Nabil

  • La stratégie cancer se prolonge jusqu’en 2030, entre continuité budgétaire et défis opérationnels

    Si la continuité des financements est salutaire, plusieurs acteurs expriment des réserves sur la mise en œuvre concrète de la prévention, jugée insuffisamment opérationnelle. Un point de consensus critique concerne également la faible place accordée à l’alcool, alors que les politiques antitabac ont produit des résultats tangibles ces dernières années.

    Un budget reconduit pour le second volet de la stratégie

    Face à une pathologie qui touche plus de 400 000 personnes par an en France, le financement du plan de lutte contre le cancer est maintenu jusqu’en 2030 à un niveau équivalent à celui de la période 2021-2025. Emmanuel Macron a annoncé une enveloppe de plus de 1,7 milliard d’euros sur cinq ans, couvrant l’ensemble du continuum, de la prévention à l’amélioration des soins.

    La stratégie décennale reste pilotée par l’Institut national du cancer

    Pour la période 2026-2030, les pouvoirs publics ont choisi de concentrer les mesures autour de cinq publics :

    • Les jeunes,
    • les personnes âgées,
    • le monde du travail,
    • les personnes en situation de handicap
    • et les territoires ultramarins.

    Vaccination, dépistage ciblé et continuité des soins : les priorités affichées

    La prévention reste le premier axe. La stratégie entend agir dès l’enfance afin de limiter l’exposition aux facteurs de risque, notamment le tabac, l’alcool et les UV. Parmi les mesures figure la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) au collège, élargie aux filles et aux garçons dès 11 ans, combinée à un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus à partir de 25 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans.

    La deuxième priorité vise un dépistage plus personnalisé. Les programmes existants (sein, colorectal, col de l’utérus) doivent être renforcés par des modalités d’accès diversifiées et des démarches d’« aller-vers ». Un dépistage organisé du cancer du poumon sera expérimenté à court terme, avec l’inclusion de jusqu’à 20 000 personnes en vue d’une généralisation. L’objectif est de détecter plus tôt pour améliorer la prise en charge, comme l’a rappelé Stéphanie Rist lors de la journée mondiale contre le cancer.

    La feuille de route prévoit une évolution des parcours de soins. Les priorités portent sur l’accélération de l’accès au diagnostic, la continuité entre ville et hôpital, le retour à domicile avec un suivi sécurisé et le renforcement de l’accompagnement après la phase curative. La structuration de l’offre de soins oncologiques de support et le soutien aux proches aidants figurent également parmi les objectifs opérationnels.

    Dans le champ du dépistage, les autorités soutiennent le développement de technologies de détection précoce, telles que :

    • les tests sanguins multi-cancers,
    • la recherche de biomarqueurs
    • et le recours à l’intelligence artificielle pour identifier plus finement les personnes à risque aggravé.

    La stratégie mise sur l’exploitation structurée des données de santé pour orienter les politiques publiques et les priorités de recherche.

    Bâtir un service public du cancer fondé sur les données

    La création d’un registre national des cancers, officialisée fin 2025, constitue un axe de cette approche. Il vise à centraliser l’ensemble des cas sur le territoire afin d’améliorer la surveillance épidémiologique, le suivi des trajectoires de patients et l’évaluation des politiques de dépistage, de prise en charge et de suivi après-cancer. Ce registre doit également servir d’appui à la recherche et à l’élaboration des politiques publiques.

    La dernière priorité concerne la recherche, avec un accent mis sur la compréhension des mécanismes précoces de l’apparition des cancers, mais aussi sur les phases avancées, marquées par les métastases et les résistances aux traitements. « Comprendre les étapes du long processus d’apparition des cancers est la clé pour détecter plus tôt les risques et développer des stratégies pour bloquer ce processus », souligne le Pr Bruno Quesnel, directeur du pôle Recherche et innovations à l’INCa.

  • Assises : une télémédecine installée mais une dynamique ralentie

    Après un rebond des téléconsultations à 13,9 millions d’actes en 2024 (+20 %), l’Assurance Maladie et la DGOS ont ouvert un cycle de concertation nationale afin de redéfinir la place de la télémédecine dans le parcours de soins et de formuler des propositions au ministre début 2026. L’initiative visait à engager une réflexion sur l’organisation de la télémédecine de demain, dans un contexte où cet outil s’était durablement installé depuis la crise sanitaire.

    20 % de hausse en 2024, mais une diffusion encore socialement et géographiquement marquée

    Après un pic pendant la crise sanitaire, le volume de téléconsultations avait reculé entre 2020 et 2023 avant de repartir à la hausse en 2024, avec 13,9 millions d’actes, soit une progression proche de 20 % sur un an.

    En 2024, les professionnels de santé libéraux réalisaient encore plus de la moitié des téléconsultations (55 %), mais leur part diminuait au profit des sociétés de téléconsultation, qui concentraient désormais 40 % des actes, contre 6 % en 2021. L’activité de téléconsultation restait limitée chez les médecins généralistes libéraux, représentant environ 2 % de leur activité clinique, tandis qu’elle était plus développée dans certaines spécialités : 7 % chez les psychiatres et 6 % chez les endocrinologues.

    Les données mettaient également en évidence des écarts territoriaux et sociaux. Les patients recourant à un médecin généraliste libéral en téléconsultation résidaient le plus souvent dans des communes favorisées, alors que ceux utilisant des plateformes de téléconsultation vivaient davantage dans des zones à faible accessibilité à un médecin généraliste.

    Vers une structuration ancrée dans les territoires

    Dans ce contexte, l’Assurance Maladie et la DGOS souhaitaient ouvrir une nouvelle étape de structuration de la télémédecine, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes et en s’appuyant sur les réalités territoriales.

