Nabil

  • Alzheimer : un test sanguin pour accélérer l’accès au diagnostic

    Des délais pouvant atteindre un an pour accéder au diagnostic

    Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer repose sur un enchaînement d’étapes associant médecine générale, évaluation neurocognitive spécialisée, imagerie cérébrale et, dans certains cas, analyse du liquide céphalo-rachidien par ponction lombaire.

    Si ce parcours fait référence sur le plan clinique, son accessibilité demeure limitée.

    Les consultations dans les centres mémoire affichent des délais d’attente pouvant varier de trois mois à un an selon les territoires. Cette situation contribue au sous-diagnostic de la maladie : en France, près de 53 % des personnes concernées seraient non ou mal diagnostiquées, alors que près de 225 000 nouveaux cas sont recensés chaque année.

    La pression sur la filière devrait s’intensifier avec le vieillissement démographique. Le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans devrait atteindre 5 millions d’ici 2050, contre environ la moitié aujourd’hui.

    Un test sanguin pour mieux orienter les patients

    C’est dans ce contexte que Cerba HealthCare introduit le dosage du biomarqueur sanguin pTau217 dans son offre de biologie spécialisée. Réalisé à partir d’une simple prise de sang, ce test vise à mieux sélectionner les patients devant bénéficier d’examens complémentaires.

    L’objectif est d’identifier plus précocement les patients devant être adressés vers les filières spécialisées. À l’inverse, il pourrait éviter à certains patients des explorations complémentaires lourdes lorsqu’une origine Alzheimer apparaît peu probable.

    Cette approche vise à mieux hiérarchiser les demandes adressées aux centres experts et à optimiser l’utilisation des ressources diagnostiques disponibles.

    Le biomarqueur sanguin le plus performant à ce jour

    Le pTau217 est aujourd’hui considéré comme le biomarqueur sanguin le plus performant pour détecter les processus biologiques associés à la maladie d’Alzheimer.

    Selon les données disponibles, sa précision discriminative atteint une aire sous la courbe comprise entre 0,90 et 0,96, contre 0,75 à 0,90 pour le biomarqueur pTau181, utilisé jusqu’à présent comme référence.

    Le pTau217 présente également une meilleure corrélation avec les marqueurs de référence de la maladie, qu’il s’agisse de la charge amyloïde observée au PET-scan ou des biomarqueurs mesurés dans le liquide céphalo-rachidien.

    L’intérêt du pTau217 dépasse la seule performance analytique. Son intégration dans le parcours de soins pourrait contribuer à réorganiser la prise en charge diagnostique de la maladie d’Alzheimer en rapprochant les capacités de dépistage du premier recours.

    En permettant un tri plus précoce des patients avant l’accès aux examens spécialisés, ce test pourrait réduire l’errance diagnostique et accélérer l’orientation vers les consultations mémoire.

    Pour les acteurs du système de santé, l’enjeu est désormais d’intégrer ce nouvel outil dans des parcours déjà fortement sollicités.

     

  • Urgences : les délais s’allongent dans les services les plus fréquentés, un patient sur dix attend plus de 2h30 avant le début des soins (Drees)

    Des délais initiaux très variables selon l’affluence

    Dix ans après la précédente édition de l’enquête Urgences, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques publie une analyse détaillée des différentes étapes du parcours des patients aux urgences : enregistrement, tri, prise en charge médico-soignante, orientation vers une unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) ou recherche d’un lit d’aval.

    Selon les données recueillies lors d’une journée moyenne d’activité en semaine en juin 2023, la moitié des patients attendent moins de 8 minutes entre leur enregistrement et la première évaluation, dite « tri ». À l’inverse, un patient sur dix attend plus de 30 minutes avant cette étape.

    Après le tri, la moitié des patients accèdent à une prise en charge médico-soignante en moins de 16 minutes. Toutefois, pour un patient sur dix, ce délai dépasse deux heures.

    Au total, entre l’enregistrement et le début effectif des soins, moins de 30 minutes s’écoulent pour la moitié des patients, tandis qu’un patient sur dix attend plus de 2 heures 30.

    Les pics de fréquentation pèsent sur les temps d’attente

    L’étude met en évidence un effet marqué de l’affluence sur les délais observés.

    Les temps d’attente avant la prise en charge médico-soignante sont plus élevés pour les personnes arrivant en début d’après-midi, période correspondant aux pics quotidiens de fréquentation des urgences. Les points d’accueil enregistrant les volumes les plus importants présentent également des délais plus longs.

    Ces résultats illustrent l’impact de la pression d’activité sur les premières étapes du parcours de soins, malgré les mécanismes de priorisation mis en œuvre lors du tri.

