Nabil

  • Stratégie nationale du « bien vieillir » : une coordination multi-institutionnelle et locale

    Une mobilisation globale : publique et privée

    La stratégie du bien-vieillir est coordonnée par plusieurs institutions. Le ministère des Solidarités et des Familles, désormais devenue le ministère des Solidarités, de l’Autonomie et de l’Égalité entre les femmes et les hommes, et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), jouent un rôle en matière de financement et de gestion des services de santé et d’autonomie pour les personnes âgées. Depuis la création de la cinquième branche de la Sécurité sociale en 2020, la CNSA assure la gestion des ressources nécessaires pour financer les services médico-sociaux et favoriser le maintien à domicile.

    En complément, la Haute Autorité de Santé (HAS) assure l’élaboration des recommandations pour améliorer la qualité des soins destinés aux personnes âgées. Les Agences Régionales de Santé (ARS) sont responsables de l’application des politiques du bien-vieillir au niveau local.

    Côté privé, des acteurs se sont aussi emparés du sujet, à l’instar du secteur des assurances. Des produits d’assurance et de prévoyance sont développés spécifiquement pour répondre aux besoins des seniors en matière de dépendance et d’accompagnement financier. Le groupe de protection sociale AG2R La Mondiale a acquis en 2021 Aegide Domitys, résidence service senior, élargissant son impact dans le domaine du bien vieillir.

    Stratégie nationale du bien-vieillir : plus de 9 Français sur 10 souhaitent vieillir chez eux

    Présentée en novembre 2023, la stratégie nationale du bien-vieillir anticipe les défis liés au vieillissement croissant de la population en France. Elle vise à améliorer la qualité de vie des seniors, promouvoir l’autonomie, adapter les services publics, et renforcer la solidarité intergénérationnelle. Elle propose des actions concrètes autour de quatre axes : besoins des seniors, choix de vie, solidarités intergénérationnelles, et droits des citoyens âgés.

    • Le premier axe consiste à reconnaître la place des seniors dans la société et à prendre en compte leurs nouveaux besoins, que ce soit en matière de mobilité ou d’adaptation des territoires. Il s’agit de permettre aux personnes âgées de rester actives, tout en garantissant un accès simplifié aux services publics. La prévention repose notamment sur des campagnes de sensibilisation visant à encourager les pratiques favorables au vieillissement en bonne santé : activité physique, alimentation équilibrée, mais aussi dépistage précoce des maladies chroniques.
    • Le deuxième met l’accent sur la nécessité de donner le choix aux seniors de vieillir où ils le souhaitent. Cela se traduit par un soutien renforcé au maintien à domicile avec des services comme l’allocation “Ma Prime Adapt”, qui finance l’adaptation des logements pour prévenir la perte d’autonomie. Pour les personnes ne pouvant plus rester à domicile, la diversification de l’offre d’hébergement (résidences autonomie, accueil familial, etc.) permet de proposer des solutions adaptées aux différents besoins.
    • Le troisième, quant à lui, se concentre sur les solidarités intergénérationnelles. La transmission et le lien social entre les générations sont essentiels pour lutter contre l’isolement des personnes âgées. Le développement de programmes de mentorat entre seniors et jeunes, ainsi que la mise en place de jumelages entre établissements scolaires et EHPAD, renforcent ces solidarités.
    • Enfin, le quatrième axe concerne la garantie des droits et de la participation des personnes âgées dans la société. Vieillir ne doit pas conduire à une perte de droits ni à une invisibilité sociale. Cette stratégie met l’accent sur le maintien de la dignité des seniors en assurant un accès aux soins de qualité, une prévention active contre la maltraitance, et une inclusion dans les activités culturelles et sportives.

    Politique publique, prévention, perte d’autonomie : de nombreuses avancées depuis 4 ans.

    Un ensemble de mesures a été déployé pour prévenir la perte d’autonomie chez les personnes âgées en France, avec des investissements et des politiques publiques renforcées sur plusieurs points, comme l’indemnisation du congé proche aidant, qui bénéficie à 13 000 personnes, ou encore la rénovation des établissements médico-sociaux.

    • Création de la cinquième branche de la Sécurité sociale (2020) pour couvrir le risque de la perte d’autonomie;
    • Le renforcement du virage domiciliaire
      Pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées, un budget de plus de 1 milliard d’euros a été mobilisé. Ce financement permet la création de services autonomie à domicile (SAD), offrant un guichet unique pour coordonner les soins et l’aide à domicile. En parallèle, 4 000 places supplémentaires de services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ont été créées.
    • 21 milliards d’euros investis en 2023 : dont 75 millions d’euros pour le secteur médico-social et 2 milliards pour la rénovation, la transformation numérique et les équipements paramédicaux
    • Lancement du programme ICOPE de l’OMS
      Ce programme a été mis en place pour retarder la dépendance des personnes âgées en identifiant précocement les signes de fragilité. Il s’appuie sur une détection des facteurs de risque et une intervention précoce, permettant de préserver l’autonomie des seniors le plus longtemps possible.
    • Création de 4000 places de services de soins infirmiers à domicile.
    • Plan antichute des personnes âgées
      Ce programme a pour objectif de réduire d’ici 2024 le nombre de chutes graves ou mortelles chez les personnes de 65 ans et plus. Il inclut des actions de sensibilisation, des conseils pratiques pour sécuriser les habitations, ainsi que des interventions médicales et paramédicales pour prévenir les chutes.
    • Déploiement des centres de ressources territoriaux (CRT)
      Ces centres ont été créés pour offrir un accompagnement renforcé aux personnes âgées vivant à domicile, en particulier dans les zones rurales ou mal desservies par les services médico-sociaux. Les CRT apportent une alternative à l’entrée en établissement, en facilitant l’accès à des soins à domicile.

    Le financement de la stratégie : la loi du 8 avril 2024.

    La mise en œuvre de cette stratégie est soutenue par des mesures financières importantes. La loi du 8 avril 2024 sur le bien vieillir a pour objectif de répondre aux défis liés à la perte d’autonomie, à la lutte contre l’isolement, et à améliorer les conditions de vie des personnes en situation de vulnérabilité.

    Le budget exact alloué dans la loi du 8 avril 2024 n’est pas spécifié de manière définitive. Il est prévu que des financements trisannuels soient alloués. Ces financements seront décidés par des conférences départementales sur l’autonomie, qui évalueront les besoins locaux et coordonneront les services publics compétents pour les personnes âgées. La loi prévoit aussi une loi de programmation pluriannuelle qui doit être adoptée d’ici la fin de 2024 pour garantir une trajectoire financière sur cinq ans. Celle-ci devrait assurer un financement stable.

