Nabil

  • Cancer et innovation : l’Europe en retard sur les brevets face aux États-Unis et à la Chine

    Les États-Unis dominent l’innovation oncologique

    Avec près de 20 millions de nouveaux cas de cancer recensés chaque année, dont 433 000 en France, l’innovation technologique est un levier pour améliorer la prévention, le diagnostic et les traitements. Pourtant, selon l’étude de l’OEB New Frontiers in Oncology, si l’Europe accueille le plus grand nombre de start-ups spécialisées, elle peine à transformer cette dynamique en leadership technologique. Entre 2010 et 2021, la part des déposants européens dans les brevets oncologiques est passée de 18,7 % à 12,4 %, tandis que les États-Unis conservent 43 % des inventions mondiales. La Chine affiche une forte progression, multipliant par quatre le nombre de brevets déposés sur la période 2015-2021, portée par un secteur privé en plein essor.

    Parmi les technologies les plus en croissance :

    • Immunothérapie cellulaire (+37,8 %).
    • Thérapie génique (+31,0 %).
    • Analyse d’images (+19,6 %).
    • Biopsies liquides (+17,2 %).
    • Informatique de santé (+14,7 %).

    Ces avancées nécessitent des investissements massifs et un écosystème propice au développement industriel, ce qui est encore difficile en Europe.

    La France, moteur européen de l’innovation en oncologie

    Malgré ce retard global, la France tire son épingle du jeu. Avec 3 500 familles de brevets internationales (FBI) publiées entre 2010 et 2021, elle se classe deuxième en Europe derrière l’Allemagne et se distingue notamment dans la médecine personnalisée, où elle représente 5,6 % des inventions brevetables sur la période 2016-2021.

    Le pays bénéficie d’un réseau de recherche performant, porté par des acteurs majeurs comme :

    • L’Inserm et le CNRS, respectivement 2ᵉ et 3ᵉ mondiaux pour le nombre de brevets déposés en oncologie.
    • Dix institutions françaises parmi les quinze premières européennes.
    • Un fort engagement des universités et hôpitaux, qui comptent pour deux tiers des brevets déposés.

    En matière d’entrepreneuriat, la France se classe en deuxième position européenne avec 246 start-ups en oncologie, derrière le Royaume-Uni (290) et devant l’Allemagne (208). Toutefois, moins de 22 % de ces entreprises atteignent un stade avancé de développement, contre près de 40 % aux États-Unis.

    Un enjeu de compétitivité pour l’Europe

    Si l’Europe compte environ 1 500 start-ups en oncologie, surpassant les 1 325 américaines, elle peine à transformer ces jeunes pousses en acteurs industriels majeurs. L’étude de l’OEB souligne un recul de 5 points de pourcentage pour le continent dans des domaines stratégiques comme l’immunothérapie cellulaire, la thérapie génique et l’analyse d’images.

    Pour combler cet écart, plusieurs défis restent à relever :

    • Accès au financement pour soutenir les phases de croissance.
    • Renforcement des collaborations public-privé.
    • Industrialisation des innovations.
    • Investissements ciblés dans les secteurs à forte croissance.

    L’innovation en oncologie en France repose sur des bases solides, mais son impact clinique et industriel dépendra de sa capacité à structurer un écosystème favorable à l’essor de technologies de rupture. L’enjeu est double : améliorer la prise en charge des patients et renforcer la souveraineté européenne dans la lutte contre le cancer.

  • Enovacom et TMF Santé renforcent leur partenariat pour améliorer l’accès à la téléradiologie

    Un partenariat structurant pour les établissements de santé

    Ce partenariat accompagne plus de 110 établissements de santé dans leurs projets médico-organisationnels. Il s’adresse à une grande diversité d’acteurs : Centres hospitaliers, cabinets libéraux de radiologie, groupements hospitaliers de territoire, centres de lutte contre le cancer et hôpitaux d’instruction des armées. Des approches hybrides sont également mises en place pour intégrer les acteurs locaux et garantir une prise en charge optimisée.

    Une expertise reconnue en téléradiologie

    Quelques chiffres clés illustrent l’impact de cette collaboration :

    • 200 radiologues partenaires de TMF Santé ;
    • 750 000 actes de radiologie pris en charge en 2024, en activité programmée et en permanence des soins ;
    • 1,5 million de dossiers patients alimentés via les solutions Enovacom ;
    • Une couverture complète en IRM, scanner, radiologie conventionnelle, télé-échographie et télé-mammographie ;
    • Une prise en charge 24/7 des besoins d’interprétation en imagerie.