    Plus de deux heures de prise en charge pour la moitié des patients

    Une fois les soins engagés, la moitié des patients quittent les urgences plus de deux heures après le début de leur prise en charge. Les patients nécessitant une admission dans un autre service hospitalier connaissent des parcours plus longs que ceux retournant à domicile.

    Des difficultés pour trouver un lit d’hospitalisation

    La recherche d’un lit d’aval demeure un point de tension important.

    Pour la moitié des patients concernés, un lit est trouvé en moins de 15 minutes, un niveau comparable à celui observé lors de l’enquête de 2013. En revanche, pour un patient sur dix, cette étape nécessite désormais plus de 6 heures 10, soit une augmentation de 2 heures 20 par rapport à 2013.

    L’obtention d’un lit apparaît plus difficile le matin, pour les personnes âgées et dans les structures accueillant les volumes les plus importants de patients.

     

  • Parcours : 98 % des généralistes déclarent des difficultés d’adressage vers les spécialistes

    Une difficulté devenue quasi générale

    L’URPS Médecins libéraux Île-de-France a interrogé les médecins généralistes franciliens sur leurs conditions d’adressage vers les spécialistes. L’enquête, diffusée auprès de 8 118 praticiens, a recueilli 299 réponses, soit un taux de participation de 4 %.

    Parmi les répondants, 98 % indiquent rencontrer des difficultés pour orienter leurs patients vers d’autres spécialités médicales sur leur territoire. Les rares médecins ne déclarant pas de difficultés exercent pour moitié à Paris.

    La fréquence du phénomène est élevée : 29 % des répondants affirment y être confrontés plusieurs fois par jour et 39 % plusieurs fois par semaine. Au total, plus des deux tiers des médecins interrogés signalent des difficultés récurrentes dans leur activité quotidienne.

    Faute d’accès aux spécialistes, 63 % des médecins prescrivent davantage d’examens

    Ces difficultés d’accès aux spécialistes ont des conséquences sur la prise en charge des patients. Près des deux tiers des répondants (63 %) déclarent prescrire davantage d’examens complémentaires qu’ils ne le feraient dans un parcours de soins fluide. Cette proportion atteint 77 % concernant les arrêts maladie.

    Pour les médecins interrogés, l’impossibilité d’obtenir rapidement un avis spécialisé conduit à prolonger certaines situations cliniques, à retarder les prises en charge et à maintenir plus longtemps les patients hors de leur activité professionnelle.

    Dermatologie et psychiatrie en première ligne

    La dermatologie apparaît comme la spécialité la plus difficile d’accès, citée par 74 % des répondants.

    Elle est suivie par la psychiatrie (50 %), la rhumatologie (35 %), l’endocrinologie-diabétologie-nutrition (28 %), la neurologie (24 %), puis l’allergologie et la cardiologie-maladies vasculaires (17 % chacune).

    Par ailleurs, plusieurs spécialités citées comme les plus difficiles à mobiliser comptent une forte proportion de praticiens âgés de plus de 60 ans, notamment la dermatologie (57 %), la psychiatrie (54 %) ou encore la rhumatologie (42 %), alimentant les inquiétudes concernant les départs à la retraite à venir.

    La télé-expertise comme solution partielle

    Face aux difficultés d’accès, 63 % des répondants déclarent avoir recours à la télé-expertise, contre 37 % qui n’y recourent pas. Les usages concernent principalement la dermatologie, mais aussi l’hématologie, la cardiologie ou l’endocrinologie, via des plateformes telles qu’Omnidoc ou Direct AP-HP.

    Les médecins y voient un moyen d’obtenir rapidement un avis spécialisé et de faciliter certaines prises en charge. Toutefois, les répondants évoquent également plusieurs limites : temps consacré à la constitution des dossiers, organisation jugée complexe, réponses parfois incomplètes ou absence de retour, ainsi qu’une inadéquation pour certaines situations nécessitant un examen clinique.

    L’enquête souligne également que certains praticiens perçoivent la télé-expertise comme un passage devenu nécessaire pour accéder aux soins spécialisés plutôt qu’un simple outil complémentaire.

    Dépassements d’honoraires, coordination et démographie médicale

    De nombreux répondants pointent la raréfaction de l’offre spécialisée, l’allongement des délais de rendez-vous et les difficultés d’accès aux spécialistes exerçant en secteur 1. Les dépassements d’honoraires sont fréquemment mentionnés comme un facteur de renoncement aux soins, notamment pour les patients les plus précaires.

