Retard, non-respect de la posologie, automédication et polymédication : des risques importants
La iatrogénie médicamenteuse est responsable de plus de 10 000 décès chaque année, dont 7 500 chez les plus de 65 ans. C’est une population particulièrement concernée par les prises multiples de médicaments, entraînant mécaniquement un risque plus élevé d’incident lié à un mauvais usage.
D’après un sondage réalisé par Opinion Way pour Notre Temps (2023), 28 % des sondés prennent leurs médicaments en retard. 10 % ne suivent volontairement pas leur traitement, voire l’arrêtent ou modifient les doses sans en discuter avec leur médecin. En cause, des effets indésirables qu’ils veulent éviter, des traitements différents délivrés par plusieurs médecins (56 % des patients ont des ordonnances prescrites par deux médecins différents), mais aussi la prise de médicaments de “confort” comme des antalgiques, sans ordonnance. Un mélange non sans risques, qui fait l’objet de nombreuses sensibilisations auprès du grand public.

Des bilans qui existent, et qui restent à harmoniser
La iatrogénie est un des quatre facteurs d’hospitalisation évitables. Pour ce faire, la Haute Autorité de Santé délivrera d’ici le premier trimestre 2025 un référentiel unique : “bilan médicamenteux partagé” pour lutter contre la iatrogénie médicamenteuse. Ce travail ne part pas de zéro, la HAS avait déjà publié des rapports sur la conciliation médicamenteuse sous forme de guide pour les professionnels de santé. Par ailleurs, deux bilans existent aujourd’hui :
- Bilan partagé de médication (BPM) : réalisé en officine, destiné principalement aux personnes âgées polymédiquées (plus de 65 ans avec au moins 5 médicaments). Ce bilan passe par un recueil d’informations, une analyse du pharmacien, puis des entretiens réguliers d’observation.
- Conciliation des traitements médicamenteux (CTM) : effectuée à l’hôpital à l’entrée ou à la sortie d’une hospitalisation, visant à assurer une continuité dans la prise en charge médicamenteuse du patient.
Ces deux bilans ont le même objectif ; à savoir sécuriser la prise des traitements et éviter les erreurs. Pour autant, ils sont hétérogènes et non conformes en matière d’interopérabilité. Les établissements de santé peuvent créer des documents différents. Le partage entre hôpital et ville de ces informations est ainsi plus difficile.
Un cadre unique et interopérable
La tâche est donc moins de créer un nouveau référentiel que d’adapter le travail déjà réalisé et de concevoir un document unique et facilement partageable entre l’hôpital et la ville. Une grande partie de la méthodologie est similaire, et les saisines sont les mêmes. Les enjeux sont l’harmonisation des informations et l’interopérabilité qui permettra un “bilan unique” dans les systèmes d’information numériques comme “Mon espace santé” ou le DMP.
En France, une hospitalisation sur 40 est causée par un “événement indésirable grave associé aux soins” (EIGS).


