Nabil

  • Baromètre AFCROs 2026 : la France reste leader européen de la recherche clinique malgré un recul de 10 % des études en 2025

    L’activité de recherche clinique poursuit son recul en Europe

    L’activité de recherche clinique a continué de diminuer en Europe en 2025, prolongeant une tendance observée depuis la fin de la période Covid-19. Selon le Baromètre 2026 de l’AFCROs, cette contraction concerne l’ensemble des principaux pays européens et semble bénéficier aux États-Unis ainsi qu’à la région Asie-Pacifique.

    Parmi les facteurs avancés figurent la mise en œuvre des règlements européens sur les médicaments et les dispositifs médicaux, dont l’appropriation apparaît plus lente qu’anticipé, ainsi qu’une concurrence élevée d’autres régions du monde.

    La France conserve son leadershaip européen

    Avec 2 170 études cliniques recensées en 2025, la France demeure le premier pays européen en nombre d’essais, devant l’Italie (1 417 études), l’Espagne (1 400), le Royaume-Uni (1 170) et l’Allemagne (992). Les auteurs rappellent toutefois que les données 2025 demeurent provisoires et doivent être interprétées principalement en termes de classement.

    Cette position repose principalement sur la robustesse de la recherche académique française. Les études interventionnelles à promotion académique sont les seules à progresser en 2025, avec une hausse de 5 %, alors que les études à promotion industrielle diminuent de 20 %. Au total, les études académiques représentent désormais 75 % des études interventionnelles menées en France.

    Le nombre total d’études en France est passé de 2 402 en 2024 à 2 170 en 2025. La baisse est particulièrement marquée pour les études observationnelles à promotion académique (-18 %). L’AFCROs souligne qu’une partie de cette activité a pu être transférée vers des travaux exploitant les données du Health Data Hub, qui ne sont pas recensés dans ClinicalTrials.gov.

    Les dispositifs médicaux davantage touchés que le médicament

    Les études portant sur les dispositifs médicaux ont reculé de 15 % en 2025, contre 11 % pour les études sur les médicaments. Pour les dispositifs médicaux, la baisse concerne à la fois les études interventionnelles (-14 %) et observationnelles (-21 %).

    L’AFCROs relie cette évolution aux exigences croissantes des règlements européens sur les dispositifs médicaux et les dispositifs de diagnostic in vitro (MDR et IVDR), qui réduisent l’intérêt de certaines études observationnelles traditionnellement utilisées dans ce secteur.

    À l’inverse, dans le domaine du médicament, les études interventionnelles à promotion académique poursuivent leur progression alors que les essais industriels sont orientés à la baisse.

    Oncologie et maladies rares : des positions consolidées

    La France conserve également son leadership européen en oncologie. Tous types d’études, de produits et de promoteurs confondus, elle occupe la première place pour la sixième année consécutive avec 440 études recensées en 2025. Elle devance l’Italie (378 études) et l’Espagne (319).

    La même dynamique est observée dans les maladies rares. Avec 73 études enregistrées en 2025, la France reste en tête devant l’Italie (57) et l’Espagne (52), malgré un recul global de l’activité dans l’ensemble des pays européens.

    L’Espagne domine la recherche clinique industrielle

    La hiérarchie européenne est différente lorsqu’il s’agit des études à promotion industrielle. Pour la troisième année consécutive, l’Espagne occupe la première place avec 631 études en 2025, devant l’Allemagne (582), le Royaume-Uni (572) et la France (522).

    Selon l’AFCROs, cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de déplacement des initiations d’essais cliniques du nord et de l’ouest de l’Europe vers les pays du sud, notamment l’Espagne, le Portugal et la Grèce.

    Accélérer la mise en œuvre des essais pour regagner en compétitivité

    Pour améliorer l’attractivité de la France dans les études à promotion industrielle, l’AFCROs identifie plusieurs leviers opérationnels :

    • Réduction des délais d’autorisation.
    • Ouverture plus rapide des centres investigateurs.
    • Et accélération de l’inclusion des patients.