    L’expertise de TMF Santé en téléradiologie, combinée aux outils numériques d’Enovacom, garantit une interprétation rapide et sécurisée des examens, soutenant l’activité des services d’imagerie publics et privés.

    Ce partenariat repose sur des valeurs communes : “excellence, confiance et engagement pour un système de santé centré sur le patient”.

     

  • La France se dote d’un institut dédié à l’évaluation de l’IA – L’INESIA

    Un institut au service d’une IA sécurisée

    L’INESIA vise à structurer l’évaluation et la régulation de l’intelligence artificielle en France, sans créer de nouvelle entité juridique. Il réunira plusieurs acteurs clés, notamment :

    Placé sous la supervision du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et de la Direction générale des Entreprises (DGE), l’INESIA jouera un rôle dans l’analyse des risques, la régulation et la validation des modèles d’IA.

    Vers une IA de confiance et souveraine

    La création de l’INESIA s’inscrit dans le prolongement de la Déclaration de Séoul pour une IA sûre, novatrice et inclusive, signée par la France en mai 2024. Il permettra à la France de s’intégrer pleinement au réseau international des AI Safety Institutes, qui regroupe déjà des pays comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et le Japon. L’INESIA aura pour mission d’accompagner les entreprises et les institutions dans le développement d’une IA sécurisée et transparente. L’initiative vise notamment à garantir la fiabilité des modèles utilisés dans des secteurs sensibles comme la santé, l’éducation, l’industrie et l’information.

  • MDR et IVDR : une réglementation contestée par les entreprises de technologies médicales

    De fortes contraintes pour les petites entreprises

    Parmi les 120 commentaires déjà publiés, de nombreuses entreprises signalent que le MDR (Medical Device Regulation) et l’IVDR (In Vitro Diagnostic Regulation) imposent des obstacles lourds. ACI Medical, une PME américaine de 30 salariés, affirme que le coût du MDR lui a interdit la commercialisation d’un dispositif prévenant les amputations des membres inférieurs dans l’UE. FaceYourPain, une start-up européenne, a renoncé à son outil numérique, jugé à la fois innovant et cliniquement validé, en raison de l’impossibilité de se conformer aux exigences réglementaires. Certaines entreprises proposent des solutions. Weber Hospital Systems suggère une certification centrée sur les normes primaires de chaque dispositif médical afin de réduire la charge administrative. De son côté, Okuvision plaide pour un système similaire au programme américain des “dispositifs révolutionnaires” de la FDA, qui accélérerait l’évaluation grâce à des procédures plus pragmatiques.

    L’IVDR rend le lancement de nouveaux diagnostics « pratiquement impossible »

    L’IVDR est particulièrement critiqué par les acteurs du diagnostic. Des chercheurs du Princess Máxima Center et du UMC Utrecht estiment que la réglementation a créé des problèmes inexistants auparavant. Un expert IVD de l’UMC Utrecht dénonce un « marché dominé par les multinationales » au détriment des PME innovantes.

    Des règles jugées disproportionnées pour les dispositifs existants : La re-certification des dispositifs médicaux, déjà sur le marché, et dont les antécédents de sécurité ont été prouvés, fait également l’objet de critiques. Physidia, spécialiste français de l’hémodialyse, estime que l’approche européenne est « disproportionnée » et préconise un suivi post-commercialisation plutôt qu’une nouvelle certification complète. MedOne Surgical souligne l’absurdité de devoir fournir une documentation extensive pour des instruments simples, présents sur le marché depuis des décennies.

    Une révision possible en 2025 : La consultation publique se poursuit jusqu’au 21 mars. Toutefois, des ajustements pourraient être annoncés dès le premier trimestre 2025. Le nouveau commissaire à la santé et au bien-être a évoqué la possibilité d’actes d’exécution simplifiant certaines procédures et allégeant le fardeau réglementaire. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour répondre aux attentes des acteurs du secteur.

     

  • Santé mentale des jeunes : le HCFEA plaide pour une approche préventive renforcée

    Une dégradation continue depuis la crise sanitaire

    Depuis 2020, les indicateurs de santé mentale des enfants et adolescents se détériorent. Entre 2018 et 2022, le bien-être mental des collégiens et lycéens a chuté, particulièrement chez les filles. Aujourd’hui, seuls 59% des collégiens et 51% des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental. Les pensées suicidaires concernent 24% des lycéens, et 13% d’entre eux ont déjà fait une tentative de suicide. L’augmentation de la consommation de psychotropes chez les jeunes est un autre signe préoccupant. En 2021, par rapport à 2019, les prescriptions ont bondi : +224% pour les hypnotiques, +23% pour les antidépresseurs et +16% pour les anxiolytiques. Cette tendance s’inscrit dans un phénomène plus large, observé depuis 2010.

