Nabil

  • HAS : un cadre en construction pour encadrer les usages de l’IA en santé

    En parallèle de ses évaluations pour le remboursement des technologies intégrant de l’IA, la Haute Autorité de Santé développe des guides et des expérimentations pour orienter les usages professionnels. L’IA est déjà utilisée par la HAS pour analyser les verbatims patients issus du dispositif e-Satis. Elle fait aussi l’objet de tests pour optimiser la revue de littérature scientifique, tandis que plusieurs guides sont attendus d’ici 2025 pour encadrer ses usages dans les pratiques professionnelles.

    Vers un cadre de confiance pour les technologies d’IA

    Face à l’essor des technologies numériques en santé, la Haute Autorité de Santé (HAS) s’engage sur deux fronts : accompagner l’intégration pertinente de l’intelligence artificielle (IA) dans le système de santé et assurer un usage sécurisé et scientifiquement justifié de ces outils. Pour les dispositifs médicaux numériques (DMN) entrant dans le champ du remboursement, l’institution évalue leur service attendu (SA) et leur amélioration du service attendu (ASA). Elle intervient ainsi, par exemple, sur les systèmes de gestion d’insuline automatisée ou les outils de télésurveillance en oncologie.

    Des évaluations hors remboursement en développement

    La majorité des systèmes d’IA utilisés dans les établissements de santé ne sont pas destinés à un remboursement par l’Assurance maladie. Il s’agit notamment d’outils d’aide au diagnostic ou à la décision médicale. Pour ces technologies, la HAS développe un cadre de confiance en trois volets : orienter la sélection des outils par les professionnels, accompagner leur usage via des recommandations, et adapter les critères d’évaluation aux réalités du terrain.

    Trois publications sont prévues dans ce cadre :

    • Un guide d’analyse économique des technologies numériques à usage professionnel.
    • Un guide pour accompagner les usages de l’IA en contexte de soins.
    • Un document flash sur l’usage de l’IA générative en santé.

    Une expérimentation médico-technique est également en cours, menée avec la CNAM, autour d’un outil d’aide à l’interprétation des électrocardiogrammes en médecine générale.

    L’IA déjà intégrée aux outils de la HAS

    L’institution applique elle-même l’IA dans ses pratiques. Un algorithme a été développé pour trier les commentaires issus des enquêtes e-Satis, qui mesurent l’expérience des patients hospitalisés. Plus de 4,6 millions de réponses contenant des verbatims sont ainsi classées automatiquement par thématique, facilitant leur analyse par les établissements de santé. Ce service est mis gratuitement à leur disposition.

    La HAS expérimente également l’usage d’outils d’IA pour soutenir son processus de revue de littérature scientifique, essentiel dans la production de recommandations. Une phase d’évaluation a été engagée en 2024 pour tester les performances et limites des IA génératives sur ces tâches chronophages.

    Dans le cycle de certification des établissements de santé qui débutera en septembre 2025, la HAS prévoit d’inclure des leviers pour l’intégration des problématiques liées à l’IA. Elle continuera aussi de formuler des attentes aux entreprises sollicitant une évaluation, notamment en lien avec les technologies s’appuyant sur des systèmes d’IA.

  • La FDA accorde le statut de dispositif à l’IA multi-tissus de Paige

    Une IA pour assister les pathologistes face à une demande croissante

    La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a attribué le statut de dispositif révolutionnaire à l’intelligence artificielle Paige PanCancer Detect, développée par l’entreprise spécialisée en pathologie numérique Paige. Cet outil est conçu pour aider à identifier des lésions suspectes dans plusieurs types de tissus et organes à partir de lames numérisées, offrant un appui au diagnostic sur des sites anatomiques variés. Selon l’entreprise, c’est la première fois qu’une IA recevant ce statut est capable de détecter à la fois des cancers communs et des formes rares dans une même solution multi-tissus.

    Une réponse technologique à la pénurie de pathologistes

    Le recours croissant à la pathologie numérique s’explique en partie par la pression croissante sur les services de diagnostic, accentuée par une pénurie mondiale de pathologistes. « La demande de services de pathologie augmente plus vite que l’offre de spécialistes formés », souligne Paige. Dans ce contexte, des outils d’aide au diagnostic basés sur l’IA deviennent essentiels pour maintenir la qualité et la rapidité des soins. L’intérêt pour les solutions numériques s’exprime aussi par leur capacité à faciliter les avis à distance, notamment dans les régions où l’accès aux spécialistes est limité.