    Un calendrier étalé jusqu’à début 2026

    Les travaux des Assises devaient se dérouler de septembre à décembre 2025, sous la forme d’ateliers thématiques organisés en région, associant représentants des professionnels de santé, patients, institutions et opérateurs. Sept ateliers étaient programmés :

    • Télémédecine et publics vulnérables (Grand Est)
    • Modalités de la téléconsultation assistée (Bretagne)
    • Lien avec les territoires et parcours du patient (Occitanie)
    • Téléconsultation en Outre-mer (Martinique et Guyane)
    • Téléexpertise (Nouvelle-Aquitaine)
    • Pertinence, qualité et formation (Île-de-France)
    • Filières visuelle et auditive (Normandie)

    Une phase préparatoire s’était tenue entre février et juin 2025. Les conclusions ont été restituées le 26 janvier 2026 et transmises au ministre de la Santé et de l’Accès aux soins.

    Méthodes partagées et propositions convergentes sur la téléconsultation assistée

    Réunis dans le cadre des Assises de la télémédecine, les ateliers régionaux ont structuré un travail associant assurance maladie, ARS, professionnels, usagers et industriels, afin de formuler des propositions sur la téléconsultation assistée, la prise en charge des publics vulnérables et l’ancrage territorial. L’objectif n’était pas de rouvrir le débat sur la légitimité de la télémédecine, mais de partir de pratiques existantes pour identifier les conditions concrètes de déploiement.

    Cette approche a reposé sur des binômes régionaux associant l’Assurance Maladie et les Agences régionales de santé, avec l’appui de structures d’ingénierie territoriale et d’acteurs de terrain. Les formats retenus (cafés, ateliers thématiques, groupes asynchrones) visaient à favoriser l’expression de l’ensemble des parties prenantes et à dépasser les logiques institutionnelles.

    Adapter les usages plutôt que généraliser les outils pour les publics vulnérables

    Dans le Grand Est, l’atelier consacré aux publics vulnérables a mis en évidence la diversité des situations concernées : précarité sociale, handicap, affections de longue durée, grand âge, addictions, migrations ou encore milieu carcéral. Cette pluralité a conduit les participants à privilégier une analyse par cas d’usage plutôt qu’une approche uniforme.

    Les travaux ont fait émerger plusieurs points de consensus :

    • La nécessité de parcours hybrides combinant présentiel et distanciel, notamment pour sécuriser l’entrée dans le parcours de soins ;
    • l’importance d’un accompagnement humain renforcé, via des professionnels de santé ou des médiateurs, pour limiter les risques d’exclusion numérique ;
    • un besoin de clarification des cadres juridiques et des référentiels d’usage, en particulier pour la téléconsultation assistée.

    Téléconsultation assistée : un levier partagé, des conditions à préciser

    Plusieurs ateliers, notamment en Bretagne, ont été spécifiquement dédiés à la téléconsultation assistée. Les groupes de travail ont rassemblé des professionnels pratiquant déjà ces dispositifs en ville, en établissement et à domicile, ainsi que des représentants d’éditeurs et d’industriels.

    Les constats convergent :

    • La téléconsultation assistée bénéficie d’un accueil globalement favorable, en particulier pour les patients peu autonomes ou éloignés du numérique ;
    • sa mise en œuvre implique une organisation complexe, mobilisant au moins trois acteurs (patient, médecin, professionnel accompagnant) et nécessitant coordination, disponibilité et outils interopérables.

    Parmi les propositions récurrentes figurent :

    • La définition de référentiels nationaux de qualité et de formation, précisant les professionnels habilités à accompagner la téléconsultation ;
    • la reconnaissance du temps de coordination et d’organisation, aujourd’hui peu visible dans les modèles de valorisation ;
    • une meilleure identification des acteurs pilotes au niveau territorial, afin de limiter les redondances et accélérer le déploiement.

    La question des seuils d’activité en téléconsultation a suscité des échanges plus contrastés, certains participants plaidant pour des adaptations ciblées dans les territoires en tension.

    Une dynamique de groupes de travail appelée à se prolonger

    Au-delà des thématiques, les ateliers ont mis en évidence une forte convergence des analyses entre régions. Cette homogénéité n’était pas fortuite : les organisateurs ont volontairement évité le cloisonnement des sujets, afin de faire émerger des fondamentaux partagés.

    Bilan des assises : des usages installés mais inférieurs au pic pandémique

    En 2025, environ 14 millions de téléconsultations ont été réalisées en France (contre 17 millions en 2020, année marquée par la crise sanitaire). La pratique demeure régulière : plus de 17 000 médecins généralistes y recourent chaque mois, soit près d’un praticien sur trois. La téléexpertise poursuit sa progression, avec 270 000 actes enregistrés sur l’année. La répartition des usages reste contrastée :

    60 % des téléexpertises sont effectuées par des médecins libéraux, tandis que 40 % le sont par des praticiens hospitaliers. Ces chiffres traduisent une implantation progressive, mais encore inégale selon les contextes d’exercice et les territoires.

    Une dynamique nettement ralentie

    Les travaux menés entre septembre et novembre 2025 dans le cadre des Assises nationales ont fait émerger un constat partagé : la dynamique de développement de la télémédecine, fortement accélérée pendant la pandémie, s’est nettement infléchie.

    Les témoignages recueillis lors des ateliers régionaux pointent plusieurs facteurs convergents : difficultés d’intégration dans les pratiques professionnelles courantes, complexité des outils et des procédures, disparités d’équipement, mais aussi essoufflement des dynamiques institutionnelles engagées pendant la période Covid.

