Un usage massif de l’IA, mais une formation encore insuffisante. Selon les chiffres du gouvernement, 89 % des agents publics déclarent utiliser des outils d’intelligence artificielle, alors que seuls 31 % d’entre eux ont bénéficié d’une formation dédiée. Un décalage qui fait écho aux conclusions de la Cour des comptes, laquelle soulignait dès novembre 2025 les difficultés de la France à généraliser les usages de l’IA au sein de l’administration malgré des investissements importants.
Pour répondre à ce défi, David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, a présenté le plan « Notre IA ». Son ambition : structurer les usages de l’intelligence artificielle dans la fonction publique, renforcer la formation des agents et développer une expertise interne afin d’accompagner durablement la transformation des services publics.
55 % des agents déclarent utiliser des IA informelles : la nécessité de créer des outils dédiés
L’IA est déjà au cœur de la fonction publique ; toutefois, ses usages sont majoritairement en dehors du cadre formel, entraînant un risque sécuritaire majeur. Ceci encourage le développement d’outils d’IA dédiés à la fonction publique et construits avec elle. Plus de 50 % sont déjà déployés, tel que L’Assistant, un outil conversationnel développé après dix mois d’expérimentation auprès de 10 000 agents.
Couvrant des usages divers, 58 % des projets concernent la production documentaire, la rédaction, la transcription ou la traduction, tandis que 25 % concernent l’amélioration de la relation avec les usagers. L’idée est d’offrir des outils fluidifiant le travail des agents sans les remplacer, excluant formellement tout projet de prise de décision automatisée concernant les citoyens.
Face à cette diffusion renforcée des usages, la question de leurs limites et des compétences devient centrale.
Renforcer la formation : un déploiement massif pour éviter la perte de compétences
L’internalisation des usages de l’IA est au cœur des préoccupations syndicales, qui mettent en avant les risques pour les métiers. Dans l’attente d’un accord-cadre prévu pour novembre 2026, le ministre se veut rassurant en affichant sa volonté de former les agents et non de les remplacer.
Soutenue par un guide d’usage de l’IA, la France rattrape son retard sur ses voisins britanniques en proposant à son tour un recueil de bonnes pratiques ainsi qu’un socle commun de connaissances. Ce socle est renforcé par des offres de formation dont 50 000 agents publics ont déjà bénéficié en 2025. Une dynamique qui doit s’accélérer à la rentrée 2026 avec l’intégration de l’IA à la formation continue dans les IRA, futures ISP. Une mesure témoignant de la volonté de faire des cadres non pas simplement des agents formés, mais des agents experts d’ici à 2027, répondant ainsi à un objectif d’excellence nationale.
L’IA dans la fonction publique : répondre à un enjeu de souveraineté nationale
L’objectif est de bâtir une IA publique reposant sur des technologies maîtrisées par l’État, telles que des clouds certifiés et des technologies mutualisées. Cette orientation traduit une volonté de réduire la dépendance aux prestataires externes en privilégiant un cadre public plus sécurisé et moins coûteux. « Chaque euro investi dans le recrutement de compétences internes permettra de supprimer durablement 1,5 euro de dépenses de prestations externes », précise David Amiel, engageant ainsi chaque ministère concerné dans une logique de réduction de sa dépendance aux GAFAM.
Cette stratégie économique nationale est également soutenue par Bercy avec l’annonce, en réponse à ce rapport, de la Direction de l’intelligence artificielle et du numérique (DIAN) des ministères économiques et financiers.
Cette logique de centralisation et de spécialisation se poursuit avec la création d’ARIANE (Autorité référente pour l’intelligence artificielle et le numérique de l’État), membre de la future « cellule de l’IA ». Cette commission interministérielle est conçue comme un espace de priorisation des projets, d’orientation stratégique et de suivi de la formation. Chaque ministère travaille donc dans un cadre commun tout en pouvant adapter, dans un second temps, l’IA à ses spécificités.
Notre IA : un pas de plus dans la course à l’IA, vers du quantitatif pour aller vite ou du qualitatif pour aller loin ?
Malgré une adoption désormais massive de l’intelligence artificielle, les bénéfices perçus par les agents publics demeurent relativement mesurés. Si 55 % d’entre eux estiment que leur productivité s’est légèrement améliorée grâce à ces outils et 18 % qu’elle s’est fortement améliorée, les effets sur le bien-être au travail, l’enrichissement des missions ou encore la diversité des tâches restent limités.

L’IA permet-elle simplement de produire plus rapidement, ou contribue-t-elle réellement à améliorer la qualité du service public ? Une question qui demeure au cœur du plan « Notre IA » et qui guidera l’évaluation de ses résultats dans les années à venir.