    Un champ d’application élargi à 40 types de tissus

    Lancé au début de 2024, Paige PanCancer Detect couvrait initialement 17 types de tissus. Une mise à jour récente porte ce total à 40, incluant des tumeurs et lésions précancéreuses des voies gastro-intestinales, génito-urinaires, du sein, de la peau, du cerveau et d’autres organes. Actuellement, l’outil reste réservé à un usage en recherche. Une demande d’approbation pour un usage clinique est en cours auprès de la FDA. Paige avait déjà obtenu une autorisation pour un outil distinct, Paige ProstateDetect, dédié à la détection du cancer de la prostate.

    Pour le Dr David Klimstra, cofondateur de Paige, cette désignation souligne le rôle croissant de l’IA dans le diagnostic du cancer. Il rappelle que l’outil peut permettre d’identifier plus rapidement les cas nécessitant une attention prioritaire, en signalant des anomalies diagnostiques potentielles, et ainsi réduire les délais de diagnostic.

  • Teladoc Health renforce son offre avec un programme complet de prévention cardiométabolique

    Un accompagnement global pour prévenir le diabète, l’hypertension et l’obésité

    L’entreprise américaine de soins virtuels Teladoc Health a annoncé le lancement d’un programme de santé cardiométabolique, destiné à prévenir la progression de pathologies chroniques telles que le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, hépatiques et rénales. Ce dispositif s’adresse aux patients présentant un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 25, via un ensemble de services intégrés incluant application mobile, suivi nutritionnel et coaching personnalisé.

    Des outils connectés et un suivi individualisé

    Le programme propose un abonnement premium à BetterSleep, une application spécialisée dans l’amélioration du sommeil, ainsi que l’accès à un diététicien agréé et à des coachs de santé. Des tests à domicile permettent de surveiller les indicateurs cardiométaboliques, et les données issues de dispositifs connectés, comme les lecteurs de glycémie, sont intégrées au suivi. L’objectif est d’identifier en amont les facteurs de risque liés notamment à l’inflammation chronique et à la résistance à l’insuline, et d’agir avant l’apparition des pathologies.

    Une approche fondée sur les “Life’s Essential 8”

    L’approche clinique du programme s’inspire des huit recommandations de l’American Heart Association, connues sous le nom de Life’s Essential 8, qui incluent alimentation, activité physique, arrêt du tabac, sommeil, gestion du poids, du cholestérol, de la glycémie et de la tension artérielle. Calvin Wu, directeur de la stratégie clinique chez Teladoc Health, insiste sur l’importance d’une prise en charge globale, quel que soit le motif d’entrée dans le programme.

    Teladoc Health entend répondre à un besoin identifié par la recherche : seuls 12 % des adultes américains présentent une bonne santé cardiométabolique. En ciblant à la fois les facteurs de risque et les comportements de santé, l’entreprise veut améliorer les résultats globaux en matière de prévention.

    Ce lancement s’inscrit dans une dynamique d’expansion continue de Teladoc Health. En janvier, l’entreprise rejoignait le connecteur des avantages santé d’Amazon, et en février, elle annonçait l’acquisition de Catapult Health, acteur de la prévention virtuelle, pour 65 millions de dollars. Elle se positionne ainsi face à d’autres entreprises du secteur, telles que Virta Health et Vida Health, également engagées sur le champ de la santé cardiométabolique.

  • DMN : Bpifrance lance un AAP pour évaluer leur adoption en conditions réelles

    Un financement pour tester les DMN innovants en conditions réelles

    L’appel à projets, intitulé « Étude d’impact de l’usage de dispositifs médicaux numériques innovants dans des établissements de santé ou du médico-social », porté par Bpifrance, vise à soutenir l’acquisition et l’évaluation de dispositifs médicaux numériques (DMN). Le projet doit être porté individuellement par une structure éligible qui assurera l’ensemble des dépenses, la gestion des outils développés et sera seule bénéficiaire de l’aide publique.

    Une double prise en charge : acquisition et étude d’impact

    Les dépenses éligibles comprennent d’abord le financement de la première acquisition de DMN innovants. Les dispositifs peuvent être des logiciels, applications ou solutions numériques utilisés pour le diagnostic, le traitement ou le suivi des patients. Les projets doivent inclure une étude d’impact sur les parcours de soins, intégrer des indicateurs de performance et prévoir un retour d’expérience à diffuser. Cette acquisition devra se faire dans le respect du droit de la commande publique. Deux options sont prévues : sélectionner une solution déjà référencée en centrale d’achat, ou recourir au dispositif “achat innovant de moins de 100K€” du code de la commande publique.

