VERDU BISSI Alexandre

  • Optimisation de la gestion de RDV, orientation automatique des patients… 11 cas d’usage de l’IA pour l’accès aux soins

    3 cas d’usage de l’IA pour anticiper les flux et coordonner le territoire

    Le premier frein à l’accès aux soins est souvent le manque de visibilité sur les ressources disponibles à un instant T. Pour éviter d’orienter des patients vers des services déjà embolisés, les algorithmes fournissent une information en temps réel de la saturation des urgences d’un territoire.

    À une échelle plus large, cette visibilité se transforme en anticipation grâce à une gestion centralisée et prédictive des capacités hospitalières pour optimiser les transferts régionaux. En croisant les données, le système prévoit les lits qui se libéreront et orchestre les flux inter-établissements. Enfin, pour les patients fragiles ou éloignés géographiquement qui ne nécessitent pas d’hospitalisation immédiate, la technologie rend possible une prise en charge virtuelle avec surveillance prédictive à domicile, maintenant un filet de sécurité médical constant pour éviter les ruptures de parcours et les urgences évitables.

    5 cas d’usage de l’IA pour désengorger l’accueil et optimiser les agendas

    2 cas d’usage pour améliorer l’accueil téléphonique :

    Le premier contact avec une structure de santé est souvent le plus fastidieux, tant pour le patient qui patiente au téléphone que pour le secrétariat débordé. L’IA intervient ici massivement via l’automatisation de l’accueil téléphonique et de la gestion des demandes patients, soutenue par une fluidification de l’accueil téléphonique par agent conversationnel multicanal. Ces assistants virtuels répondent sans délai, 24h/24, et traitent les requêtes administratives de premier niveau.

    3 cas d’usage pour garantir un meilleur accès aux soins grâce à de meilleurs plannings :

    Côté organisation, l’intelligence artificielle orchestre la création de planning patients et l’optimisation de la gestion des rendez-vous, en ajustant intelligemment les durées de consultation et en comblant automatiquement les annulations de dernière minute. Pour que cette mécanique soit efficace, il faut que la présence soignante soit alignée avec la demande : les algorithmes facilitent donc la planification du personnel médical, garantissant que les effectifs correspondent précisément à l’affluence anticipée.

    3 cas d’usage de l’IA pour trier et orienter avec précision

    Une fois le contact établi, l’enjeu clinique est de diriger immédiatement le patient vers le niveau de recours adéquat. Les systèmes d’IA excellent aujourd’hui dans l’évaluation intelligente des symptômes et orientation vers des services de santé appropriés, généralement via des questionnaires dynamiques ou des analyses vocales.

    Cette capacité permet une orientation automatique du patient selon la gravité de ses symptômes, séparant de manière fiable et instantanée les détresses vitales qui nécessitent le SAMU des maux du quotidien relevant de la médecine de ville ou de la téléconsultation. Cette technologie se décline également pour des populations spécifiques, avec notamment le triage automatisé des appels des parents, capable de prendre en compte les spécificités pédiatriques pour rassurer les familles ou déclencher une intervention rapide en cas de danger réel pour l’enfant.

    Cartographie des cas d’usage de l’IA pour l’accès aux soins :

    Cartographie des cas d'usage de l'IA pour l'accès aux soins
    Cartographie des cas d’usage de l’IA pour l’accès aux soins
  • 9 solutions d’IA pour l’accès aux soins utilisées en France

    4 solutions pour l’organisation territoriale et la coordination

    Le premier défi de l’accès aux soins est géographique. L’IA permet d’analyser les flux de population et les carences médicales pour optimiser l’implantation des ressources et maintenir un lien constant avec les zones isolées.

    • Medmapping de Medtrucks : Cette solution s’attaque directement aux déserts médicaux en utilisant la cartographie et l’analyse de données en temps réel. Elle permet aux décideurs publics et aux réseaux de santé d’anticiper les besoins d’un territoire et d’optimiser la répartition des structures de soins.

    • Solutions Santé de Quantiq : Spécialisée dans les territoires à faible couverture médicale, cette plateforme combine surveillance à distance et outils de téléconsultation pour apporter une expertise médicale là où les professionnels manquent physiquement.

    • Citana par Anamnèse : Pensé pour les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), ce logiciel facilite l’organisation des soins non programmés. En structurant l’offre locale, il évite la perte de chances pour les patients sans médecin traitant.

    • ThIA Santé mentale : Ce dispositif mise sur la coordination interdisciplinaire. Il analyse les données de parcours pour interconnecter les praticiens et ouvrir l’accès aux soins psychiques à un plus large public.

