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  • Santé respiratoire : un déficit de télésurveillance alors que 350 000 patients pourraient en bénéficier

    Une mobilisation pour accélérer la transformation numérique

    Organisées à Paris Santé Campus, les premières assises du numérique en santé respiratoire ont réuni acteurs publics, professionnels de santé, start-up et industriels autour d’un objectif commun : structurer l’innovation numérique pour améliorer les parcours des patients souffrant de pathologies respiratoires. Le Pr Antoine Tesnière, directeur général de Paris Santé Campus, a rappelé l’importance d’un écosystème intégrant soin, recherche, enseignement, mais aussi ingénierie, science des données et éthique, pour accompagner cette transformation. Dr Frédéric Le Guillou, pneumologue et président de Santé Respiratoire France, a souligné la nécessité d’impliquer les patients dans le développement des outils numériques, à l’image du Respilab, living lab de co-construction, ou de RespirAgora, plateforme de lutte contre l’isolement. L’association participe également au projet Prédicair, une solution de télésurveillance prédictive des exacerbations de BPCO, portée par BioSerenity avec le soutien de Bpifrance et l’Agence de l’innovation en santé (AIS).

    Des innovations numériques centrées sur l’usage

    Deux dispositifs ont été présentés comme leviers concrets d’amélioration du suivi des patients. D’abord Joé, robot compagnon développé par Ludocare, accompagne les jeunes enfants asthmatiques dans la prise de leurs traitements, avec des rappels, instructions interactives et retours d’observance accessibles aux parents. Virginie V., mère de trois enfants asthmatiques, a décrit une autonomie acquise dès deux ans et demi et une baisse significative de la charge mentale parentale. Viatris, laboratoire pharmaceutique partenaire du projet, explique y voir une continuité naturelle de son rôle dans l’accompagnement thérapeutique. L’enjeu, selon Claire Portefait, est de faire reconnaître ces dispositifs comme des traitements à part entière, appelant à une structuration du remboursement adaptée aux spécificités des outils numériques.

    Autre exemple, Sitana, développé par Anamnès, plateforme de coordination territoriale utilisée par les CPTS pour mettre en œuvre des protocoles de dépistage et de suivi, notamment pour la BPCO ou la bronchiolite. Jérôme Bourreau, président d’Anamnès, insiste sur l’intérêt d’impliquer un large éventail de professionnels de santé (kinésithérapeutes, infirmiers, etc.) et sur l’intégration de solutions comme Medana, outil de digitalisation des parcours hospitaliers et d’éducation thérapeutique.

    Télésurveillance : un déploiement en retard

    Si l’usage du numérique progresse sur certains aspects, la télésurveillance respiratoire reste largement sous-utilisée. Fin 2024, seuls 400 patients en ont bénéficié selon le Dr Yann-Maël Le Douarin (DGOS), contre près de 25 000 en insuffisance cardiaque ou 15 000 en oncologie. Pourtant, 350 000 personnes seraient éligibles, selon Santé Respiratoire France. Le faible déploiement interroge alors que le cadre de prise en charge a été ouvert avec la création d’une liste des activités de télésurveillance en 2023. Corinne Colignon (HAS) rappelle que cette télésurveillance doit démontrer son intérêt, qu’il soit clinique, organisationnel ou de santé publique. Elle insiste aussi sur la nécessité d’apporter des données d’impact d’ici 2026, échéance prévue pour la réévaluation des modalités de remboursement.

    Une dynamique soutenue mais sous contrainte

    Les représentants de la DGOS, de la HAS et de l’AIS ont tous rappelé la nécessité d’une évaluation rigoureuse pour garantir l’efficience des dépenses publiques. Mais du côté des industriels, comme Viatris ou Anamnès, une frustration émerge : les preuves sont longues à construire, les dispositifs encore peu diffusés, et les processus d’évaluation parfois jugés inadaptés aux spécificités du numérique. Tous s’accordent néanmoins sur un point : sans données, pas d’avancée. Et ces données devront désormais être générées rapidement, sous peine de voir se refermer des opportunités d’innovation pourtant saluées par les patients, les professionnels et les institutions elles-mêmes.