    Téléconsultation et téléexpertise restent mobilisées, mais de façon hétérogène, souvent à l’initiative de professionnels ou d’établissements moteurs. Les usages peinent à se diffuser plus largement, notamment dans les zones sous-dotées, les structures médico-sociales et certaines filières spécialisées.

    Un socle de recommandations pour structurer la suite

    Clarifier le financement, structurer les usages et soutenir les zones sous-dotées

    À partir de ce diagnostic, les participants aux Assises ont formulé plusieurs recommandations visant à redonner un cadre opérationnel au développement de la télémédecine. Ces préconisations s’articulent autour de six axes :

    • Simplifier les outils et les parcours : La réduction des freins techniques et administratifs apparaît comme un préalable, tant pour les professionnels que pour les patients, afin de favoriser une intégration plus fluide dans les pratiques quotidiennes.
    • Renforcer l’accompagnement humain : Les acteurs insistent sur la nécessité de dispositifs de médiation, d’assistance et de formation adaptés, en particulier pour les publics éloignés du numérique.
    • Ancrer la télémédecine dans les organisations territoriales : L’intégration de la télémédecine dans les projets de santé des CPTS, des établissements et des filières est identifiée comme un levier de diffusion et de cohérence des usages.
    • Garantir la qualité des actes : Le développement de référentiels communs, de formations spécifiques et de dispositifs d’évaluation continue est jugé nécessaire pour assurer la pertinence et la sécurité des pratiques.
    • Clarifier le cadre de financement : Les participants appellent à une clarification des règles de financement et de facturation, afin de sécuriser les professionnels et de limiter les écarts d’interprétation sur les conditions de recours.
    • Soutenir les secteurs sous-dotés : Enfin, le soutien ciblé aux territoires et secteurs sous-dotés, via les outils de planification territoriale et l’expérimentation de nouveaux modèles d’organisation, est présenté comme un enjeu central pour réduire les inégalités d’accès.

    À l’issue des Assises, la télémédecine apparaît moins comme un dispositif d’exception que comme une pratique installée, dont le développement futur dépendra désormais de sa capacité à s’inscrire durablement dans les organisations, les territoires et les cadres de régulation existants.

  • Un coffre numérique pour rendre accessibles les décisions du patient

    En situation d’urgence médicale ou de fin de vie, l’accès aux décisions du patient reste souvent incertain. Directives anticipées absentes ou introuvables, documents dispersés, proches non informés. Ces lacunes exposent familles et soignants à des choix pris sans repères clairs. La solution proposée par Willeol répond à cet enjeu en centralisant et en transmettant les informations essentielles aux personnes habilitées, au moment opportun.

    Un coffre numérique pour les informations sensibles

    Le service permet de sécuriser et de partager plusieurs catégories de contenus : documents d’assurance et pièces administratives, volontés de fin de vie, instructions patrimoniales, éléments de vie numérique et messages personnels accessibles à titre posthume. Les utilisateurs peuvent importer leurs documents, compléter et signer électroniquement des modèles proposés, et formaliser leurs directives anticipées ainsi que leurs choix relatifs au don d’organes ou du corps. Des solutions d’assurance peuvent également être souscrites en ligne.

    La rapidité d’identification est centrale. Le dispositif repose sur une carte physique nominative liée au coffre numérique, conservée parmi les effets personnels. Les médecins peuvent vérifier l’existence d’un coffre et accéder de façon sécurisée aux éléments autorisés, ou à défaut être mis en relation avec les tiers de confiance.

    Le service s’adresse aussi aux aidants, estimés à 11 millions en France. Ceux-ci peuvent créer et administrer le coffre d’un proche âgé, malade ou peu familier du numérique, en conformité avec ses décisions. Un espace de ressources gratuites complète l’outil : informations réglementaires, repères sur les décisions de fin de vie, conseils pour l’accompagnement au quotidien et identification des aides financières existantes.

    Pensé comme une solution d’intérêt général, le coffre est proposé gratuitement dans une version « Essentiel » via des partenaires engagés dans la protection et l’accompagnement des personnes : mutuelles, résidences seniors, EHPAD, services à la personne et opérateurs funéraires. Les données sont hébergées et opérées en France, au sein d’une infrastructure certifiée HDS, conforme aux exigences françaises d’hébergement des données de santé et aux standards de sécurité.

  • Cancer en Europe : progression des cas, dépenses en forte hausse et pertes de chance évitables

    Le nombre de nouveaux cas de cancer a augmenté d’environ 30 % dans les pays de l’UE depuis 2000, pour atteindre 2,7 millions de diagnostics en 2024. Les projections anticipent 500 000 cas supplémentaires d’ici 2040, soit une hausse de 18 % par rapport à 2022.

    Cette dynamique concerne l’ensemble de la population, mais une progression marquée est observée chez les jeunes femmes : le taux d’incidence est passé de 144 à 167 pour 100 000 en vingt ans (+16 %), principalement pour les cancers du sein, de la thyroïde, le mélanome cutané et le cancer colorectal.

    Les causes varient selon les localisations : évolution des comportements reproductifs, amélioration du dépistage ou expositions précoces et alimentaires. Quel qu’en soit l’origine, ces diagnostics plus précoces impliquent des parcours de soins plus longs et une pression durable sur les systèmes de santé, ainsi que sur la situation sociale et professionnelle des patients.

    Des dépenses en forte progression sous contrainte budgétaire

    +59 % par habitant attendus d’ici 2050

    Les dépenses de santé liées au cancer ont doublé depuis 1995, passant de 54 à 120 milliards d’euros en 2023, soit 6,9 % de la dépense totale de santé. À horizon 2050, le vieillissement démographique pourrait entraîner une hausse de 59 % des dépenses de cancer par habitant, en termes réels, dans l’UE à 27. Dans un contexte de finances publiques contraintes, le rapport souligne la nécessité de concentrer les investissements sur des soins offrant un meilleur rapport entre coûts engagés et bénéfices pour les patients.