    Les médecins évoquent également des problèmes organisationnels : difficulté à joindre directement les confrères, multiplication des canaux de communication, manque de coordination entre professionnels ou encore insuffisances des outils d’orientation. Plusieurs répondants regrettent l’absence d’un annuaire opérationnel permettant d’identifier rapidement les spécialistes disponibles.

    Enfin, plusieurs témoignages alertent sur les conséquences des départs à la retraite attendus dans certaines spécialités et territoires, en particulier en grande couronne francilienne, où les patients doivent parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour obtenir une consultation spécialisée.

    Une pression sur la médecine générale

    Au-delà des difficultés d’orientation, les répondants décrivent un transfert progressif de certaines missions vers la médecine générale. Faute d’accès rapide à un spécialiste, les généralistes déclarent être amenés à assurer davantage de suivi, à multiplier les examens intermédiaires et à gérer des situations complexes relevant habituellement d’autres disciplines.

  • Anthropic ouvre Claude Mythos à l’ENISA avant l’entrée en vigueur des pouvoirs de contrôle de l’AI Act

    L’ENISA obtient un accès inédit à Claude Mythos

    Pour la première fois, une institution européenne se voit proposer un accès à Claude Mythos, le modèle d’Anthropic. La décision a été transmise à la Commission européenne durant le week-end du 31 mai, après plusieurs semaines d’échanges.

    Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, a évoqué auprès du Financial Times « les dernières avancées concernant un accès futur potentiel ».

    De son côté, un porte-parole de l’ENISA a indiqué à GovInfoSecurity que l’agence examinait encore les conditions de cet accès. Au 2 juin 2026, les modalités opérationnelles n’étaient pas finalisées. Jusqu’à présent, seuls les États-Unis et le Royaume-Uni, par l’intermédiaire de l’AI Security Institute, disposaient d’un accès au modèle.

    Une séquence qui précède les pouvoirs d’exécution de l’AI Act

    Cette ouverture intervient dans une période transitoire du règlement européen sur l’intelligence artificielle. Depuis le 2 août 2025, les fournisseurs de modèles d’IA à usage général présentant un risque systémique sont soumis aux exigences de sécurité et de sûreté prévues par l’article 55 de l’AI Act.

    En revanche, les pouvoirs exclusifs de supervision et de mise en œuvre confiés à la Commission européenne par l’article 88 n’entreront en vigueur que le 2 août 2026.

    Les obligations des articles 53 et 55, notamment en matière de documentation technique, de coopération avec l’AI Office et de signalement d’incidents, sont déjà applicables. À partir du 2 août 2026, l’article 101 permettra à la Commission d’infliger des sanctions pouvant atteindre 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial ou 15 millions d’euros, le montant le plus élevé étant retenu, notamment en cas de refus de fournir un accès au modèle dans le cadre d’une évaluation de conformité.

    Dans ce contexte, la négociation engagée directement avec Anthropic traduit l’absence actuelle de levier contraignant pour les autorités européennes.

    Un contraste avec l’approche d’OpenAI

    L’ouverture accordée à l’ENISA contraste avec les annonces réalisées par OpenAI quelques semaines plus tôt. Le 11 mai 2026, l’entreprise avait indiqué que GPT-5.5-Cyber serait accessible à des partenaires européens, incluant des gouvernements, des autorités de cybersécurité, des entreprises ainsi que l’AI Office de la Commission européenne.

    Dans le cas d’Anthropic, l’accord en cours concerne l’ENISA et non directement l’AI Office. Jusqu’au 1er juin 2026, l’entreprise maintenait son refus d’ouvrir Mythos aux autorités européennes, près de deux mois après l’annonce de Project Glasswing.

    Une continuité avec les accords conclus aux États-Unis et au Royaume-Uni

    L’accord envisagé avec l’ENISA s’inscrit dans une série de coopérations déjà engagées par Anthropic avec des institutions publiques. Aux États-Unis, le NIST a annoncé dès août 2024 des accords de collaboration avec Anthropic et OpenAI portant sur la recherche, les tests et l’évaluation de la sécurité des systèmes d’IA. Au Royaume-Uni, l’AI Security Institute conduit depuis novembre 2023 des évaluations de modèles d’IA de frontière selon une logique de coopération volontaire comparable à celle qui se dessine aujourd’hui avec l’ENISA.

  • Hospitalisations : la Cour des comptes chiffre à 4,2 Md€ par an le coût des séjours évitables et prolongés

    30 000 patients chaque jour

    Dans son rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale pour 2026, la Cour des comptes consacre un chapitre aux hospitalisations inadéquates, définies comme les admissions qui auraient pu être évitées grâce à une prise en charge en ville ou les séjours dont la durée excède les références médicales attendues.