    L’association cite notamment les dispositifs Fast-track et le contrat unique parmi les mécanismes susceptibles de renforcer la compétitivité française et estime que ces initiatives devraient être amplifiées.

    Au-delà du cadre réglementaire, elle souligne également l’importance de l’interopérabilité, de la mise en œuvre de l’Espace européen des données de santé, de l’adoption de codes de conduite harmonisés et d’un accès facilité aux financements pour les start-up.

    Ces conditions sont présentées comme des facteurs déterminants pour soutenir le développement industriel et l’accès aux thérapies innovantes.

     

  • Déserts médicaux : SKEMA et Université Côte d’Azur lancent un observatoire national

    Un outil de mesure de l’accès aux soins à l’échelle locale

    Alors que le Sénat examine la proposition de loi portée par le député Guillaume Garot visant à mieux répartir les médecins sur le territoire, SKEMA Business School et l’Université Côte d’Azur annoncent le lancement de l’Observatoire SKEMA-UniCA de l’accès aux soins.

    Développé dans le cadre de la Chaire Prévention et Accès aux Soins, créée par les deux institutions, cet observatoire se présente comme le premier dispositif national permettant de visualiser l’accessibilité de la population aux services de santé depuis le niveau national jusqu’à celui du quartier.

    Accessible librement au public, la plateforme agrège des données issues notamment de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM), de l’Insee et de plusieurs bases publiques gouvernementales. Elle propose une cartographie détaillée de l’offre de soins aux niveaux national, régional, départemental, communal et infra-communal.

    Une couverture de 22 professions et services de santé

    Au total, 22 catégories de professionnels de santé sont intégrées à l’outil. Les utilisateurs peuvent analyser l’évolution de l’accès à trois grandes catégories de services :

    • Les professionnels de santé libéraux.
    • Les services hospitaliers, notamment les urgences et les établissements psychiatriques.
    • Les infrastructures et services essentiels tels que les pharmacies et les EHPAD.

    Selon les indicateurs, la profondeur historique des données peut atteindre quinze ans, permettant de suivre les évolutions territoriales dans le temps.

    Un outil d’aide à la décision pour les collectivités et les acteurs de santé

    Les porteurs du projet visent un usage opérationnel par les décideurs publics et les acteurs de terrain. Les collectivités locales peuvent identifier les spécialités médicales présentes ou absentes dans différents quartiers et comparer leur situation à celle de territoires similaires.

    Les Agences régionales de santé disposent d’un outil d’aide à la décision pour orienter la répartition des professionnels. Les opérateurs publics et privés peuvent, de leur côté, repérer les zones où l’implantation de nouvelles structures de santé apparaît prioritaire.

    Au-delà de la seule démographie médicale, les concepteurs de l’observatoire souhaitent promouvoir une lecture fondée sur l’analyse territoriale et la mesure objectivée de l’accès aux soins.

     

  • Télésurveillance : six startups dénoncent jusqu’à plusieurs années d’attente avant le remboursement de leurs solutions

    Des délais administratifs jugés incompatibles avec le rythme de l’innovation

    Nous apprenons, par Franceinfo, que les sociétés Biosency, CareLine Solutions, Implicity, Newcard, Resilience et Tilak Healthcare ont adressé le 11 juin un courrier à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, pour dénoncer les délais d’accès au remboursement des dispositifs de télésurveillance médicale en France.

    Selon ces entreprises, plusieurs années peuvent s’écouler entre la validation clinique d’une solution et son inscription effective sur la liste des produits et prestations remboursables par l’Assurance maladie. Cette situation freine le déploiement de technologies dont l’efficacité a pourtant déjà été reconnu.

    Les signataires soulignent aussi que ces délais pénalisent les entreprises ayant investi dans la recherche et le développement, mais également les médecins prêts à prescrire ces solutions et les patients susceptibles d’en bénéficier.

    L’exemple d’Implicity

    Parmi les entreprises signataires figure Implicity, spécialisée dans la télésurveillance des patients porteurs de dispositifs cardiaques implantables, notamment les pacemakers.