    2 solutions pour la fluidification de l’accueil et des agendas

    L’accès aux soins est souvent freiné par des barrières administratives ou des secrétariats saturés. L’IA intervient ici pour automatiser la gestion des flux et redonner du temps médical aux soignants.

    • Plateforme Petal : Grâce à des algorithmes prédictifs, cette solution orchestre les plannings des médecins et gère les rendez-vous des patients. En anticipant les besoins et en optimisant les créneaux, elle améliore directement la capacité d’accueil des établissements.

    • VoiceAI par EliseAI : Ce secrétariat virtuel basé sur l’IA vocale prend en charge les appels patients 24h/24 et 7j/7. En automatisant la prise de rendez-vous et l’orientation des demandes simples, il réduit drastiquement les temps d’attente téléphonique.

    3 solutions pour le triage intelligent

    Orienter le patient vers le bon niveau de soins (automédication, consultation en ville ou urgences hospitalières) est crucial pour éviter la saturation du système.

    • Heko par Botdesign : Évolution de l’assistant Max, Heko utilise une IA hybride et des questionnaires dynamiques pour évaluer les patients à distance ou dès leur arrivée aux urgences. La plateforme s’illustre également dans le télésuivi péri-opératoire, sécurisant le retour à domicile.

    • BeParentalis : Dédiée à la pédiatrie, cette application guide les parents face aux symptômes de leur enfant. Son algorithme de triage médical indique la conduite à tenir, limitant les passages inappropriés aux urgences pédiatriques.

    • Limbic Access (Limbic AI) : En santé mentale, les délais de prise en charge sont souvent critiques. Cet assistant conversationnel mène une pré-évaluation rapide des troubles psychologiques pour orienter immédiatement le patient vers le thérapeute ou la structure adaptée.

    Cartographie des solutions d’IA pour l’accès aux soins des patients français :

    Cartographie des solutions d'IA pour l'accès aux soins des patients français
    Cartographie des solutions d’IA pour l’accès aux soins des patients français
  • Zoom sur la carte de France de l’accès aux soins : 1 Français sur 4 s’est rendu aux urgences faute de RDV disponible en 2025 (Étude Doctolib)

    Des délais toujours élevés selon les spécialités

    Près de deux tiers des Français ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois, selon l’étude « Cartes de France de l’accès aux soins 2026 », publiée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès. Réalisée à partir des données de plus de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de la plateforme, l’analyse porte sur 234 millions de consultations effectuées en 2025.

    • La cardiologie reste la spécialité affichant les délais les plus longs, avec 42 jours d’attente en moyenne.
    • La dermatologie suit avec 32 jours.
    • Devant l’ophtalmologie (21 jours).
    • La gynécologie (19 jours).
    • Et la psychiatrie (15 jours).
    • Plus de 70 % des rendez-vous en cardiologie et en dermatologie sont obtenus au-delà de sept jours.

    Les professions de premier recours présentent des délais plus courts : trois jours pour les médecins généralistes, six jours pour les masseurs-kinésithérapeutes, huit jours pour les pédiatres et dix jours pour les chirurgiens-dentistes.

    Des écarts territoriaux marqués

    L’étude met en évidence des disparités importantes selon les départements. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers. En ophtalmologie, il oscille entre cinq jours en Seine-Saint-Denis et 153 jours dans le Gers. En dermatologie, les délais vont de sept jours en Savoie à 90 jours dans l’Aisne.

    Selon les auteurs, ces écarts dessinent des zones de tension spécifiques à chaque spécialité : un arc allant de l’Occitanie au sud du Massif central en cardiologie, une fracture ouest-centre en ophtalmologie ou encore des tensions dans le nord et le centre-est en dermatologie. L’Île-de-France conserve les délais les plus courts dans la majorité des spécialités.

    Une tension en dermatologie

    Le dermatologue Luc Sulimovic, président du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) et membre du comité de pilotage de l’étude, souligne une baisse du nombre de praticiens. Selon lui, le nombre de dermatologues a diminué de 18 % entre 2016 et 2026. Le spécialiste attribue cette situation à une insuffisance durable dans la formation des internes. « Il y a une baisse globale du nombre de médecins, et particulièrement de dermatologues. On n’a pas formé assez de médecins et pas assez de dermatologues », explique-t-il.