    Selon la juridiction financière, ces situations concernent en moyenne près de 30 000 patients chaque jour. Elles représentent non seulement un enjeu financier, mais aussi un enjeu de santé publique. Chaque journée d’hospitalisation non nécessaire accroît les risques de perte d’autonomie, de désocialisation et d’infection nosocomiale.

    Le coût global est estimé à 4,2 Md€ par an, dont 3,2 Md€ liés aux séjours anormalement longs et 1 Md€ aux admissions évitables.

    Des séjours prolongés dans tous les secteurs hospitaliers

    La Cour a analysé les hospitalisations en médecine, chirurgie et obstétrique, en soins médicaux et de réadaptation et en psychiatrie.

    En court séjour, 279 000 admissions sont considérées comme évitables en 2024. Plus de la moitié concernent l’insuffisance cardiaque. La France se situait au 29e rang sur 36 pays de l’OCDE pour cet indicateur en 2019. Les hospitalisations évitables touchent davantage les personnes âgées et les patients insuffisamment suivis en médecine de ville.

    Les séjours anormalement longs représentent 2,7 millions de journées en MCO, soit l’équivalent de 7 400 patients hospitalisés chaque jour.

    En SMR, la Cour estime à 3,9 millions le nombre de journées inadéquates en 2024, correspondant à environ 10 800 patients quotidiens qui pourraient relever d’une autre prise en charge, notamment médico-sociale ou à domicile.

    La psychiatrie présente également des volumes élevés. Hors soins sans consentement, 4,2 millions de journées dépassent 90 jours d’hospitalisation, soit 11 479 patients en moyenne quotidienne susceptibles de bénéficier d’une orientation différente.

    Un potentiel d’économies estimé à 3,2 Md€

    Au total, la Cour évalue à 10,8 millions le nombre de journées inadéquates dans les trois secteurs. Leur coût brut atteint 5,6 Md€ par an.

    Après prise en compte du financement de solutions alternatives (hospitalisation à domicile, structures médico-sociales, hébergement social ou suivi ambulatoire) l’économie nette potentielle est estimée à 3,2 Md€.

    La CNAM évalue par ailleurs à 980 M€ par an le surcoût des hospitalisations potentiellement évitables et vise une réduction de 30 % sur quatre ans, soit environ 300 M€ d’économies.

    Vieillissement, précarité et manque de solutions d’aval

    La Cour identifie quatre facteurs récurrents.

    • Le premier concerne les difficultés de sortie liées au manque de places dans les structures médico-sociales ou sociales, notamment pour les personnes âgées ou souffrant de troubles psychiques.
    • Le deuxième est la précarité. Les patients confrontés à des difficultés administratives, à l’absence de logement adapté ou à l’isolement social connaissent davantage de séjours prolongés.
    • Le troisième facteur est le poids des admissions non programmées via les urgences, particulièrement chez les personnes âgées, pour lesquelles la sortie est plus difficile à anticiper.
    • Enfin, la Cour souligne le développement encore insuffisant de l’ambulatoire. En chirurgie, 1,28 million d’interventions resteraient transférables vers ce mode de prise en charge selon la CNAM.

    Le vieillissement démographique accentue ces tensions. Les plus de 50 ans représentent déjà 82 % des journées de séjours anormalement longs en court séjour. La population des 75-85 ans devrait progresser de 49 % entre 2020 et 2030, augmentant la pression sur les capacités hospitalières et médico-sociales.

    HAD, équipes mobiles et coordination territoriale

    Pour réduire ces hospitalisations, la Cour recense plusieurs initiatives locales : cellules de gestion des lits, anticipation des sorties, développement de l’hospitalisation à domicile, équipes mobiles de soins, hébergements temporaires et partenariats avec les services d’aide à domicile.

    L’HAD apparaît comme un levier important. En Normandie, plus de 118 000 journées d’hospitalisation seraient transférables à domicile. Pour les résidents d’EHPAD, 25 % des journées d’hospitalisation sont déjà réalisées sous cette forme, avec des écarts importants selon les territoires.

    La Cour souligne également le rôle de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation, de l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux, de la CNAM et des agences régionales de santé dans le pilotage des actions de réduction des séjours inadéquats.

    La Cour appelle à un plan pluriannuel

    Si les initiatives existent, elles restent dispersées. La Cour estime qu’un changement d’échelle est nécessaire à travers un plan pluriannuel de réorganisation de l’offre sanitaire, sociale et médico-sociale, articulé à l’échelle des territoires.

    L’objectif avancé est une réduction de 30 % des hospitalisations inadéquates sur quatre ans, ce qui permettrait de dégager 1,3 Md€ d’économies pour la Sécurité sociale.