    Son fondateur, le cardiologue Arnaud Rosier, indique que l’entreprise a obtenu en septembre 2024 un avis favorable de la Haute Autorité de santé par rapport aux technologies existantes. Malgré cette reconnaissance clinique, la société a ensuite attendu près de 600 jours avant l’inscription administrative permettant le remboursement de sa solution.

    Pour l’entrepreneur, cette situation illustre les difficultés rencontrées par un écosystème français pourtant reconnu pour ses compétences médicales, scientifiques et technologiques.

    Un potentiel encore sous-exploité

    Les entreprises rappellent que la télésurveillance médicale demeure peu déployée dans certains domaines. Parmi les 600 000 patients porteurs d’une prothèse cardiaque en France, seuls 25 % bénéficieraient aujourd’hui d’un suivi à distance.

    Les entreprises mettent en avant plusieurs exemples d’usages de la télésurveillance. Dans le cas de l’insuffisance rénale, un suivi à distance pourrait repousser de plusieurs années l’entrée en dialyse. Pour les patients sous chimiothérapie, il pourrait permettre d’identifier plus précocement certains effets indésirables et d’éviter des réhospitalisations.

    Selon les signataires, une généralisation plus rapide de ces dispositifs permettrait d’améliorer le suivi des patients, et de réduire certaines dépenses évitables pour l’Assurance maladie.

     

  • Assistants IA : quand le contexte humain échappe aux algorithmes

    Les tâches transactionnelles offrent les cas d’usage les plus matures

    Deux types d’interactions peuvent être distingués.

    • D’un côté, les échanges transactionnels, comme la prise de rendez-vous, la vérification d’informations ou certaines démarches administratives, reposent sur des données déjà disponibles dans les systèmes de l’établissement.
    • De l’autre, les interactions cliniques et relationnelles mobilisent davantage le contexte humain.

    Les premiers usages se prêtent davantage à l’automatisation. Dans certaines organisations, des agents vocaux sont capables d’identifier un traitement à partir d’informations incomplètes fournies par un patient après consultation de son dossier médical, puis de traiter la demande sans intervention humaine.

    Les limites apparaissent dans les situations cliniques complexes

    Cette approche montre ses limites lorsque l’évaluation repose sur des éléments implicites. En psychiatrie et en santé comportementale, les hésitations, les variations d’affect ou la relation thérapeutique construite dans le temps participent à l’interprétation clinique sans être formalisées dans le dossier médical.

    L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans l’accès aux données du patient, mais aussi dans l’absence d’informations permettant de représenter la relation patient-soignant et les nuances qui influencent la prise de décision.

    Les solutions spécialisées répondent mieux aux contraintes métiers

    Les outils généralistes peinent parfois à prendre en compte les spécificités de certaines spécialités. Les scribes IA illustrent cette limite. Si un système peut identifier la durée d’une consultation et proposer un code de facturation, certaines situations nécessitent de distinguer plusieurs actes réalisés au cours d’une même séance.

    Les solutions conçues pour des disciplines spécifiques parviennent davantage à structurer la documentation clinique selon les exigences de codage, de facturation et de suivi. Les besoins diffèrent en outre selon les psychiatres, psychologues ou thérapeutes, ce qui renforce l’intérêt d’approches adaptées aux pratiques de chaque profession.

    La valeur d’un système dépend aussi de sa capacité à interagir avec les logiciels métiers. Une première catégorie d’agents collecte des informations avant de transmettre la demande à un professionnel. Une seconde est capable d’agir directement dans les applications de l’établissement : agenda, assurance, création de dossier ou prise de rendez-vous.

    La différence est déterminante : dans un cas, l’IA assiste le workflow ; dans l’autre, elle le réalise jusqu’à son terme.

    Les projets les plus performants reposent moins sur la sophistication des modèles que sur une définition précise des usages visés, des spécialités concernées et du niveau d’intégration recherché dans les workflows existants.

     

  • Anthropic met sur le marché son modèle (Claude Fable 5) le plus performant

    Anthropic lance Claude Fable 5 (à 10 $ par million de tokens) et réserve Mythos 5 aux acteurs de la cybersécurité

    Anthropic a annoncé, le 9 juin 2026, le lancement de Claude Fable 5, un nouveau modèle de la famille Mythos présenté comme le plus performant jamais rendu accessible au grand public par l’entreprise.