    Face à cette situation, des dispositifs d’« équipes de soins spécialisés » sont expérimentés en Île-de-France. Des médecins généralistes transmettent des clichés de lésions suspectes à des dermatologues via des systèmes sécurisés de télé-expertise. Les spécialistes déterminent ensuite si une consultation rapide est nécessaire. Luc Sulimovic affirme que ce modèle permet désormais une prise en charge d’un mélanome en huit jours dans certains cas. Il plaide pour une extension du dispositif à d’autres spécialités médicales.

    Téléconsultation et réorganisation des parcours

    L’étude souligne également les effets de certaines réorganisations des soins. En ophtalmologie, le délai médian est passé de 43 jours en 2017 à 21 jours en 2025. Cette évolution est attribuée au développement du travail aidé et à la réorganisation de la filière visuelle.

    La téléconsultation contribue également à réduire certains délais. En médecine générale, le délai médian tombe à moins d’un jour pour les consultations à distance. En dermatologie, il descend à 3,8 jours. Ces usages restent toutefois marginaux dans la plupart des spécialités hors psychiatrie et médecine générale.

    Un renoncement aux soins qui dépasse les publics précaires

    L’étude indique que 63 % des répondants ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois. Les principales raisons évoquées sont l’absence de créneau compatible (45 %) et l’absence de rendez-vous disponible (35 %). Le renoncement concerne particulièrement les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %), devant les ouvriers et les personnes sans activité. Un patient sur quatre déclare par ailleurs s’être rendu aux urgences faute de rendez-vous accessible en ligne.

    L’étude précise enfin que les délais analysés reposent uniquement sur les rendez-vous effectivement réalisés via Doctolib. Les recherches infructueuses, les refus de nouveaux patients ou les renoncements aux soins ne sont pas intégrés dans les calculs.

  • De l’action territoriale aux enjeux européens : le cadre réglementaire de l’accès aux soins

    Le cadre réglementaire français pour restructurer l’exercice médical

    Depuis plusieurs années, le législateur français tente de pallier le manque de médecins par une restructuration profonde de l’exercice médical, en misant sur le collectif et le transfert de compétences.

    2023 – La loi « Valletoux » :

    Adoptée le 27 décembre 2023, la loi dite « Valletoux », visant à améliorer l’accès aux soins par l’engagement territorial des professionnels, marque un tournant décisif dans l’organisation de la médecine de ville. Ce texte part d’un constat devenu incontournable : face à la pénurie médicale, l’exercice isolé n’est plus viable pour répondre aux besoins de la population. Le législateur a donc choisi d’imposer un changement de paradigme fondé sur la responsabilité collective à l’échelle locale.

    Le mécanisme central de cette réforme repose sur le renforcement considérable des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Désormais, la loi contraint les professionnels de santé d’un même bassin de vie à sortir de leurs silos et à s’organiser de manière coordonnée. Cette mobilisation collective a deux objectifs prioritaires pour résorber les ruptures de prise en charge : d’une part, garantir la continuité de la permanence des soins ambulatoires (PDSa) en assurant une couverture médicale le soir et le week-end ; d’autre part, structurer une réponse solidaire pour attribuer un médecin traitant aux patients les plus vulnérables, en particulier ceux souffrant d’une affection de longue durée (ALD).

    2021 à 2023 – L’accès direct et la révolution de la délégation de tâches :

    Promulguée le 19 mai 2023 dans le sillage de la loi « Rist » de 2021, la loi portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé a opéré une véritable révolution silencieuse au sein de notre système sanitaire. Face à l’engorgement critique des salles d’attente des médecins généralistes et spécialistes, le législateur a fait le choix stratégique de repenser la répartition des compétences. Le texte acte le dépassement du modèle médico-centré classique pour s’orienter vers une optimisation des ressources existantes, en misant massivement sur la délégation de tâches pour fluidifier les parcours de soins.

    Le principal levier d’action de cette transformation réside dans la mise en place de l’accès direct à certaines professions paramédicales. Concrètement, les patients ont désormais la possibilité de consulter des praticiens tels que des kinésithérapeutes ou des orthophonistes sans avoir à obtenir une ordonnance médicale au préalable, à la condition stricte que ces professionnels exercent au sein d’une structure de soins coordonnée. Surtout, cette évolution législative élargit considérablement le périmètre et les prérogatives des infirmiers en pratique avancée (IPA). Ces derniers sont aujourd’hui habilités à assurer de manière autonome le suivi et la prescription pour des patients souffrant de pathologies chroniques. Ce transfert de compétences hautement stratégique permet d’absorber une partie de la demande de soins récurrente, libérant ainsi un temps médical particulièrement précieux pour les médecins traitants.