    Accès tardif et pratiques hétérogènes : des pertes de chance persistantes

    Cancer de la prostate : de 53 % à 81 % de diagnostics précoces selon les pays européens

    Les retards de diagnostic et de traitement restent fréquents. Malgré leur efficacité, les programmes de dépistage présentent une participation inégale selon les pays et les groupes sociaux. Entre 15 % et 40 % des cancers colorectaux sont encore diagnostiqués via les urgences, une situation associée à une mortalité nettement plus élevée : selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la mortalité à 30 jours après une chirurgie en urgence peut être jusqu’à sept fois supérieure à celle observée après une intervention programmée.

    À cela s’ajoutent des variations importantes de pratiques cliniques. La proportion de diagnostics précoces de cancer de la prostate chez les hommes de 75 ans et plus varie de 53 % aux Pays-Bas à 81 % au Luxembourg, traduisant des stratégies de dépistage très différentes. De même, le recours à la mastectomie partielle (moins invasive, avec des résultats de survie comparables) oscille de 79 % en Espagne à 50 % ou moins en Roumanie et en Pologne.

    Le rapport pointe également la valeur thérapeutique limitée d’une partie de l’innovation pharmaceutique : quatre médicaments anticancéreux sur dix approuvés par l’Agence européenne des médicaments ces 25 dernières années présentent un bénéfice clinique ajouté négatif ou incertain par rapport aux traitements existants.

    Des parcours encore peu centrés sur les personnes

    Les données issues de l’enquête PARIS de l’OCDE montrent que les personnes vivant avec un cancer déclarent un état de santé physique, un bien-être et un fonctionnement social plus dégradés que les autres patients de soins primaires. Seul un tiers estime que sa prise en charge est fortement centrée sur ses besoins. Le manque d’intégration des données, la coordination insuffisante des soins et la faible coproduction avec les patients expliquent en partie ces résultats. Sur le plan socio-économique, un diagnostic de cancer réduit en moyenne de 14 % la probabilité d’être en emploi.

    Quatre orientations pour accroître la valeur des soins oncologiques

    Le rapport identifie quatre axes d’action communs aux pays de l’UE :

    Parcours intégrés et accès coordonné : La structuration de parcours reliant diagnostic, traitement et suivi permet de réduire les délais et d’améliorer les résultats. Les expériences danoises et suédoises montrent l’intérêt de circuits de référence définis, d’objectifs de délais et d’équipes pluridisciplinaires, appuyés par des outils numériques et une coordination régionale.

    Standards fondés sur les preuves et suivi de la performance : Des dispositifs d’accréditation, des seuils d’activité minimale et le suivi de l’adhésion aux recommandations cliniques contribuent à homogénéiser la qualité des soins. L’intégration d’indicateurs rapportés par les patients et de plateformes de données en temps réel renforce la transparence et l’amélioration continue.

    Optimisation des ressources et innovation ciblée : Le dépistage stratifié selon le risque, le développement de la chirurgie ambulatoire, l’usage accru des biosimilaires ou le traitement à domicile figurent parmi les leviers identifiés. Les initiatives cliniques visant à réduire les soins à faible valeur, ainsi que certaines technologies (IA d’aide au dépistage, diagnostics moléculaires, chirurgie assistée) peuvent améliorer l’allocation des ressources.

    Prise en compte des dimensions sociales et économiques : Plans de soins personnalisés, soutien à l’autogestion et suivi coordonné répondent aux attentes des patients. Le rapport souligne aussi l’importance de dispositifs juridiques comme le « droit à l’oubli », adopté dans un tiers des pays de l’UE, pour limiter les discriminations et favoriser la réinsertion sociale et professionnelle.

    Face à la progression continue du cancer et aux contraintes de capacité, le rapport conclut à la nécessité de politiques orientées vers des soins plus rapides, fondés sur les preuves et attentifs aux préférences des personnes.

    Delivering High Value Cancer Care – European Cancer Inequalities Registry Analytical Report

     

  • Certification, indicateurs, satisfaction des patients : ce que révèlent les évaluations 2025 de la HAS

    La Haute Autorité de santé évalue la qualité des soins dans les hôpitaux et cliniques à partir de deux leviers :

    • La certification des établissements.
    • Et les indicateurs de qualité et de sécurité des soins (IQSS).

    Les résultats sont rendus publics via la plateforme Qualiscope, accessible aux professionnels comme aux usagers.

    Certification : un niveau jugé satisfaisant pour neuf établissements sur dix

    Au 31 décembre 2025, 2 144 décisions de certification avaient été publiées dans le cadre du 5ᵉ cycle engagé en 2021. Selon la HAS, 90,5 % des établissements présentent une prise en charge conforme aux exigences définies par le référentiel. Parmi eux, 23,8 % ont obtenu la mention « haute qualité des soins ».

    À l’inverse, près de 10 % des établissements restent en difficulté : 5,7 % sont certifiés sous conditions et 3,7 % ne sont pas certifiés, soit 80 structures, un niveau inédit en volume mais stable en proportion. Tous feront l’objet d’une nouvelle visite dans un délai de six à vingt-quatre mois. Des disparités régionales persistent.