    Selon Anthropic, le modèle obtient les meilleurs résultats sur une large gamme de benchmarks évaluant les capacités des systèmes d’intelligence artificielle, notamment en ingénierie logicielle, analyse documentaire, vision par ordinateur et recherche scientifique.

    En parallèle, l’entreprise dévoile Claude Mythos 5, une version destinée dans un premier temps à un groupe restreint d’organisations intervenant dans les domaines de la cybersécurité et des infrastructures critiques.

    Anthropic indique que l’augmentation des capacités du modèle s’accompagne de risques dans la cybersécurité.

    Pour limiter les usages malveillants, certaines requêtes jugées sensibles sont automatiquement redirigées vers Claude Opus 4.8. L’entreprise explique avoir privilégié une approche prudente afin de permettre un déploiement rapide de Fable 5 tout en conservant des contrôles supplémentaires sur certains usages.

    Selon Anthropic, ces mécanismes concernent moins de 5 % des sessions en moyenne, même s’ils peuvent occasionnellement conduire au rejet de demandes légitimes.

    Mythos 5 déployé dans le cadre du programme Project Glasswing

    Claude Mythos 5 repose sur la même architecture que Fable 5 mais bénéficie d’un assouplissement de certaines restrictions.

    Le modèle est déployé dans le cadre de Project Glasswing, un programme conduit avec le gouvernement américain. Il succède à Claude Mythos Preview.

    Anthropic affirme que Mythos 5 dispose des capacités de cybersécurité les plus avancées parmi les modèles actuellement disponibles. Un programme d’accès élargi à destination d’utilisateurs de confiance doit être lancé dans les prochains mois.

    Des résultats mis en avant en ingénierie logicielle

    Anthropic souligne les performances de Fable 5 dans les tâches de développement logiciel. Lors des tests, Stripe rapporte avoir utilisé le modèle pour mener en une journée la migration complète d’une base de code Ruby de 50 millions de lignes. Selon l’entreprise, une telle opération aurait nécessité plus de deux mois de travail pour une équipe d’ingénieurs.

    Analyse documentaire et raisonnement

    Les performances du modèle sont également mises en avant dans les activités de traitement de l’information. Sur le benchmark financier développé par Hebbia, consacré au raisonnement de niveau senior, Fable 5 obtient les meilleurs résultats grâce à ses capacités d’analyse documentaire, d’interprétation de tableaux et de résolution de problèmes complexes.

    Vision par ordinateur et gestion de contextes étendus

    Anthropic présente Fable 5 comme son modèle le plus performant en vision par ordinateur. Le système serait capable d’extraire des données à partir de figures scientifiques complexes et de reconstituer le code source d’une application à partir de captures d’écran.

    L’entreprise met également en avant des progrès dans la gestion de contextes longs. Fable 5 pourrait maintenir sa cohérence sur plusieurs millions de tokens et améliorer ses performances grâce à l’utilisation d’une mémoire persistante sous forme de fichiers.

    Anthropic affirme que Mythos 5 a permis d’accélérer certaines étapes de conception de médicaments d’un facteur proche de dix.

    Le modèle serait en mesure d’exécuter de manière autonome plusieurs tâches habituellement réalisées par des chercheurs, notamment la sélection de sites de liaison, l’utilisation d’outils de bio-informatique ou la gestion d’échecs expérimentaux.

    Dans une étude interne portant sur 14 cibles protéiques, neuf auraient permis l’identification de candidats jugés prometteurs pour le développement de nouveaux traitements.

    Anthropic indique également que Mythos 5 peut formuler des hypothèses inédites en biologie moléculaire. Lors d’évaluations en aveugle, ses propositions auraient été préférées à celles de modèles de la famille Opus dans environ 80 % des cas.

    Une expérimentation autonome en génomique

    L’entreprise rapporte enfin une expérience de recherche conduite pendant plus d’une semaine de manière largement autonome.

