télémédecine environ deux fois plus souvent que ceux vivant en zones rurales ou dans de petites agglomérations. Les zones micropolitaines se situent à un niveau intermédiaire.

    Si la proportion de consultations à distance a diminué dans toutes les catégories territoriales, l’écart relatif entre espaces urbains et ruraux est resté stable. Ce gradient interroge l’effet combiné de l’offre numérique, de la connectivité et des pratiques organisationnelles locales.

    Des écarts marqués selon l’âge

    Les enfants de 0 à 2 ans présentent une part de télémédecine inférieure à 2 % sur toute la période. À l’inverse, les adultes de 25 à 39 ans dépassent 10 % de consultations réalisées à distance.

    Les profils restent stables dans le temps : la télémédecine se concentre sur les adultes en âge d’activité professionnelle, tandis qu’elle demeure marginale pour les très jeunes enfants et les personnes les plus âgées.

    L’un des résultats les plus marqués concerne la langue préférée déclarée par les patients.

    Les patients non anglophones, notamment ceux déclarant le chinois, le portugais, le russe, le persan ou l’espagnol, présentent des taux de recours à la télémédecine nettement supérieurs à ceux des patients anglophones. Bien que les taux aient diminué dans tous les groupes, l’écart initial s’est maintenu jusqu’à la fin de la période étudiée.

    Enjeux pour la régulation et l’organisation

    Au-delà du constat d’une stabilisation autour de 6–7 % des actes, l’étude met en lumière une segmentation durable des usages selon le territoire, l’âge et la langue.

    Pour les décideurs et les opérateurs de soins, ces données fournissent des repères pour ajuster les capacités numériques, calibrer les dispositifs d’interprétariat et anticiper les effets des choix réglementaires en cours.

  • Stéthoscope IA en soins primaires : sans intégration organisationnelle, pas d’impact clinique mesurable (Essai TRICORDER au NHS)

    TRICORDER, pour Triple Cardiovascular Disease Detection with an Artificial Intelligence-enabled Stethoscope, est un essai cluster-randomisé (ouvert) conduit au sein du NHS, plus précisément dans le North West London Integrated Care System.

    L’objectif était d’évaluer, en conditions réelles, l’impact d’un stéthoscope connecté à des algorithmes d’IA sur la détection de trois pathologies souvent diagnostiquées tardivement en ville : insuffisance cardiaque, fibrillation atriale et valvulopathies.

    L’introduction d’un stéthoscope connecté à l’IA n’a pas augmenté, à 12 mois, les nouveaux diagnostics d’insuffisance cardiaque. En analyse per-protocol, les patients examinés présentaient toutefois des taux de diagnostics plus élevés et plus précoces pour les trois pathologies (résultats exposés à des biais de sélection). L’usage est resté limité et concentré, avec 40 % de cabinets non-utilisateurs à 12 mois, et les auteurs concluent que l’impact clinique dépend d’abord de l’adoption et de l’intégration au dossier et au flux de travail, au-delà des performances algorithmiques observées en conditions réelles.

    Un dispositif connecté sans intégration aux dossiers patients

    Les équipes bénéficiaient d’une visite d’onboarding d’une heure et recevaient jusqu’à six dispositifs Eko DUO (Eko Health Inc), fournis par l’Imperial College London, sponsor de l’étude.

    Le dispositif enregistrait 15 secondes d’ECG mono-dérivation et un phonocardiogramme, transmis via Bluetooth et application mobile vers le cloud (cellulaire/Wi-Fi). Trois algorithmes délivraient une sortie binaire (« oui/non ») pour :

    • FEVG ≤ 40 % (proxy d’insuffisance cardiaque à FEVG réduite),
    • Fibrillation atriale,
    • Valvulopathie (détection de souffle structurel).

    Les algorithmes disposaient d’un marquage UKCA (classe IIa, régulation MHRA) pour l’usage clinique visé. Leur utilisation restait discrète et non intégrée aux dossiers médicaux primaires ou hospitaliers, qui impliquent une saisie manuelle. Les résultats ne déclenchaient pas d’examens en cascade en dehors des recommandations en vigueur : la prise en charge suivait les parcours habituels, par exemple le dosage des peptides natriurétiques puis échocardiographie en cas d’anomalie.

    1,55 million de patients analysés via le Discover SDE du NHS

    La population couvrait 1,55 million de patients. Les critères d’issue reposaient sur le codage courant (SNOMED CT et ICD-10) dans les dossiers primaires et secondaires, via le NHS Discover Secure Data Environment (Discover SDE), actualisé mensuellement. Les auteurs ont utilisé des listes de codes validées et conduit des analyses de sensibilité avec définitions élargies. ,Les données du fabricant n’étaient liées au SDE qu’en cas d’étiquetage par identifiant NHS lors de l’examen.

    Le stéthoscope IA n’augmente pas les nouveaux diagnostics d’insuffisance cardiaque

    Au total, 205 cabinets ont été analysés : 96 dans le groupe intervention (701 933 patients) et 109 dans le groupe contrôle (851 242 patients). Les équipes du groupe intervention ont réalisé 12 725 examens, impliquant 972 utilisateurs cliniques. À 12 mois :

    • 1 342 nouveaux cas d’insuffisance cardiaque dans le groupe intervention (2,58/1000 patient-années),
    • 1 984 dans le groupe contrôle (2,76/1000 patient-années).