    En psychiatrie, des résultats en retrait par rapport à la moyenne nationale

    Parmi les établissements disposant d’une activité de psychiatrie, 89 % sont certifiés, dont 18,4 % avec mention. Ces résultats restent inférieurs à la moyenne nationale. Les données mettent en évidence des progrès en psychiatrie ambulatoire, mais aussi des difficultés récurrentes : gestion des épisodes de violence, encadrement de l’isolement et de la contention, prise en charge somatique et urgences vitales. Ces fragilités expliquent une partie des écarts observés.

    Lancé en septembre 2025, le 6ᵉ cycle de certification s’inscrit dans la continuité du précédent, en renforçant certaines priorités : sécurité du médicament, périnatalité, maîtrise des risques liés au numérique et à l’intelligence artificielle, pertinence des prescriptions d’antibiotiques, urgences non programmées et psychiatrie.

    Les premières décisions, encore limitées en nombre, font apparaître des résultats légèrement inférieurs à ceux du 5ᵉ cycle, notamment sur les dimensions relatives au patient et à l’organisation de l’établissement. La HAS l’explique par le relèvement des exigences et par le temps d’appropriation nécessaire à un nouveau référentiel.

    Indicateurs 2025 : une satisfaction des patients en progression

    Les résultats des IQSS confirment une progression de l’expérience et de la satisfaction des patients, mesurées via l’enquête e-Satis. En 2025, plus de 6,5 millions de patients ont été sollicités et 1,45 million ont répondu. Les notes moyennes atteignent 80,1/100 en chirurgie ambulatoire, 77/100 en soins médicaux et de réadaptation et 75,2/100 pour les séjours de plus de 48 heures en MCO. La part des établissements classés A ou B progresse dans l’ensemble des secteurs. Les commentaires soulignent majoritairement la qualité des relations humaines, tandis que les critiques portent sur les délais d’attente ou l’implication des patients en psychiatrie.

    Prévention des infections : seuls 29 % des établissements atteignent un niveau satisfaisant pour l’hygiène des mains

    La prévention des infections associées aux soins demeure un point de vigilance. Seuls 29 % des établissements atteignent un niveau jugé satisfaisant pour l’hygiène des mains. La couverture vaccinale antigrippale des soignants reste limitée à 20 %, loin de l’objectif de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé. À l’inverse, les indicateurs liés à l’antibiothérapie montrent des résultats plus favorables, avec 84 % des prescriptions respectant une durée maximale de sept jours pour certaines infections respiratoires basses.

    Dans son éditorial, le président de la HAS, Lionel Collet, insiste sur l’intérêt de rendre ces résultats accessibles afin de renforcer l’information des usagers et d’offrir aux professionnels un repère pour ajuster leurs pratiques. La HAS rappelle également que les établissements en difficulté peuvent bénéficier d’un accompagnement des agences régionales de santé et des structures d’appui nationales et régionales.

  • 40 % des dirigeants reconnaissent avoir partagé des données d’entreprise avec une IA dont ils ne maîtrisaient pas la fiabilité (Baromètre confiance VivaTech 2026)

    À travers ces résultats, le Baromètre 2026 met en évidence un paysage contrasté : une confiance élevée dans les technologies et des investissements soutenus, mais aussi des tensions autour de la souveraineté, de la sécurité et de la maîtrise des usages, en particulier pour l’IA

    Présenté ce 3 février à Paris, le Baromètre de la confiance des dirigeants dans la Tech publié par VivaTech et réalisé par OpinionWay atteint un score de 89/100, en hausse de deux points par rapport à 2025. L’enquête a été conduite auprès de dirigeants d’entreprises en France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Pays-Bas et États-Unis. La perception du rôle des technologies dans la compétitivité progresse : 88 % des dirigeants estiment qu’elle s’est améliorée au cours des douze derniers mois. L’intelligence artificielle concentre cette dynamique, puisque 89 % des répondants déclarent lui faire confiance pour orienter des décisions stratégiques de leur entreprise.

    États-Unis et Royaume-Uni érigent la nationalité du fournisseur en prérequis

    Au moment d’adopter un nouvel outil technologique, 92 % des dirigeants privilégient un partenaire de même nationalité, et 47 % en font un critère jugé indispensable. Cette exigence est particulièrement marquée aux États-Unis et au Royaume-Uni, où 57 % des dirigeants estiment la nationalité du fournisseur incontournable.

    À l’inverse, la majorité des dirigeants de l’Union européenne considère ce critère comme un « plus » plutôt qu’une obligation, à l’exception des Pays-Bas, où les deux dimensions sont placées sur un pied d’égalité.
    Dans ce contexte, 63 % des dirigeants se disent préoccupés par la perte de souveraineté que peuvent accompagner les progrès technologiques.

    Pour François Bitouzet, cette divergence révèle « deux visions de la souveraineté », l’une assumée, l’autre contrainte, dans un contexte géopolitique fragmenté.

    L’origine géographique des solutions influence fortement la confiance accordée aux technologies (86 %). Près d’un dirigeant sur deux cite son propre pays parmi les zones de confiance prioritaires.

    Les États-Unis affichent une forte confiance dans leurs solutions nationales (51 %) et nord-américaines au sens large (62 %). En Europe continentale, 43 % des dirigeants privilégient les solutions européennes, une proportion qui atteint 63 % en France.
    Le Royaume-Uni se distingue par une position intermédiaire : 56 % de confiance dans ses propres solutions et 53 % dans celles de l’Europe. La confiance est d’abord associée à des enjeux de sécurité (57 %), devant l’innovation (50 %) et la performance opérationnelle (49 %).

    Les dirigeants misent sur l’IA tout en exposant leurs données

    Si l’IA bénéficie d’un haut niveau de confiance, les pratiques déclarées révèlent des zones de risque. Quatre dirigeants sur dix reconnaissent avoir déjà partagé des informations d’entreprise avec un outil d’IA qu’ils ne jugeaient pas totalement fiable.