  • France 2030 : 3,4 milliards d’euros déjà investis dans des projets liés à l’intelligence artificielle

    Trois ans après son lancement, le plan d’investissement France 2030 a déjà mobilisé 38 des 54 milliards d’euros prévus pour cinq ans. L’intelligence artificielle, levier stratégique pour la transformation du système de santé, a capté 3,4 milliards d’euros, soit 8,9 % des fonds engagés à ce jour.

    Des usages de l’IA orientés vers la santé

    Parmi les 7457 projets soutenus dans le cadre de France 2030, plusieurs mobilisent l’intelligence artificielle pour répondre à des besoins de santé. C’est le cas de l’entreprise Prophesee, lauréate dans le pilier des technologies numériques souveraines. Elle développe une rétine artificielle destinée à améliorer la robustesse et réduire la latence des capteurs d’image, notamment en environnement médical. Ce pilier, qui regroupe les projets visant à renforcer la souveraineté technologique dans le numérique, bénéficie d’un budget de près de deux milliards d’euros. Il comprend également des investissements dans des solutions de cybersécurité orientées vers la détection précoce d’anomalies dans les données, avec des applications potentielles dans les systèmes de santé connectés.

    Une dynamique renforcée par une nouvelle enveloppe

    Le 10 avril 2025, à l’occasion du Comité interministériel de l’innovation, le Premier ministre a annoncé une nouvelle enveloppe d’1,5 milliard d’euros pour des projets intégrant l’intelligence artificielle et les technologies numériques. Certains de ces projets concernent l’analyse de données ou le développement d’outils d’aide à l’orientation, mais des usages en santé sont également attendus, notamment via l’amélioration des traitements automatisés ou prédictifs des données patients. L’objectif est aussi de structurer l’écosystème français de l’IA, avec la formation de 100 000 diplômés.

    Le biomédical, un autre champ d’investissement

    Au-delà de l’intelligence artificielle, France 2030 soutient aussi directement des projets dans le domaine biomédical. Même si le détail des montants investis dans ce secteur n’est pas précisé, il fait partie des priorités identifiées aux côtés de l’industrie, du spatial ou de la mobilité électrique. L’ensemble des projets a permis le dépôt de 6103 brevets et la mobilisation de près de 197 000 emplois. Les PME, ETI et TPE représentent plus de la moitié des bénéficiaires (55 %), devant les grandes entreprises (17 %) et les acteurs publics de la recherche ou de l’enseignement supérieur (28 %).

  • Dispositifs médicaux : un nouvel index pour intégrer les critères RSE dans les achats

    Un outil standardisé pour pallier l’absence de cadre dans les achats hospitaliers

    Le Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (Snitem) et le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) ont dévoilé l’Index DM Durable, un outil de notation des dispositifs médicaux (DM) selon des critères environnementaux et sociaux. Destiné à structurer les pratiques d’achat, cet index vise à répondre à la diversité des critères RSE actuellement utilisés, notamment dans les marchés publics, et à accompagner la mise en œuvre des obligations de la loi Climat et Résilience.

    Six vulnérabilités évaluées par un référentiel partagé

    Fruit d’un travail collaboratif entre acheteurs, industriels et experts du développement durable, l’index attribue une note globale et des notes spécifiques selon six axes : émissions de gaz à effet de serre, consommation d’eau, gestion des déchets, conditions de travail, toxicité, inclusion et diversité. Des critères précis — tels que le type de matériaux, la présence de matières rares, le lieu de production ou encore les modes de transport — sont utilisés pour objectiver l’évaluation. La méthodologie, construite sous l’égide de l’Afnor, garantit un consensus entre les parties prenantes.

    La publication complète de la méthode est annoncée pour l’été 2025, avec un outil automatisé facilitant le calcul des scores pour les fabricants. Virginie Delay, présidente du groupe RSE du Snitem, souligne la volonté de mettre à disposition un cadre opérationnel partagé entre industriels et acheteurs pour renforcer la durabilité dans le secteur de la santé.