    Selon Anthropic, le modèle a agrégé des données unicellulaires couvrant plusieurs millions de cellules issues de 138 espèces animales avant de développer son propre modèle de machine learning pour identifier des cellules partageant des fonctions biologiques similaires. Le modèle obtenu aurait surpassé une méthode récemment publiée dans la revue Science tout en étant cent fois plus compact.

    Un tarif réduit par rapport à Mythos Preview

    Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 sont proposés au prix de 10 dollars par million de tokens en entrée et 50 dollars par million de tokens en sortie. Anthropic indique que ce niveau tarifaire représente moins de la moitié du coût appliqué jusqu’à présent à Claude Mythos Preview.

     

  • Innovation en santé : le Think Tank Santé Société appelle à une gouvernance nationale pour éviter la dispersion des initiatives

    L’innovation ne manque pas, son déploiement reste insuffisant

    Dans sa recommandation 2026, le Think Tank Santé Société défend l’idée que l’innovation peut constituer un levier de transformation du système de santé, à condition qu’elle soit intégrée dans une stratégie cohérente et pilotée à l’échelle nationale. Face aux tensions démographiques, épidémiologiques et financières qui pèsent sur le système, le groupe considère que l’enjeu n’est plus seulement de produire des innovations, mais de les orienter, les financer, les évaluer et les diffuser.

    Le document souligne que de nombreuses innovations existent déjà, qu’elles soient thérapeutiques, numériques, organisationnelles ou liées à l’IA. Leur impact demeure toutefois limité lorsque les parcours de soins restent fragmentés ou lorsque les patients concernés n’y accèdent pas.

    Diabète, hypertension et insuffisance rénale : trois exemples de décalage entre innovation et résultats

    Le rapport s’appuie sur trois maladies chroniques pour illustrer ce constat.

    Dans le diabète, les progrès technologiques ont été importants, avec notamment les capteurs de glucose en continu, les pompes à insuline connectées et de nouvelles classes thérapeutiques. Pourtant, les amputations et les complications podologiques restent à un niveau élevé.

    Le même constat est dressé pour l’hypertension artérielle. Malgré des traitements efficaces, un hypertendu sur deux ignore sa maladie et seul un patient sur quatre bénéficie d’un contrôle satisfaisant de sa pression artérielle. Le rapport appelle à renforcer la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique et l’adhésion aux traitements.

    Concernant l’insuffisance rénale chronique, les innovations thérapeutiques permettent désormais de ralentir l’évolution vers le stade terminal. Mais six millions de personnes seraient concernées, souvent sans diagnostic. Les auteurs estiment que la priorité est désormais organisationnelle : repérage des patients à risque, dépistage et accès aux traitements.

    Une vision élargie de l’innovation

    Le Think Tank défend une définition large de l’innovation en santé. Celle-ci ne se limite pas aux médicaments ou aux dispositifs médicaux. Elle englobe également les organisations de soins, les services numériques, la télésanté, l’intelligence artificielle, l’éducation thérapeutique ou encore les nouvelles formes de coopération entre acteurs.

    Le rapport insiste également sur la nécessité d’éviter l’empilement des dispositifs. Une innovation n’a d’intérêt que si elle remplace ou transforme des pratiques devenues obsolètes et s’intègre dans une chaîne de valeur cohérente.

    Onze conditions pour transformer le système

    Pour faire de l’innovation un levier de transformation, les auteurs identifient plusieurs priorités d’action.

    La première consiste à renforcer les capacités de prospective. Le rapport propose de structurer la veille existante au sein d’une instance capable d’identifier les tendances et d’anticiper les impacts organisationnels des innovations. Il cite notamment le programme OSE 2050, lancé en mars 2026 pour explorer les futurs possibles de l’offre de santé.

    Le Think Tank appelle également à hiérarchiser les priorités et à fixer des objectifs mesurables, en s’appuyant sur une stratégie nationale de santé et une programmation pluriannuelle. Selon ses membres, cette visibilité est indispensable pour orienter les investissements, la recherche et l’évaluation.