    Cette proportion reste stable quels que soient le pays, la taille de l’entreprise ou le secteur. Elle met en lumière un décalage entre l’adoption rapide des outils et la mise en place de cadres d’usage, de gouvernance et de sensibilisation des équipes. Par ailleurs, 83 % des dirigeants se disent confiants dans une trajectoire d’investissement maîtrisée dans l’IA, tandis que seuls 17 % craignent une bulle spéculative. Les dirigeants français se montrent plus réservés, avec 30 % exprimant cette inquiétude.
    Sur l’emploi, 92 % estiment que l’intégration de l’IA ne remettra pas en cause les effectifs à court terme.

    Les dirigeants placent la cybersécurité et l’IA en tête de leurs priorités d’investissement

    La cybersécurité demeure le premier domaine d’investissement technologique : 82 % des dirigeants déclarent y avoir déjà investi, devant l’IA (76 %). En France, les investissements sont comparables en cybersécurité (81 %) et en 5G (71 %), mais plus modérés en IA (65 %) et dans le cloud (49 %).

    Les perspectives confirment cette hiérarchie : 87 % des dirigeants prévoient d’augmenter leurs investissements en IA au cours des douze prochains mois, dont 53 % fortement. La cybersécurité suit avec 77 %, dont 42 % fortement.
    L’automatisation robotisée des processus et le quantum computing apparaissent également comme des relais d’investissement pour soutenir les stratégies IA.

    *Baromètre de la confiance VivaTech 2026 : Un paradoxe révélateur des tensions entre adoption technologique, souveraineté et cybersécurité dans un contexte géopolitique fragmenté. Troisième édition du baromètre de la confiance des dirigeants dans la Tech VivaTech (OpinionWay).

  • FDA : un programme pilote pour accélérer l’implantation d’usines pharmaceutiques aux États-Unis

    Un dispositif aligné sur les priorités industrielles américaines

    La Food and Drug Administration a commencé à accepter les demandes de participation à son programme pilote PreCheck, destiné à faciliter et accélérer la création d’usines pharmaceutiques aux États-Unis. L’agence prévoit de sélectionner dès cette année un premier groupe d’établissements, en fonction de leur contribution aux « priorités nationales ».

    Parmi ces priorités figure la réduction de la dépendance américaine aux médicaments finis importés ainsi qu’aux matières premières pharmaceutiques, notamment les principes actifs. Les critères de sélection incluent le type de produits fabriqués, l’état d’avancement des projets industriels, le calendrier de mise à disposition des médicaments pour le marché américain et le recours à des innovations dans la conception et le développement des sites.

    Une procédure d’approbation en deux temps

    Annoncé à l’été dernier, PreCheck introduit une approche en deux phases pour l’autorisation des nouveaux sites de production.

    • La première prévoit des retours plus rapides de la FDA sur les étapes amont, telles que la conception, la construction et les activités de préproduction.
    • La seconde repose sur une accélération de l’examen des sections « chimie, fabrication et contrôles » (CMC) des dossiers réglementaires, avec des échanges plus fréquents entre les entreprises et l’agence.

    Selon la FDA, cette organisation vise à réduire l’incertitude réglementaire lors des phases les plus coûteuses des projets industriels. Dans un communiqué, le commissaire de la FDA, Marty Makary, a inscrit PreCheck dans un mouvement plus large de relocalisation industrielle. Il a déclaré que, après plusieurs décennies de délocalisation de la production pharmaceutique, l’agence entendait désormais favoriser un retour des capacités de fabrication aux États-Unis afin de renforcer la résilience et la compétitivité du secteur.

    Ce programme intervient dans un contexte d’annonces d’investissements importants de la part de l’industrie pharmaceutique. Plusieurs groupes ont engagé des projets représentant des dizaines de milliards de dollars aux États-Unis, dans un climat marqué par les menaces de droits de douane sur les médicaments produits à l’étranger formulées par le président Donald Trump.

    Le laboratoire Eli Lilly a récemment annoncé l’implantation de sa quatrième nouvelle usine sur le territoire américain, dans le cadre d’un plan d’investissement total de 27 milliards de dollars.

    PreCheck s’ajoute à d’autres mesures mises en place par les autorités américaines, comme l’examen accéléré des médicaments génériques testés et fabriqués dans des installations nationales ou encore un système de bons prioritaires permettant de réduire fortement les délais d’évaluation de certains médicaments jugés stratégiques.

    Des analystes estiment que ce programme pourrait bénéficier particulièrement aux petites entreprises pharmaceutiques, plus exposées aux risques financiers liés à la construction de sites industriels. En réduisant l’incertitude réglementaire et en compensant une moindre capacité interne en affaires réglementaires, PreCheck pourrait abaisser une partie des barrières à l’entrée pour ces acteurs lorsqu’ils investissent dans des capacités de production aux États-Unis.

  • Économie de la donnée : la CNIL fixe huit chantiers d’analyse pour 2026-2028, et veut mesurer l’impact économique de ses décisions

    Après une phase de préfiguration en 2022, la CNIL s’est dotée, début 2023, d’un service dédié à l’analyse économique des sujets liés aux données personnelles et à leur régulation. L’objectif est double : approfondir la compréhension des modèles économiques reposant sur les données et mieux apprécier l’impact économique des décisions de l’autorité. Cette mission produit des études d’impact, des analyses sectorielles et des travaux quantitatifs destinés à éclairer les positions de la CNIL, qu’il s’agisse de recommandations, de lignes directrices ou de décisions individuelles. Elle contribue également à l’évaluation ex post de certaines actions de l’institution.

