Un cadre juridique consolidé pour les PUI
L’article 72 de la loi de financement de la sécurité sociale introduit une définition réglementaire de la rupture d’approvisionnement, applicable aussi bien aux pharmacies d’officine qu’aux PUI. Le texte prévoit que le délai de dispensation peut être réduit par le pharmacien si la continuité des soins l’exige. Des arrêtés ministériels peuvent imposer temporairement des ordonnances conditionnelles ou la délivrance de médicaments à l’unité. Par ailleurs, le décret du 19 octobre 2023 précise les diplômes requis pour exercer dans une PUI : il s’agit des diplômes d’études spécialisées (DES) en pharmacie hospitalière, industrielle, biomédicale ou des collectivités. Le décret du 3 avril 2023 encadre la création automatique du dossier pharmaceutique (DP), sauf opposition du patient dans un délai de six semaines. Il en détaille le contenu, les durées de conservation — cinq ans pour les médicaments biologiques, vingt-trois ans pour les vaccins — et l’accès élargi pour les professionnels de santé, y compris les biologistes médicaux.
Extension des compétences vaccinales et sérialisation obligatoire
Depuis le décret du 8 août 2023, les pharmaciens et infirmiers en PUI peuvent prescrire et administrer l’ensemble des vaccinations, à partir de 11 ans. Les sages-femmes disposent, elles, de cette compétence pour toute la population. Une exception demeure : les vaccins vivants atténués pour les patients immunodéprimés. Concernant la sérialisation, une feuille de route conjointe avec la Commission européenne prévoit que 100 % des PUI soient connectées au système France MVO. Les ARS doivent mobiliser les établissements de leur territoire pour accélérer ce déploiement, via l’enregistrement, la connexion aux bases de vérification et la désactivation des identifiants uniques des médicaments. Le décret de mai 2019 impose aux PUI une nouvelle autorisation réglementaire, à obtenir dans un délai de quatre mois.
Automatisation des préparations : nouvelles exigences
Le référentiel publié en septembre 2023 encadre l’automatisation de la préparation des médicaments en PUI, incluant les doses à administrer, les mélanges pour la nutrition parentérale, les médicaments radiopharmaceutiques, anticancéreux ou encore de thérapie innovante. Cette automatisation vise une meilleure protection du personnel et un recentrage des pharmaciens sur les activités cliniques à plus forte valeur ajoutée. La contractualisation des responsabilités entre les différents acteurs (pharmaciens, fournisseurs, directions) est rendue obligatoire.
Thérapies innovantes : un encadrement bioéthique et contractuel
Les médicaments de thérapie innovante (MTI) sont soumis à un cadre réglementaire européen depuis 2007, avec une autorisation centralisée. Ils sont répartis en quatre sous-catégories : thérapies géniques, cellulaires, tissulaires et combinées. En France, la loi bioéthique du 2 août 2021 et le décret du 16 février 2022 encadrent les MTI préparés ponctuellement (MTI-PP). La préparation, distribution et administration de ces produits doivent être réalisées par un établissement autorisé, avec un contrat définissant les rôles entre les structures impliquées. Cette organisation vise à limiter les interventions invasives répétées, comme les anesthésies multiples.
La Société française de pharmacie clinique (SFPC) a publié en mars 2022 un guide structurant la démarche qualité en pharmacie clinique autour de l’évaluation continue, l’harmonisation des pratiques, la pertinence des soins et la satisfaction des patients. La gestion des risques doit y être intégrée dès la planification des interventions pharmaceutiques, avec des outils de traçabilité, des formations et des indicateurs d’amélioration. Un second guide vise à codifier les activités de la PUI selon une nomenclature normalisée. Il distingue actes isolés (entretiens pharmaceutiques, par exemple) et procédures complexes (conciliation médicamenteuse, bilans, plans personnalisés). Cette codification améliore la lisibilité, la mesure de l’activité et la production d’indicateurs de performance dans le cadre du CAQES.
Technologies en PUI : les responsabilités pour les pharmaciens
L’obligation de déclaration des incidents liés aux automates incombe pourtant aux pharmaciens hospitaliers, en plus des mesures correctives immédiates à prendre en cas de défaillance. L’introduction d’automates, de logiciels ou d’outils d’intelligence artificielle dans les pharmacies à usage intérieur (PUI) modifie les responsabilités des pharmaciens hospitaliers. Leur rôle ne se limite plus à une obligation de moyens : une obligation de résultat s’impose désormais, comme le rappelle Maître Alain Bensoussan, avocat spécialiste du droit des technologies avancées. Trois points de vigilance sont identifiés : la confiance excessive dans la robustesse des technologies déployées ; l’oubli fréquent des mises à jour logicielles, rarement vérifiées par les professionnels eux-mêmes ; et la perception erronée de la nature figée des dispositifs. Selon l’avocat, les fabricants ne contrôlant pas systématiquement ces mises à jour, la vigilance des utilisateurs s’en trouve amoindrie, augmentant les risques d’incident.
En cas de défaillance : arrêt immédiat et déclaration obligatoire
Dès la constatation d’un défaut – fichier erroné, dosage inexact, délai non respecté – le pharmacien doit immédiatement interrompre l’usage de l’automate concerné et mettre en place des mesures correctives pour en limiter les effets. Cette première étape doit impérativement être suivie d’une déclaration aux autorités compétentes. L’objectif : éviter que d’autres établissements ne subissent des effets similaires liés à un même dispositif.
ANSM, ARS, fabricant : une chaîne de signalements réglementée
Le cadre légal impose plusieurs niveaux de déclaration, définis dans les articles L.1111-8-2 et D.1111-16-2 à D.1111-16-4 du Code de la santé publique. Sont concernés les incidents portant atteinte à la sécurité des soins, aux données de santé, au fonctionnement des établissements ou ayant un retentissement sur le système de santé. Le pharmacien doit en priorité signaler tout incident grave impliquant un dispositif médical à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). En cas de refus de la déclaration, il lui revient de conserver une preuve de ce refus et de poursuivre les autres démarches. Les incidents doivent également être transmis au fabricant du dispositif concerné, afin qu’il assure sa surveillance post-commercialisation. Enfin, tout incident grave lié à des soins doit être notifié à l’Agence régionale de santé (ARS), même sans lien direct avec un dispositif médical.
Fuite de données : alerte à la Cnil dans les 72 heures
En cas de violation de données à caractère personnel – telle que définie par le Règlement général pour la protection des données (RGPD) –, le pharmacien hospitalier doit notifier l’événement à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) dans un délai de 72 heures via le portail officiel. Cette responsabilité lui incombe directement, même si la gestion informatique relève de la DSI. En effet, les automates fonctionnent sous sa direction intellectuelle. La montée en puissance des technologies en santé s’accompagne d’un renforcement du cadre juridique. Dans ce contexte, la déclaration systématique des incidents devient une composante essentielle de la pratique pharmaceutique hospitalière.