    Des parcours de soins inadaptés et une offre insuffisante

    Face à cette demande, l’offre de soins peine à suivre. Le HCFEA pointe des délais d’attente trop longs en pédopsychiatrie et un parcours de soins trop fragmenté. Une prise en charge globale, impliquant professionnels de santé, éducateurs et travailleurs sociaux, est nécessaire pour répondre aux besoins des jeunes. L’accompagnement des parents est également en question. Aujourd’hui, les dispositifs de soutien à la parentalité ne touchent que 10% à 15% des familles et restent peu accessibles. Or, les parents jouent un rôle dans la prise en charge précoce des troubles psychiques de leurs enfants.

    Un appel à renforcer la prévention et les moyens humains

    Le HCFEA appelle à une réponse globale, avec un investissement en moyens humains, institutionnels et de formation. Il insiste sur l’urgence de lutter contre l’éclatement du parcours de soins et d’intégrer l’environnement familial et scolaire des jeunes dans la démarche préventive.

    Les principales recommandations du HCFEA issues du rapport :

    Renforcer la prévention et l’accompagnement des familles

    • Mettre en place une approche globale et interprofessionnelle pour la prise en charge des enfants en souffrance psychique.
    • Développer des dispositifs de soutien à la parentalité, aujourd’hui trop dispersés et peu accessibles (seuls 10 à 15 % des familles en bénéficient).
    • Former les parents pour mieux comprendre et accompagner la santé mentale de leurs enfants.

    Améliorer l’accès aux soins et structurer l’offre

    • Renforcer les Centres Médico-Psychologiques (CMP) et les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP) en leur donnant une double mission : prise en charge médico-psychologique et rôle de centre de référence pour les familles et les professionnels.
    • Faciliter l’accès aux consultations de psychologues remboursées en révisant leur mise en œuvre en concertation avec les professionnels.
    • Réduire les délais d’attente en pédopsychiatrie, aujourd’hui jugés déraisonnables, en renforçant les effectifs et les ressources.

    Rééquilibrer l’usage des médicaments et renforcer les alternatives thérapeutiques

    • Promouvoir les thérapies non médicamenteuses en première intention, notamment la psychoéducation, les thérapies comportementales et le soutien familial.
    • Surveiller et réguler la prescription des psychotropes, qui a fortement augmenté depuis 2010.

    Intégrer l’environnement scolaire et social dans la prévention

    • Renforcer les actions de prévention en milieu scolaire, en améliorant la formation des enseignants aux enjeux de la santé mentale.
    • Développer les activités extérieures et alternatives aux écrans pour réduire les risques liés au repli social et à l’isolement numérique des jeunes.
    • Lutter contre le cyberharcèlement et les violences numériques.

    Rapport : HCFEA – L’aide et le soin aux enfants et adolescents en pédopsychiatrie et santé mentale

  • Gouvernance, éthique et investissements : ce qu’il faut retenir du Sommet de l’IA 2025

    109 milliards d’euros pour l’IA : Paris affiche ses ambitions technologiques

    Les 10 et 11 février, Paris a accueilli le Sommet pour l’IA, avec plus de 1 000 participants issus de 100 pays (dirigeants politiques, industriels et chercheurs). Emmanuel Macron y a dévoilé un plan d’investissement de 109 milliards d’euros, destiné à développer les infrastructures, la formation et l’innovation. L’objectif est de renforcer le rôle de la France dans la course mondiale à l’IA, où les États-Unis et la Chine dominent. La France cherche à structurer son écosystème et à attirer des acteurs internationaux. L’Union européenne cherche également à exister face aux géants américains, la Commission européenne a présenté un programme de 200 milliards d’euros, via l’initiative “EU AI Champions“, qui regroupe 60 grands groupes industriels et technologiques. Les discussions du sommet ont été structurées autour de cinq axes : Développer une IA au service de l’intérêt public. Mettre en place une gouvernance mondiale inclusive. Favoriser une IA respectueuse de l’environnement. Anticiper les impacts de l’IA sur la culture et le futur du travail. Et renforcer la confiance du public dans ces nouvelles technologies.