    L’IRR ajusté est de 0,94 (IC95 % 0,86–1,02), sans différence significative. Le coprimaire, relatif au lieu du diagnostic, est également neutre : 41 % des nouveaux diagnostics sont posés en communauté dans les deux groupes. Aucun déplacement significatif vers la ville n’est observé (community IRR ajusté 0,90 ; hospital IRR ajusté 0,92 ; p>0,05).

    Les critères secondaires sont concordants :

    • Fibrillation atriale : IRR ajusté 0,98 (0,88–1,09)
    • Valvulopathies : IRR ajusté 1,00 (0,90–1,11)

    Les analyses de sensibilité ne modifient pas ces conclusions.

    Signal en faveur du stéthoscope IA chez les patients à risque

    Une analyse per-protocol a été conduite chez les patients examinés par le stéthoscope IA, appariés 1:1 par score de propension à des contrôles ayant eu au moins une consultation en présentiel (âge, sexe, ethnie, comorbidités, précarité).

    Dans cette cohorte (n = 8 942) :

    • Insuffisance cardiaque : IRR 2,33 (1,28–4,26), p = 0,0046
    • Fibrillation atriale : IRR 3,45 (2,24–5,32), p = 0,0013
    • Valvulopathies : IRR 1,92 (1,09–3,40), p = 0,020

    Le délai au diagnostic est plus court chez les patients examinés (log-rank p<0,0001). Les auteurs soulignent toutefois les biais possibles, comme la sélection de patients à forte probabilité pré-test et résidu de confusion malgré l’appariement.

    40 % de cabinets non-utilisateurs à 12 mois : adoption limitée du dispositif

    La diffusion du dispositif dans la routine reste limitée. À 12 mois, parmi les 96 cabinets du groupe intervention :

    • 6 % sont classés « haut usage »,
    • 15 % « usage moyen »,
    • 40 % « faible usage »,
    • 40 % « non-usage ».

    Les cinq cabinets les plus actifs totalisent 34 % des enregistrements, dont 19 % pour un seul cabinet. Le volume de consultations en présentiel est comparable entre groupe, suggérant que l’écart tient à l’intégration de l’outil plutôt qu’à l’opportunité d’examen.

    Les patients examinés sont plus âgés (63,9 vs 44,3 ans), plus souvent des femmes (56 % vs 49 %) et présentent davantage de comorbidités (hypertension, diabète, insuffisance rénale chronique), cohérent avec un ciblage de patients à risque.

    Performances variables en conditions réelles

    Parmi 6 224 examens étiquetés avec identifiant patient, 77 % (5 172) présentaient une qualité de signal suffisante pour interprétation. Dans ces 5 172 examens :

    • 10 % ont déclenché un signal « insuffisance cardiaque ».

    Caractéristiques exploratoires :

    • Insuffisance cardiaque : sensibilité 0,39 ; spécificité 0,92 ; VPP 0,30 ; VPN 0,95
    • Fibrillation atriale : sensibilité 0,44 ; spécificité 0,98 ; VPP 0,64 ; VPN 0,96
    • Valvulopathies : sensibilité 0,24 ; spécificité ~0,95 ; VPP 0,10 ; VPN 0,98

    Les valeurs prédictives positives sont rapportées comme dépendantes de la faible prévalence en population non sélectionnée et du recours au codage pour définir les issues.

    Usage conditionné par l’intégration aux systèmes d’information

    Un questionnaire à 12 mois (146 répondants, 15 % des utilisateurs ; au moins une réponse dans 67 % des cabinets) indique que l’intégration au dossier/EHR est considérée comme levier prioritaire pour accroître l’usage, devant les incitations financières (61 % vs 52 % ; p = 0,015). Les répondants mentionnent des contraintes de workflow et de capture du signal.

    Les auteurs formulent une recommandation opérationnelle : l’impact clinique dépend de l’adoption et de l’alignement organisationnel, au-delà de la performance algorithmique.

    Une analyse médico-économique est annoncée. Une étude antérieure dans la même population estimait un gain d’environ 2 500 £ lorsqu’un diagnostic d’insuffisance cardiaque est posé en ville, du fait de la réduction de coûts aval. Le modèle économique attendu (licences et matériel) ne serait pertinent pour le NHS qu’en cas d’économies nettes.

    Les pistes avancées pour améliorer le rendement diagnostique incluent :

    • un ciblage augmentant la probabilité pré-test,
    • des alertes de risque intégrées à l’EHR,
    • l’optimisation des conditions d’usage (connectivité, qualité de signal),
    • l’adaptation des seuils selon le contexte clinique.

     

    Triple cardiovascular disease detection with an artificial intelligence-enabled stethoscope (TRICORDER) in the UK: a cluster-randomised controlled implementation trial https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)02156-7/fulltext

     

  • Sciences de la vie : +70 % d’investissements en un an (Bpifrance)

    Dans son bilan d’activité 2025, Bpifrance annonce 72 Md€ injectés dans l’économie et une création de valeur de 1,3 Md€. Dans le secteur de la santé, c’est 143M€ qui ont été investis dans des entreprises innovantes via son activité de capital-innovation en 2025. Côté capital-développement, plusieurs opérations santé sont citées, dont Softway Medical, DMS Group, Hublo, Proteor.

