Une industrie qui conserve ses fondamentaux mais perd en compétitivité
Le Baromètre 360° 2026 de l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique, réalisé par PwC Strategy& pour le Leem, dresse un constat contrasté.
La France demeure le deuxième marché pharmaceutique européen et le deuxième employeur du secteur. L’emploi, les investissements industriels, les capacités de recherche et développement ainsi que l’accès global aux traitements restent globalement stables. Le baromètre souligne également une amélioration de la gestion des ruptures d’approvisionnement, dont le niveau retrouve celui observé en 2017.
Cette stabilité masque un décrochage progressif face à des pays qui accélèrent leurs politiques d’innovation et d’attractivité. Selon Jean-François Brochard, président du Leem, « stagner, face aux autres pays qui investissent, c’est reculer ».
Des délais d’accès aux innovations toujours parmi les plus élevés d’Europe
Le rapport met en évidence un retard persistant de la France dans l’accès aux nouveaux médicaments.
En 2025, seuls 60 % des médicaments ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne sont accessibles et remboursables en France, contre 93 % en Allemagne. La France occupe désormais la huitième place européenne sur cet indicateur.
Le délai médian entre l’autorisation de mise sur le marché et la disponibilité effective d’un médicament atteint 520 jours en France, contre 56 jours en Allemagne. Selon le Leem, cette situation résulte principalement de négociations économiques jugées trop longues et d’une reconnaissance insuffisante de la valeur de l’innovation.
Le dispositif d’accès précoce permet de réduire ces délais, mais son utilisation recule. Pour la première fois depuis sa création, plus de la moitié des médicaments considérés comme innovants par la Haute Autorité de santé (ASMR I à IV) n’ont pas fait l’objet d’une demande d’accès précoce.
La recherche clinique confrontée à une concurrence internationale renforcée
Le baromètre met également en évidence un recul de l’attractivité française pour la recherche clinique. Alors que 63 % des essais cliniques sont désormais réalisés en Asie, l’Europe n’en accueille plus que 20 %.
Sur les essais cliniques multinationaux, la France est passée de la deuxième à la quatrième place en Europe entre 2022 et 2025. La rapidité de mise en œuvre des essais devient, selon le Leem, un critère déterminant pour orienter les investissements internationaux.
Le rapport souligne également un recul de la France dans le domaine de l’innovation, avec une cinquième place mondiale pour les brevets pharmaceutiques déposés en Europe.
Une pression économique jugée dissuasive
Le Leem pointe également un environnement économique considéré comme moins favorable que dans les principaux pays concurrents.
Le taux de prélèvements obligatoires sur les entreprises pharmaceutiques atteint toujours 60 % du résultat d’exploitation, soit le niveau le plus élevé parmi les principaux pays d’Europe de l’Ouest. Les baisses annuelles de prix des médicaments ont par ailleurs atteint 1,35 milliard d’euros en 2025, un niveau inédit.
À cela s’ajoutent les incertitudes liées aux politiques internationales de prix des médicaments et aux évolutions réglementaires européennes, notamment la révision de la directive sur le traitement des eaux résiduaires urbaines, dont le coût est estimé entre 7 et 9 milliards d’euros pour les secteurs pharmaceutique et cosmétique sur la période 2028-2045.
Trois priorités pour les prochains mois
Le Leem estime que les dix prochains mois, avant l’élection présidentielle de 2027, doivent permettre de mettre en œuvre des mesures rapidement applicables.
L’organisation formule trois séries de recommandations :
- Accélérer l’accès aux nouveaux médicaments en réduisant les délais de négociation des prix et du remboursement, en levant les blocages concernant les médicaments orphelins et innovants, en consolidant les dispositifs d’accès précoce et en améliorant la cohérence des évaluations.
- Relancer l’attractivité de la recherche clinique grâce à un dispositif de fast-track national et européen, à la simplification et à la décentralisation des essais, à la formation des acteurs aux nouvelles méthodologies et à une meilleure prise en compte des investissements en R&D dans les politiques de prix.
- Rendre le cadre économique plus lisible en renforçant la cohérence des prix en Europe, en supprimant la clause de sauvegarde, en levant les freins au déremboursement afin d’éviter les arrêts de commercialisation et en mettant fin aux campagnes annuelles de baisses de prix.
Le Leem considère également que les négociations en cours entre le Comité économique des produits de santé et les entreprises du médicament constituent une opportunité pour restaurer la reconnaissance de la valeur du médicament, assurer la viabilité économique des produits matures et réduire les délais d’accès aux innovations.