    Par ses travaux, l’équipe économique soutient l’ensemble des services de la CNIL et favorise la coopération avec d’autres régulateurs, en particulier sur les sujets à l’interface entre protection des données, innovation et concurrence. Elle intervient aussi dans le débat public sur l’économie de la donnée, en lien avec les écosystèmes professionnels et la recherche académique.

    Plusieurs thèmes ont déjà été abordés : l’impact économique de l’entrée en vigueur du RGPD, la contribution des autorités de protection des données à la sécurité juridique ou encore les effets de la régulation sur le développement de l’intelligence artificielle. La démarche repose sur un postulat central : une meilleure information et un contrôle accru des individus sur leurs données renforcent la confiance dans l’économie numérique, condition de son développement.

    Les enseignements des travaux menés avant 2026

    Avant l’adoption du nouveau programme, la mission a travaillé sur plusieurs chantiers. Parmi eux figurent la régulation croisée entre données personnelles et concurrence, avec une contribution à la mission confiée à Bruno Lasserre dont les conclusions ont été rendues en novembre 2024, ainsi que l’analyse économique des montants de sanction, intégrant dissuasion, gravité des préjudices et bénéfices tirés des manquements. Les travaux ont aussi porté sur les modèles d’affaires respectueux de la vie privée, avec notamment une étude publiée en 2024 sur les alternatives à la publicité ciblée dominante, l’économie de la donnée dans les écosystèmes mobiles, ou encore le marché secondaire des données et les courtiers en données.

    La CNIL a également analysé les coûts et bénéfices du délégué à la protection des données pour les entreprises, sur la base d’une enquête statistique, ainsi que l’impact économique de la régulation de l’IA, en lien avec l’Autorité de la concurrence. S’agissant du RGPD, les travaux académiques mobilisés par la CNIL concluent notamment à un coût de mise en conformité réel mais surtout temporaire, à l’absence de preuve d’un impact négatif sur le chiffre d’affaires ou la profitabilité, et à l’existence d’effets positifs encore partiellement documentés pour les entreprises et le bien-être des personnes.

    Huit axes de travail pour 2026-2028

    Pour la période 2026-2028, la CNIL identifie huit sujets stratégiques, en cohérence avec son plan stratégique.

    Poursuivre les chantiers structurants

    • Concurrence, consommation et contestabilité : poursuite des travaux avec l’Autorité de la concurrence et au sein du CEPD, notamment dans le cadre du règlement sur les marchés numériques.
    • Études d’impact économiques du RGPD : approfondissement du dialogue avec les chercheurs pour mieux quantifier les bénéfices pour les entreprises et les personnes.
    • Économie des sanctions : intégration systématique d’analyses économiques chiffrées dans la détermination des montants.
    • Usages de l’IA : analyse de la chaîne de valeur de l’IA générative, des risques et bénéfices pour l’utilisateur final et du rôle de la confiance dans son déploiement.

    Explorer des sujets plus opérationnels

    • Valeur et prix des données personnelles : travaux sur la quantification de la valeur des données pour les personnes et sur la doctrine applicable aux modèles « consentir ou payer ».
    • Économie des entrepôts de données de santé : éclairage économique des décisions de la CNIL dans le contexte de l’entrée en vigueur du règlement sur l’espace européen des données de santé.

    Relier économie et action institutionnelle

    • Outils d’aide à la décision pour les investisseurs : développement, en concertation avec l’écosystème, d’outils simplifiés d’aide à la conformité RGPD à destination des startups.
    • Évaluation de la CNIL par ses publics : lancement d’une enquête annuelle sur l’efficacité de l’action de l’autorité et la satisfaction de ses différents publics.

    Avec ce programme, la CNIL entend inscrire durablement l’analyse économique au cœur de sa régulation, afin d’objectiver ses choix et d’en documenter les effets sur l’économie numérique et les acteurs concernés.

  • Synerg-ID : 4 millions d’euros sur 4 ans pour interconnecter les données françaises en maladies infectieuses

    Une réponse au cloisonnement des données épidémiologiques

    Un consortium public-privé structuré en association

    Les données mobilisables en maladies infectieuses restent aujourd’hui dispersées entre de multiples systèmes : bases cliniques, virologiques, épidémiologiques ou encore sources sociales et environnementales. Cette fragmentation limite la surveillance, la capacité d’anticipation des crises sanitaires et l’éclairage des décisions publiques. C’est à ce constat que répond Synerg-ID, initiative issue de plusieurs années de travaux collectifs, dont l’objectif est de rendre ces données interopérables et exploitables à l’échelle nationale.

    Synerg-ID prend la forme d’une association loi 1901 réunissant acteurs publics et privés. Elle s’appuie sur un comité scientifique composé notamment d’Élisabeth Botelho-Nevers, André Cabié, Fabrice Carrat, Simon Cauchemez, Slim Fourati, Xavier de Lamballerie ou encore Astrid Vabret. Le consortium rassemble également des partenaires industriels (AstraZeneca, Moderna, Sanofi, CSL Seqirus, SOFTWAY MEDICAL/Epiconcept company, Valneva France) et une équipe opérationnelle issue de structures spécialisées en données de santé et en innovation numérique. La présidence est assurée par intérim par Brigitte Autran, ancienne présidente du COVARS.

    Une collaboration avec le Health Data Hub

    Le projet est développé en lien direct avec la Health Data Hub. Cette collaboration doit permettre des appariements avec d’autres sources, dont la base principale du SNDS. L’infrastructure visée doit autoriser le croisement de données virologiques, cliniques, épidémiologiques, sociales et environnementales.

