Un sujet qui intéresse les chercheurs et les industriels
La réutilisation des données de santé pour d’autres fins que la prise en charge des patients est devenue un enjeu majeur à l’ère du numérique. Pourtant le Forum économique mondial a déclaré que 97% des données de santé produites n’étaient pas réutilisées que ce soit pour la recherche, la mise en place d’innovations ou de politiques. C’est dans ce contexte que des chercheurs et industriels (37 experts en tout) se sont réunis au Einstein Center Digital Future de Berlin en novembre 2023 et ont débattu des possibilités offertes par ces données pour améliorer les systèmes de santé et proposer des innovations. Les points essentiels de cette conférence ont été repris dans le rapport “Creating value from the secondary use of health data : international examples, Best practices, and opportunities to Scale” publié dans le Communications of the Association for Information Systems (CAIS) Journal en septembre 2024.
L’importance de la qualité des données
La qualité des données est l’un des sujets abordés lors de cette conférence et les points de vue des experts universitaires et industriels convergent. Les deux perspectives s’accordent sur l’importance d’une approche multidimensionnelle de la qualité des données, reconnaissant qu’il ne suffit pas d’évaluer uniquement les aspects techniques. Une bonne collaboration entre experts métiers et techniques est essentielle pour évaluer pleinement la pertinence des données dans un contexte donné, qu’il s’agisse de recherche ou d’applications industrielles. Ainsi, les deux mondes se rejoignent sur l’idée que la qualité des données ne peut être séparée de leur finalité d’utilisation, et que des partenariats interdisciplinaires sont la clé pour maximiser leur potentiel dans le cadre d’une utilisation secondaire de celles-ci.
Pour Agnieszka Patecka, chercheuse spécialisée sur l’usage secondaire des données à l’European New School of Digital Studies, la qualité des données doit être comprise en fonction de leur “pertinence pour l’usage” : elle comprend une dimension technique, qui inclut des critères objectifs tels que l’exactitude et la complétude des données, et une dimension contextuelle qui concerne l’adéquation des données à un usage spécifique. Une vision que les industriels présents ont rejoint en indiquant que la création de valeur à partir des données de santé repose sur leur qualité ainsi que sur leur usage, et que ceux-ci doivent être assurés tout au long de la vie des données.
Les industriels et les chercheurs s’accordent sur l’idée que la qualité des données ne peut être séparée de leur finalité d’utilisation, et que des partenariats interdisciplinaires sont la clé pour maximiser leur potentiel
Des obstacles empêchant une utilisation secondaire à grande échelle
Si les experts ont conscience de l’importance de la réutilisation des données de santé dans le cadre de la recherche ou de la mise en place de politiques industrielles et publiques, de nombreux obstacles, comme l’interopérabilité, la qualité des données et les questions de protection de la vie privée, persistent et freinent une adoption plus globale. Lors de la conférence, ils ont pris l’exemple de l’Espace européen des données de santé (EHDS), qui est une initiative pionnière dans la question de l’usage secondaire des données de santé de manière transfrontalière, mais qui reste confrontée à une fragmentation du paysage numérique européen et aux défis liés à la normalisation des données.
Plusieurs initiatives internationales
La conférence a aussi été l’occasion de présenter plusieurs initiatives internationales portant sur l’usage secondaire des données de santé, notamment des initiatives états-uniennes, allemandes et danoises. Vivli est l’une des plateformes qui a été présentée : elle permet le partage de données de haute qualité issues d’essais cliniques afin que les chercheurs et les entreprises pharmaceutiques puissent les réutiliser après la publication des résultats. Avec des données provenant de 3,7 millions de patients au travers de 127 pays, elles ont permis la publication de 265 études dans le monde.
Les experts ont aussi mentionné le gouvernement du Danemark qui a su s’illustrer dans le domaine, notamment pour son avance dans l’utilisation des données des dossiers patients informatisés pour des recherches à l’échelle européenne sur l’intelligence artificielle (IA) et les modèles prédictifs. Ils ont toutefois noté que le déploiement de solutions n’est pas parfait à cause de difficultés liées à l’accès aux données et à l’interopérabilité.