    2019 – La loi « Ma Santé 2022 » :

    Promulguée le 24 juillet 2019, la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, dite « Ma Santé 2022 », constitue le véritable socle de la réforme sanitaire actuelle. Face à un système à bout de souffle, ce texte ambitieux s’attaque aux causes profondes de la fracture territoriale en proposant une refonte systémique de l’offre de soins. Son objectif principal est de décloisonner les pratiques et de repenser la formation pour anticiper les besoins futurs de la population.

    La mesure la plus emblématique et historique de cette loi est sans conteste la suppression du numerus clausus. Ce dispositif, qui limitait drastiquement et de manière uniforme le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine depuis les années 1970, était devenu l’un des principaux responsables du « ciseau démographique » actuel. Il a été remplacé par un numerus apertus, un système de quotas plus flexible, défini localement en concertation avec les universités et les agences régionales de santé (ARS), afin de s’adapter au plus près des besoins réels de chaque territoire. Au-delà de ce volet formation, la loi « Ma Santé 2022 » a également posé les jalons d’un nouveau maillage territorial en officialisant la création des « hôpitaux de proximité », destinés à garantir un premier niveau de recours sécurisé dans les zones rurales. Enfin, elle a joué un rôle précurseur en posant le cadre juridique nécessaire à la généralisation de la télémédecine, inscrivant définitivement la téléconsultation et la télé-expertise comme des outils officiels et pérennes d’accès aux soins.

    L’accès aux soins comme droit fondamental à l’international

    Si l’organisation des systèmes de santé reste une compétence strictement nationale au sein de l’Union Européenne, les grandes institutions internationales dictent un cadre prescriptif fort pour garantir l’équité sanitaire.

    2017 – Le socle européen des droits sociaux :

    À l’échelle internationale, l’année 2017 a marqué une avancée politique décisive avec la proclamation du Socle européen des droits sociaux, fruit d’un consensus entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne. Bien que l’organisation interne des systèmes de soins demeure une compétence strictement nationale pour les États membres, ce texte fondateur élève l’accès à la santé au rang de priorité stratégique pour l’ensemble de l’Union.

    L’impact de ce socle sur les politiques publiques se cristallise autour de son Principe 16, qui consacre explicitement le droit de « toute personne […] d’accéder en temps utile à des soins de santé préventifs et curatifs de qualité et abordables ». Ce principe ne se contente pas d’être une simple déclaration d’intention ; il agit comme une véritable boussole politique pour la Commission européenne. C’est notamment sur cette base juridique et morale que l’Union s’appuie aujourd’hui pour orienter ses puissants fonds structurels, à l’image des plans de relance massifs post-Covid. Ces financements européens sont ainsi directement fléchés vers la numérisation des systèmes de santé nationaux et le déploiement de solutions technologiques innovantes, avec pour objectif concret d’accélérer la résorption des déserts médicaux à travers le continent.

    2015 – L’ODD 3 pour parvenir à la couverture sanitaire universelle :

    Adopté en 2015 dans le cadre de l’Agenda 2030 des Nations Unies, le troisième objectif de développement durable (ODD 3), dédié à la bonne santé et au bien-être, pose un cadre d’action fondamental à l’échelle planétaire. Au cœur de cet engagement international se trouve la cible 3.8, qui fixe aux États membres un impératif ambitieux : parvenir à la couverture sanitaire universelle (CSU). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle à ce titre que l’accès aux soins ne saurait se résumer à une simple prise en charge financière ; il exige tout autant une disponibilité géographique et temporelle effective de professionnels de santé qualifiés pour répondre aux besoins concrets des populations sur l’ensemble des territoires.

    L’impact de ce texte dépasse largement les pays en voie de développement et s’impose comme un défi de premier plan pour des nations dites développées comme la France. En effet, l’OMS anticipe un déficit démographique critique à l’échelle mondiale, estimant qu’il manquera près de 10 millions de soignants d’ici la fin de la décennie. Face à ce constat, ce cadre normatif international incite fortement les gouvernements à repenser leurs modèles d’organisation et à investir massivement dans l’innovation technologique. Le recours aux nouvelles solutions numériques et algorithmiques devient ainsi un levier stratégique indispensable pour compenser cette pénurie de ressources humaines et tenir la promesse d’une couverture de soins véritablement universelle.