    La loi porte sur quatre axes :

    • Prévention de la perte d’autonomie : La loi met en place une politique nationale de prévention, coordonnée par une conférence nationale de l’autonomie tous les trois ans, pour définir les grandes orientations.
    • Lutte contre la maltraitance : Elle prévoit des mesures renforcées pour prévenir et signaler les maltraitances envers les personnes âgées, avec un suivi par des instances locales et des procédures spécifiques.
    • Soutien aux aidants et professionnels : La loi cherche à faciliter le travail des aides à domicile et à renforcer la formation des professionnels du secteur, en soutenant des dispositifs de validation des acquis de l’expérience (VAE) et en encourageant l’amélioration des conditions de travail.
    • Amélioration de l’habitat et des services : Elle prévoit de rendre l’habitat plus inclusif et adapté aux besoins des seniors, tout en garantissant un meilleur accès aux services publics de l’autonomie, pilotés là aussi par les départements.

    2 milliards d’euros d’investissement, une partie pour le numérique

    Les technologies du numérique en santé jouent un rôle dans le déploiement de la stratégie nationale du bien vieillir, et incluent plusieurs initiatives pour accompagner les populations. L’État annonce un investissement de 2 milliards d’euros pour la “rénovation, la transformation et l’équipement”, dont le numérique. Les objectifs sont les suivants :

    • Accélérer la mise en accessibilité des sites internet : Un renforcement de l’obligation pour les sites internet d’être accessibles aux personnes âgées et handicapées, sous peine de sanctions.
    • Déployer des conseillers numériques : Des conseillers numériques seront déployés dans les territoires comme les Maisons France Services, notamment pour accompagner les personnes âgées éloignées du numérique, afin de les former à son utilisation entre 2023 et 2027.
    • Utilisation des services numériques pour la mobilité : Un service numérique national sera créé pour faciliter la gestion des cartes mobilité inclusion, avec une référence spécifique aux véhicules des bénéficiaires.
    • Transition numérique dans les établissements pour personnes âgées : La stratégie inclut des projets d’équipement numérique dans les établissements pour personnes âgées, en installant des systèmes de gestion électroniques des dossiers médicaux, visant à améliorer l’accompagnement et la modernisation des infrastructures.
    • Soutien aux dispositifs médicaux numériques : Le programme France 2030 soutiendra le développement de dispositifs médicaux numériques innovants comme les bracelets connectés qui surveillent en continu les signes vitaux des seniors à domicile, particulièrement ceux dédiés à la prévention de la perte d’autonomie chez les seniors.

     

  • Services à la personnes et santé : les 2 créneaux majeurs des acteurs privés

    Silver économie : un marché estimé à 130 milliards d’euros en France pour 2030 (France Silver Eco)

    Ce secteur, qui englobe des domaines comme la santé, les services à la personne, l’habitat ou encore l’assurance, attire de plus en plus d’entreprises privées, conscientes du potentiel offert par une population vieillissante et des besoins croissants en termes de soins, d’accompagnement et d’adaptation du cadre de vie. Selon une étude de Bpifrance, 58 % des entreprises du secteur estiment que leur chiffre d’affaires lié au marché des seniors va augmenter au cours des prochaines années. Le secteur de la santé et du bien-être des seniors attire également de plus en plus d’investissements financiers. En 2022, environ 800 000 personnes en France utilisaient un dispositif de téléassistance, marquant une augmentation de 15 % par rapport à 2020.

    Services à la personne : 1 senior sur 5 est aidé régulièrement

    C’est le segment le plus dynamique. En 2022, les services à domicile liés à l’assistance des personnes âgées (SAAD) ont généré près de 22 milliards d’euros, et ce chiffre continue de croître avec l’augmentation du vieillissement de la population. Les grands acteurs incluent Oui Care et DomusVi, qui dominent ce marché en expansion. La base de données NOVA recense 62 253 entreprises positionnées sur les services à la personne. Parmi celles-ci, 88 % sont des entreprises privées, 10 % des associations et 2 % des établissements publics.

    Santé et assistance médicale

    En 2023, ce marché représentait plusieurs milliards d’euros, soutenu par une demande croissante liée à l’incapacité des maisons de retraite à répondre à la totalité des besoins des personnes en perte d’autonomie. Des entreprises telles que Bluelinea et SeniorAdom se sont spécialisées dans ces services pour seniors. Les offres comprennent les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et les hospitalisations à domicile (HAD). L’axe 1 de la stratégie nationale du bien vieillir est “prendre en compte de nouveaux besoins et reconnaitre la place des seniors”.

    Assurances santé et dépendance

    Avec l’augmentation de la longévité, les risques de dépendance ou de perte d’autonomie deviennent des préoccupations majeures pour les Français âgés. Les produits d’assurance liés au vieillissement, tels que l’assurance dépendance et l’assurance obsèques, représentent environ 15 % du marché de la silver économie. Des acteurs comme AG2R La Mondiale ou Malakoff Humanis proposent des offres adaptées aux besoins spécifiques des seniors, y compris des solutions pour couvrir la perte d’autonomie.

    En 2021, plus de 6 millions de personnes en France étaient couvertes par une assurance dépendance, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2018. Malakoff Humanis a lancé en 2022 des programmes de prévention spécifiques pour les seniors, incluant des bilans de santé réguliers et des services de téléconsultation. En 2022, 80 % des adhérents de plus de 60 ans ont participé à ces programmes. MGEN a mis en place des programmes de prévention pour ses adhérents seniors, incluant des bilans de santé et des services de téléassistance. En 2023, 70 % des adhérents âgés de plus de 60 ans avaient bénéficié de ces bilans.

    Résidences seniors : 94 % des Français veulent vieillir à leur domicile

    Ces résidences sont conçues pour offrir un cadre de vie sécurisé et adapté aux personnes âgées autonomes ou semi-autonomes, avec des services intégrés tels que la restauration, le ménage et l’accompagnement médical. Ces établissements sont attractifs pour les seniors qui souhaitent éviter une entrée prématurée en maison de retraite médicalisée, souvent perçue comme une perte d’indépendance. Domitys a ouvert 30 nouvelles résidences en 2022 et prévoit une croissance annuelle de 10 % jusqu’en 2025. En 2023, l’entreprise gère plus de 150 résidences en France. Pour rappel, “donner le choix de vieillir où l’on souhaite” est l’axe 2 de la stratégie nationale du bien vieillir.