    Une démarche en continuité avec les engagements RSE du secteur

    L’initiative s’inscrit dans la continuité de la charte RSE du Snitem, signée par ses 610 entreprises adhérentes. Selon le baromètre RSE 2025 du syndicat, 78 % des entreprises du secteur déclarent avoir formalisé une stratégie en la matière. Le C2DS, de son côté, anime un réseau de 930 établissements sanitaires et médico-sociaux, qu’il accompagne dans leurs actions environnementales, notamment via le Club Pharma à l’origine de l’idée de cet outil.

  • Health Data Hub : l’hébergement des données de santé françaises à nouveau en question

    Un nouvel appel d’offres pour une relocalisation du cloud

    Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi 9 avril, Clara Chappaz, ministre déléguée au Numérique et à l’Intelligence artificielle, a annoncé le lancement imminent d’un nouvel appel d’offres visant à relocaliser l’hébergement du Health Data Hub (HDH). Depuis sa création en 2019, cette plateforme nationale rassemble les données de santé des assurés français à des fins de recherche. Actuellement, ces données sont stockées par le service cloud Azure de Microsoft.

    Un choix initial contesté dès l’origine

    Le recours à un acteur américain, bien que validé à l’époque, n’a jamais fait consensus. Plusieurs institutions et collectifs dénoncent depuis des années un risque d’ingérence lié au droit américain, en particulier au Cloud Act. Ce cadre juridique permet aux autorités américaines de réclamer l’accès à des données, même si elles sont stockées hors des États-Unis, dès lors qu’elles sont hébergées par une entreprise américaine. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) conditionne strictement l’usage du HDH. Elle refuse à ce jour de donner un feu vert global et ne l’autorise que pour des projets spécifiques et pour des durées limitées.

    Une pression croissante pour une solution souveraine

    L’hébergement des données stratégiques de santé reste un sujet sensible, notamment dans le contexte géopolitique actuel. Plusieurs acteurs, dont le collectif Interhop — composé de professionnels de santé et de chercheurs — appellent à une solution exclusivement hébergée en Europe, voire en France. Dans une tribune du 3 avril, le collectif souligne la nécessité de soumettre ces données uniquement au droit de l’Union européenne, évoquant une perte de confiance vis-à-vis des partenaires transatlantiques.

  • Données de santé : la CNIL a traité 619 demandes d’autorisation en 2024, en hausse de 20 %

    Une hausse du nombre de demandes, portée par les projets de recherche

    En 2024, la CNIL a reçu 619 demandes d’autorisation pour des traitements de données de santé, soit une augmentation de 20 % par rapport à l’année précédente. La majorité de ces demandes (472) concernaient la mise en œuvre de projets de recherche, contre 147 pour des traitements hors recherche. Cette tendance s’inscrit dans la continuité des efforts de la CNIL pour accompagner les acteurs du secteur dans la mise en conformité de leurs traitements.

    Des dossiers de meilleure qualité et moins de rejets

    Sur l’ensemble des demandes reçues, 397 ont donné lieu à une autorisation, soit 65 % du total. Trois demandes ont été refusées et 174 classées sans suite, un taux en baisse de 7 % par rapport à 2023. Cette diminution s’explique en partie par une amélioration de la qualité des dossiers : les demandeurs identifient désormais plus systématiquement les points de non-conformité avec les référentiels applicables. Les classements sans suite concernent principalement des dossiers incomplets ou des traitements ne nécessitant pas d’autorisation préalable, notamment lorsqu’ils respectent déjà un référentiel de la CNIL. Les rares refus portent essentiellement sur les garanties insuffisantes en matière de sécurité des données, comme la pseudonymisation ou le respect du principe de minimisation.

    Un accompagnement renforcé par la CNIL

    Pour améliorer la qualité des demandes, la CNIL a poursuivi en 2024 les actions engagées l’année précédente, notamment par la diffusion de fiches pratiques et l’organisation d’un webinaire. Elle a mis l’accent sur plusieurs axes : l’information des personnes concernées, la minimisation des données, l’encadrement des finalités interdites dans le cadre de l’utilisation du SNDS, la conformité des circuits d’appariement, ainsi que les modalités de pseudonymisation, d’anonymisation et de sécurisation des accès (authentification multifacteur). Les retours issus des cas d’usage permettent à la CNIL d’enrichir sa doctrine et d’alimenter la mise à jour de ses référentiels santé.