  • IA : les LLM les plus confiants sont aussi ceux qui se trompent le plus sur les tâches difficiles

    Dans le contexte des LLM, la confiance désigne le degré de certitude que le système associe à une réponse. Ce signal, généralement exprimé sous forme de probabilité interne, est parfois utilisé pour aider les utilisateurs à évaluer la fiabilité d’un résultat. Une bonne calibration suppose que le niveau de confiance affiché corresponde au taux réel de réponses correctes.

    Une surconfiance qui augmente avec la difficulté des tâches

    La confiance affichée par GPT-4o, ChatGPT et GPT-o3 dépasse leur niveau réel de précision, et l’écart s’accentue sur les tâches les plus difficiles. À l’inverse, les modèles tendent à sous-estimer leurs performances sur les tâches les plus simples.

    Ce constat est au cœur d’un preprint, rédigé par des chercheurs de l’USC Marshall School of Business et de l’UC Berkeley Haas School of Business.

    Selon les auteurs, le signal de confiance fourni par les modèles devient ainsi le moins fiable précisément dans les situations où un superviseur humain aurait le plus besoin de s’y référer.

    LifeEval, un benchmark conçu pour mesurer la calibration

    Pour évaluer ce phénomène, les chercheurs ont développé LifeEval, un benchmark destiné à mesurer la calibration des modèles selon différents niveaux de difficulté.

    Le score moyen maximal atteignable sur l’ensemble du jeu de tests s’établit à 56,8 %. Quatre indicateurs ont été retenus : le score moyen, l’Expected Calibration Error (ECE), le niveau moyen de confiance et un coefficient de régression reliant la difficulté d’une tâche à la surconfiance observée.

    Les résultats mettent en évidence un effet dit « hard-easy » : la surconfiance atteint son niveau le plus élevé sur les tâches complexes, tandis que les tâches simples donnent lieu à une sous-confiance marquée.

    Les auteurs s’appuient notamment sur les travaux de Don A. Moore, spécialiste des mécanismes de surconfiance. Ils soulignent toutefois que l’analogie avec les biais observés chez l’humain reste à confirmer, la méthodologie de comparaison n’étant pas détaillée à ce stade.

    Des résultats à interpréter avec prudence

    Les chercheurs rappellent que LifeEval couvre uniquement GPT-4o, ChatGPT et GPT-o3. Les conclusions ne peuvent donc pas être généralisées à l’ensemble des modèles du marché.

    Par ailleurs, l’étude n’a pas encore fait l’objet d’une évaluation par les pairs. Si le protocole préenregistré renforce la robustesse interne des résultats, il ne garantit pas leur validité sur d’autres familles de modèles ou sur de futures versions.

    Plusieurs études convergentes en 2026

    Plusieurs travaux publiés en 2026 aboutissent à des conclusions similaires.

    Une étude de Cognizant menée sur 24 000 essais montre que les modèles les moins performants sont aussi les plus surconfiants. Dans le domaine médical, une évaluation de 48 LLM publiée dans npj Gut and Liver conclut que les modèles estiment mal leur propre niveau de certitude.

    Enfin, une équipe associant Johns Hopkins University, le MIT et Microsoft Healthcare a observé que des modèles conservent un niveau de confiance élevé lorsqu’ils produisent des hallucinations dans des tâches de questions-réponses visuelles en santé.

    Un enjeu pour la supervision humaine prévue par l’AI Act

    Ces résultats interviennent alors que l’Union européenne prépare l’application des dispositions relatives aux systèmes d’IA à haut risque.

    L’article 14(4)(b) de l’AI Act impose que les personnes chargées de la supervision humaine restent conscientes du risque de biais d’automatisation, c’est-à-dire de la tendance à accorder une confiance excessive aux recommandations produites par un système d’IA.

    Le report de l’entrée en application de cette disposition au 2 décembre 2027, dans le cadre de l’accord politique provisoire Digital Omnibus on AI du 7 mai 2026, ne modifie pas la problématique soulevée par l’étude : la confiance affichée par les modèles est la plus élevée dans les situations où leur probabilité d’erreur est également la plus forte.

    L’obligation de supervision humaine demeure une responsabilité organisationnelle du déployeur.

    Pour les organisations utilisant des modèles de langage dans des domaines tels que la santé, le recrutement ou l’évaluation du crédit, la question ne porte donc plus uniquement sur la précision des modèles, mais également sur la capacité des interfaces et des procédures de contrôle à contextualiser et interpréter les niveaux de confiance affichés.