    Le SYNERPA : Une charte d’engagement en faveur de l’éthique et de la transparence pour accompagner les personnes âgées

    L’affaire Orpea sensibilisé l’opinion publique et les parties prenantes à l’importance d’améliorer les pratiques liées au bien vieillir. Le SYNERPA (Syndicat national des maisons de retraite privées) et les acteurs privés du Grand Âge ont lancé en janvier 2023 une charte d’engagements visant à améliorer l’accompagnement des personnes âgées et à restaurer la confiance du public. Cette initiative concerne plusieurs structures, comme les services d’aide à domicile, les résidences services seniors et les EHPAD. La charte est structurée autour de trois axes majeurs :

    • Mesurer et améliorer la qualité des pratiques : Des indicateurs seront mis en place pour évaluer la qualité des soins, des services et du travail au sein des établissements. Par exemple, 100 % des établissements devront évaluer la qualité de vie des résidents et des employés, et former 10 000 salariés d’ici 2025.
    • Renforcer la gouvernance participative : Cela implique une plus grande implication des résidents, des familles et des équipes dans les décisions des établissements, avec un comité dédié à cette participation. Chaque établissement devra également définir une “raison d’être” humaine et sociétale.
    • Favoriser l’innovation et la transition écologique : La charte encourage les projets de recherche, la création d’un prix annuel pour l’innovation et la mise en place d’actions concrètes pour réduire l’empreinte carbone du secteur d’ici 2030.

    Cartographie : quelques acteurs privés dans le secteur du bien vieillir – un environnement complexe

    Le marché de la silver économie est vaste. Bien qu’il présente un fort potentiel de croissance, notamment grâce à la demande des générations issues du baby-boom, il demeure diversifié, complexe et difficile à cerner. Les besoins des usagers sont variés, ce qui rend difficile l’homogénéisation de l’offre. Cela entraîne des réponses spécifiques en matière de solutions techniques et commerciales. Les entreprises tendent à se spécialiser sur certains créneaux, ce qui limite leur expansion, augmente les coûts et rend difficile la création d’un modèle économique “scalable”. Ces activités dépendent aussi largement des financements publics et des enjeux liés à la valorisation des métiers, ce qui fragilise leurs modèles économiques. Par ailleurs, ces offres sont parfois financièrement inaccessibles pour une partie de la population, limitant ainsi l’acquisition de nouveaux clients.

  • Réduction de 33 % du nombre d’hospitalisations d’urgence : le bilan prometteur du virage territorial de la santé

    Adapter l’organisation du système de santé aux enjeux locaux

    Le système de soins français fait face à deux défis : le développement et la prise en charge des pathologies chroniques, ainsi que le vieillissement de la population. Les pathologies chroniques concernent près de 25 millions de personnes et représentent 62 % des 158 milliards d’euros dépensés par l’Assurance maladie. En France, les plus de 60 ans représentent 26 % de la population. En 2040, ce sera 33 %, avec la question de la dépendance. Malgré des investissements importants (13 % du PIB), des dysfonctionnements persistent, à commencer par l’aspect hétérogène des soins, dont la qualité varie en fonction de la zone géographique des Français, mais aussi l’amélioration de la coordination entre les professionnels de santé et les établissements de soins (hôpital – ville).

    C’est dans ce contexte que la Fédération hospitalière de France a publié le livre blanc « Tous responsables de notre santé », dans lequel elle développe le concept de « responsabilité populationnelle ». Une approche collective qui intègre la dimension territoriale dans l’utilisation des ressources et la compréhension des contextes sanitaires.

    Un virage vers la territorialisation

    La responsabilité populationnelle redéfinit la manière dont les soins de santé sont organisés en France, avec un virage vers la territorialisation. Ce modèle repose sur une mobilisation des acteurs locaux – professionnels de santé, hôpitaux, collectivités – pour mieux répondre aux besoins de chaque région. L’objectif est de créer des parcours de soins sur mesure, adaptés aux réalités et aux profils épidémiologiques locaux.

     

    En Europe : réduction de 25 % des hospitalisations

    Le programme allemand Gesundes Kinzigtal est un exemple marquant de responsabilité populationnelle. Il a permis de réduire les dépenses de santé de 7 % tout en augmentant l’espérance de vie sans incapacité de 1,4 an. Ce modèle repose sur une coordination entre tous les acteurs de santé d’un territoire pour offrir une prise en charge personnalisée et proactive des patients, particulièrement dans la prévention des pathologies chroniques comme le diabète et les maladies cardiaques. En Espagne, la région du Pays basque a réorganisé son système de santé autour de 13 organisations de santé intégrées (OSI), axées sur la gestion des pathologies chroniques et le vieillissement. Cette approche a conduit à une réduction de 25 % des hospitalisations évitables, tout en améliorant l’accès aux soins de proximité et la coordination entre les professionnels de santé locaux.

    En France : le Douaisis et la Haute-Saône

    Dans plusieurs régions de France, la territorialisation des soins a montré ses atouts. Des territoires pionniers comme la Haute-Saône ou le Douaisis ont mis en place des modèles de santé intégrés, où la collaboration entre les différents acteurs de santé est centrale. En Haute-Saône, par exemple, la territorialisation s’est traduite par une coordination étroite entre médecins, infirmiers, pharmaciens et hôpitaux, permettant un suivi personnalisé des patients atteints de diabète. Dans le Douaisis, des actions de dépistage du diabète et de l’hypertension ont été déployées directement au cœur des quartiers, grâce à des réseaux de professionnels de santé et des citoyens ambassadeurs. Cette approche permet d’amener les soins directement aux personnes, de réduire les inégalités d’accès, notamment en zones rurales ou dans des quartiers moins bien desservis, et de renforcer la prévention.

    Carte des cinq territoires pionniers

    Haute-Saône : la durée moyenne de séjour aux urgences des patients diabétiques y est 50 % inférieure à la moyenne nationale

    Les résultats de cette responsabilité populationnelle sont visibles. En seulement 18 mois, les territoires pionniers ont réduit de 33 % le nombre d’hospitalisations d’urgence pour des complications liées au diabète de type 2. En Haute-Saône, les séjours hospitaliers pour les patients diabétiques ont diminué de moitié, tandis que le recours aux soins ambulatoires a progressé de 20 % par rapport à la moyenne nationale. Non seulement ces initiatives améliorent la qualité de la prise en charge des patients, mais elles permettent également une meilleure gestion des ressources, en évitant des hospitalisations longues et coûteuses. Ces premiers succès montrent que cette approche territoriale est un levier pour rendre le système de santé plus efficient.