    L’appel prévoit également le financement d’une étude d’impact sur le parcours de soin ou de suivi des usagers. Elle peut inclure la chefferie de projet, la mobilisation des professionnels de santé concernés, ainsi que les adaptations nécessaires des logiciels métiers pour assurer l’interopérabilité avec les DMN. Cette étude devra s’appuyer sur un ou plusieurs indicateurs de performance, afin de mesurer concrètement la valeur apportée, estimer un retour sur investissement et éclairer d’autres établissements potentiellement intéressés.

    Qui peut candidater ?

    L’appel s’adresse exclusivement aux établissements de santé (publics ou privés, sanitaires ou médico-sociaux) ou aux établissements membres d’un groupement hospitalier de territoire (GHT). Chaque projet doit être porté individuellement par une structure qui assumera la gestion opérationnelle, budgétaire et juridique du dispositif évalué.

    Critères de sélection et cadre réglementaire

    Les projets seront sélectionnés sur la base de leur pertinence au regard des enjeux de santé publique, de leur potentiel de diffusion, de la qualité de leur gouvernance, de leur degré d’innovation technique et organisationnelle, ainsi que de leur conformité à la doctrine du numérique en santé. Une attention particulière sera portée aux engagements de diffusion des résultats, via l’ANAP ou d’autres canaux, et à la prise en compte des enjeux environnementaux. Les aides, octroyées sous forme de subventions, couvrent jusqu’à 80 % des coûts marginaux pour les établissements publics ou médico-sociaux, et 40 % des coûts complets. Elles sont versées par tranches, sur présentation des justificatifs de dépenses et de rapports intermédiaires et finaux.

    Projets attendus et exclusions

    Les DMN ciblés incluent des outils d’aide au diagnostic automatisé (radiologie, dermatologie, ophtalmologie, psychiatrie, etc.), des dispositifs de surveillance non invasive, ou encore des solutions de modélisation préopératoire. Sont exclus de l’appel : les solutions de télésurveillance déjà financées, les outils à finalité logistique ou administrative, ou encore les projets de recherche clinique.

    Critères et calendrier de candidature

    Le soutien financier est conditionné à un budget de projet compris entre 300 000 € et 1 200 000 €, pour une durée de 12 à 24 mois. Une première relève intermédiaire des candidatures est fixée au 8 juillet 2025 à midi. Les dossiers doivent être déposés en ligne via la plateforme de Bpifrance : https://www.picxel.bpifrance.fr/accueil. L’appel à projets est ouvert jusqu’au 2 décembre.

     

  • Malakoff Humanis crée un Observatoire national du vieillissement avec l’IA d’ALOGIA pour mieux cibler ses actions sociales

    Un outil prédictif au service de l’action sociale

    Malakoff Humanis a décidé d’intégrer une brique technologique à sa stratégie de prévention et d’accompagnement. En collaboration avec ALOGIA Groupe, le groupe de protection sociale lance un Observatoire national du vieillissement, basé sur la technologie d’intelligence artificielle RevealCare. Développée par ALOGIA, cette plateforme d’analyse prédictive croise plus de 1,5 milliard de données open data pour identifier les fragilités liées à l’âge à l’échelle territoriale. L’objectif : orienter les décisions et prioriser les actions sociales sur les zones les plus vulnérables.

    Des données centralisées et des indicateurs ciblés

    L’Observatoire du vieillissement met à disposition de Malakoff Humanis des cartographies interactives et des tableaux de bord couvrant de grands thèmes : démographie, santé, habitat, insécurité ou encore parcours résidentiel. Pour affiner encore l’analyse, quatre indicateurs ont été développés : isolement social, habitat, mobilité et aidance. Ces indicateurs reposent sur une démarche de data mining et de data science, fruit d’un travail entre les équipes d’ALOGIA et de Malakoff Humanis. Ils permettent d’évaluer, département par département, la vulnérabilité des territoires selon une lecture synthétique, plus un indicateur s’approche de zéro, plus la fragilité est élevée.

    Vers une politique d’accompagnement homogène

    Avec cet outil, les équipes de terrain peuvent identifier rapidement les zones à risque, accéder à des données actualisées et centralisées, et optimiser leurs interventions. La plateforme permet aussi de structurer une politique homogène sur l’ensemble du territoire et de mieux ajuster les actions aux besoins spécifiques de chaque zone.

  • Santé publique France publie un référentiel pour guider la formation aux compétences psychosociales

    Un outil pour les pratiques de formation

    Santé publique France vient de publier le premier tome de son « Référentiel opérationnel à destination des professionnels experts et formateurs CPS ». Ce document s’inscrit dans le cadre d’une stratégie nationale multisectorielle portée par neuf ministères, visant à soutenir le développement des compétences psychosociales (CPS) chez les enfants et les jeunes dans tous leurs milieux de vie. Copilotée par les ministères en charge de la Santé et de l’Éducation nationale, cette stratégie ambitionne de faire de la génération 2037 la première à grandir dans un environnement continu de soutien aux CPS.