    Parmi les autres recommandations figurent :

    • Une transparence des données et des indicateurs de performance.
    • Le développement d’un véritable management de l’innovation dans les établissements.
    • La simplification et l’accélération du dispositif d’expérimentation Article 51.
    • La refonte de la nomenclature des actes médicaux afin de mieux valoriser les pratiques pertinentes.
    • L’évaluation des innovations à l’échelle européenne.
    • L’intégration de la soutenabilité financière parmi les critères de décision.
    • Le renforcement de la souveraineté industrielle et technologique.

    Accélérer le passage à l’échelle

    Le document souligne que le principal défi réside désormais dans le déploiement des innovations validées. Les auteurs citent notamment le dispositif Article 51, qui a permis le dépôt de 1 264 projets depuis 2018, dont 158 ont été autorisés et 66 menés à leur terme. Malgré ces résultats, la généralisation des expérimentations jugées concluantes reste lente.

    Pour le Think Tank, l’innovation ne pourra produire ses effets qu’à travers une transformation plus profonde des organisations, des modes de financement et de la coordination des parcours. Le rapport conclut que la soutenabilité du système de santé dépendra moins de l’accumulation de solutions isolées que de la capacité collective à les intégrer dans une stratégie de long terme.

  • Accès aux données de santé : la PDS allège le protocole scientifique, une nouvelle version obligatoire dès novembre 2026

    Un protocole scientifique simplifié pour les projets de recherche

    La Plateforme des données de santé fait évoluer les modalités de constitution des dossiers d’accès aux données de santé qui nécessitent une autorisation de la CNIL.

    Depuis juin, une nouvelle version du modèle de protocole scientifique est disponible. L’objectif est de simplifier les démarches réglementaires en supprimant les sections relatives à la protection de la vie privée, à la sécurité des systèmes d’information et à la confidentialité des données. Ces éléments sont désormais renseignés directement dans le formulaire de demande d’autorisation de la CNIL.

    Cette évolution concerne l’ensemble des projets mobilisant des données de santé non anonymisées et soumis à la procédure d’autorisation.

    Une entrée en vigueur prévue à l’automne 2026

    Une période transitoire a été mise en place afin de permettre aux porteurs de projets de s’approprier ce nouveau cadre documentaire.

    La nouvelle version du protocole scientifique deviendra obligatoire pour tous les dossiers examinés lors de la séance du CESREES du 12 novembre 2026. La date limite de dépôt des dossiers concernés est fixée au 21 octobre 2026.

    Les porteurs de projets préparant une demande d’accès aux données de santé sont ainsi invités à utiliser dès à présent les nouveaux documents mis à disposition par la PDS.

    De nouveaux outils pour accompagner les porteurs de projets

    Afin d’accompagner cette simplification, la Plateforme des données de santé a actualisé plusieurs documents de référence :

    • Le modèle de protocole scientifique.
    • Le résumé type du protocole.
    • La checklist des éléments clés du protocole.
    • La checklist de conformité à la procédure simplifiée destinée aux porteurs de projets.

    L’organisme met également à disposition un arbre de décision qui permet d’identifier la checklist réglementaire adaptée au projet, qu’il s’agisse des méthodologies de référence MR-004, MR-007 ou MR-008. L’ensemble de ces ressources est accessible au sein du « Starter Kit pour l’autorisation CNIL », élaboré conjointement par la PDS, la Cnam et le CESREES.

    La Plateforme des données de santé rappelle son rôle de point d’entrée unique pour les projets nécessitant une autorisation d’accès aux données de santé.

    Avant toute transmission à la CNIL, les dossiers sont instruits par le Comité éthique et scientifique pour les recherches, les études et les évaluations dans le domaine de la santé (CESREES). Un dossier incomplet ne peut être examiné ni transmis aux autorités compétentes.

    Un nouveau formulaire CNIL au cœur du dispositif

    La simplification du protocole scientifique s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation des procédures.

    La CNIL a en effet mis en ligne une nouvelle version de son formulaire de demande d’autorisation destiné aux traitements de données de santé. Ce formulaire vise à faciliter la préparation des dossiers, à mieux identifier les éléments attendus et à accélérer leur instruction.