     

     

    Le numérique pour fluidifier les parcours

    Grâce à des systèmes d’information partagés, les professionnels de santé, qu’ils soient en ville ou à l’hôpital, peuvent suivre en temps réel les patients et leurs parcours de soins. Par exemple, dans des territoires comme la Haute-Saône ou le Douaisis, des plateformes numériques permettent aux médecins généralistes, infirmiers et spécialistes de partager des informations clés, réduisant ainsi les délais de prise en charge et évitant les redondances de soins. Ce recours au numérique intègre la téléconsultation et la télésurveillance. La télé-expertise a réduit les consultations en urgence en favorisant des diagnostics précoces et en permettant une meilleure anticipation des complications. Les parcours de santé, tracés numériquement, sont plus fluides et cohérents, et facilitent la gestion des patients en ville comme à l’hôpital. Au Danemark, le télé-suivi des patients souffrant de maladies chroniques comme l’insuffisance cardiaque a permis une réduction des hospitalisations de 11 %.

     

     

  • IA : 43 % des dispositifs médicaux approuvés par la FDA ne sont pas entraînés sur des données réelles de patients

    Une étude pour améliorer la confiance et la perception de l’IA

    Les cas d’usage de l’intelligence artificielle en santé sont nombreux : optimisation des traitements, identification des biomarqueurs, rédaction automatique de comptes rendus médicaux. Malgré ces avantages, le manque de compréhension et les biais potentiels suscitent parfois la méfiance pour les patientes et les soignants.

    En mai 2024, la Commission Européenne a créé le Bureau de l’IA, un organe de contrôle chargé d’assurer le respect de la réglementation et de la sécurité, tout en renforçant la confiance du public envers les technologies d’intelligence artificielle. 87 % des Français ne se sentent pas suffisamment informés sur l’IA et craignent ses effets négatifs (rapport Villani). Bien que les Français soient enthousiastes à l’idée d’améliorer le système de soins, 3/4 restent méfiants. Côté professionnels de santé, 58,7 % déclarent avoir confiance, et près d’un soignant sur deux intègre régulièrement l’IA dans ses pratiques (baromètre 2024 Pulselife).

    Face à l’émergence des usages de l’intelligence artificielle en santé, une équipe de chercheurs américains (UNC School of Medicine, Université de Duke, Ally Bank, Oxford University, Université de Colombie et Université de Miami) a évalué comment les dispositifs (approuvés par la FDA) qui utilisent l’IA en santé entrainent et intègrent les données dans leurs systèmes.  L’étude vise indirectement à renforcer la confiance du public. Le résultat est que presque la moitié des dispositifs médicaux approuvés par la FDA ne sont pas entraînés sur des données réelles de patients.

    43 % des dispositifs manquent de données réelles

    Depuis 2016, les autorisations de dispositifs médicaux basés sur l’IA par la FDA sont passées de 2 à 69. Ces technologies, principalement utilisées pour assister les médecins en imagerie radiologique, analyse de lames pathologiques, dosage de médicaments ou prédiction de l’évolution des maladies, doivent prouver leur efficacité non seulement avec des données d’entraînement, mais aussi en produisant des résultats précis sur de nouveaux cas.

    Chouffani El Fassi, Henderson et leur équipe ont mené cette étude en analysant plus de 500 dispositifs enregistrés dans la base de données officielle de la FDA dédiée à l’IA et à l’apprentissage automatique (IA/ML). Parmi les 521 dispositifs autorisés, 144 ont été validés rétrospectivement, 148 prospectivement et 22 via des essais contrôlés randomisés. Fait préoccupant, environ 43 % de ces dispositifs (226 au total) manquaient de données de validation clinique publiées. Certains utilisaient même des “images fantômes”, générées par ordinateur et non issues de patients réels, ce qui les excluait techniquement des exigences de validation clinique.

    Recommandation : préciser les méthodes de validation

    Les méthodes de validation, qu’elles soient rétrospectives, prospectives ou via des essais contrôlés randomisés, garantissent la fiabilité de ces dispositifs. La validation rétrospective teste les dispositifs sur des données historiques, tandis que la validation prospective, plus robuste, utilise des données en temps réel. Cette dernière méthode est jugée plus réaliste, car elle intègre des variables absentes lors de l’entraînement initial de l’IA. Les essais contrôlés randomisés sont aussi pertinents dans le cadre la validation clinique, car ils permettent une comparaison rigoureuse entre groupes expérimentaux et témoins, en isolant l’effet thérapeutique du dispositif.

    L’étude conclut donc que la distinction entre ces différentes méthodes de validation doit être clairement mentionnée dans les recommandations de la FDA et des fabricants. Une telle transparence est nécessaire pour garantir la crédibilité des dispositifs approuvés. Chouffani El Fassi insiste sur l’importance de renforcer la validation clinique de ces technologies et de rendre accessibles les résultats au public. Il espère que ces conclusions encourageront les chercheurs et les universités à intensifier les études de validation clinique, afin d’améliorer la sécurité et l’efficacité des dispositifs basés sur l’IA.

    “Nous espérons que notre publication incitera les chercheurs et les universités du monde entier à mener des études de validation clinique sur l’IA médicale afin d’améliorer la sécurité et l’efficacité de ces technologies.  déclare Chouffani El Fassi. Les résultats de cette étude ont été publiés dans Nature Medicine.

     

  • Chirurgie orthopédique : réduire les listes d’attente grâce à l’IA (Ecosse)

    Orthopédie : un marché en croissance

    En France, l’orthopédie représente 7,1 % des séjours en hospitalisation. Le marché mondial de l’orthopédie est en croissance. Malgré les contraintes réglementaires fortes (FDA, marquage CE) – qui font référence au scandale des prothèses PIP – les prévisions pour 2024 tablent sur une augmentation de 7,6 % par rapport à 2023, en cause, le vieillissement de la population, la prévalence de la traumatologie urbaine et de loisirs, l’obésité, etc. La population est de plus en plus susceptible de souffrir de pathologies articulaires, osseuses et musculaires. D’après François Bopp, président et co-fondateur de United Orthopedic, les nouvelles technologies ont « toute leur place dans le domaine de l’orthopédie ». C’est le cas pour la robotique, mais aussi l’intelligence artificielle, qui permet notamment d’identifier le traitement le plus adéquat pour le patient.

    Réduire le temps d’attente pour une arthroplastie de la hanche

    Une nouvelle étude menée par l’Université d’Aberdeen, en Écosse, propose une solution innovante pour accélérer les chirurgies de remplacement articulaire grâce à l’intelligence artificielle (IA). L’équipe, dirigée par le Dr Luke Farrow, a mis au point un outil capable de lire et d’analyser automatiquement les rapports de radiologie préopératoires, afin de prédire avec précision quels patients sont éligibles pour une arthroplastie, en particulier de la hanche. Publiée dans le Bone and Joint Journal, cette recherche s’inscrit dans le cadre du projet ARCHERY, qui vise à transformer les parcours de soins pour les patients ayant besoin de prothèses articulaires.