    Des délais d’instruction en recul

    L’amélioration des dossiers a permis de réduire significativement les délais d’instruction. Pour les projets de recherche, le délai moyen est passé de 73 jours en 2023 à 65 jours en 2024. Un tiers des demandes (33 %) ont été traitées en moins de 30 jours. Pour les traitements hors recherche, le délai moyen a chuté de 65 à 49 jours, avec 62 % des dossiers traités en moins d’un mois, contre 37 % en 2023.

    De nouveaux outils à venir en 2025

    Afin de poursuivre cette dynamique, la CNIL prévoit la mise en ligne d’un nouveau formulaire de demande d’autorisation d’ici mi-2025. Elle finalise par ailleurs son programme de travail pour la mise à jour de ses référentiels santé, en s’appuyant sur les contributions recueillies lors de sa récente consultation publique.

    Demandes d’autorisation en santé : bilan pour l’année 2024 de l’action de la CNIL | CNIL

  • Téléconsultation : la Cour des comptes préconise une intégration renforcée au système de soins

    La Cour des comptes vient de publier un rapport sur l’usage de la téléconsultation en France, salué par Qare. Ce document dresse un état des lieux détaillé des pratiques actuelles et formule plusieurs recommandations pour favoriser un développement pérenne de cet outil, dans l’intérêt des patients comme des professionnels de santé.

    3,5 % des actes, le rapport veut changer la donne

    Le rapport identifie plusieurs leviers pour mieux intégrer la téléconsultation à la coordination des soins. Il propose notamment de renforcer son rôle au sein du Service d’Accès aux Soins (SAS) et de la Permanence des soins ambulatoires (PDSA), de l’utiliser comme alternative pour limiter les passages aux urgences, et de soutenir les téléconsultations accompagnées, notamment par les infirmiers ou en EHPAD. Ces propositions visent à étendre l’accès aux soins, en particulier dans les zones d’intervention prioritaires. À ce jour, la téléconsultation représente environ 3,5 % des consultations en France, un taux bien inférieur à celui observé dans certains pays comparables, où elle atteint jusqu’à 30 %.

    Vers une feuille de route nationale

    Le Dr Julie Salomon, directrice médicale de Qare, rappelle que ces mesures pourraient contribuer à alléger la pression sur le système de santé tout en améliorant l’accessibilité. Qare entend poursuivre ses échanges avec les pouvoirs publics afin de soutenir un usage pertinent et durable de la téléconsultation. L’entreprise espère que les recommandations du rapport alimenteront les prochaines Assises de la téléconsultation et permettront de structurer les politiques publiques en matière de santé numérique autour d’une feuille de route claire.

    Les téléconsultations | Cour des comptes

  • Naissance de la Société Francophone de Santé Numérique : une société savante pour structurer les pratiques numériques en santé

    Une nouvelle ambition

    Annoncée le 8 avril 2025 à Montpellier, la création de la Société Francophone de Santé Numérique (SFSN) marque une nouvelle étape dans l’évolution des instances francophones dédiées à la télésanté et à la santé numérique. Cette nouvelle société savante prend la suite de l’Association Nationale de Télémédecine (ANTEL), devenue successivement Société Française de Télémédecine (SFT-Antel), puis Société Française de Santé Digitale (SFSD). Elle entend fédérer une communauté transdisciplinaire et pluriprofessionnelle, à l’échelle de l’espace francophone.

    Des missions axées sur l’éthique, la recherche et les bonnes pratiques

    Présidée par le Pr Maurice Hayot, entouré d’un bureau composé de médecins, universitaires, juristes et experts du numérique, la SFSN se donne pour missions de diffuser les bonnes pratiques en télésanté, de promouvoir l’utilisation éthique du numérique et de l’intelligence artificielle en santé, et d’accompagner le déploiement de solutions innovantes au service des patients. L’approche se veut transversale, impliquant professionnels de santé, chercheurs en sciences humaines et associations d’usagers.

    Des objectifs concrets à court terme

    La SFSN inscrit son action autour de plusieurs priorités :

    • Renforcer les partenariats scientifiques au sein du monde francophone.
    • Favoriser la recherche et la formation en santé numérique.
    • Formaliser et diffuser des recommandations de bonnes pratiques, notamment autour de la télésanté et de l’usage de l’intelligence artificielle.
    • Organiser les premières assises francophones de santé numérique d’ici fin 2025.