    Capital-innovation : 143 M€ fléchés « santé (French Care) »

    Dans la répartition thématique 2025 de son activité Capital Innovation, Bpifrance mentionne 143 M€ investis dans des entreprises innovantes de la santé, au titre de French Care. L’activité globale de capital-innovation se maintient à 559 M€ investis dans 155 entreprises (dont 43 nouvelles) malgré un marché des levées en repli.

    Au sein du capital-innovation, les pôles Sciences de la Vie et Patient Autonome totalisent 59 M€ investis en 2025, en hausse de 70% par rapport à 2024, sur 26 opérations dont 6 nouveaux investissements. Bpifrance cite notamment ADCytherix, Arthex Biotech, EG427, ainsi que Fizimed.

    Capital-développement : logiciels de santé, imagerie, medtech et services à domicile cités

    Bpifrance annonce un record en Capital Développement avec 2,5 Md€ investis dans 168 entreprises. La santé est identifiée comme une thématique présente à plusieurs niveaux d’intervention:

    • Large Cap : la banque cite la finalisation de l’investissement dans Opella, ainsi que des investissements dans Softway Medical et DMS Group (systèmes d’imagerie médicale).
    • Mid Cap : renforcement du portefeuille santé avec Proteor (prothèses orthopédiques) qui bénéficie d’un accompagnement « double » (dette privée et fonds propres), Hublo (plateforme SaaS pour établissements de santé) et Vitalaire (prestations de santé à domicile).
    • Small Cap Régions : confirmation d’investissements santé, notamment dans les logiciels, la fabrication de matériel médical et l’imagerie médicale.

     

  • À l’AP-HP, un entrepôt de données pour industrialiser l’innovation en médicaments de thérapie innovante

    Les médicaments de thérapie innovante (MTI, thérapies géniques, thérapies cellulaires, produits issus de l’ingénierie tissulaire et médicaments combinés) s’imposent dans la prise en charge de pathologies graves, rares ou sans alternative thérapeutique.

    Dans ce contexte, L’AP-HP annonce le lancement de la stratégie MTI@AP-HP, destinée à structurer et renforcer ses capacités de développement, d’évaluation, de production et de diffusion de ces biomédicaments.

    Un entrepôt de données pour accélérer recherche et soins

    Un projet d’entrepôt de données MTI inter-pathologies doit être initié au second semestre 2026. Il s’appuiera sur les registres et bases existants afin d’améliorer le suivi et l’évaluation à long terme des patients traités. L’objectif est double : documenter l’évolution clinique et la qualité de vie en vie réelle, et disposer d’éléments consolidés pour éclairer les décisions médico-économiques et organisationnelles.

    Plus de 200 essais cliniques dans le champ des MTI ont été ouverts, depuis 7 ans, au sein de l’institution. L’AP-HP figure parmi “les premiers établissements européens à avoir intégré les CAR-T dans les soins courants”, ce qui représente environ 20 % des administrations réalisées en France, notamment en onco-hématologie (lymphomes, myélomes, leucémies).

    Pour d’autres thérapies géniques, principalement pédiatriques, l’institution a organisé une diffusion accélérée en s’appuyant sur les centres nationaux de référence maladies rares, dont près de la moitié sont coordonnés par ses équipes. Des investissements ont été engagés, avec le soutien de l’État et de la région Île-de-France, dans des infrastructures de bioproduction de thérapies géniques et cellulaires.

    Franchir le cap clinique

    Avec MTI@AP-HP, l’objectif est de franchir une nouvelle étape. La stratégie vise à :

    • Accélérer le transfert au grade clinique des innovations issues des unités de recherche internes ;
    • Favoriser l’accès à coût maîtrisé à des MTI pour des indications de niche, notamment dans les maladies rares ;
    • Soutenir l’écosystème biotech et l’ingénierie biomédicale ;
    • Renforcer l’évaluation en vie réelle de l’impact clinique et de la qualité de vie des patients.

    Augmenter le volume et la valeur des essais cliniques en MTI

    La feuille de route s’articule autour de six ambitions :

    • Garantir aux patients le meilleur accès aux MTI disponibles, en recherche comme en soins, en innovant dans les parcours de prise en charge.
    • Porter jusqu’aux patients les solutions issues de la recherche endogène, avec un schéma de développement et d’exploitation adapté à chaque projet.
    • Répondre aux besoins médicaux non satisfaits en renforçant la recherche et l’innovation en lien avec les universités, l’Inserm, les instituts hospitalo-universitaires (IHU) et les bioclusters.
    • Augmenter le volume et l’impact des essais cliniques académiques et industriels dans le champ des MTI.
    • Consolider l’évaluation clinique, médico-économique et éthique des MTI en vie réelle.
    • Constituer une expertise coordonnée et structurée dédiée aux MTI, au bénéfice de la recherche et des soins, à l’échelle interne, nationale et européenne.

    Pour traduire ces ambitions, la feuille de route prévoit d’abord la conception de parcours de soins intégrant les MTI de façon sécurisée et soutenable. Un schéma directeur évolutif des pharmacies à usage intérieur et des circuits pharmaceutiques dédiés doit être structuré en coordination avec l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et les agences régionales de santé. La stratégie prévoit aussi d’adapter les capacités de bioproduction aux besoins de la recherche et des soins.