    Le référentiel a été élaboré par des chercheurs en sciences humaines et des acteurs de santé publique. Il s’appuie sur des données scientifiques et des retours d’expérience pour proposer un cadre d’intervention et un corpus de connaissances destiné à accompagner les professionnels de la prévention, de l’éducation et de l’action sociale dans leurs pratiques.

    Comprendre et développer les CPS

    Les compétences psychosociales sont définies comme un ensemble de capacités cognitives, émotionnelles et sociales permettant de maintenir un bien-être psychique, de favoriser les relations interpersonnelles et de faire face aux exigences du quotidien. Leur développement est identifié comme un levier de prévention en santé mentale, en santé globale, et dans la lutte contre les conduites à risque (addictions, violences, harcèlement). Déjà mises en avant par l’Organisation mondiale de la santé depuis les années 1980 dans le cadre de la Charte d’Ottawa, les CPS s’imposent comme un axe structurant des politiques de promotion de la santé. Elles peuvent être renforcées dès le plus jeune âge via des actions psychoéducatives et tout au long de la vie.

    Contenu du référentiel : une approche opérationnelle

    Le tome 1 du référentiel se concentre sur la première phase du processus d’apprentissage : la compréhension et l’acceptation des CPS. Il traite des trois grandes dimensions des compétences psychosociales — cognitive, émotionnelle et sociale — et de leurs onze déclinaisons spécifiques. Pour chacune, le texte expose les fondements théoriques et propose des exemples d’activités adaptées à différents âges.

    Compétences cognitives

    • Conscience de soi
    • Pensée critique
    • Clarification des valeurs, besoins, buts
    • Prise de décision constructive
    • Auto-évaluation positive
    • Pleine attention

    Compétences émotionnelles

    • Compréhension des émotions
    • Identification des émotions

    Compétences sociales

    • Communication efficace et positive
    • Communication empathique
    • Développement de comportements pro-sociaux

    Le référentiel vise à rendre ces concepts plus accessibles aux professionnels, encore souvent peu formés à ces mécanismes psychologiques, malgré leur rôle croissant dans les politiques de prévention et de promotion de la santé.

  • Investissements menacés : 32 PDG de laboratoires pharmaceutiques alertent l’UE sur un possible exode vers les États-Unis

    Dans une lettre adressée le 11 avril à Ursula von der Leyen, 32 dirigeants de l’industrie pharmaceutique appellent la Commission européenne à des mesures urgentes pour éviter un désengagement massif du secteur. Ce courrier, appuyé par l’EFPIA (Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques), intervient dans un contexte de montée des tensions commerciales, notamment avec les États-Unis, et d’accumulation de contraintes réglementaires sur le marché européen.

    Jusqu’à 100 milliards d’euros d’investissements remis en cause

    Selon un sondage interne de l’EFPIA réalisé début avril, jusqu’à 85 % des investissements industriels prévus par ces entreprises entre 2025 et 2029 – soit plus de 100 milliards d’euros – pourraient être reconsidérés. À court terme, 16,5 milliards d’euros seraient redirigés hors d’Europe si aucune réforme n’est engagée. Pfizer, Sanofi, Roche, Merck, GSK, Servier, entre autres signataires, évoquent une érosion continue de la R&D et de la production dans l’UE. L’écart entre les deux marchés se creuse : en 2004, l’Europe représentait 29,6 % du marché pharmaceutique mondial, contre 22,7 % en 2024, tandis que l’Amérique du Nord atteint désormais 53,3 %. Plusieurs groupes ont déjà engagé des relocalisations industrielles vers les États-Unis : Eli Lilly (27 Mds $), Johnson & Johnson (55 Mds $ sur 4 ans), Novartis (23 Mds $ sur 5 ans).

    Les exigences de l’industrie

    Pour inverser cette tendance, les laboratoires demandent à la Commission :

    • Une révision du cadre de prix, jugé moins favorable qu’aux États-Unis.
    • Une accélération des processus d’essais cliniques multi-pays.
    • Un renforcement des moyens de l’EMA pour l’approbation des thérapies innovantes.
    • Une protection de la propriété intellectuelle portée à 12 ans.
    • Une harmonisation des réglementations environnementales et sanitaires.
    • La révision de la directive sur le traitement des eaux usées, perçue comme une contrainte disproportionnée pour le secteur.