    Des investissements dans les infrastructures 

    L’un des axes du plan concerne la construction de centres de données et de supercalculateurs, nécessaires pour faire fonctionner les modèles d’IA. Plusieurs projets ont été annoncés :

    • 50 milliards d’euros des Émirats arabes unis pour un data center d’un gigawatt, qui deviendrait le plus grand campus IA d’Europe.
    • 20 milliards d’euros du fonds canadien Brookfield, dont 15 milliards pour des centres de données, avec un site majeur à Cambrai.
    • 5 milliards d’euros investis par Digital Realty, pour renforcer les infrastructures de calcul à Marseille et en Île-de-France.
    • Un supercalculateur d’1 GW financé à hauteur de 10 milliards d’euros par Fluidstack, qui serait le plus puissant au monde dédié à l’IA.

    Ces infrastructures devraient permettre à la France de réduire sa dépendance aux clouds américains (AWS, Google Cloud, Microsoft Azure) et de garantir une capacité de calcul autonome. Cependant leur construction prendra plusieurs années, alors que les besoins en puissance de calcul ne cessent d’augmenter.

    L’IA en santé : une feuille de route attendue d’ici l’été 2025

    Le gouvernement a annoncé la publication d’une stratégie nationale pour l’IA en santé avant l’été 2025, avec plusieurs priorités : Améliorer les diagnostics grâce à l’IA, personnaliser les soins, en adaptant les traitements aux profils des patients, et automatiser les tâches administratives pour libérer du temps médical et réduire la surcharge des professionnels de santé. Pour accompagner ces évolutions, l’État mise sur le programme France 2030 et la stratégie d’accélération “Santé Numérique”, qui soutiendront l’innovation et l’intégration de l’IA dans les pratiques médicales. Une task force dédiée, réunissant patients, soignants et industriels, sera mise en place pour travailler sur un cadre réglementaire garantissant la confiance des professionnels et des citoyens vis-à-vis de ces technologies. Enfin, la création d’une fondation pour l’IA d’intérêt général, dotée de 2,5 milliards d’euros, qui financera des projets en open source dans les secteurs de la santé et de l’éducation

    Deux appels à projets pour mesurer l’impact de l’IA en santé

    Lors de son intervention à ParisSanté Campus, le ministre de la Santé Yannick Neuder a mis en avant deux nouveaux appels à projets (AAP) destinés à structurer l’usage de l’IA dans le système de santé :

    AAP “Mesurer l’impact de l’IA sur les organisations de santé et les hôpitaux”

    • Financement de projets évaluant la transformation des établissements de santé avec l’IA.
    • Études sur l’optimisation des parcours patients et des ressources humaines.
    • Analyse des résistances au changement et des effets économiques des outils d’IA.

    AAP “Nouvelles approches de la recherche clinique”

    • Soutien aux projets innovants intégrant des méthodologies avancées, comme les essais cliniques décentralisés.
    • Exploitation des données massives pour accélérer l’accès aux innovations thérapeutiques.
    • Renforcement de la rigueur scientifique et de la représentativité des études cliniques.

    Un premier pas vers une IA encadrée, malgré des divisions internationales

    Au-delà des infrastructures, le gouvernement souhaite accélérer le développement d’une IA encadrée et conforme aux principes éthiques européens. La Commission européenne mobilisera 50 milliards d’euros dans une alliance public-privé, tandis que la France prévoit 10 milliards d’euros via Bpifrance pour accompagner l’adoption de l’IA par les entreprises. En parallèle, un véhicule d’investissement, Current AI, a été lancé avec une dotation initiale de 400 millions de dollars pour soutenir les projets d’IA d’intérêt général. A noter, le lancement de la “Charte de Paris“, qui vise à encadrer les usages de l’IA avec :

    • Des audits obligatoires pour assurer la conformité des modèles.
    • Un label “Green AI”, garantissant des pratiques énergétiquement responsables.
    • Un système d’alerte sur les usages militaires de l’IA.

    Le refus des États-Unis et du Royaume-Uni de signer la charte met en évidence les désaccords internationaux sur la régulation de l’IA.

     

  • L’Argentine accélère sa transition vers une santé numérique interconnectée

    Un système de santé en quête d’unification

    Avec ses 45 millions d’habitants, l’Argentine fait face à une grande disparité d’accès aux soins selon les régions. Tandis que Buenos Aires et les grandes villes disposent d’infrastructures médicales bien développées, certaines zones rurales souffrent d’un manque de professionnels de santé et d’équipements. Autre problème, l’absence d’un dossier médical unifié, empêchant un suivi des patients d’un établissement à l’autre. En centralisant les informations médicales et en développant la télémédecine, le pays espère améliorer la continuité des soins et faciliter l’accès aux services de santé. La stratégie s’appuie sur des recommandations internationales, notamment le “National eHealth Strategy Toolkit” et la “Global Strategy on Digital Health” de l’Organisation mondiale de la santé. Parmi les initiatives de cette stratégie figurent la création du portail et de l’application de santé numérique pour les citoyens “Mi Argentina/Mi Salud”.