    L’étude utilise le traitement du langage naturel (NLP), en s’appuyant sur un modèle d’IA développé à partir de GatorTron, une technologie open source élaborée par l’Université de Floride et NVIDIA. Ce modèle, formé s ur plus de 82 milliards de mots issus de textes cliniques anonymisés, a été affiné et testé sur plus de 5 000 rapports de radiologie pour les remplacements de hanche (THA). Les résultats montrent une précision de 85 % pour la prédiction des candidats à la THA.

    Un modèle pas encore concluant pour l’arthroplastie du genou

    Les résultats sont plus mitigés pour les arthroplasties du genou (TKA). Sur plus de 7 000 rapports analysés, la précision tombe à 75,7 % avec une performance nettement moindre lors des validations externes. Les chercheurs reconnaissent que l’algorithme doit encore être ajusté pour mieux fonctionner dans des contextes cliniques variés.

    Le Dr Farrow souligne l’impact potentiel de cette IA pour le système de santé écossais, où les listes d’attente pour ces interventions sont longues. Cette technologie pourrait permettre de traiter plus rapidement les dossiers, en automatisant une partie du travail des radiologues, tout en réduisant les coûts et en améliorant l’efficacité des soins. Toutefois, avant une mise en œuvre à grande échelle, des ajustements sont encore nécessaires pour garantir la robustesse de l’outil dans différents établissements médicaux.

  • UK : L’Institut Tony Blair suggère de créer un dossier de santé numérique d’ici cinq ans

    Programme CIPHA, Manchester, Apple, s’inspirer des initiatives existantes

    L’institut Tony Blair pour le Changement Global, organisation à but non lucratif fondée en 2016 par l’ancien Premier ministre britannique, suggère de créer des dossiers de santé numériques (DSN) pour les citoyens britanniques. Selon le rapport publié en août 2024 (preparing the NHS for the AI era, a digital health record for every citizen), ces dossiers de santé centrés sur les patients seraient une étape pour préparer le NHS à l’ère de l’intelligence artificielle.

    Plusieurs initiatives de dossiers de santé électroniques sont mentionnées, telles que celles déployées à Manchester ou dans le cadre du programme CIPHA, qui relie les données de santé à travers 11 systèmes de soins intégrés. D’autres exemples incluent les initiatives de “Patients Know Best” et celles d’Apple, qui permettent aux patients de consulter leurs dossiers via leur smartphone.

    Une interopérabilité non appliquée aujourd’hui

    Le rapport critique la lenteur des avancées dans le domaine des plateformes de données fédérées, qui ne permettent pas encore un contrôle direct des données par les patients. Il recommande la création d’une unité dédiée au sein du ministère de la Santé et des Affaires sociales (DHSC), avec pour objectif de rendre opérationnelles un minimum de fonctionnalités des DSN dans un délai de deux ans et de développer un dossier complet d’ici cinq ans.

    Le rapport suggère que le gouvernement adopte des mesures législatives similaires au “21st Century Cures Act” des États-Unis, imposant l’interopérabilité des systèmes de santé. Le rapport souligne que, bien que les API ouvertes et les normes d’interopérabilité soient couramment exigées dans les contrats des fournisseurs du NHS, elles sont rarement appliquées faute d’un cadre législatif contraignant.

    Le document propose de nouvelles lois pour clarifier la propriété des données et obliger à l’interopérabilité.

    Commercialiser les données de santé pour financer la transition vers l’IA

    Lors d’une conférence en juillet 2024, le secrétaire d’État à la Santé, Wes Streeting, a affirmé que le Royaume-Uni deviendrait un acteur majeur dans les sciences de la vie et les technologies médicales. En outre, l’institut Tony Blair avait précédemment proposé que le NHS crée un partenariat public-privé pour commercialiser les données médicales anonymisées, afin de soutenir le développement de nouveaux traitements et technologies dans le domaine de la biotechnologie et de l’IA.

  • Maladies chroniques, santé mentale des jeunes, santé des femmes… Les priorités nationales en matière de prévention

    Renforcer la prévention : un constat partagé

    En juillet 2024, le rapport Charges et produits 2025 de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) annonce un déficit de l’Assurance maladie estimé à 11,4 milliards d’euros pour 2024. Maîtriser les dépenses tout en optimisant la qualité des soins est la ligne globale préconisée par ce document. Outre les mesures d’économies, la Cnam recommande d’intensifier les efforts sur la prévention pour limiter les coûts de santé.

    La stratégie nationale de santé 2023-2033 met aussi l’accent sur la prévention. Le rapport cite : « notre système de santé et sa soutenabilité sont désormais mis en grande difficulté. Orienté sur le soin et non sur la prévention, cette structuration génère même de manière continue… plus de situations de soins complexes. » Le texte met en première place les défis auxquels le système de santé français est confronté : « permettre à tous nos concitoyens de vivre plus longtemps en bonne santé, par la prévention, la promotion de la santé et l’accompagnement à tous les âges de la vie. »

    Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) propose, dans sa note de cadrage pour la Stratégie nationale de santé (SNS) 2023-2033, quatre objectifs stratégiques et douze propositions sur 10 ans, notamment le renforcement des déterminants environnementaux, une démarche “one health”, mais aussi une politique de prévention basée sur l’approche populationnelle et territoriale.

    Objectifs et recommandations établis par le HCSP pour la stratégie nationale de santé 2023-2033 - @ HCSP
    Objectifs et recommandations établis par le HCSP pour la stratégie nationale de santé 2023-2033 – @ HCSP

    Quelques indicateurs rassurants, mais de nombreux défis :

    Depuis l’an dernier, un tableau de bord de 17 indicateurs permet à l’Assurance maladie de mesurer les actions de prévention. En 2022, on note +1,3 point sur la participation au dépistage du cancer du sein, une amélioration de la couverture vaccinale HPV (+4,1 points) ou encore une baisse de 0,7 point du nombre de fumeurs quotidiens (de plus de 15 ans), qui s’établit à 24,8 %.

    Cependant, avec 100 000 décès annuels (considérés comme évitables en agissant sur des déterminants de santé comme le tabagisme, l’alcoolisme et la sédentarité), 24 millions de patients qui souffrent de maladies chroniques, des risques environnementaux et le vieillissement de la population, l’intensification des efforts autour de la prévention semble, plus que jamais, nécessaire.