    Structuration et relais d’information

    Fondée en janvier 2025, la SFSN prévoit également de mettre en place des groupes de travail dédiés à la recherche, la formation et aux soins à distance. Elle entend jouer un rôle actif de veille et de diffusion sur les actualités du secteur, avec un ancrage affirmé dans le monde francophone. Sa présence en ligne sera prochainement accessible via le site sfsn.fr et LinkedIn. Parmi les membres de son bureau figurent, aux côtés du Pr Hayot, Loïc Finat (secrétaire général), Dr Agnès Caillette-Beaudoin (trésorière), ainsi que six vice-présidents dont le Pr Thierry Moulin et la juriste Pr Lina Williatte.

  • HIMSS 2025 : IA, cybersécurité, interopérabilité… ce qu’il faut retenir de l’édition de Las Vegas

    L’exigence d’impact clinique remplace la fascination technologique

    Du 3 au 6 mars, au Venetian Expo de Las Vegas, l’édition 2025 de la conférence HIMSS a réuni plus de 1 000 exposants et des milliers de décideurs de la santé autour d’un message fort : les outils numériques ne suffisent plus à impressionner, ils doivent démontrer leur utilité, leur intégration fluide dans les flux de travail, et leur capacité à améliorer réellement l’expérience de soin. Les interventions de responsables hospitaliers et de développeurs ont convergé vers une critique lucide du passé : les promesses des technologies « brillantes » doivent désormais laisser place à des déploiements plus réfléchis, plus mesurés, centrés sur les besoins métiers concrets. Une stratégie de l’innovation utile plutôt que spectaculaire.

    L’intelligence artificielle s’installe dans les usages

    Sujet omniprésent à HIMSS 2025, l’IA a été abordée sous l’angle de l’efficacité plus que de la rupture. De nombreux panels ont rappelé que son rôle n’est pas de remplacer les professionnels, mais de leur permettre de se recentrer sur leur cœur de métier. Charity Darnell (Cook Children’s) a présenté l’usage de DAX Copilot pour réduire le temps de documentation des infirmières, tandis que Philips et Epic ont montré comment des assistants IA embarqués peuvent faciliter la détection de cancers, la rédaction de comptes rendus ou encore la gestion des traitements.

    Des solutions comme Bryte (UKG) ciblent quant à elles l’optimisation des plannings et la détection des signaux précoces de burn-out grâce à l’analyse prédictive. Epic a dévoilé une suite de fonctions IA embarquées dans ses DSE ; agents conversationnels pour l’accueil patient, synthèse automatique des consultations, ou encore interprétation d’images médicales et données génomiques. L’essor des capacités multimodales a d’ailleurs marqué l’événement.

    Interopérabilité : la normalisation comme prérequis à l’innovation

    Autre pilier récurrent des discussions : la nécessité de structurer les données pour permettre leur circulation fluide. L’outil technologique, aussi puissant soit-il, reste inutile sans accès aux informations en temps réel et sans standard d’échange partagé. MEDITECH, Hyland, Epic ou encore Wolters Kluwer ont mis en avant leurs efforts en matière d’API FHIR, de connecteurs ouverts, et d’alignement sur les cadres d’interopérabilité existants, dont TEFCA aux États-Unis ou les standards européens.

    Cybersécurité : la menace des terminaux mobiles et des deepfakes en ligne de mire

    Face à la montée des risques cyber, les stratégies de protection se réorganisent autour de la gestion des points d’accès, désormais omniprésents dans les pratiques de soins mobiles. Selon Joyal Bennison (ManageEngine), près de 20 % des failles proviennent de la perte ou du vol de terminaux mobiles. De nouveaux enjeux émergent : l’usurpation d’identité via clonage vocal (deepfake audio), les intrusions par ingénierie sociale ou encore l’exigence de conformité aux nouvelles régulations de traçabilité. Les solutions UEM (Unified Endpoint Management) apparaissent comme une réponse, avec fonctions de géolocalisation, d’effacement à distance, de gestion des accès et d’audit intégré. Des chariots connectés aux badges vocaux (Baxter), tout objet connecté doit désormais intégrer des couches de sécurité natives.