  • Diagnostic de l’accès aux soins en France, à l’épreuve de la fracture territoriale et du temps médical

    L’émergence des zones sous-denses

    30% des Français vivent dans une zones où l’accès aux médecins généralistes est insuffisante :

    La notion de « désert médical » a profondément muté au fil des années : elle ne se cantonne plus aux territoires ruraux isolés, mais s’étend désormais de manière préoccupante aux zones périurbaines. Cette nouvelle réalité géographique se traduit par une dégradation alarmante de l’accessibilité potentielle localisée (APL), l’indicateur de référence mesurant l’adéquation entre l’offre et le besoin de soins. En effet, selon les données publiées par la Drees en 2023, ce sont aujourd’hui près de 30 % de la population française qui résident dans une zone où l’accès aux médecins généralistes est jugé insuffisant, marquant une fracture territoriale qui ne cesse de se creuser.

    Cette raréfaction structurelle de l’offre médicale a des répercussions directes sur le suivi individuel des patients, créant une véritable crise de la médecine de premier recours. En 2024, l’Assurance maladie a ainsi tiré la sonnette d’alarme face à un constat sans appel : plus de 6 millions de Français se retrouvent désormais sans médecin traitant déclaré. Plus inquiétant encore pour la pertinence et la sécurité des parcours de soins, près de 500 000 de ces patients souffrent d’une affection de longue durée (ALD). Ces populations fragiles se voient ainsi privées d’une coordination médicale pourtant vitale pour la prise en charge de leurs pathologies chroniques.

    Plusieurs spécialités encore plus rares dans certaines régions :

    Enfin, cette tension territoriale ne se limite pas à la seule médecine générale et frappe de plein fouet l’accès à l’expertise spécialisée. L’érosion de la démographie médicale dans certaines disciplines crée de véritables points de rupture, obligeant les patients à parcourir des distances toujours plus grandes. C’est particulièrement le cas pour des spécialités de premier plan comme l’ophtalmologie ou la gynécologie. Dans ces domaines, l’offre de soins a drastiquement reculé, enregistrant une chute vertigineuse de près de 15 % au cours de la dernière décennie dans certains départements particulièrement sinistrés.

    Un allongement toujours plus important des délais de rendez-vous

    Au-delà de la simple fracture géographique, l’accès aux soins se heurte aujourd’hui à un véritable « mur du temps », caractérisé par un allongement critique des délais d’obtention d’un rendez-vous médical. La disponibilité temporelle est devenue un enjeu tout aussi déterminant que la proximité spatiale pour les patients. Face à des agendas médicaux chroniquement saturés, la contrainte de l’attente s’est progressivement imposée comme le premier facteur de renoncement aux soins, illustrant les limites d’un système qui peine de plus en plus à synchroniser l’offre médicale avec le besoin de prise en charge de la population.

    Des délais pouvant aller jusqu’à plus de 6 mois en ophtalmologie :

    La gravité de cette barrière temporelle est confirmée par les données chiffrées issues des études de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques et des différents observatoires de l’accès aux soins (comme l’Ifop), qui mettent en lumière une situation particulièrement critique du côté de la médecine spécialisée. Les délais d’accès y atteignent des seuils problématiques : en ophtalmologie, l’attente peut grimper jusqu’à 190 jours dans les territoires les plus en tension. Le constat est tout aussi alarmant pour d’autres disciplines de premier plan, avec des délais moyens s’établissant à 95 jours pour une consultation en dermatologie, et à 50 jours du côté de la cardiologie.

    Cette saturation généralisée des cabinets de ville ne se limite pas à la médecine de parcours, mais déclenche une réaction en chaîne créant un dangereux « effet d’engorgement » sur le reste du système de santé. Dans l’incapacité d’obtenir une réponse médicale rapide en ville, les patients se reportent massivement vers les services d’urgences hospitalières, y transférant une pression intenable. Les conséquences de ce dysfonctionnement systémique sont mises en évidence par les rapports de la Cour des Comptes, qui soulignent qu’environ 20 % de ces passages aux urgences relèveraient en réalité de consultations classiques de médecine générale.

    L’accès aux soins qui se heurte au « ciseau démographique »

    Le système de santé français est actuellement confronté à un phénomène structurel redoutable, souvent qualifié de « ciseau démographique ». Cette dynamique périlleuse se caractérise par la collision frontale entre deux courbes démographiques aux trajectoires diamétralement opposées. D’un côté, l’offre de soins se contracte sous l’effet du vieillissement des professionnels de santé ; de l’autre, la demande de prise en charge s’intensifie sous l’effet de la longévité croissante de la population. Ce déséquilibre mécanique fragilise l’ensemble de l’édifice sanitaire, rendant l’équation de l’accès aux soins de plus en plus complexe à résoudre à court et moyen terme.