  • EEDS : la Plateforme des données de santé ouvre un répertoire national des bases de données et un catalogue de métadonnées

    Une étape dans la préparation française à l’EEDS

    Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre du règlement relatif à l’Espace européen des données de santé, entré en vigueur le 26 mars 2025. Le texte vise à renforcer le partage et la réutilisation des données de santé au sein de l’Union européenne.

    À travers ce répertoire et ce catalogue, la France se dote d’une vitrine nationale des bases de données de santé mobilisables pour la recherche et la santé publique, en préparation de leur future intégration dans l’écosystème européen de l’EEDS.

    Un répertoire national pour cartographier les bases de données de santé

    La Plateforme des données de santé (PDS), anciennement Health Data Hub, a donc annoncé fin mai, le lancement du répertoire national des bases de données de santé et du catalogue de métadonnées associé. L’objectif est d’améliorer la visibilité, la lisibilité et la transparence des données de santé disponibles en France ainsi que des usages qui en sont faits dans le cadre de projets de recherche.

    Le répertoire recense les bases de données autorisées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés et concernées par le règlement relatif à l’Espace européen des données de santé (EEDS). Pour chaque base, il identifie les projets de recherche qui l’utilisent, centralise les modalités d’exercice des droits des personnes concernées et précise les éventuelles redevances appliquées.

    Les données demeurent hébergées par leurs détenteurs. Le dispositif vise à les rendre visibles à l’échelle nationale et, à terme, européenne.

    Un catalogue de métadonnées destiné aux porteurs de projets

    En complément du répertoire, la PDS met à disposition un catalogue de métadonnées qui permet aux chercheurs, industriels et acteurs de santé d’accéder à des informations techniques sur le contenu des bases, leur structuration et leurs modalités d’accès.

    Les bases recensées sont documentées selon le standard Health DCAT-AP, afin de favoriser leur interopérabilité et leur visibilité au niveau européen. Le catalogue doit faciliter l’identification et la réutilisation des ressources françaises dans le cadre de travaux de recherche ou d’initiatives d’intérêt public.

    Pour accompagner les organismes détenteurs de données, la PDS propose un éditeur en ligne, un kit documentaire ainsi qu’un code en marque blanche permettant de déployer un catalogue propre tout en contribuant à l’EEDS.

    Une saisie unique pour un double référencement

    Le dispositif repose sur un mécanisme de saisie unique permettant d’alimenter simultanément le répertoire national et le catalogue de métadonnées.

    Les organismes disposant déjà d’un catalogue peuvent également reverser leurs métadonnées dans le catalogue de la PDS afin d’accroître leur visibilité. Cette interconnexion doit permettre une meilleure circulation des informations entre catalogues nationaux et futurs dispositifs européens.

     

  • Le CHU de Nice lance SKIN, premier tiers-lieu français dédié à la dermatologie

    Un tiers-lieu consacré à l’innovation dermatologique

    Le CHU de Nice a officiellement lancé, le 28 mai à l’hôpital Pasteur, le Tiers-Lieu d’Expérimentation SKIN (TLE-Skin), un dispositif destiné à rapprocher chercheurs, cliniciens, entreprises et patients afin d’accélérer l’évaluation des innovations dédiées à la santé de la peau.

    Labellisé dans le cadre de la stratégie nationale d’accélération en santé numérique de France 2030, ce tiers-lieu doit permettre aux startups, PME et industriels de tester leurs solutions dans un environnement clinique, au contact direct des professionnels de santé et des patients.

    Pour le professeur Thierry Passeron, chef du pôle de dermatologie du CHU de Nice et porteur du projet, il s’agit d’une première en France. « C’est le premier et unique tiers-lieu dédié exclusivement à la peau », souligne-t-il. Selon lui, la dermatologie représente seulement 0,4 % des spécialités médicales mais concentre près de 10 % des innovations développées dans le secteur de la santé.

    Répondre aux tensions de la dermatologie

    Les cancers cutanés ont triplé en trente ans et près de 200 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France, dont 15 000 mélanomes, selon les données relayées par Eurobiomed.

    Parallèlement, l’accès aux spécialistes se dégrade. Le nombre de dermatologues a reculé de 10 % en dix ans et, selon Thierry Passeron, près d’une personne sur deux confrontée à une pathologie cutanée renonce à consulter faute d’accès aux soins.

    Au-delà des cancers de la peau, les besoins concernent également les maladies inflammatoires, immunitaires ou chroniques telles que le psoriasis, l’eczéma, le vitiligo, la pelade ou certaines maladies rares, dont l’impact sur la qualité de vie peut être important.

    Une filière régionale structurée autour de la santé de la peau

    Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large portée par Eurobiomed qui vise à faire émerger une filière d’excellence en dermatologie et sciences de la peau dans le sud de la France.