    Des exigences documentaires maintenues

    Malgré l’allègement du protocole scientifique, plusieurs pièces demeurent obligatoires pour l’instruction des demandes.

    Les porteurs de projets doivent notamment fournir un protocole scientifique complet, un résumé standardisé, les déclarations publiques d’intérêts des responsables du traitement et de la mise en œuvre, ainsi que, le cas échéant, les documents relatifs à l’information des personnes concernées.

    Pour les projets mobilisant les données du Système national des données de santé (SNDS), une expression de besoin détaillée, des éléments démontrant la conformité du système d’information ainsi qu’une analyse d’impact peuvent également être exigés.

    La PDS recommande par ailleurs de joindre systématiquement la checklist de conformité à la procédure simplifiée applicable afin de faciliter l’instruction des dossiers.

     

  • Data Challenge ANNITIA : 125 équipes mobilisées pour améliorer la prédiction des complications hépatiques

    Après neuf semaines de compétition et plus de 10 600 modèles soumis, trois équipes ont été récompensées pour leurs approches basées sur l’intelligence artificielle.

    Une compétition internationale dédiée à la médecine prédictive

    L’IHU ICAN a dévoilé les résultats du Data Challenge ANNITIA, une compétition internationale qui vise à développer de nouveaux modèles prédictifs capables d’anticiper l’évolution de la stéatose hépatique métabolique (MASLD), une pathologie chronique du foie qui touche environ 30 % de la population adulte mondiale.

    Soutenue par le plan France 2030 et la Plateforme des données de santé, l’initiative a mobilisé plus de 125 équipes de chercheurs, data scientists et spécialistes de l’IA. En neuf semaines, les participants ont soumis plus de 10 600 modèles dans le cadre d’un défi centré sur la prédiction du risque de progression de la maladie et de la survenue d’événements hépatiques.

    Pour concevoir leurs algorithmes, les participants ont eu accès à une base de données anonymisées regroupant des informations cliniques, biologiques et les résultats de plusieurs tests non invasifs utilisés dans l’évaluation de la fibrose hépatique, notamment FibroScan, FibroTest et Aixplorer.

    L’enjeu consistait à exploiter ces données longitudinales afin de modéliser simultanément l’évolution de différents biomarqueurs et prédire la survenue d’événements liés à la progression de la MASLD.

    Trois approches distinguées

    Première place pour une stratégie à double trajectoire

    Le premier prix a été attribué à Andrija Štajduhar, basé en Croatie. Son approche repose sur deux trajectoires de survie distinctes, orientées selon une règle clinique fondée sur la rigidité hépatique mesurée par FibroScan. Selon le profil du patient, le modèle mobilise soit une combinaison de Random Survival Forest et XGBoost-Cox, soit un ensemble de modèles LightGBM, XGBoost et CatBoost. Les deux trajectoires sont fusionnées lorsque les classements de risque divergent significativement.

    Un ensemble de modèles spécialisés en deuxième position

    David Foster, au Royaume-Uni, décroche la deuxième place avec une architecture associant six modèles de survie (Coxnet, RSF, GBSA, EST, CGBS et CatBoost AFT) à un réseau neuronal de type GRU. Sa stratégie prévoit également une orientation spécifique des 25 % de patients les plus sévèrement atteints vers un modèle dédié à la progression active de la fibrose. Entre 131 et 284 variables dérivées ont été créées pour alimenter les différents sous-modèles.

    L’analyse des trajectoires biologiques récompensée

    Le troisième prix revient à Abdourahamane Ide Salifou, du Rwanda. Son approche part du principe que l’évolution des tests non invasifs dans le temps constitue un indicateur plus pertinent qu’une mesure ponctuelle. Le modèle combine quatre algorithmes de survie (GBSA, RSF, CoxNet et XGBoost-Cox) enrichis par des variables calculées à partir des variations observées sur les différents tests de suivi.