    Intelligence artificielle et nouvelles méthodologies d’essais

    Sur le versant recherche clinique, la stratégie prévoit d’intégrer l’intelligence artificielle dans l’accompagnement des essais, en particulier précoces. L’AP-HP entend accélérer le développement de nouvelles méthodologies et renforcer son expertise en investigation clinique des thérapies géniques et cellulaires.

    Le numérique est mobilisé pour réduire les délais globaux des projets (autorisation, démarrage, réalisation, valorisation) via des « ATMP Track » spécifiques au sein de la direction de la recherche clinique et de l’innovation, de l’AGEPS et de la direction de la stratégie et de la transformation.

    L’AP-HP prévoit l’instauration d’un codage « MTI » ad hoc des séjours hospitaliers et des essais cliniques. Ce marquage doit permettre un pilotage régulier des volumes de patients, une analyse fine de l’impact sur les structures hospitalières et la construction d’objectifs mesurables.

    Un tableau de bord partagé d’indicateurs MTI sera élaboré par une cellule dédiée. Il servira au suivi stratégique, à la valorisation du positionnement de l’institution et à l’analyse des parcours.

    @AP-HP : Médicaments de thérapie innovante : l’AP-HP lance une feuille de route ambitieuse

  • Etude : l’IA générative peut accélérer l’analyse de données biomédicales (Cell)

    Dans leurs tests, plusieurs systèmes ont atteint des performances comparables à celles d’équipes spécialisées en science des données. Les résultats de cette étude* a été publiée le 17 février 2026 dans Cell Reports Medicine.

    L’essor des modèles d’intelligence artificielle générative bouleverse déjà de nombreux secteurs, et la recherche biomédicale n’y échappe pas. Ces outils peuvent écrire du code et analyser des données à partir de simples instructions en langage naturel. Reste un obstacle majeur : traiter de vastes bases de données cliniques demande habituellement des semaines, voire des mois de travail technique. Nettoyer les données, programmer les analyses, tester les modèles… autant d’étapes qui ralentissent les projets scientifiques.

    8 outils d’IA testés pour produire du code

    Pour évaluer concrètement les capacités de l’IA générative, des chercheurs de University of California ont donc mené une étude. Concrètement, ils ont utilisé un jeu de données déjà exploité dans le cadre d’un challenge international DREAM (Dialogue on Reverse Engineering Assessment and Methods). Ce jeu regroupait les données biologiques et cliniques de plus de 1 000 femmes enceintes issues de neuf études distinctes, initialement mobilisées pour prédire le risque d’accouchement prématuré.

    Les chercheurs ont ensuite confié ces mêmes données à 8 outils d’IA générative disponibles dans le commerce. Concrètement, ils leur ont donné des consignes en langage naturel décrivant l’objectif à atteindre. Les systèmes devaient alors rédiger eux-mêmes le code d’analyse, sélectionner les variables pertinentes et construire un modèle prédictif exploitable. Les performances obtenues ont été directement comparées à celles produites par des équipes humaines spécialisées en science des données lors du challenge DREAM.

    L’étude a été publiée publiée le 17 février 2026 dans Cell Reports Medicine.

    Résultats : la moitié des IA fait aussi bien que l’humain

    • 4 systèmes sur 8 ont généré un code d’analyse fonctionnel et produit des modèles capables de prédire le risque étudié.
    • Les performances de ces modèles étaient comparables à celles obtenues par des équipes humaines spécialisées.
    • Certains outils ont généré du code inutilisable ou des analyses incorrectes, nécessitant une intervention humaine.
    • L’ensemble du projet, de la conception à la soumission de l’article, a été réalisé en environ 6 mois, un délai court pour ce type d’analyse de données biomédicales complexes.

    Ces résultats ne signifient pas que l’IA peut remplacer les équipes de science des données. La moitié des outils testés n’a pas produit de résultats exploitables et une supervision humaine restait indispensable pour vérifier le code généré et corriger certaines erreurs. L’étude ne porte par ailleurs que sur une tâche précise.

    Une solution pour accélérer la recherche ?

    Au-delà des performances obtenues, l’étude montre cependant qu’un modèle d’IA générative correctement guidé est capable de produire du code scientifique fonctionnel et de construire un modèle d’analyse comparable à ceux développés par des spécialistes. Comme le souligne Marina Sirota (UCSF), co-autrice de l’étude, ces outils pourraient lever « l’un des principaux goulets d’étranglement en science des données : la construction des pipelines d’analyse ».

    Pour les auteurs, l’enjeu est en fait avant tout méthodologique. En automatisant certaines étapes techniques (écriture du code, structuration des analyses, itérations rapides) l’IA pourrait accélérer la phase exploratoire des projets exploitant de grandes bases de données. Les auteurs estiment ainsi que l’IA générative pourrait permettre aux chercheurs « de se concentrer davantage sur les bonnes questions biomédicales » plutôt que sur le débogage du code.

    Benchmarking large language models for predictive modeling in biomedical research with a focus on reproductive health

    Sarwal, Reuben et al.

    Cell Reports Medicine, Volume 7, Issue 2, 102594

    https://www.cell.com/cell-reports-medicine/fulltext/S2666-3791(26)00011-

     

  • Trophées PACTES : 8 lauréats distingués pour leur contribution sociétale, Septodont reçoit le Grand Prix du Jury (Leem)

    Une reconnaissance sectorielle portée par le Leem

    Le Leem a dévoilé les lauréats des Trophées PACTES 2025. En écho aux attentes sociétales, ces trophées mettent en lumière des projets portés par les entreprises du secteur pharmaceutique pour améliorer la prévention, favoriser l’inclusion, optimiser la qualité du parcours patient, réduire les impacts environnementaux et soutenir le développement local du progrès thérapeutique en France.