    Objectifs opérationnels et usages attendus

    Synerg-ID vise la mise à disposition de données actualisées, territorialisées et aussi complètes que possible pour :

    • améliorer la surveillance des maladies infectieuses ;
    • renforcer la préparation collective face aux crises sanitaires ;
    • évaluer les interventions de santé publique ;
    • appuyer la décision publique ;
    • favoriser l’innovation en santé.

    Le consortium se veut ouvert à l’ensemble des acteurs souhaitant contribuer à ces usages.

    Un financement dédié sur quatre ans

    L’initiative bénéficie d’un budget annoncé de 4 millions d’euros sur quatre ans. Ce financement doit soutenir le déploiement de l’infrastructure, l’animation de l’écosystème et la valorisation des données interconnectées. Avec Synerg-ID, les porteurs du projet entendent structurer durablement une filière nationale des données en maladies infectieuses, à l’interface entre recherche, santé publique et innovation numérique.

  • SERAFIN-PH : une transformation de l’offre soutenue par une réforme tarifaire

    La réforme SERAFIN-PH, inscrite au PLFSS 2026, concernera dans un premier temps les 4000 établissements et services sociaux et médicosociaux (ESSMS) accompagnant les enfants et jeunes adultes en situation de handicap. Elle a pour objet de faire du financement un levier pour accélérer la transformation de l’offre de services.

    Les principes de SERAFIN-PH :

    Les principes du financement par SERAFIN-PH (Services et Établissements : Réforme pour une Adéquation des FINancements au parcours des Personnes Handicapées) sont préfigurés dès la réflexion du rapport de Denis Piveteau de 2014, « Zéro sans solution », qui insiste sur l’autodétermination, « le pouvoir d’agir » des personnes en situation de handicap. Il préconise une organisation de l’accompagnement « centrée sur la personne et le parcours de vie ». Cela suppose de transformer les organisations de travail pour ne plus simplement proposer des « places mais des réponses ». Le rapport cite l’exemple des « communautés 360 » dans le champ du handicap, qui montrent que « la réponse ne dépend pas d’un seul intervenant mais nécessite de construire un réseau de professionnels partenaires appartenant à différents corps de métiers, différents axes d’intervention».

    Un rapport de l’IGAS de mars 2025, Handicap : comment transformer l’offre sociale et médico-sociale pour mieux répondre aux attentes des personnes ?, reprend cette orientation : « L’autodétermination ne peut se traduire dans les faits que si la structure qui accompagne est en capacité de proposer une offre modulaire, qui séquence plusieurs modes d’intervention professionnelle (hébergement, accueil de jour, intervention en milieu ordinaire) et adapte leur intensité dans le temps aux besoins et attente des personnes ». Selon les rapporteurs, cet objectif suppose de revenir sur des autorisations cloisonnées par les différentes catégories d’ESSMS, qui seront mises en extinction. La recomposition de l’offre suppose aussi de mobiliser des leviers financiers : « la réforme du financement, envisagée dans le cadre du projet SERAFIN-PH, doit converger avec les objectifs de la transformation ».

    Une dotation financière sur critères qualitatifs

    A l’avenir, les ESSMS recevront une dotation globale, fondée sur les caractéristiques de leur offre dans les domaines de l’hébergement, des services et des transports. Elle sera calculée en prenant en compte les besoins des enfants ou jeunes accueillis ou

    accompagnés, la souplesse de l’organisation et l’intensité de l’accompagnement. Il ne s’agira donc pas d’un financement à l’activité comme dans le secteur hospitalier.

    La réforme intègre également des dotations complémentaires, reposant sur six critères : la complexité des situations, la scolarisation en milieu ordinaire, les coopérations, l’appui au milieu ordinaire, l’autodétermination, l’usage du numérique (outils tels que le dossier de l’usager informatisé (DUI), l’aide à l’orientation personnalisée ViaTrajectoire, etc.).

    Il sera demandé aux ESSMS de se positionner par palier dans le processus de transformation, en s’autoévaluant. La progression de la qualité de leur mutation sera valorisée progressivement.

    Une mise en œuvre à partir du 1er janvier 2027

    Cette réforme, dont une expérimentation a été menée en 2022 dans 10 % des ESSMS, était initialement prévue pour être appliquée en 2024 mais ne sera mise en place très progressivement qu’à partir du 1er janvier 2027. La mise en œuvre complète de la réforme est prévue sur 8 ans pour permettre à chaque ESSMS d’adapter son organisation.

    • À l’automne 2026 : les ESSMS connaîtront leur dotation théorique et son évolution prévisible dans le cadre de la réforme.
    • De 2027 à 2030 : la réforme se mettra en place progressivement. La nouvelle organisation de la structure permettra de faire converger la dotation théorique et le financement antérieur. Des mesures nouvelles (360 M€, soit 90 M€ par an) viendront soutenir la démarche.
    • De 2030 à 2034 : la convergence financière produira pleinement ses effets.

    Cette réforme a vocation à remodeler en profondeur l’écosystème du secteur. Elle nécessite un accompagnement des structures, des professionnels et des usagers. Dès cette année, la CNSA et la DGCS seront très fortement mobilisées en appui de cette mise en œuvre, auprès des agences régionales de santé, des fédérations et des établissements.

    Rapport Denis Piveteau : « Zéro sans solution » : le devoir collectif de permettre un parcours de vie sans rupture, pour les personnes en situation de handicap et pour leurs proches (2014) : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_zero_sans_solution_.pdf

    Rapport Igas : Handicap : Comment transformer l’offre sociale et médico-sociale pour mieux répondre aux attentes des personnes (2025) : https://www.igas.gouv.fr/handicap-comment-transformer-loffre-sociale-et-medico-sociale-pour-mieux-repondre-aux-attentes-des-personnes