    45 % des généralistes français ont plus de 55 ans :

    Sur le front de l’offre médicale, le phénomène du « papy-boom » frappe de plein fouet la démographie des praticiens, et plus particulièrement le socle de la médecine de premier recours. Aujourd’hui, les statistiques montrent que près de 45 % des médecins généralistes en exercice ont dépassé le cap des 55 ans. Cette pyramide des âges très déséquilibrée annonce une vague massive de départs à la retraite d’ici la fin de la décennie. Ce creux démographique imminent menace de réduire encore davantage le « temps médical » disponible sur le territoire, d’autant que le flux des nouveaux diplômés peine à compenser ces départs massifs.

    En miroir de cette raréfaction annoncée de l’offre, les besoins de la population n’ont paradoxalement jamais été aussi lourds. L’allongement de l’espérance de vie s’accompagne logiquement d’une augmentation significative des pathologies chroniques. Ainsi, le volume de patients pris en charge au titre d’une affection de longue durée (ALD) – qu’il s’agisse de diabète, de cancers ou de maladies cardiovasculaires – affiche une progression constante de 3 % chaque année. Cette transition épidémiologique modifie en profondeur la nature de la pratique médicale, qui doit désormais absorber une demande nécessitant une coordination des soins de plus en plus spécialisée, continue et intrinsèquement chronophage.

    Des patients qui abandonnent les soins à cause de la difficulté d’accès

    Le diagnostic de cette crise systémique est alarmant : le modèle sanitaire français ne parvient plus à garantir l’équité de traitement sur l’ensemble du territoire. Cette rupture se traduit par des conséquences sociales majeures, chiffrées par le baromètre de Ipsos. Aujourd’hui, un cap critique a été franchi, puisque six Français sur dix déclarent avoir déjà été contraints de renoncer à des soins ou de les reporter, témoignant d’un parcours de santé devenu un véritable parcours d’obstacles qui favorise les retards de diagnostic.

    Les motifs de ce renoncement illustrent d’ailleurs un changement de paradigme inquiétant quant aux barrières d’accès. La contrainte de l’attente s’est imposée comme le premier facteur d’exclusion, avec 54 % des sondés invoquant l’allongement critique des délais de rendez-vous comme cause principale de leur abandon. Les freins purement financiers, tels que les restes à charge liés aux dépassements d’honoraires, n’interviennent désormais que dans une moindre mesure, prouvant que la rareté du temps médical constitue bien la principale fracture sanitaire de notre époque.

  • SantExpo 2026 : « L’Europe a les compétences et les données. Maintenant, il faut passer à la logique du faire » (A. Drezet – Table ronde Lifen)

    La donnée de santé européenne… un potentiel encore sous-exploité

    Dès l’ouverture de la discussion, plusieurs intervenants ont rappelé le contexte : ralentissement relatif de la recherche clinique européenne face aux États-Unis et à la Chine, montée des enjeux géopolitiques autour du cloud et de l’IA, mais aussi arrivée imminente de l’Espace européen des données de santé (European Health Data Space (EHDS)).

    Pour Hela Ghariani, la future architecture européenne doit permettre de rendre la donnée de santé plus lisible, plus accessible et plus exploitable pour les projets de recherche. La Plateforme des données de santé – nouveau nom du Health Data Hub – se positionne ainsi comme un futur opérateur central de cette infrastructure européenne, à travers trois missions : cataloguer les jeux de données disponibles, fournir des environnements sécurisés de traitement et contribuer à l’instruction des demandes d’accès aux données.

    L’objectif affiché est clair : réduire les délais d’accès aux données et offrir davantage de visibilité aux chercheurs comme aux industriels. Un enjeu devenu stratégique à l’heure où les modèles d’IA nécessitent des volumes massifs de données multimodales pour être entraînés.

    Structurer, harmoniser… et accélérer :

    Mais disposer d’un volume important de données ne suffit pas. Encore faut-il que ces données soient exploitables.

    Alexandre Drezet a rappelé que la valeur réelle de la donnée dépend autant de sa qualité que de sa structuration. Les interventions ont mis en évidence plusieurs défis majeurs : données non structurées dans les dossiers patients, hétérogénéité des formats entre pays européens, diversité linguistique, contraintes réglementaires ou encore lenteur des processus d’accès.

    Pour Thomas Josse, l’enjeu européen réside désormais dans la capacité à harmoniser les données pour permettre des analyses multicentriques et internationales. Les industriels attendent aujourd’hui des jeux de données riches, standardisés et interopérables, intégrant aussi bien les données cliniques que l’imagerie ou la génomique.