    Cette sixième édition entend traduire la convergence entre responsabilité des entreprises et compétitivité au service des patients et de la société.

    « Nos entreprises innovent, agissent et démontrent concrètement leur contribution à la santé, à l’environnement et aux territoires », déclare Vincent Bocart, directeur de l’Engagement du Leem.

    À travers cette sélection, le Leem met en avant des démarches portant sur la gouvernance, l’environnement, le social et le sociétal, avec un accent sur la mesure de l’impact, l’écoconception, la logistique adaptée aux territoires ultramarins, l’inclusion des personnes en situation de handicap, la lutte contre les maladies chroniques et la désinformation en santé.

    Le palmarès 2025

    Prix Internautes

    Roche Pharma France : On a toutes des raisons de se faire dépister

    Catégorie Gouvernance

    Roche Pharma France : Mesure de la valeur sociétale de l’amélioration des parcours patients

    Catégorie Environnement

    UPSA : Réduction de l’empreinte environnementale d’une gamme grâce à l’écoconception

    Prix Coup de Pouce #1

    Takeda : Reverse logistics pour les DROM-COM : logistique repensée et réutilisation

    Catégorie Social

    Septodont : Construction d’une politique durable d’inclusion des personnes en situation de handicap

    Catégorie Sociétal

    Novo Nordisk : Cities For Better Health à Strasbourg : cinq ans d’actions contre les maladies chroniques

    Prix Coup de Pouce #2 (Sociétal)

    MSD : Lutte contre la désinformation en santé auprès des jeunes

    Grand Prix du Jury

    Septodont est récompensé pour l’ensemble de sa démarche de responsabilité sociétale des entreprises.

  • Lutte contre les VSS : la DGOS s’appuie sur les outils numériques

    C’est le message qu’ont voulu faire passer deux représentants de la DGOS, Clotilde Durand, cheffe de service, adjointe à la directrice, et Nicolas Delmas, chef de projet “attractivité”, lors d’un petit-déjeuner de presse organisé par l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale) le 18 février 2026. Les principaux outils sont le dispositif ONVS, pour lequel un formulaire unique de déclaration a été élaboré, les fichiers Fijaisv et B2, ainsi que l’application StopVSST lancée par les HCL.

    L’ONVS, vers une version 2.0

    Le premier dispositif numérique mobilisé contre les VSS est l’ONVS (Observatoire national sur les violences en santé). La DGOS souligne qu’une de ses limites est que seuls les professionnels de santé libéraux peuvent le saisir directement : un salarié d’établissement, à date, ne peut pas directement saisir sur la plateforme une violence qu’il subit, car seul son directeur ou son DRH a accès à la partie “salarié.” De plus les médecins libéraux ne se voient pas proposer de lien de signalement dans l’ONVS, car le Cnom n’a pas participé au dispositif, ayant estimé “ne pas avoir été assez bien associés aux formulaires”.

    Qui plus est, le signalement une fois fait est transmis à l’Ordre, mais n’est pas traité en tant que tel : il n’y a pas de retour, ni à la personne qui signale, ni à l’établissement auquel il est rattaché. À date, c’est “juste un outil à visée statistique” et qui n’a pas pour objet d’accompagner les victimes. Enfin, l’ONVS, quand il est connu par les professionnels, n’est pas vraiment identifié comme outil pertinent sur les VSS, mais plutôt sur les violences commises par des patients contre des professionnels de santé.

    La DGOS projette de faire évoluer l’outil et de proposer “un appui, un accompagnement des victimes”. Il s’agirait également de faire ne sorte que “toute personne puisse le saisir sans passer par le filtre d’une direction d’établissement”.

    Un formulaire de déclaration unique

    “Nous sommes arrivés, après plusieurs années de réunions à élaborer un formulaire de déclaration unique et commun, quel que soit votre recours, que ce soit devant un Ordre ou devant un établissement”, annonce Nicolas Delmas. “C’est ce qui nous permettra, au niveau national, à terme, d’avoir des données facilement exploitables” souligne-t-il, alors qu’aujourd’hui “chaque établissement, chaque Ordre a son propre système de déclaration, son propre formulaire, et donc, son propre système de données”. Il s’agit de “faire émerger facilement ces chiffres et de connaitre les suites qui sont données à ces signalements”. Le projet est maintenant de le faire “en lien avec l’évolution de l’ONVS”.

    “Le problème de l’actuel formulaire”, ajoute Nicolas Delmas, c’est qu’il y a “beaucoup de champs libres”, ce qui “donne des réponses très variées” car les déclarants décrivent différemment les mêmes faits. Par exemple, le formulaire actuel ne propose pas de saisir “service d’urgences”, donc certains déclarants écrivent “urgences”, d’autres “service d’urgences”, d’autres “SAU” et “ces données multiples ne permettront pas d’avoir des données fiables rapidement”. Nicolas Delmas souligne que le nouveau système est “beaucoup plus contraint sur les choix”, pour “permettre d’avoir de la donnée quantitative”. Il imagine une liste d’établissements “témoins” permettant de faire des statistiques de manière scientifique et de ne plus compter que sur le volontariat.