    Les priorités de l’Assurance maladie :

    La Cnam propose une approche populationnelle autour de quatre publics spécifiques : les jeunes et la santé mentale, les femmes et le cancer du sein, de l’utérus et l’endométriose, et les patients atteints de maladies chroniques, notamment cardio-vasculaires.

    • Santé mentale des jeunes : La santé mentale des jeunes est préoccupante compte tenu des dégradations observées ces dernières années. Le rapport souligne une hausse des troubles anxieux et dépressifs chez les adolescents. 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque notable de dépression, particulièrement chez les jeunes filles. Pour y répondre, le rapport propose de renforcer les programmes de prévention en santé mentale, notamment en sensibilisant les professionnels de santé et en intégrant des initiatives spécifiques dans les établissements scolaires. Il recommande également d’améliorer la formation des médecins généralistes pour mieux dépister et prendre en charge les troubles mentaux chez les jeunes. Un des objectifs est de former 300 000 secouristes en santé mentale d’ici 2030.
    • Santé des femmes : Le rapport 2025 de la Cnam met en avant des initiatives clés en matière de santé des femmes, notamment la prévention des maladies cardiovasculaires chez les femmes ménopausées. Il propose d’intégrer le dépistage systématique des risques cardiovasculaires dans les consultations de routine, en renforçant la sensibilisation des professionnels de santé. Pour l’endométriose, qui touche 2 à 10 % des femmes en âge de procréer, la Cnam préconise l’évaluation de l’efficacité de l’Endotest en vue de sa généralisation. Concernant les cancers, le rapport souligne la nécessité de renforcer les programmes de dépistage pour le cancer du sein, colorectal et du col de l’utérus, en améliorant l’accès aux kits de dépistage et en déployant des “mammobus” dans les zones rurales. Il propose aussi un suivi proactif des patients à risque élevé de cancer, en collaboration avec le ministère de la Santé et l’Inca.
    • Santé cardiovasculaire : En matière de maladies cardiovasculaires, la Cnam insiste sur l’importance d’une approche globale, intégrant la prévention en amont, notamment par la promotion et l’ouverture du remboursement de l’activité physique adaptée, dont l’efficacité est cliniquement prouvée. Le rapport souligne également la nécessité de dépister systématiquement les facteurs de risque associés, afin de prévenir les complications et d’améliorer la prise en charge des patients à long terme.
    • Personnes âgées : Le rapport aborde également la santé des personnes âgées, avec des mesures pour réduire la polymédication et prévenir la perte d’autonomie. La mise en place d’un dispositif de prévention précoce de la dépendance est l’une des actions phares pour cette tranche de la population particulièrement vulnérable.

    La prévention dès le plus jeune âge, et tout au long du parcours de soins :

    Prévention des maladies chroniques, comportements addictifs, santé environnementale, la stratégie nationale de santé (SNS) 2023-2024 met la prévention au cœur de ses recommandations. Le gouvernement mise sur la promotion de la santé dès le plus jeune âge, avec des interventions ciblées dans les écoles pour adopter de bonnes habitudes de vie, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, lutte contre le harcèlement, contre le tabagisme. Objectif : une “première génération sans tabac”, ramener à moins de 5 % le tabagisme chez les jeunes de 17 ans.

    “Les écoles ont un rôle important à jouer dans la prévention et la promotion de la santé. Lieu de vie et d’apprentissage pour les enfants et les jeunes, elles constituent un lieu privilégié de détection et peuvent influencer leur développement physique, mental et social”, cite le document.

    De l’école à l’Ehpad, du bien vieillir au parcours de soins des maladies chroniques, en passant par la gestion des risques professionnels, la stratégie nationale de santé intègre les nombreuses dimensions de la prévention. Elle propose de maintenir les efforts d’information et de sensibilisation auprès du grand public, d’impliquer l’ensemble des acteurs sociaux et d’adopter une stratégie territoriale, basée sur les régions, leurs ressources et leur connaissance de l’environnement.

    Inégalités de prévention : un écart de 20 points dans le dépistage du cancer du sein selon le niveau socio-économique

    Les inégalités en termes de santé et de prévention restent un défi en France. Ces inégalités se manifestent par des différences d’accès aux soins, à l’information et aux services de prévention, souvent influencées par des facteurs socio-économiques, géographiques et culturels. Les populations les plus défavorisées, vivant notamment dans des territoires isolés ou en difficulté, sont plus touchées. Elles bénéficient moins des programmes de prévention, comme les dépistages réguliers ou la vaccination, et sont plus exposées à des comportements à risque, tels que le tabagisme ou la mauvaise alimentation. Pour réduire ces disparités, la Stratégie nationale de santé 2023-2033 met l’accent sur des actions ciblées visant à améliorer l’accès à la prévention dans les zones les plus vulnérables, en renforçant les infrastructures de santé et en développant des initiatives locales adaptées aux besoins spécifiques de ces populations. Les objectifs ciblés sont, par exemple : réduire de moitié les écarts d’espérance de vie entre les plus aisés et les plus modestes. Ou bien, d’ici 5 ans, faire progresser de plus de 30 % la part de fruits et légumes dans l’alimentation.

    Le numérique comme levier d’accélération de la prévention

    La santé numérique joue un rôle dans la prévention, offrant des outils qui améliorent l’accès à l’information, facilitent le suivi des patients et permettent une détection précoce des risques. D’après l’OMS, le numérique peut se révéler efficace pour les patients éloignés géographiquement des établissements de santé, mais aussi pour donner plus d’autonomie aux patients et obtenir leur adhésion, par exemple dans le cadre d’addictions stigmatisées. Promouvoir les outils qui fonctionnent déjà et développer de nouveaux dispositifs innovants font partie du plan.

    Le 28 août 2024, l’Agence de l’innovation en santé (AIS) a lancé une nouvelle stratégie nationale d’innovation en prévention, dotée d’un budget de 170 millions d’euros, visant à renforcer la prévention dans huit domaines de santé publique, incluant la santé mentale, les maladies chroniques et la perte d’autonomie. Structurée autour de trois axes (recherche, démonstration de la valeur et industrialisation), cette stratégie s’inscrit dans le cadre du plan Innovation Santé 2030. Elle vise à améliorer le système de santé en passant d’une approche curative à une approche préventive, avec un accent particulier sur l’efficacité des innovations et leur intégration dans le système de santé français. Un AAP a récemment été ouvert pour identifier et soutenir le développement de dispositifs innovants. Santé, recherche et industrie collaborent en faveur de la prévention.