    La question de la rapidité est également revenue à plusieurs reprises. Plusieurs intervenants ont souligné que la compétition mondiale se joue désormais sur la capacité à accéder rapidement aux données tout en maintenant un haut niveau de sécurité et de conformité.

    Le pari européen d’osciller entre souveraineté et attractivité

    L’un des temps forts de la discussion a porté sur l’équilibre entre protection des données et développement de l’IA européenne.

    Alors que le RGPD est souvent perçu comme un facteur de complexité par les acteurs internationaux, plusieurs intervenants ont défendu une autre lecture : celle d’un modèle européen capable de concilier confiance, souveraineté et innovation.

    Hela Ghariani a notamment insisté sur une idée forte : entraîner des modèles d’IA européens en santé relève désormais de l’intérêt public. Une position qui pourrait progressivement faire évoluer la doctrine autour de l’accès aux données de santé pour les projets d’intelligence artificielle.

    Les échanges ont également mis en avant les forces structurelles de l’Europe : un marché de plus de 700 millions d’habitants, une recherche clinique reconnue, des systèmes hospitaliers riches en données longitudinales et une approche en réseau permettant de fédérer les cohortes à l’échelle continentale.

    Mais plusieurs intervenants ont aussi alerté sur le risque d’un excès de complexité réglementaire. Pour Alexandre Drezet, l’Europe doit désormais « passer à une logique du faire » et assouplir certains cadres pour rester compétitive face aux États-Unis ou à certains pays européens plus agiles, comme l’Espagne.

    Une Europe de la donnée de santé qui reste encore en construction :

    Au-delà des débats réglementaires, cette table ronde a surtout illustré un changement de paradigme : la donnée de santé n’est plus seulement un sujet technique ou réglementaire. Elle devient une infrastructure stratégique pour la souveraineté sanitaire, la recherche clinique et l’intelligence artificielle européenne.

    Tous les intervenants ont partagé un même constat : les prochaines années seront décisives. Entre EHDS, IA générative, structuration des données hospitalières et montée des enjeux de souveraineté cloud, l’Europe entre dans une nouvelle phase de son histoire numérique en santé.

    Reste désormais à transformer cette ambition collective en exécution concrète.

  • Deux ans après ses “10 engagements”, l’AP-HP veut transformer durablement l’expérience patient

    Le numérique comme levier de simplification des parcours

    L’un des volets les plus visibles de ce bilan concerne l’accès aux soins et la relation avec l’hôpital. L’AP-HP poursuit l’extension de la prise de rendez-vous en ligne via le portail Mon AP-HP. Près de 450 services proposent désormais cette possibilité, avec près de 280 000 demandes déposées en 2025, soit deux fois plus qu’un an auparavant. La satisfaction des patients sur ce sujet progresse également fortement.

    Cette transformation dépasse la simple digitalisation. L’AP-HP cherche à structurer une logique de parcours coordonné, notamment via “Direct AP-HP”, plateforme destinée aux médecins de ville pour fluidifier les demandes d’avis spécialisés, d’hospitalisation ou de consultation. Plus de 6 600 médecins y sont désormais inscrits.

    Le premier CHU d’Europe mise également sur une amélioration de l’information délivrée aux patients : simplification des courriers, nouveau lexique plus accessible, refonte des sites hospitaliers et développement d’outils numériques permettant d’accéder plus facilement aux documents médicaux. Le nombre de documents transmis dans “Mon espace santé” a quasiment triplé en un an, atteignant plus de 500 000 documents envoyés chaque mois.

    Une approche plus globale de l’expérience hospitalière :

    Au-delà du numérique, le plan touche des sujets longtemps considérés comme périphériques : accueil, signalétique, confort hôtelier ou conditions d’attente.

    L’AP-HP engage ainsi des rénovations massives de chambres, avec un objectif assumé : maintenir un rythme annuel de rénovation de 10 % du parc hospitalier. Des transformations plus visibles émergent également autour des espaces d’attente, des urgences ou encore de l’accompagnement des aidants.

    Cette évolution traduit un changement culturel important : l’expérience patient devient un indicateur de performance hospitalière à part entière. Les travaux engagés sur les urgences — affichage des temps d’attente, accompagnement des publics vulnérables, médiation — illustrent cette volonté de mieux intégrer les dimensions humaines et organisationnelles de la prise en charge.

    Faire du patient un acteur du système hospitalier

    Nicolas Revel a instisté sur la place donnée aux patients dans la gouvernance et l’amélioration continue des soins. Il a indiqué que le CHU s’appuie désormais sur 400 “patients partenaires”, impliqués dans les parcours de soins, l’éducation thérapeutique ou les projets d’organisation. Une nouvelle solution numérique permet aussi aux services d’analyser plus finement les enquêtes de satisfaction et les verbatims des patients afin de piloter des plans d’action ciblés.