    Une transformation numérique qui s’accélère

    L’Argentine n’a pas attendu 2018 pour amorcer son virage digital. Dès 2016, la création de la Couverture Universelle de Santé (CUS) a marqué une première étape, en visant à garantir un accès équitable aux soins à travers des outils numériques. Deux ans plus tard, la Stratégie Nationale de Santé Digitale est officiellement lancée par décret. Depuis, le pays a renforcé ses infrastructures numériques. Entre 2019 et 2024, des efforts ont été faits pour mettre en place des bases de données interopérables et digitaliser les dossiers médicaux. L’objectif est désormais d’accélérer cette transformation pour offrir à chaque patient un accès centralisé et sécurisé à ses informations de santé.

    Une mobilisation de tous les acteurs de santé

    Le succès de cette transition repose sur une collaboration entre plusieurs institutions publiques et privées. Le ministère de la Santé, qui supervise la stratégie et définit le cadre réglementaire. La Direction Nationale des Systèmes d’Information en Santé, en charge du développement technologique et de l’interopérabilité des plateformes numériques. Les organismes de santé provinciaux et municipaux, qui assurent l’implémentation locale. Ainsi que les entreprises technologiques et startups, qui développent des solutions innovantes en télémédecine, intelligence artificielle et cybersécurité.

    Un plan d’action structuré en six axes

    Un cadre réglementaire : La première priorité de la stratégie argentine est de définir des normes claires pour la protection des données et l’interopérabilité des systèmes. Le gouvernement travaille à unifier les bases de données médicales et à encadrer l’usage des nouvelles technologies en santé.

    La numérisation des établissements de santé : L’Argentine mise sur la généralisation du dossier médical électronique, permettant à chaque patient d’accéder à ses antécédents et résultats d’examens, quel que soit l’établissement où il est pris en charge. La télémédecine est également encouragée pour améliorer l’accès aux soins dans les zones rurales.

    Une meilleure accessibilité pour les patients : Des plateformes et applications mobiles sont en cours de développement pour permettre aux citoyens de consulter leurs informations de santé, prendre rendez-vous en ligne et gérer leurs traitements.

    La formation des professionnels de santé : L’un des défis majeurs de cette transition est l’acculturation des soignants aux outils numériques. Le gouvernement prévoit d’intégrer la santé digitale dans les cursus universitaires et de proposer des formations continues aux professionnels.

    Une interopérabilité renforcée : L’unification des bases de données et l’adoption de protocoles communs doivent permettre aux hôpitaux et aux cliniques de partager facilement et en toute sécurité les dossiers médicaux des patients.

    L’innovation au cœur du projet : L’Argentine mise sur l’intelligence artificielle pour améliorer la prévention et le diagnostic des maladies. En exploitant les données de santé à grande échelle, les autorités espèrent optimiser la prise en charge des patients et renforcer les politiques de santé publique.

    Plusieurs obstacles restent à surmonter. L’accès inégal aux infrastructures numériques constitue un frein, certaines régions rurales étant encore peu connectées et sous-équipées. L’interopérabilité des systèmes de santé, encore trop fragmentée, nécessite des ajustements techniques pour assurer une transition fluide, enfin, la formation des professionnels de santé pour garantir l’adoption des outils.

     

  • Comment le Brésil veut devenir un leader de la santé numérique en Amérique latine ?

    Un système de santé sous pression

    Avec ses 214 millions d’habitants et son vaste territoire, le Brésil fait face à de fortes inégalités d’accès aux soins, surtout en dehors des grandes métropoles. Les maladies chroniques, comme le diabète et l’hypertension, sont en forte augmentation. Le Sistema Único de Saúde (SUS), système public de santé, peine à répondre aux besoins croissants d’une population vieillissante et à garantir une couverture équitable sur un territoire immense. Pour répondre à ces enjeux, le gouvernement mise, en partie, sur le numérique.

    @ Health & Tech Intelligence

     

    Le Brésil accélère donc sa transition numérique avec une stratégie nationale de santé digitale 2020-2028. Ce plan, détaillé dans un document publié par le ministère de la Santé brésilien, vise à structurer et harmoniser l’usage du numérique dans le secteur médical. Il repose sur trois axes et six priorités pour améliorer l’accès aux soins, renforcer la gestion des données et soutenir l’innovation​.

