Après un rebond des téléconsultations à 13,9 millions d’actes en 2024 (+20 %), l’Assurance Maladie et la DGOS ont ouvert un cycle de concertation nationale afin de redéfinir la place de la télémédecine dans le parcours de soins et de formuler des propositions au ministre début 2026. L’initiative visait à engager une réflexion sur l’organisation de la télémédecine de demain, dans un contexte où cet outil s’était durablement installé depuis la crise sanitaire.
20 % de hausse en 2024, mais une diffusion encore socialement et géographiquement marquée
Après un pic pendant la crise sanitaire, le volume de téléconsultations avait reculé entre 2020 et 2023 avant de repartir à la hausse en 2024, avec 13,9 millions d’actes, soit une progression proche de 20 % sur un an.
En 2024, les professionnels de santé libéraux réalisaient encore plus de la moitié des téléconsultations (55 %), mais leur part diminuait au profit des sociétés de téléconsultation, qui concentraient désormais 40 % des actes, contre 6 % en 2021. L’activité de téléconsultation restait limitée chez les médecins généralistes libéraux, représentant environ 2 % de leur activité clinique, tandis qu’elle était plus développée dans certaines spécialités : 7 % chez les psychiatres et 6 % chez les endocrinologues.
Les données mettaient également en évidence des écarts territoriaux et sociaux. Les patients recourant à un médecin généraliste libéral en téléconsultation résidaient le plus souvent dans des communes favorisées, alors que ceux utilisant des plateformes de téléconsultation vivaient davantage dans des zones à faible accessibilité à un médecin généraliste.
Vers une structuration ancrée dans les territoires
Dans ce contexte, l’Assurance Maladie et la DGOS souhaitaient ouvrir une nouvelle étape de structuration de la télémédecine, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes et en s’appuyant sur les réalités territoriales.
Un calendrier étalé jusqu’à début 2026
Les travaux des Assises devaient se dérouler de septembre à décembre 2025, sous la forme d’ateliers thématiques organisés en région, associant représentants des professionnels de santé, patients, institutions et opérateurs. Sept ateliers étaient programmés :
- Télémédecine et publics vulnérables (Grand Est)
- Modalités de la téléconsultation assistée (Bretagne)
- Lien avec les territoires et parcours du patient (Occitanie)
- Téléconsultation en Outre-mer (Martinique et Guyane)
- Téléexpertise (Nouvelle-Aquitaine)
- Pertinence, qualité et formation (Île-de-France)
- Filières visuelle et auditive (Normandie)
Une phase préparatoire s’était tenue entre février et juin 2025. Les conclusions ont été restituées le 26 janvier 2026 et transmises au ministre de la Santé et de l’Accès aux soins.
Méthodes partagées et propositions convergentes sur la téléconsultation assistée
Réunis dans le cadre des Assises de la télémédecine, les ateliers régionaux ont structuré un travail associant assurance maladie, ARS, professionnels, usagers et industriels, afin de formuler des propositions sur la téléconsultation assistée, la prise en charge des publics vulnérables et l’ancrage territorial. L’objectif n’était pas de rouvrir le débat sur la légitimité de la télémédecine, mais de partir de pratiques existantes pour identifier les conditions concrètes de déploiement.
Cette approche a reposé sur des binômes régionaux associant l’Assurance Maladie et les Agences régionales de santé, avec l’appui de structures d’ingénierie territoriale et d’acteurs de terrain. Les formats retenus (cafés, ateliers thématiques, groupes asynchrones) visaient à favoriser l’expression de l’ensemble des parties prenantes et à dépasser les logiques institutionnelles.
Adapter les usages plutôt que généraliser les outils pour les publics vulnérables
Dans le Grand Est, l’atelier consacré aux publics vulnérables a mis en évidence la diversité des situations concernées : précarité sociale, handicap, affections de longue durée, grand âge, addictions, migrations ou encore milieu carcéral. Cette pluralité a conduit les participants à privilégier une analyse par cas d’usage plutôt qu’une approche uniforme.
Les travaux ont fait émerger plusieurs points de consensus :
- La nécessité de parcours hybrides combinant présentiel et distanciel, notamment pour sécuriser l’entrée dans le parcours de soins ;
- l’importance d’un accompagnement humain renforcé, via des professionnels de santé ou des médiateurs, pour limiter les risques d’exclusion numérique ;
- un besoin de clarification des cadres juridiques et des référentiels d’usage, en particulier pour la téléconsultation assistée.
Téléconsultation assistée : un levier partagé, des conditions à préciser
Plusieurs ateliers, notamment en Bretagne, ont été spécifiquement dédiés à la téléconsultation assistée. Les groupes de travail ont rassemblé des professionnels pratiquant déjà ces dispositifs en ville, en établissement et à domicile, ainsi que des représentants d’éditeurs et d’industriels.
