- La stabilisation de la télémédecine suggère l’existence d’un seuil organique d’acceptabilité clinique et organisationnelle.
- L’enjeu n’est plus de soutenir une croissance exponentielle, mais d’organiser un usage ciblé et pérenne.
- La télémédecine apparaît moins comme un outil universel de santé publique que comme un service d’optimisation adapté aux modes de vie des actifs.
- Cette évolution oblige les décideurs à abandonner une vision homogène du distanciel.
L’usage de la télémédecine en soins primaires aux États-Unis, qui avait fortement progressé durant la pandémie de Covid-19 sous l’effet d’assouplissements fédéraux et commerciaux en matière de remboursement, a décru jusqu’à mi-2023 avant de se stabiliser.
L’étude, publiée le 17 février 2026 par Epic Research, repose sur l’analyse de 411 millions de consultations réalisées entre juillet 2022 et octobre 2025. Les données proviennent de Cosmos, une base constituée avec une communauté de systèmes de santé utilisant les solutions d’Epic Systems. Elle agrège plus de 300 millions de dossiers patients issus de 1 800 hôpitaux et 42 000 cliniques, répartis dans les 50 États américains ainsi qu’au Canada, au Liban et en Arabie saoudite.
Deux équipes indépendantes, chacune composée d’un clinicien et de chercheurs, ont conduit les analyses et abouti à des conclusions similaires.
La télémédecine se fixe à environ 6 % des consultations de soins primaires
Entre juillet 2022 et octobre 2025, la part des consultations de soins primaires réalisées en télémédecine est passée d’un peu plus de 8 % à un peu moins de 6 %, soit une diminution d’environ 30 %. Depuis 2023, elle oscille entre 6 et 7 %, suggérant l’émergence d’un nouvel équilibre entre présentiel et distanciel.
Ces résultats interviennent dans un contexte de débats sur la pérennisation des flexibilités réglementaires mises en place pendant la crise sanitaire et sur l’impact de la télémédecine en matière d’accès et d’équité.

Un recours deux fois plus élevé en zones métropolitaines qu’en zones rurales
L’analyse met en évidence un différentiel constant selon la ruralité, déterminée à partir du code postal le plus récent du patient.
Sur l’ensemble de la période étudiée, les patients résidant en zones métropolitaines ont eu recours à la télémédecine environ deux fois plus souvent que ceux vivant en zones rurales ou dans de petites agglomérations. Les zones micropolitaines se situent à un niveau intermédiaire.
Si la proportion de consultations à distance a diminué dans toutes les catégories territoriales, l’écart relatif entre espaces urbains et ruraux est resté stable. Ce gradient interroge l’effet combiné de l’offre numérique, de la connectivité et des pratiques organisationnelles locales.
Des écarts marqués selon l’âge
Les enfants de 0 à 2 ans présentent une part de télémédecine inférieure à 2 % sur toute la période. À l’inverse, les adultes de 25 à 39 ans dépassent 10 % de consultations réalisées à distance.
Les profils restent stables dans le temps : la télémédecine se concentre sur les adultes en âge d’activité professionnelle, tandis qu’elle demeure marginale pour les très jeunes enfants et les personnes les plus âgées.
L’un des résultats les plus marqués concerne la langue préférée déclarée par les patients.
Les patients non anglophones, notamment ceux déclarant le chinois, le portugais, le russe, le persan ou l’espagnol, présentent des taux de recours à la télémédecine nettement supérieurs à ceux des patients anglophones. Bien que les taux aient diminué dans tous les groupes, l’écart initial s’est maintenu jusqu’à la fin de la période étudiée.
Enjeux pour la régulation et l’organisation
Au-delà du constat d’une stabilisation autour de 6–7 % des actes, l’étude met en lumière une segmentation durable des usages selon le territoire, l’âge et la langue.
Pour les décideurs et les opérateurs de soins, ces données fournissent des repères pour ajuster les capacités numériques, calibrer les dispositifs d’interprétariat et anticiper les effets des choix réglementaires en cours.