    Une transition numérique progressive

    L’intégration des technologies dans le système de santé brésilien ne date pas d’hier. Plusieurs initiatives ont posé les bases d’un virage digital. Depuis 2015, le Brésil a progressivement structuré sa transition numérique en santé, posant un écosystème interopérable et connecté. Avec la création de Conecte SUS et de la RNDS en 2020, le pays franchit une étape vers une gestion centralisée et sécurisée des données de santé.

    • 2015 : La Politique Nationale d’Information et d’Informatique en Santé (PNIIS) définit un cadre pour structurer la gestion des données médicales et favoriser leur interopérabilité.
    • 2017 : La stratégie e-Saúde marque une étape avec l’introduction des dossiers médicaux électroniques et le développement de la télémédecine.
    • 2019 : Un plan d’action (2019-2023) est lancé pour accélérer la numérisation des services de santé et moderniser les infrastructures hospitalières.
    • 2020 : Création de Conecte SUS, la plateforme qui centralise les données de santé des patients et facilite leur accès aux professionnels. En parallèle, la Rede Nacional de Dados em Saúde (RNDS) voit le jour pour assurer l’interopérabilité entre les établissements publics et privés.

    Qui pilote cette transformation numérique ?

    La transformation numérique du système de santé brésilien repose sur un écosystème d’acteurs institutionnels et privés comme :

    • Ministère de la Santé : Élaborateur des politiques et du cadre réglementaire, il supervise la mise en œuvre de la stratégie nationale.
    • DataSUS : Département de l’informatique du SUS, responsable des infrastructures numériques et de la gestion des données de santé.
    • ANVISA (Agence Nationale de Surveillance Sanitaire) : Régule l’usage des technologies médicales et des solutions numériques liées aux soins.
    • ANS (Agence Nationale de Santé Supplémentaire) : Supervise l’intégration du numérique dans les assurances et services de santé complémentaires.
    • Conass et Conasems : Organismes représentant respectivement les États et les municipalités dans l’élaboration des politiques de santé.
    • Entreprises technologiques : Développement de solutions de télémédecine, d’outils d’aide à la décision et d’applications mobiles en santé.
    • Universités et centres de recherche : Contribution aux innovations en intelligence artificielle, analyse de données de santé et développement de nouveaux protocoles numériques.

    La stratégie de santé numérique 2020-2028 : objectifs et axes d’action

    La feuille de route repose sur six axes stratégiques :

    1. Gouvernance et leadership : L’objectif est de mettre en place un cadre réglementaire et financier solide, à savoir :

    • Consolider les normes de protection des données (conformité avec la LGPD – Loi Générale de Protection des Données).
    • Développer des mécanismes de financement, incluant des partenariats public-privé.
    • Structurer une gouvernance nationale pour coordonner les initiatives numériques.
    • Informatisation des niveaux de soins

    Cette priorité vise à déployer des dossiers médicaux électroniques dans tous les établissements de soins.

    2. Amélioration de la qualité des soins : L’intégration de la télémédecine et des outils d’aide à la décision clinique

    • Optimiser le diagnostic et la prise en charge des patients.
    • Faciliter le suivi des maladies chroniques grâce aux outils numériques.
    • Favoriser la continuité des soins entre les différents niveaux du système de santé.

    3. Engagement des patients : La stratégie prévoit la création de plateformes et d’applications qui permettent aux patients de :

    • Accéder à leurs informations de santé de manière sécurisée.
    • Planifier des consultations et gérer leurs traitements via des interfaces numériques.
    • Participer activement à leur parcours de soins grâce à des outils d’auto-surveillance.

    4. Formation et renforcement des compétences : Le développement des compétences numériques chez les professionnels de santé est essentiel.

    • Intégrer l’informatique en santé dans les cursus universitaires et les formations continues.
    • Créer des certifications pour garantir une utilisation efficace des outils numériques.

    5. Interconnectivité des systèmes de santé : Le Brésil ambitionne de mettre en place une plateforme centralisée de gestion des données de santé.

    • Favoriser l’échange de données entre le secteur public et privé.
    • Améliorer la gestion des urgences et des épidémies par une surveillance en temps réel.
    • Permettre l’analyse des données de santé pour optimiser les politiques publiques.

    6. Innovation et écosystème technologique : L’intégration de nouvelles technologies est encouragée, notamment pour :

    • L’intelligence artificielle pour le diagnostic et la prévention.
    • Les objets connectés pour le suivi des patients à distance.
    • Les big data pour améliorer la recherche et l’efficacité des interventions médicales​.