    Accès au soin : un levier stratégique dans un paysage concurrentiel

    Le comportement des patients évolue : un sur quatre est prêt à changer de prestataire s’il ne parvient pas à obtenir un rendez-vous à temps. Cette attente d’instantanéité a été largement commentée lors des sessions dédiées au « consumerisme » en santé. Orlando Health, par exemple, a détaillé ses stratégies de fidélisation via des outils de planification en ligne, une amplitude horaire élargie et des systèmes de rappels automatisés. Les technologies d’automatisation des prescriptions ou de coordination pharmaceutique ont aussi été citées comme accélérateurs de réactivité.

    Vers des systèmes plus intégrés : fin des “îles technologiques”

    L’un des messages récurrents du salon a été la mise en garde contre les implémentations non planifiées. Tye Cook (Tegria) a rappelé que chaque outil numérique mal intégré peut devenir un point de rupture dans le parcours de soins. Les exemples d’automatisation des pharmacies ont montré que des solutions conçues spécifiquement pour les besoins hospitaliers à grand volume peuvent générer plus de valeur que des outils adaptés a posteriori à partir du retail. Une logique de “fit-for-purpose” prévaut désormais dans les stratégies d’équipement.

    Une industrie qui cherche son cadre réglementaire

    Si l’Europe a pris une avance en matière de régulation de l’IA en santé (AI Act), les États-Unis évoluent dans un cadre encore flou. Cela pousse certains industriels à se caler directement sur les normes européennes pour leurs développements globaux. Tom Leary (HIMSS) a d’ailleurs souligné le risque de perte d’influence des États-Unis dans la définition des standards mondiaux, en raison de l’absence d’un cadre unifié en matière de cybersécurité et d’IA.

    Le matériel aussi se réinvente : LG, Zoom, InterSystems à l’offensive

    Du côté des industriels, les stands ont confirmé l’essor d’un hardware conçu pour les usages cliniques spécifiques. LG a présenté ses clients légers cloud-ready, ses écrans RFID multisession ou ses moniteurs de diagnostic calibrés DICOM, pensés pour les environnements hospitaliers exigeants. Zoom a officialisé une version dédiée aux cliniciens avec génération automatique de comptes rendus à partir d’appels vidéo. InterSystems a lancé un DSE natif IA (IntelliCare), intégrant synthèse automatique des antécédents, génération de notes et préremplissage des codes de facturation.

    Le bilan de HIMSS 2025 confirme un basculement : les innovations numériques ne seront plus jugées sur leur sophistication technique mais sur leur capacité à résoudre des problèmes réels. L’intégration fluide, la preuve d’impact, la gouvernance responsable et l’expérience utilisateur deviennent les nouveaux critères de sélection. Dans un contexte de tension sur les ressources humaines, de pression financière et d’exigence accrue des patients, les systèmes de santé doivent arbitrer. Les solutions retenues seront celles qui permettent de libérer du temps clinique, de sécuriser les opérations et de renforcer l’engagement patient, tout en s’inscrivant dans une architecture interopérable, évolutive et sécurisée.

  • Cancer pédiatrique : 944 000 € pour un logiciel d’IA dédié à la radiothérapie

    Un enjeu de santé publique en oncologie pédiatrique

    Chaque année, 35 000 enfants et adolescents sont diagnostiqués d’un cancer en Europe. Grâce aux avancées thérapeutiques, le taux de survie à cinq ans dépasse désormais 80 %. Mais les traitements, notamment la radiothérapie, peuvent entraîner des effets à long terme. En 2020, l’Europe comptait 600 000 survivants d’un cancer pédiatrique, un nombre en hausse constante. Parmi eux, un sur cinq développera une seconde tumeur avant 50 ans, selon les données épidémiologiques.

    Les risques liés à la radiothérapie sont bien documentés : l’irradiation crânienne multiplie par dix le risque de tumeur cérébrale secondaire, l’exposition thoracique accroît fortement le risque de cancer du sein chez les jeunes filles, et l’âge au moment de l’irradiation joue un rôle déterminant. Plus l’enfant est jeune, plus les risques de leucémies, cancers du sein, du cerveau ou de la thyroïde augmentent.