    Le cluster anime le pôle Skin Excellence, qui fédère déjà près d’une centaine d’acteurs, parmi lesquels des PME, des industriels, des établissements de santé et des centres de recherche. L’objectif est de coordonner leurs travaux et de faciliter le passage des innovations vers la pratique clinique.

    Cette dynamique se traduit également par la publication d’une première cartographie régionale de la filière dermatologie. Réalisée par Eurobiomed, elle recense 84 acteurs entre l’Occitanie et la Région Sud, dont 65 entreprises, cinq CHU et plus de trente équipes de recherche. L’ensemble représenterait environ 4 000 emplois directs.

    Accompagner les projets jusqu’à l’accès au marché

    Le tiers-lieu accompagnera les porteurs de projets à différents niveaux de maturité : validation de concepts, développement technologique, expérimentation clinique, évaluation auprès des professionnels de santé et des patients, ou encore préparation de l’accès au marché.

    Les technologies concernées couvrent notamment l’imagerie médicale, la télé-expertise, l’intelligence artificielle, les dispositifs médicaux numériques et les outils d’aide au dépistage et au suivi des pathologies cutanées.

    L’objectif est de contribuer à une meilleure orientation des patients et à une optimisation des parcours de soins. Les associations de patients participeront aux évaluations afin d’examiner la pertinence clinique.

    Premières démonstrations de l’écosystème

    Lors du lancement, plusieurs entreprises ont présenté leurs innovations en téléexpertise, intelligence artificielle, pathologie digitale et dispositifs médicaux destinés au diagnostic et à la prise en charge des pathologies. Ces présentations illustrent les domaines d’innovation que le tiers-lieu entend accompagner dans les prochaines années.

    Un Skin Institute à l’horizon 2028

    Au-delà du lancement de SKIN, les porteurs du projet affichent une ambition plus large avec la création d’un Skin Institute.

    Ce futur centre regrouperait sur un même site des activités de prévention, de soins, de recherche, d’essais cliniques, d’industrie pharmaceutique et de développement de solutions fondées sur l’intelligence artificielle.

    L’objectif est de faire émerger à Nice, d’ici 2028, un pôle européen dédié à la santé de la peau, capable de rassembler les différentes composantes de l’innovation dermatologique, de la recherche fondamentale jusqu’à l’application clinique.

     

  • Médecine de précision : les hôpitaux américains butent sur le remboursement et l’intégration des données

    La médecine de précision poursuit son intégration dans les grands systèmes de santé américains. Selon un rapport du UPMC Center for Connected Medicine, plus des trois quarts des établissements interrogés disposent aujourd’hui de programmes dédiés aux tests génétiques et aux soins personnalisés.

    Environ 35 % déclarent avoir mis en place ces dispositifs depuis au moins cinq ans et près de 60 % ont nommé un responsable dédié, sous des fonctions telles que directeur de la médecine de précision ou chief genomics officer.

    Les usages se développent en particulier en oncologie, mais aussi en pharmacogénomique et dans certaines prises en charge néonatales. Pour autant, la généralisation de ces approches au-delà de programmes spécialisés reste complexe.

    Des données génomiques encore difficiles à exploiter

    Pour Adrian Lee, directeur de l’Institute for Precision Medicine de l’UPMC, trois obstacles freinent le déploiement de la médecine génomique :

    • Le remboursement des actes.
    • La formation des cliniciens.
    • Et l’intégration des données génétiques dans les dossiers patients informatisés.

    Historiquement, les programmes de génomique ont fonctionné en marge des systèmes d’information hospitaliers. Les résultats étaient souvent transmis sous forme de PDF, de fax ou via des portails externes. Les établissements cherchent désormais à convertir ces informations en données structurées, directement exploitables dans les parcours de soins. Cette évolution est considérée comme une condition préalable à l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle capables de générer des analyses ou des alertes cliniques à partir des données génomiques.

    Le remboursement, principal obstacle à l’industrialisation

    Les modalités de prise en charge financière restent très variables selon les assureurs, les indications cliniques et les types de tests. En oncologie, certains examens sont désormais largement remboursés lorsqu’ils conditionnent une décision thérapeutique, à l’image de FoundationOne CDx de Foundation Medicine ou de Signatera de Natera pour la détection de maladie résiduelle minimale.

    En revanche, le dépistage génomique à l’échelle populationnelle ou certains usages de la pharmacogénomique hors cancérologie continuent de rencontrer des difficultés de remboursement et nécessitent fréquemment des autorisations préalables. Les payeurs demandent davantage de preuves qui démontrent l’impact clinique et économique de ces approches, notamment en matière de diagnostic précoce, de réduction des hospitalisations ou d’amélioration des parcours de soins.