    Le Brésil mise sur un cadre réglementaire strict et des investissements massifs pour accélérer la santé numérique

    Le Brésil a pris un virage vers la digitalisation de son système de santé. Le pays s’est doté en 2019 d’un cadre réglementaire avec la Loi Générale de Protection des Données (LGPD). Cette législation impose des règles en matière de collecte, de stockage et d’utilisation des informations de santé, garantissant sécurité, transparence et respect de la vie privée. L’objectif d’instaurer un environnement de confiance où les patients gardent le contrôle de leurs données tout en facilitant l’échange sécurisé d’informations entre professionnels de santé. Mais un cadre réglementaire ne suffit pas. Pour que la transformation numérique soit efficace, le Brésil a aussi misé sur d’importants investissements technologiques, comme le programme Conecte SUS, lancé en 2020. Il permet aux citoyens d’accéder à leurs dossiers médicaux en ligne et de les partager avec les soignants, simplifiant ainsi le suivi des patients et la coordination des soins.

    En parallèle, le pays a investi dans des infrastructures cloud souveraines pour garantir un hébergement sécurisé des données de santé et assurer leur disponibilité en toutes circonstances. Cette approche vise à réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers et à renforcer la souveraineté numérique du Brésil. L’intelligence artificielle fait également partie des axes. Le gouvernement encourage le développement de solutions capables d’analyser de vastes volumes de données médicales pour améliorer la prévention et le diagnostic des maladies. L’utilisation d’algorithmes prédictifs pourrait permettre d’anticiper les épidémies, d’optimiser les ressources hospitalières et d’affiner les protocoles de soins. Reste à voir si ces efforts seront suffisants pour relever les défis d’un pays où l’accès aux soins demeure profondément inégalitaire.

    Santé numérique au Brésil : des défis à surmonter d’ici 2028

    Si le Brésil a engagé une transformation numérique de son système de santé, plusieurs obstacles pourraient freiner l’atteinte des objectifs fixés pour 2028.

    L’un des défis les plus pressants concerne les disparités régionales. Si les grandes villes bénéficient déjà d’infrastructures connectées et de services numériques avancés, de nombreuses zones rurales et communautés défavorisées peinent encore à accéder aux soins en ligne. Le manque de couverture internet, l’absence d’équipements adaptés et la faible littératie numérique dans certaines populations ralentissent la démocratisation des outils numériques en santé. Sans une politique volontariste pour combler ces écarts, l’essor du numérique risque d’accentuer les inégalités.

    Un autre défi de taille réside dans l’interopérabilité des systèmes de santé. Aujourd’hui, de nombreux établissements utilisent des plateformes et logiciels différents, parfois incompatibles entre eux. Cette fragmentation empêche une circulation fluide des données médicales et limite l’efficacité du suivi des patients. Pour garantir une meilleure coordination des soins, le Brésil doit accélérer l’adoption de standards communs et renforcer l’intégration entre les différentes bases de données hospitalières et administratives.

    Enfin, la formation des professionnels de santé. L’usage des nouvelles technologies en milieu médical exige des compétences spécifiques, notamment en gestion des données, en télémédecine et en cybersécurité. Pourtant, ces sujets sont encore insuffisamment intégrés dans les cursus académiques et les formations continues. Pour assurer une adoption réussie du numérique, le Brésil devra renforcer l’apprentissage de l’informatique médicale et accompagner les soignants.

     

  • PLFSS : l’Ondam progresse de 3,4 % (265,9 milliards d’euros)

    Un Ondam en hausse, mais sous contrainte

    L’Ondam global fixé pour 2025 s’établit à 265,9 Mds€, soit une progression de +3,4 % par rapport aux 257,1 Mds€ de 2024. Si cette augmentation est importante, elle reste inférieure à la dynamique inflationniste et aux besoins exprimés par les professionnels de santé. Dans le détail, les principales évolutions concernent :

    • Les soins de ville : 113,2 Mds€, en hausse de +2,8 %, contre 110,1 Mds€ en 2024. Cette revalorisation inclut l’abandon de la hausse du ticket modérateur sur les consultations médicales, initialement prévue à l’automne.
    • L’hôpital : 109,6 Mds€, soit une progression de +3,8 % et 1 milliard d’euros supplémentaire pour soutenir les établissements en difficulté.

    Mais ces chiffres suffiront-ils à couvrir les besoins croissants du système de santé, marqué par la pénurie de soignants, l’augmentation des maladies chroniques et l’inflation des coûts ?