    La Cnam préconise d’ailleurs d’élargir des dispositifs de prévention qui sont déjà appliqués et qui ont fait leurs preuves. C’est le cas d’une plateforme de prévention et de soins en orthophonie (PPSO). Ce dispositif vise à améliorer l’accès aux soins orthophoniques grâce à une plateforme de régulation téléphonique et à un site (allo-ortho.com) afin d’identifier la nécessité et le degré d’urgence d’un bilan orthophonique. Aujourd’hui appliqué dans six régions, la Cnam demande la généralisation de ce genre de dispositif, voire de s’en inspirer pour d’autres pathologies.

    L’État a la volonté d’intégrer le numérique en santé au service de la prévention. Un quiz interactif de prévention sera disponible dans Mon espace santé pour personnaliser les messages de prévention. Pour lutter contre la fracture numérique, l’État envisage de former 10 000 médiateurs aux enjeux du numérique en santé, ainsi que l’ouverture de Mon espace santé aux aidants. En France, 15 % des personnes sont en situation d’illectronisme.

    Pour aller plus loin :

    Le Think Tank Health&Tech a fêté 2 ans de travaux sur la Prévention et le numérique, le 12 septembre à Parisanté Campus. Le Pr Didier Lepelletier, président du HCSP, et le Dr Lise Alter, directrice générale de l’AIS, ont fait voix commune pour appeler à une volonté politique incarnée et une coordination nationale des financements des actions de prévention soutenues et accélérées par le numérique. Vous pouvez consulter l’article consacré à cette rencontre sur ce lien : AIS et HCSP appellent à une ambition politique coordonnée de financement des actions soutenues par le numérique.

     

  • IA : 300 millions d’échantillons audios de toux analysés (Salcit et Google)

    Le problème des “millions manquants”

    Dans le monde, 1,3 million de personnes sont mortes de la tuberculose en 2022. D’après l’OMS, 3 millions de nouveaux cas restent inconnus des services de santé, notamment dans des pays comme la Chine, le Nigeria ou l’Inde. Les “millions manquants” est le terme utilisé par les experts pour les qualifier. Le 24 mars 2014, le professeur Guy Marks (président de l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies du poumon) alertait le monde médical sur le fait que “la stratégie actuelle … ne procure pas les résultats que nous espérons”. En cause, les carences de dépistage.

    L’IA et la bioacoustique pour les diagnostics précoces

    Les sons produits par le corps humain sont des source d’information. La bioacoustique, couplée avec l’intelligence artificielle, améliore la précision des diagnostics médicaux des maladies respiratoires. L’usage de cette technologie s’intensifie depuis quelques années. En 2022, EKO a obtenu une approbation de la FDA pour son algorithme de détection des souffles cardiaques. TytoCare et Canary Speech, en partenariat avec Microsoft, développent des solutions basées sur l’analyse des sons et des voix, avec un potentiel pour les soins à distance et la gestion des maladies chroniques. Ces innovations illustrent une tendance dans le domaine de la santé : l’IA acoustique devient un outil pour améliorer le diagnostic précoce et réduire les coûts liés à des maladies graves, comme la tuberculose.

    Améliorer la détection de la tuberculose à travers les toux

    Salcit Technologies, une société indienne spécialisée dans la santé respiratoire, s’est associée à Google Research pour développer un dispositif d’intelligence artificielle, le “Health Acoustic Representations” (HeAR). Leur objectif est d’améliorer la détection précoce de la tuberculose en Inde d’ici 2030 à travers l’analyse des sons de toux. Salcit intègre cette technologie dans sa plateforme existante, Swaasa, qui utilise l’IA bioacoustique pour diagnostiquer des maladies respiratoires.  HeAR apprend à discerner des schémas dans les sons liés à la respiration, créant ainsi une base pertinente pour l’analyse médicale des sons. L’avantage de ce dispositif est que la base de données d’entraînement n’a pas besoin d’être trop grande pour reconnaître la nature des sons. Selon Google Research, HeAR a été formé sur 300 millions d’échantillons audio anonymisés, dont 100 millions de sons de toux, permettant déjà au modèle de détecter des schémas acoustiques associés à des problèmes de santé.

    HeAR fournit une base robuste pour l’analyse médicale des sons. Salcit a montré comment l’apprentissage automatique, appliqué via Swaasa, permet de faciliter la détection des maladies, tout en améliorant l’accessibilité des soins de santé, particulièrement en milieu rural. En parallèle, Google Research bénéficie du soutien de l’initiative des Nations Unies “Stop TB Partnership” qui vise à éradiquer la tuberculose d’ici 2030. HeAR est perçu comme un outil prometteur pour le dépistage large, abordable et non-intrusif, favorisant l’accès aux soins pour les populations les plus démunies.

     

  • Institut Curie : 10 millions d’euros d’investissement dans les technologies de pointe

    Que « la génération qui va naître ne connaisse plus de cancers incurables »

    Le 25 mai 2024, le Pr Alain Puisieux a pris ses fonctions de président du Directoire de l’Institut Curie, succédant au Pr Thierry Philip qui occupait ce poste depuis 2013. L’occasion pour l’ensemble du directoire de présenter ses ambitions pour les années futures en matière de lutte contre le cancer : le plan Curie 2030.

    En introduction de la conférence du 12 septembre intitulée : “un monde où les cancers incurables appartiendront au passé”, le Pr Alain Puisieux explique que le cancer a été, est, et restera une pathologie avec laquelle le monde vivra. Éradiquer le cancer est donc impossible. Mieux le comprendre, le prévenir et le soigner l’est bien plus. C’est bien la distinction, et l’objectif de la feuille de route de l’Institut Curie : éradiquer les cancers, incurables.

    De grands progrès malgré des moyens limités

    Les moyens alloués à la recherche contre le cancer sont insuffisants. La France se situe à la 14e place mondiale en matière de recherche fondamentale. L’OMS place la France, en 2022, à la 12e place en termes d’innovation. 17 % seulement des fonds vont vers la recherche en biologie. Or, c’est un des leviers essentiels à l’émergence de nouveaux traitements, comme l’impact de la protonthérapie, une méthode avancée de radiothérapie de précision contre les cellules cancéreuses. L’Institut Curie est le 4e centre mondial prodiguer cette technique.

    Malgré des moyens insuffisants, la recherche contre le cancer avance. Aujourd’hui, 65 % des cancers sont guéris, contre moins de 50 % dans les années 70. Ces “progrès remarquables” sont le fruit des avancées médicales, technologiques et biologiques. Un projet en cours vise à rassembler des chimistes et des biologistes au sein d’une même structure (Pôle Chemical Biology).