    L’intelligence artificielle pour modéliser l’exposition corporelle

    Face à ces enjeux, le projet DOSELIA entend développer un outil d’aide à la décision basé sur l’intelligence artificielle, capable d’évaluer avec précision les doses de radiation reçues par l’ensemble du corps. Coordonné par Charlotte Robert, chercheuse à Gustave Roussy et enseignante-chercheuse en physique médicale à l’université Paris-Saclay, ce logiciel intégrera non seulement les doses délivrées lors des séances de traitement, mais aussi celles des examens de planification et d’imagerie.

    L’objectif est double : estimer le risque de cancer secondaire pour chaque patient, et permettre aux radio-oncologues d’ajuster les paramètres de traitement en fonction du profil individuel, afin d’en limiter les effets indésirables tout en maintenant l’efficacité thérapeutique.

    Une alternative aux simulations Monte Carlo

    Les évaluations actuelles s’appuient sur des simulations Monte Carlo, précises mais longues et exigeantes en ressources informatiques, donc peu adaptées à un usage clinique quotidien. L’approche développée dans DOSELIA vise une précision équivalente, mais dans des délais compatibles avec les contraintes du soin. Pour fiabiliser ses prédictions, l’équipe exploitera les données du programme européen HARMONIC, qui suit des cohortes de jeunes patients traités par radiothérapie photonique ou protonique. Ces données cliniques, dosimétriques et biologiques permettront d’entraîner et de valider les algorithmes sur des cas réels.

    Un financement européen et un consortium multidisciplinaire

    Financé à hauteur de 944 000 € par l’Union européenne dans le cadre du programme PIANOFORTE, DOSELIA réunit plusieurs institutions françaises, danoises et allemandes :

  • Vivalto Santé : 1 190 publications scientifiques en 2024 et une première étude paramédicale privée

    Une dynamique de recherche soutenue en 2024

    Le groupe Vivalto Santé affiche une progression continue de ses activités de recherche médicale et paramédicale. En 2024, le groupe a recensé 1 190 publications scientifiques, contre 1 053 en 2023 et 994 en 2022. Ces travaux, issus de ses 53 établissements français et de son réseau européen, concernent en particulier l’orthopédie (320 publications), l’oncologie (113), la cardiologie (99) et l’ophtalmologie (81). Trois d’entre eux ont été publiés dans des revues de référence internationales : The Lancet, New England Journal of Medicine et British Medical Journal.

    Un réseau européen en expansion

    Vivalto Santé consolide également sa dimension européenne avec le lancement de sa première étude conjointe transfrontalière, baptisée HyproMet. Cette recherche, menée entre la France et le Portugal, évalue l’usage de l’hypnose médicale en réalité virtuelle pour réduire l’anxiété des patients atteints de cancer de la prostate métastatique sous chimiothérapie Docetaxel. L’étude repose sur une approche multicentrique et mobilise des équipes de plusieurs territoires.

    Une montée en puissance des études cliniques

    En 2024, Vivalto Santé a mené 450 études cliniques ouvertes, soit une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente. Parmi elles, 327 sont des protocoles européens ou internationaux, avec une part importante consacrée à l’oncologie. Depuis le lancement de son activité de recherche en 2012, le groupe s’est positionné comme un moteur d’innovation médicale. En 2021, il a adopté le statut d’entreprise à mission, intégrant officiellement la recherche clinique dans sa raison d’être. Autre fait notable de 2024 : Vivalto Santé a publié sa première étude clinique paramédicale, une initiative inédite dans le secteur privé. Celle-ci s’est intéressée à la durée optimale du refroidissement du cuir chevelu pour prévenir la perte de cheveux lors des chimiothérapies adjuvantes du cancer du sein.

    Pour Stéphanie Durel-Pinson, directrice de la recherche chez Vivalto Santé, l’élargissement du périmètre de la recherche au sein du groupe reflète la mobilisation croissante des professionnels de santé. L’objectif annoncé pour 2025 est clair, poursuivre et amplifier cette dynamique de recherche transversale, au service de l’amélioration des prises en charge.