    Les Ordres demandent l’accès aux fichiers Fijaisv et B2

    Les fichiers constituent un autre outil numérique de lutte contre les VSS. Un juge saisi d’un fait peut aujourd’hui décider d’une inscription au Fijaisv (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes). Il peut inscrire une personne au fichier, après sa condamnation et “même s’il y a appel”, s’il y a “un faisceau d’indices” qui lui laisse penser qu’elle peut être dangereuse.

    Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien, condamné à vingt ans de réclusion criminelle en mai 2025 pour viols et agressions sexuelles sur près de 300 patients, a été inscrit bien plus tôt au Fijasv qu’au B2 (bulletin n°2 du casier judiciaire). Les deux tiers des victimes du chirurgien auraient été couvertes par la première inscription au Fijaisv, mais les administrations, à date, n’avaient pas accès à ce fichier. C’est pourquoi la DGOS porte un projet d’évolution de la circulaire en discussion avec les Ordres. Actuellement l’obligation d’information de l’ensemble des autorités publiques est présente dans la loi mais porte seulement sur les infractions sur mineurs.

    Les Ordres ont tous demandé à avoir accès au Fijaisv, et si possible au B2, et pas seulement au moment du recrutement, mais à tout moment. Dans l’affaire des viols de Mazan, jugée fin 2024, un infirmier faisait partie des mis en cause et l’Ordre n’avait pas été informé. Pour un salarié “ordré”, c’est son Ordre et son établissement s’il est public qui ont accès à son B2. Une clinique privée n’a pas accès au B2. “Si l’on veut introduire un contrôle systématique il faudra en passer par la loi, cela fait partie des décisions en cours d’arbitrage”, précise Nicolas Delmas.

    L’application Stop VSST, un outil à diffuser

    Les HCL (Hospices civils de Lyon) ont obtenu un financement du Fonds en faveur de l’égalité professionnelle, le FEP, porté par la DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique) pour déployer un outil dédié baptisé “Stop VSST”. C’est une application gratuite qu’on peut télécharger, et qui prévoit aussi les contacts internes pour les signalements.

    “A la base, c’était une application portée par les HCL, pour leurs agents”, explique Nicolas Delmas. “On a trouvé que l’idée était intéressante, on a fait le lien pour l’étendre à l’ensemble des établissements publics “. Pour lui, il s’agit maintenant de le proposer aux établissements privés et à tous les salariés du secteur.

    A partir du module formation de l’application, commun à tous, l’idée de la DGOS serait d’avoir un module “contacts” au niveau local, paramétrable par chaque établissement, et un module contact au niveau national, en lien avec l’ONVS, accessible directement par les agents au cas où ils n’auraient pas de retour.

    L’Anap sera chargée de développer l’outil national, et d’accompagner les établissements, pour les aider à le déployer au niveau local. Les HCL cèdent leurs droits mais restent propriétaires de la marque, et l’Anap fournira l’outil à titre gratuit pour les établissements. Pour l’année 2026, la DGOS cible une cinquantaine à une centaine d’établissements.

    L’objectif, une “dénormalisation”

    La lutte contre les VSS dans le monde de la santé devrait faire l’objet d’annonces de la part de la ministre Stéphanie Rist.

    Nicolas Delmas évoque pour conclure son expérience de DRH de l’AP-HP de 2020 à 2024. Une grande campagne sur les outils internes à l’établissement avait débouché sur une hausse de 50% des signalement durant les deux mois suivants. “Les gens avaient vu l’affiche et s’étaient dit ‘ce que je subis, ça correspond à peu près à ce que je vois, donc en fait, ce n’est pas normal’. “C’est une ‘dénormalisation’ de ce qui était considéré, parfois, à tort, comme une culture spécifique du monde de la santé”.

     

  • 60 % des solutions numériques de santé intègrent l’IA générative (panorama 2025 France Biotech)

    La HealthTech entre dans un cycle de maturité sélective marqué par :

    • Une polarisation entre les leaders solides et les structures fragilisées.
    • Une exigence de preuves cliniques et commerciales.
    • Une forte pression réglementaire, surtout en France (d’où l’internationalisation)
    • Une transformation accélérée par l’IA générative.
    • Une dépendance aux financements publics.

    Présentée le 19 février par France Biotech, la 23e édition du Panorama France HealthTech dresse le portrait d’un écosystème porté par 2 800 entreprises et 80 000 emplois (l’âge moyen des structures atteint désormais 10 ans).

    Le contexte économique est tendu. Le chiffre d’affaires moyen recule à 5,1 M€ en 2024 (contre 6,6 M€ en 2023). Les investissements en R&D diminuent à 2,6 M€ en moyenne (contre 3,4 M€).

    Le paysage n’est plus dominé par des start-up émergentes mais par des sociétés bien installées, dont certaines atteignent une taille critique. Le secteur s’inscrit dans une phase de consolidation. La HealthTech ne relève plus d’une dynamique “exploratoire” mais d’un segment productif bien identifié de l’économie de santé.

    Les levées tombent de 37 % à 20 % en 2025

    La HealthTech entre dans un cycle de sélection financière

    Cette montée en puissance s’accompagne d’un environnement plus contraint. Le secteur bascule vers un cycle de sélection. Les investisseurs se montrent plus exigeants sur les modèles économiques, la trajectoire vers la rentabilité et la démonstration clinique ou commerciale. 41 % des entreprises signalent des tensions de trésorerie. Seules 20 % ont levé des fonds en 2025, contre 37 % un an plus tôt. Les opérations s’étalent sur 10 mois en moyenne.