Les constats convergent :
- La téléconsultation assistée bénéficie d’un accueil globalement favorable, en particulier pour les patients peu autonomes ou éloignés du numérique ;
- sa mise en œuvre implique une organisation complexe, mobilisant au moins trois acteurs (patient, médecin, professionnel accompagnant) et nécessitant coordination, disponibilité et outils interopérables.
Parmi les propositions récurrentes figurent :
- La définition de référentiels nationaux de qualité et de formation, précisant les professionnels habilités à accompagner la téléconsultation ;
- la reconnaissance du temps de coordination et d’organisation, aujourd’hui peu visible dans les modèles de valorisation ;
- une meilleure identification des acteurs pilotes au niveau territorial, afin de limiter les redondances et accélérer le déploiement.
La question des seuils d’activité en téléconsultation a suscité des échanges plus contrastés, certains participants plaidant pour des adaptations ciblées dans les territoires en tension.
Une dynamique de groupes de travail appelée à se prolonger
Au-delà des thématiques, les ateliers ont mis en évidence une forte convergence des analyses entre régions. Cette homogénéité n’était pas fortuite : les organisateurs ont volontairement évité le cloisonnement des sujets, afin de faire émerger des fondamentaux partagés.
Bilan des assises : des usages installés mais inférieurs au pic pandémique
En 2025, environ 14 millions de téléconsultations ont été réalisées en France (contre 17 millions en 2020, année marquée par la crise sanitaire). La pratique demeure régulière : plus de 17 000 médecins généralistes y recourent chaque mois, soit près d’un praticien sur trois. La téléexpertise poursuit sa progression, avec 270 000 actes enregistrés sur l’année. La répartition des usages reste contrastée :
60 % des téléexpertises sont effectuées par des médecins libéraux, tandis que 40 % le sont par des praticiens hospitaliers. Ces chiffres traduisent une implantation progressive, mais encore inégale selon les contextes d’exercice et les territoires.
Une dynamique nettement ralentie
Les travaux menés entre septembre et novembre 2025 dans le cadre des Assises nationales ont fait émerger un constat partagé : la dynamique de développement de la télémédecine, fortement accélérée pendant la pandémie, s’est nettement infléchie.
Les témoignages recueillis lors des ateliers régionaux pointent plusieurs facteurs convergents : difficultés d’intégration dans les pratiques professionnelles courantes, complexité des outils et des procédures, disparités d’équipement, mais aussi essoufflement des dynamiques institutionnelles engagées pendant la période Covid.
Téléconsultation et téléexpertise restent mobilisées, mais de façon hétérogène, souvent à l’initiative de professionnels ou d’établissements moteurs. Les usages peinent à se diffuser plus largement, notamment dans les zones sous-dotées, les structures médico-sociales et certaines filières spécialisées.
Un socle de recommandations pour structurer la suite
Clarifier le financement, structurer les usages et soutenir les zones sous-dotées
À partir de ce diagnostic, les participants aux Assises ont formulé plusieurs recommandations visant à redonner un cadre opérationnel au développement de la télémédecine. Ces préconisations s’articulent autour de six axes :
- Simplifier les outils et les parcours : La réduction des freins techniques et administratifs apparaît comme un préalable, tant pour les professionnels que pour les patients, afin de favoriser une intégration plus fluide dans les pratiques quotidiennes.
- Renforcer l’accompagnement humain : Les acteurs insistent sur la nécessité de dispositifs de médiation, d’assistance et de formation adaptés, en particulier pour les publics éloignés du numérique.
- Ancrer la télémédecine dans les organisations territoriales : L’intégration de la télémédecine dans les projets de santé des CPTS, des établissements et des filières est identifiée comme un levier de diffusion et de cohérence des usages.
- Garantir la qualité des actes : Le développement de référentiels communs, de formations spécifiques et de dispositifs d’évaluation continue est jugé nécessaire pour assurer la pertinence et la sécurité des pratiques.
- Clarifier le cadre de financement : Les participants appellent à une clarification des règles de financement et de facturation, afin de sécuriser les professionnels et de limiter les écarts d’interprétation sur les conditions de recours.
- Soutenir les secteurs sous-dotés : Enfin, le soutien ciblé aux territoires et secteurs sous-dotés, via les outils de planification territoriale et l’expérimentation de nouveaux modèles d’organisation, est présenté comme un enjeu central pour réduire les inégalités d’accès.
À l’issue des Assises, la télémédecine apparaît moins comme un dispositif d’exception que comme une pratique installée, dont le développement futur dépendra désormais de sa capacité à s’inscrire durablement dans les organisations, les territoires et les cadres de régulation existants.