    Pour “faire mieux”, le Pr Alain Puisieux insiste sur la recherche fondamentale. La nécessité de comprendre, sans nécessairement avoir une application en tête dès le départ. De nombreux médicaments contre le cancer sont issus de la recherche fondamentale. Il illustre ses propos avec l’exemple de la protonthérapie, fruit de 10 années de recherche fondamentale et qui aujourd’hui offre des perspectives de traitements. 40 % des cancers sont évitables, ce qui fait de la prévention un levier essentiel pour lutter contre le cancer.

    Patients et traitements : un accompagnement global personnalisé

    L’Institut Curie place le patient au centre de son dispositif. Face à la complexité croissante des traitements, il assure une prise en charge coordonnée entre les acteurs, établissements de santé et les patients. L’institut intègre l’avis des patients et de leurs proches dans les réflexions sur les soins et la recherche, notamment à travers des programmes de sciences participatives et intégratives pour renforcer les échanges entre chercheurs et citoyens. Prédire la réponse à un traitement est l’un des éléments clés de la thérapie. L’objectif est aussi de maintenir les efforts sur la recherche des biomarqueurs.

    IA : l’Institut Curie investit pour prédire les risques et identifier les biomarqueurs

    Quelle sera la prochaine innovation marquante en matière de lutte contre le cancer ? Difficile à prédire selon le Pr Puisieux. Ce dont il est persuadé en revanche est qu’il faut intensifier les efforts en cours :

    • “Remettre la science en culture” : investir dans la recherche fondamentale (notamment en biologie), grâce à des financements, notamment pour développer des thérapies innovantes. La générosité publique contribue au tiers du budget global.
    • Favoriser la pluridisciplinarité : rassembler toutes les sciences contre les cancers. Y compris les sciences humaines et sociales, la finance et le management afin de “penser la lutte dans toutes ses dimensions”.
    • Soutenir la prévention : un programme de prévention sera déployé, couvrant les origines des cancers, les rechutes mais aussi les effets secondaires des traitements.
    • Former : investir dans la “qualité des chercheurs”, développer des partenariats et ouvrir les connaissances à l’ensemble du monde médical.
    • S’ouvrir vers l’international : continuer d’accueillir des doctorants étrangers (près de la moitié aujourd’hui). Développer et maintenir des partenariats avec des établissements internationaux.

    L’Institut mise aussi sur l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer le diagnostic, identifier de nouvelles molécules, optimiser les combinaisons thérapeutiques, prédire les cancers et personnaliser les soins. L’intensité et la diversité des applications de l’IA en cancérologie font de cette technologie un atout essentiel, précise Eric Nicolas (docteur en sciences économiques et président de WiseStratEdge), membre du Directoire, qui préfère d’ailleurs le terme “d’intelligence augmentée”. Enfin, l’Institut Curie renforce ses investissements dans les technologies de pointe. Il prévoit 10 millions d’euros pour optimiser les plateformes d’imagerie et d’analyse des cellules afin de mieux caractériser les tumeurs. Le développement des outils théranostiques et des techniques de radiothérapie, notamment avec l’IRM Linac et la protonthérapie, vise une personnalisation des traitements.

    En 2023, on dénombre 433 136 nouveaux cas de cancer en France, ce qui représente sur une année 1200 cas par jour.

     

  • IA et hôpital : la Mayo Clinic, 1er en matière d’intégration et d’usage d’intelligence artificielle

    Brevets, acquisitions, partenariats, l’intégration de l’IA dans les hôpitaux américains

    L’usage de l’intelligence artificielle (IA) est devenu courant dans les établissements de santé américains. Gestion administrative, aide à la prise en charge des patients, outils chirurgicaux intelligents, les applications sont nombreuses, mais aussi difficiles à mettre en place. C’est dans ce contexte que CB Insights propose l’Hospital AI Readiness Index, une grille d’analyse pour mesurer le degré d’adoption et d’intégration de l’IA au sein des hôpitaux américains. L’index mesure plusieurs critères à travers deux prismes :

    • L’innovation, qui évalue la capacité d’un système à développer ou acquérir des technologies IA novatrices. Ce score est basé sur les données de CB Insights, incluant les brevets, les acquisitions et les activités de transactions. Il prend également en compte la présence d’un centre de recherche dédié à l’IA.
    • L’exécution, qui mesure la faculté d’intégrer ces innovations dans la pratique clinique quotidienne et les processus internes. Ce score est basé sur les données de CB Insights, incluant les relations d’affaires, les mentions dans les médias lors des lancements de produits, et les transcriptions des résultats financiers.

    Mayo Clinic en tête du classement

    La Mayo Clinic se distingue comme l’hôpital le plus préparé à adopter l’IA, notamment grâce à ses efforts d’innovation. L’institution a investi dans de nombreuses startups d’IA. En 2023, Mayo a participé à un tour de table pour Abridge, une startup spécialisée dans la transcription des conversations entre patients et médecins via l’IA générative. D’autres systèmes de santé, tels qu’Intermountain Health et la Cleveland Clinic, occupent également les premières places du classement. Intermountain a développé en interne une plateforme de support décisionnel clinique en temps réel, tandis que la Cleveland Clinic s’est illustrée par ses multiples partenariats axés sur l’IA, notamment avec PathAI pour l’amélioration des soins en oncologie.

    Plus de 50 brevets pour Mayo Clinic

    La Mayo Clinic a déposé plus de 50 brevets dans des domaines cruciaux comme la santé cardiovasculaire et l’oncologie. En 2022, la Mayo Clinic a obtenu un brevet pour un système capable de prédire les AVC grâce à l’analyse des données d’électrocardiogrammes à l’aide de l’IA. La Cleveland Clinic, de son côté, a développé un système de support décisionnel utilisant le machine learning pour individualiser les doses de radiothérapie, améliorant ainsi l’efficacité des traitements contre le cancer.

    Si l’innovation est essentielle, la capacité à intégrer ces technologies au sein des pratiques quotidiennes l’est tout autant. Plusieurs systèmes de santé se sont distingués par leur approche proactive. En 2024, la Mayo Clinic a collaboré avec Techcyte pour développer une plateforme d’IA dédiée à la pathologie. De son côté, Banner Health a travaillé avec Regard pour automatiser des tâches administratives, telles que la prise de notes et la revue de dossiers, soulageant ainsi les cliniciens. Enfin, quatre des systèmes de santé figurant dans ce classement ont déjà lancé des produits alimentés par l’IA. Intermountain Health a récemment mis en place une plateforme de support décisionnel clinique en temps réel, tandis que CommonSpirit Health a dévoilé un assistant IA interne, Insightli, capable de générer du contenu écrit.