    Des modèles publiés en open source

    Les trois équipes lauréates se partageront une dotation de 14 000 euros. En contrepartie, leurs modèles ont été publiés en open source afin de favoriser leur réutilisation, leur validation indépendante et leur amélioration par la communauté scientifique.

    Cette volonté d’ouverture s’étend également aux données du challenge. La base utilisée dans le cadre de la compétition doit prochainement être publiée en open data, pour permettre à d’autres équipes de poursuivre les travaux engagés sur la prédiction de la progression de la MASLD.

     

  • Déserts médicaux : deux amendements au Sénat proposent d’intégrer davantage la télémédecine dans l’offre de soins

    La télémédecine s’invite dans les débats sur l’accès aux soins

    À l’occasion de l’examen de la proposition de loi portée par Guillaume Garot sur l’accès aux soins dans les territoires confrontés aux déserts médicaux, deux amendements qui visent à renforcer l’intégration de la télémédecine dans l’organisation des soins ont été déposés au Sénat.

    • L’amendement n°33 prévoit une intégration plus large de la télémédecine dans l’organisation des soins, avec une attention particulière portée aux soins non programmés.
    • L’amendement n°32 poursuit le même objectif en reconnaissant la télémédecine comme un levier de réponse aux difficultés d’accès à l’offre de soins.

    Pour Lyleoo, le dépôt de ces deux amendements constitue une étape dans la prise en compte des outils numériques de santé au sein des politiques de lutte contre les inégalités territoriales. Leur recevabilité a été jugée conforme à l’objet du texte examiné, validant leur lien avec les problématiques d’accès aux soins.

    Répondre à la pénurie de professionnels de santé

    Dans un contexte marqué par les difficultés de recrutement et la raréfaction de l’offre médicale dans certains territoires, Lyleoo estime que la télémédecine et la téléexpertise peuvent contribuer à renforcer la coordination entre professionnels de santé, accélérer les parcours de soins et faciliter l’accès des patients à une expertise médicale.

    “La télémédecine n’a pas vocation à remplacer la médecine présentielle, mais à la compléter efficacement pour garantir un accès aux soins plus équitable sur l’ensemble du territoire”, déclare Jean-Valery Desens, cofondateur de Lyleoo.

    Les amendements n°32 et n°33 doivent désormais être examinés en séance publique au Sénat le 11 juin.

     

  • Cegedim Santé déploie l’assistant vocal IA de Vocca auprès des utilisateurs de Maiia

    Cegedim Santé a annoncé, le 8 juin, un partenariat avec Vocca, start-up française fondée en 2024 et spécialisée dans les agents conversationnels IA pour la santé. L’accord porte sur l’intégration native de l’assistant téléphonique de Vocca à Maiia Agenda, afin d’automatiser une partie des appels entrants dans les cabinets médicaux, paramédicaux, centres de santé et MSP équipés par Cegedim Santé.

    L’assistant Vocca peut prendre, modifier ou annuler des rendez-vous en temps réel dans Maiia Agenda, en appliquant les règles métier de chaque praticien. Il peut aussi traiter des renouvellements d’ordonnance, demandes administratives, confirmations de rendez-vous ou rappels d’examens.

    Les appels qui nécessitent une intervention humaine sont transférés selon otocoles du cabinet ou du centre, avec une priorisation des situations. La solution est hébergée en France et présentée comme conforme au RGPD.

    65 % à 85 % des demandes automatisées

    Selon une étude interne Vocca menée sur son parc clients depuis 24 mois, l’assistant automatise entre 65 % et 85 % des demandes patients. Cegedim Santé met aussi en avant une joignabilité 24/7, y compris hors horaires d’ouverture, week-ends et jours fériés.

    Le partenariat vise également à réduire les interruptions des secrétariats médicaux, faciliter la gestion des appels dans les structures pluriprofessionnelles, synchroniser les agendas et renforcer la prévention des rendez-vous non honorés. Cegedim Santé indique que Maiia affiche un taux de no-show de 1,83 % en 2025, toutes catégories de professionnels confondues.

    Les clients Maiia peuvent demander l’activation de l’assistant Vocca auprès de Cegedim Santé ou de Vocca.