    La dépendance à quelques locomotives structure le secteur

    Les levées globales reculent de 9 %, mais le capital-risque progresse de 15 %, avec trois opérations supérieures à 60 M€, tandis que la capitalisation moyenne des biotechs cotées est multipliée par plus de quatre et que les biotechs parisiennes enregistrent une hausse de 388 %. Cette configuration du marché montre une concentration des financements autour d’un nombre limité d’acteurs. Les investisseurs privilégient des entreprises perçues comme capables d’atteindre un leadership. L’écart se creuse entre structures solides et entreprises plus fragiles.

    911 M€ d’aides à l’innovation et 1 Md€ mobilisé via France 2030

    Les aides à l’innovation atteignent 911 M€. 695 M€ sont mobilisés via l’IPCEI santé. 1 Md€ est engagé dans le cadre de France 2030. La HealthTech française repose sur un soutien public important. Elle relève d’une stratégie industrielle assumée, dans un modèle hybride mêlant logiques de marché et intervention de l’État.

    Une R&D toujours majoritaire dans les budgets

    Malgré le ralentissement du financement, 64 % des dépenses sont consacrées à la recherche et développement (39 % des effectifs travaillent dans ces fonctions). Les brevets demeurent stratégiques. Leur dynamique ralentit toutefois sous l’effet des évolutions du crédit d’impôt recherche. Mais il faut continuer d’investir dans des technologies différenciantes, y compris lorsqu’elles impliquent des cycles de développement longs et risqués, et ce malgré des contraintes de trésorerie. Une légère baisse des dépôts est observée en 2025, notamment en lien avec l’exclusion des dépenses de brevets de l’assiette du Crédit Impôt Recherche.

    Internationalisation face aux contraintes du marché français

    Parmi les entreprises en phase commerciale, 75 % ciblent les marchés internationaux. Les États-Unis deviennent une destination prioritaire. 42 % des sociétés de plus de 10 ans disposent de filiales à l’étranger. Cette orientation illustre aussi les difficultés d’accès au marché français, notamment liées aux mécanismes de remboursement. L’internationalisation apparaît comme une réponse à des contraintes structurelles, plus que comme une stratégie d’expansion.

    60 % des solutions numériques commercialisées intègrent de l’IA générative

    Deux tiers des entreprises utilisent désormais l’IA générative. 44 % développent leurs propres outils et 60 % des solutions numériques commercialisées intègrent cette technologie. L’IA s’inscrit dans les opérations courantes et dans les produits. Cette internalisation des compétences traduit une convergence entre biotechnologies et data.

    Recrutements 2026 en baisse (78 % Vs 83% avant), priorité à la data science et au développement clinique

    Dans la santé numérique, 76 % des solutions sont déjà commercialisées (le segment affiche un âge moyen de 7 ans et une forte intégration de l’IA). Les cycles de développement sont plus courts que dans les biotechnologies (en raison d’exigences réglementaires généralement moins lourdes). Les modèles économiques se rapprochent des logiques SaaS et technologiques, avec une vitesse d’exécution plus rapide. L’intégration de l’intelligence artificielle, notamment générative, y est élevée, aussi bien dans les fonctionnalités cliniques que dans les outils d’aide à la décision, d’optimisation organisationnelle ou d’engagement patient.

    Les intentions de recrutement pour 2026 reculent à 78 % (contre 83 % fin 2024). Les profils recherchés concernent principalement la data science, l’informatique, la R&D et le développement clinique.

    Multiplication des demandes de fast track face à l’allongement des procédures

    Le segment medtech enregistre une augmentation du nombre de produits en phase d’enregistrement ou de commercialisation, ainsi qu’une progression des certifications CE. En parallèle, l’application du règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR) allonge les délais. Cette évolution favorise une professionnalisation des fonctions réglementaires mais expose les structures les plus petites à un risque d’asphyxie. Les demandes de procédures accélérées se multiplient.

  • Leem : un Conseil d’administration resserré à 36 membres et trois commissions pour peser sur le PLFSS 2027

    Le Conseil d’administration du Leem a validé un projet de nouvelle gouvernance, élaboré en quelques semaines pour répondre aux contraintes budgétaires et politiques qui pèsent sur le médicament. Le texte sera soumis à l’Assemblée générale du 10 mars, avec une entrée en vigueur immédiate en cas d’adoption. Les administrateurs, puis le Bureau et le Président, seront élus pour un mandat de trois ans.

    Cette réforme intervient alors que se prépare le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 et que s’annoncent des échéances électorales nationales, dans un contexte international qualifié “d’inédit” par l’organisation.

    À l’heure des arbitrages budgétaires, le Leem muscle son organisation

    La réforme de gouvernance du Leem intervient dans un climat de recomposition. En resserrant ses instances avant des arbitrages budgétaires (PLFSS 2027) et dans un contexte électoral sensible, le syndicat cherche à renforcer sa capacité d’influence face aux pouvoirs publics.

    Élargissement du conseil à des entreprises de toutes tailles, mise en avant la question de l’accès au médicament, la réforme traduit une volonté d’efficacité et d’ouverture avec une organisation plus lisible et une chaîne décisionnelle clarifiée pour gagner en réactivité.