    Une enveloppe sous pression

    La hausse de l’Ondam est perçue par le gouvernement comme un effort budgétaire conséquent, mais certains acteurs du secteur la jugent insuffisante. Les établissements hospitaliers, confrontés à des tensions financières, dénoncent un “effet ciseaux” entre des dépenses en augmentation et des ressources limitées. D’autres inquiétudes portent sur le secteur des soins de ville, où les syndicats de médecins libéraux jugent la hausse de 2,8 % trop faible. Alors que la France cherche à renforcer l’accès aux soins, notamment dans les déserts médicaux, cette enveloppe pourrait limiter les marges de négociation pour la revalorisation des consultations.

    Des mesures d’ajustement pour contenir les dépenses

    Pour maîtriser la progression des dépenses de santé, le PLFSS 2025 intègre plusieurs mesures visant à réaliser des économies :

    • Réduction du coût des transports sanitaires pour optimiser les dépenses.
    • Accords de maîtrise des dépenses avec les radiologues pour limiter certains actes.
    • Vérification de la pertinence des prescriptions médicales par l’Assurance-maladie, via un formulaire rempli par les médecins.
    • Maintien de la “taxe lapin”, qui sanctionne les patients ne se rendant pas à leur rendez-vous médical.

    Si le gouvernement assume une trajectoire maîtrisée des dépenses de santé, les professionnels de santé alertent sur les risques d’un sous-financement chronique. La progression de 3,4 % de l’Ondam reste bien en deçà des niveaux observés durant la crise sanitaire, où elle dépassait +6 % par an.

     

  • Déploiement de l’IA en santé : les recommandations de l’ANAP pour une intégration réussie

    Une IA de confiance : transparence et gouvernance comme piliers

    Ce document, intitulé « Déployer l’IA en toute confiance : stratégies et bonnes pratiques », met en lumière les enjeux, les bénéfices et les précautions à prendre pour une intégration efficace et sécurisée des solutions d’IA en milieu hospitalier et médico-social. L’ANAP insiste sur la nécessité d’une gouvernance rigoureuse de l’IA. Les solutions doivent être transparentes et explicables, afin que professionnels de santé, patients et décideurs puissent en comprendre le fonctionnement et les implications. Plusieurs questions doivent être posées en amont :

    • Quels sont les mécanismes de mise à jour et d’amélioration des algorithmes ?
    • Comment sont sécurisées et anonymisées les données utilisées ?
    • Quel est le rôle de l’IA dans la prise de décision médicale ?

    L’ANAP recommande l’intégration de l’IA dans la feuille de route numérique des établissements et sa supervision par des comités existants (comité de pilotage des projets informatiques, COPIL innovation). Certains établissements choisissent de constituer des groupes de travail dédiés pour cadrer les enjeux juridiques, éthiques et organisationnels liés à l’IA.

    Optimiser la performance grâce aux bonnes pratiques

    Le guide de l’ANAP détaille plusieurs bonnes pratiques pour garantir un déploiement réussi :

    • Assurer la qualité des données : un algorithme d’IA n’est performant que sur les données sur lesquelles il est entraîné. L’ANAP recommande de s’assurer que les bases de données utilisées sont représentatives et complètes.
    • Privilégier l’interopérabilité : l’IA doit s’intégrer dans le système d’information hospitalier (SIH) sans générer de rupture de charge pour les professionnels. L’interfaçage avec les outils existants est essentiel pour éviter la saisie manuelle d’informations.
    • Garantir un contrôle humain : conformément au règlement européen IA 2024/1689, toutes les décisions médicales assistées par IA doivent être validées par un professionnel de santé.

    Quels bénéfices concrets pour les établissements de santé ?

    L’IA permet d’automatiser des tâches répétitives, d’améliorer la sécurisation des soins et d’optimiser la gestion des ressources. L’ANAP illustre ces bénéfices à travers plusieurs cas d’usage :

    • Planification automatique des plannings en bloc opératoire, avec un gain de temps de 75 % pour les cadres de santé.
    • Aide à la lecture d’images médicales, notamment aux urgences, pour détecter les fractures et autres pathologies avec plus de précision.
    • Surveillance intelligente des chambres de patients, permettant d’optimiser les interventions des soignants et de limiter la charge mentale.
    • Cybersécurité renforcée, avec des solutions capables d’identifier et de contrer une attaque en quelques minutes.

    Accompagner le changement pour une adoption réussie

    L’ANAP insiste sur l’importance d’une conduite du changement adaptée. L’implémentation d’une IA nécessite l’implication de différents acteurs : services informatiques, professionnels de santé, représentants des patients et instances de gouvernance. Une communication transparente et une formation adéquate sont essentielles pour rassurer les équipes et garantir une adoption efficace.

    Déployer l’IA en toute confiance : stratégies et bonnes pratiques