    Le séquençage génomique en réanimation néonatale est régulièrement cité comme exemple de bénéfice potentiel, en permettant d’identifier plus rapidement certaines maladies rares et de réduire les délais diagnostiques.

    Vanderbilt mise sur l’intégration native dans le dossier patient

    Au Vanderbilt University Medical Center, les équipes ont travaillé avec Epic pour intégrer directement les tests génétiques dans le dossier patient informatisé. Les cliniciens peuvent désormais prescrire ces examens comme n’importe quel test biologique, tandis que les résultats sont restitués sous forme de données structurées.

    Ctte évolution vise à sortir les tests génétiques d’un usage réservé aux spécialistes.

    Endeavor Health intègre la génomique dans la prescription

    Dans la région de Chicago, Endeavor Health concentre ses efforts sur la pharmacogénomique. Le groupe a intégré certaines données génétiques directement dans les outils de prescription afin d’alerter les cliniciens lorsque le profil génétique d’un patient suggère un risque d’effets indésirables ou une efficacité réduite d’un traitement.

    Au printemps 2026, plus de 50 000 dossiers patients comportaient déjà des données génomiques intégrées dans le système d’information de l’organisation.

    Le défi du « dernier kilomètre »

    Au-delà des questions technologiques et économiques, les acteurs du secteur identifient un autre frein : la difficulté à maintenir les patients dans les parcours de médecine personnalisée. Les ruptures interviennent à différentes étapes, qu’il s’agisse de l’absence de tests complémentaires, de difficultés d’accès aux traitements ciblés ou d’une perte de suivi.

    Dans le cancer du poumon, o, estime qu’environ 35 % seulement des patients reçoivent effectivement les traitements personnalisés correspondant à leur profil biologique. Pour réduire cet écart, les établissements devront renforcer la coordination des parcours, améliorer les workflows et déployer davantage d’outils d’aide à la décision, en particulier dans les hôpitaux de proximité disposant de ressources limitées.

  • Choose France 2026 : plusieurs investissements annoncés dans la santé, dont 150 M€ pour Sandoz et 140 M€ pour GSK

    Des investissements concentrés sur les capacités industrielles

    Lors de la neuvième édition de Choose France, le gouvernement a fait état de 93 milliards d’euros d’investissements étrangers annoncés en France (en promesses). Parmi les projets présentés figurent plusieurs opérations dans les secteurs pharmaceutique, biopharmaceutique et des dispositifs médicaux. Dans la santé, les investissements annoncés concernent essentiellement des sites déjà implantés sur le territoire et visent à accroître les capacités de production ou à moderniser des outils industriels existants.

    Sandoz et GSK modernisent leurs implantations françaises

    Selon les informations publiées en marge du sommet, les investissements annoncés dans la pharmacie atteindraient près de 600 millions d’euros cette année.

    Sandoz prévoit ainsi 150 millions d’euros pour son site toulousain de production de biomédicaments. De son côté, GSK doit consacrer 140 millions d’euros à la modernisation de ses installations d’Évreux, de Mayenne et de Saint-Amand-les-Eaux. D’autres industriels, dont Stallergenes, figurent parmi les entreprises ayant annoncé des extensions ou des adaptations de leurs capacités de production.

    20 M€ pour B. Braun dans les dispositifs médicaux

    Le fabricant allemand B. Braun Medical a annoncé un investissement de 20 millions d’euros sur son site de Chasseneuil-du-Poitou, spécialisé dans la production de chambres implantables utilisées notamment en oncologie. Le projet devrait s’accompagner d’une quarantaine de recrutements.

    Boehringer prévoit 500 M€ d’ici à 2030

    Le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim a annoncé un programme d’investissement de 500 millions d’euros en France d’ici à 2030, réparti sur quatre sites. Le site de Jonage (dans le Rhône), consacré à la recherche et au développement en santé animale, doit devenir opérationnel en 2027. L’entreprise y prévoit 150 emplois. Le groupe indique vouloir renforcer ses activités liées à la fièvre aphteuse, à la grippe aviaire et à la fièvre catarrhale ovine. Par ailleurs, 250 millions d’euros sont destinés au site de Saint-Priest, tandis que plus de 160 millions d’euros doivent être investis à Toulouse afin d’augmenter les volumes de production de solutions orales et de comprimés.

    Une logique de renforcement des sites existants

    Les annonces santé de Choose France 2026 se distinguent davantage par l’extension de capacités industrielles existantes que par la création de nouveaux sites de production. Les projets concernent principalement la fabrication de médicaments, de biomédicaments, de produits de santé animale et de dispositifs médicaux.