    Les industriels pointent également la charge croissante qu’ils supportent dans les systèmes de santé européens : leur contribution aux dépenses pharmaceutiques publiques est passée de 15 % à 22 % dans deux tiers des États membres.

    Une alerte dans un contexte politique tendu

    L’avertissement intervient alors que Donald Trump a annoncé des droits de douane ciblés sur les médicaments européens. Jusqu’ici épargné, le secteur pourrait devenir une cible directe dans la stratégie commerciale américaine. L’UE exporte pour 90 milliards d’euros de produits pharmaceutiques vers les États-Unis. Bruxelles a depuis engagé des échanges avec les représentants du secteur. Mais les entreprises préviennent : l’Europe a trois mois pour réagir. Sans mesures concrètes, les investissements suivront les incitations américaines. Le marché européen, jugé lent et fragmenté, risque d’être durablement marginalisé dans la compétition mondiale pour l’innovation en santé.

  • Le Royaume-Uni investit 600 millions de livres dans une plateforme centralisée de données de santé

    Un guichet unique pour les chercheurs

    Le gouvernement britannique investira jusqu’à 600 millions de livres sterling dans la création d’un Health Data Research Service (HDRS), une plateforme unique destinée à faciliter l’accès des chercheurs aux données de santé anonymisées du NHS. Le centre sera implanté au Wellcome Genome Campus, avec une participation de 100 millions de livres du Wellcome Trust. Ce futur service centralisé vise à simplifier l’accès aux ressources de soins primaires, secondaires et aux données de mortalité, aujourd’hui dispersées et difficiles d’accès. Il permettra également de soutenir la recherche clinique en mettant en relation les patients et les essais en cours. Cette initiative répond aux recommandations du rapport Sudlow de 2023, qui dénonçait des délais excessifs – parfois plusieurs années – pour l’accès aux données du NHS.

    Un levier pour relancer la recherche clinique

    Dans un contexte de déclin des essais cliniques commerciaux au Royaume-Uni, le Premier ministre Keir Starmer a précisé que le HDRS permettra d’accélérer les processus, avec un objectif de réduction du délai de mise en place d’un essai à 150 jours d’ici mars 2026. « Les patients auront un meilleur accès aux nouveaux traitements et technologies », a-t-il déclaré, en rappelant l’impact stratégique des données de santé observé durant la pandémie.

    L’annonce a reçu un accueil favorable de la part des acteurs du secteur. L’ABPI a également salué l’ambition gouvernementale, en soulignant l’importance d’associer l’industrie à la conception du HDRS. De son côté, la BioIndustry Association (BIA) y voit une opportunité pour les PME innovantes d’accéder à un environnement de recherche renforcé, en conjuguant données publiques et dynamisme entrepreneurial.

  • 597 entreprises françaises positionnées sur l’IA : la cartographie 2025 révèle l’essor de l’IA générative et de la transition écologique

    L’IA générative domine les solutions identifiées

    Le Hub France IA a dévoilé le 8 avril la 5e édition de sa cartographie des start-ups et fournisseurs innovants en intelligence artificielle. L’édition 2025 recense 597 structures, dont 265 font leur entrée cette année, illustrant l’accélération du secteur et une diversification croissante des usages.

    Pour la première fois, l’IA générative devient la technologie la plus représentée dans les solutions recensées, avec des levées de fonds significatives à la clé. La médiane des montants levés atteint 1,9 million d’euros pour les jeunes pousses de ce segment, sur un échantillon représentatif. L’écosystème reste constitué majoritairement de structures de moins de 50 salariés (89 %) et se concentre en Île-de-France (63 %), tout en affichant une présence croissante dans les autres régions.

    IA frugale et transition écologique en hausse

    Le nouveau volet thématique de cette édition porte sur les liens entre intelligence artificielle et transition écologique. Présenté par Thomas Cottinet et Pierre Monget, il montre que 12 % des start-ups travaillent sur des cas d’usage liés à l’environnement, tandis que 11 % développent des solutions dites “frugales”, visant à réduire l’empreinte énergétique des systèmes d’IA. Une table ronde réunissant Juliette Fropier, David Monteau, Thomas Bajas et Xavier Gounon a permis de croiser les regards sur les enjeux de durabilité du secteur.

    Vers une IA durable, inclusive, européenne

    Les tendances à horizon 2025 ont été exposées par Chloé Plédel, avec un panorama national et européen, et Amélie Coantic, lors d’une keynote de clôture centrée sur les conditions d’une IA au service de la société. La cartographie, aujourd’hui considérée comme une référence, amorce son extension à l’échelle européenne en lien avec des partenaires en Allemagne, Suède et aux Pays-Bas.

    Découvrir la cartographie 2025 en ligne