    En alertant sur les risques que ferait peser l’absence de réformes structurelles sur l’innovation et l’attractivité française, le Leem installe un narratif d’urgence, liant santé publique et compétitivité économique.

    Un Conseil d’administration élargi à la diversité sectorielle

    Le projet prévoit un Conseil d’administration composé de 36 membres élus, répartis en cinq collèges. Il inclut des entreprises de toutes tailles, des laboratoires en développement ainsi que des sous-traitants pharmaceutiques.

    Le Conseil définit les orientations politiques et stratégiques du syndicat et assure le suivi de la feuille de route. Un Bureau de 12 membres élus est chargé du déploiement opérationnel des priorités fixées.

    Trois commissions stratégiques rattachées au Bureau

    La réforme introduit une comitologie recentrée autour de trois commissions stratégiques :

    • Évaluation et Accès.
    • Financement et Régulation.
    • Engagement et Plaidoyer.

    Rattachées au Bureau, elles s’appuient sur des groupes de travail ad hoc et des cercles d’experts issus des entreprises adhérentes.

    Par ailleurs, sous la responsabilité de la direction générale, les activités régaliennes du syndicat s’articuleront autour de quatre missions : recherche et santé publique, politique sociale, opérations industrielles et pharmaceutiques, stratégie juridique, fiscale et conformité.

    Défendre l’accès aux médicaments dans un contexte budgétaire contraint

    Les administrateurs ont souligné la nécessité d’une “unité sectorielle face aux arbitrages à venir”. Selon eux, l’absence de réformes structurelles “exposerait l’accès aux médicaments actuels et futurs”, ainsi que la position de la France parmi les pays investis dans la santé.

    « En moins d’un mois, le Leem a adapté sa gouvernance pour se concentrer sur son action et répondre aux enjeux du secteur, à la veille d’échéances budgétaires et politiques majeures pour le pays dans un contexte international inédit. Cette agilité est indispensable pour défendre la place du médicament dans la politique de santé, garantir l’accès aux médicaments et la compétitivité de la France et de l’Europe », déclare Thierry Hulot, Président du Leem.

    Le syndicat indique vouloir concentrer son action sur deux axes : l’accès au progrès thérapeutique et le dynamisme économique de la France.

  • AI Omnibus : l’Europe reconfigure son architecture de régulation avant l’entrée en vigueur complète de l’AI Act

    La centralisation des contrôles au niveau européen, l’allègement des charges pour les entreprises et la préservation des garanties en matière de droits fondamentaux.

    Un renforcement des pouvoirs d’inspection du Bureau européen de l’IA

    L’Union européenne est en train de rouvrir l’un de ses textes numériques les plus ambitieux avant même qu’il ne soit pleinement entré en vigueur. À travers le projet d’AI Omnibus, les institutions européennes cherchent à ajuster la mise en œuvre de l’AI Act. Derrière les arguments de simplification administrative se joue un débat beaucoup plus profond : quel modèle de régulation de l’intelligence artificielle l’Europe veut-elle incarner ?

    Le premier élément concerne le renforcement du Bureau européen de l’IA. Le Conseil précise que ce dernier pourrait disposer de pouvoirs d’inspection étendus, notamment :

    • Examen des documents internes.
    • Copie de données pertinentes.
    • Auditions du personnel.
    • Et possibilité de mandater des autorités nationales pour enquêter en son nom.

    L’UE veut prévenir les contournements internes de l’AI Act par les grands acteurs technologiques

    Ce mouvement traduit une centralisation du contrôle au niveau européen, au détriment d’une approche purement nationale. Il vise aussi explicitement les structures intégrées de grands groupes technologiques, en précisant que la supervision s’appliquerait à l’ensemble d’une « entreprise » agissant comme unité économique. Cela pourrait concerner des groupes organisés autour de modèles d’IA à usage général tels qu’Alphabet, Meta ou xAI.

    L’UE cherche à éviter les stratégies de contournement via des structures internes complexes. Ce renforcement rapproche le Bureau de l’IA d’un régulateur sectoriel doté de véritables pouvoirs d’enquête.

    Une régulation hybride pour les modèles d’IA à usage général

    Autre évolution notable, la mise en place du « Signatory Taskforce » pour le Code de bonnes pratiques applicable aux modèles d’IA à usage général.

    Ce mécanisme montre une forme de co-régulation encadrée. Les fournisseurs peuvent démontrer leur conformité à l’AI Act via l’adhésion à ce code, élaboré par des experts indépendants et validé par la Commission. Le Bureau de l’IA en assure la coordination et publie un vade-mecum pour garantir la transparence.

    Un moment décisif pour le modèle européen

    L’AI Omnibus dépasse une simple opération technique de simplification. Il met en lumière trois tensions :

    • Compétitivité vs protection des droits fondamentaux.
    • Centralisation européenne vs mise en œuvre nationale.
    • Régulation par le risque vs flexibilité économique.

    L’Europe cherche à rester pionnière en matière de régulation de l’IA, tout en évitant d’handicaper son tissu industriel. L’équilibre est délicat. Trop de rigidité pourrait décourager l’innovation ; trop d’assouplissement pourrait vider le texte de sa substance normative.

    À six mois de l’application des règles « haut risque », le débat porte désormais sur la capacité de l’Union à ajuster son cadre sans en modifier l’équilibre initial.