    En filigrane, ce bilan montre surtout une évolution plus profonde : le passage d’un hôpital centré sur ses propres contraintes internes à un modèle davantage structuré autour des usages, des parcours et de la qualité perçue par les patients. Dans un contexte de tensions hospitalières persistantes, cette stratégie apparaît aussi comme une manière de restaurer la confiance, fluidifier les organisations et renforcer l’attractivité du service public hospitalier.

  • IA et médico-social : de la promesse scientifique à la réalité du terrain pour redonner du souffle à un secteur au bord de l’étouffement

    Article 1 – État des lieux du médico-social : un secteur en proie à la démographie, mais qui trouve une lueur d’espoir dans le numérique

    Le secteur médico-social fait face à un mur démographique : d’ici 2030, la France comptera 1,6 million de personnes âgées en perte d’autonomie. Face à cette explosion des besoins, le système s’effrite de toutes parts, avec 85 % des Ehpad publics aujourd’hui déficitaires et des professionnels à bout de souffle. Pourtant, au milieu de cette urgence, une lueur d’espoir émerge. Porté par un plan de numérisation massif de plus de 600 millions d’euros, le secteur entame sa mue. Découvrez comment l’intelligence artificielle s’impose désormais comme une réponse structurelle incontournable, non pas pour remplacer la relation d’aide, mais pour libérer les soignants du fardeau administratif et redonner tout son sens au temps humain.

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    Article 2 – Médico-social : une réglementation stricte qui conditionne l’arrivée de l’IA

    Le secteur médico-social français est régi par un corpus juridique rigide où la primauté de la personne est absolue. De la loi fondatrice de 2002, qui a replacé l’usager et ses droits au centre du dispositif, jusqu’à la récente loi « Bien Vieillir » de 2024, venue resserrer les contrôles et réaffirmer le droit de visite absolu face à la crise de confiance du grand public, aucune innovation ne peut s’affranchir de ce bouclier protecteur. Comment l’intelligence artificielle peut-elle s’intégrer dans cet écosystème complexe, soumis depuis 2022 aux évaluations particulièrement strictes de la Haute Autorité de Santé ? Plongez dans les rouages d’une réglementation où la technologie, pour pénétrer le marché, ne devra pas seulement être performante : elle devra prouver qu’elle sert exclusivement le projet de l’usager, sans jamais se substituer à la vigilance et à l’empathie humaines.

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    Article 3 – 9 études démontrent l’impact mesurable de l’IA sur le secteur du médico-social (revue de littérature)

    Le recours à l’intelligence artificielle pour soutenir nos aînés relève-t-il du fantasme technologique ou d’une véritable révolution clinique ? À travers l’analyse rigoureuse de 9 études internationales publiées entre 2022 et 2025, cette revue de littérature dresse un bilan objectif de l’impact de l’IA dans le médico-social. Si les résultats prouvent une efficacité spectaculaire, avec notamment une réduction des chutes atteignant 83,3 % et une précision de détection de 97 % grâce à l’IA prédictive, l’engouement de la communauté scientifique reste nuancé. Derrière les promesses de la robotique sociale et de l’anticipation médicale, les chercheurs mettent en garde contre de nouveaux dangers : âgisme algorithmique, tromperie éthique et aggravation de l’isolement. Plongez dans une synthèse exhaustive qui démontre comment la technologie peut sécuriser le vieillissement, à l’unique condition de ne jamais supplanter le lien humain.

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    Article 4 – 36 solutions d’intelligence artificielle utilisées en France pour le médico-social

    Face au défi du vieillissement, le secteur médico-social français ne se contente plus de promesses : l’intelligence artificielle y est déjà une réalité opérationnelle. À travers l’analyse de près de 30 solutions actuellement déployées sur le territoire, cet article décrypte un marché de l’innovation structuré autour de 4 axes majeurs. Des 16 dispositifs de surveillance “sans contact” capables de détecter une chute avec près de 99 % de précision, aux 7 technologies prédictives anticipant les hospitalisations jusqu’à 14 jours à l’avance, découvrez comment l’IA sécurise la santé des plus vulnérables. Plongez dans un écosystème dynamique où 7 outils logiciels allègent drastiquement la charge mentale des soignants et où 4 modèles de robots s’invitent dans les établissements, prouvant que la technologie est désormais prête à épauler concrètement les professionnels au quotidien.

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    Article 5 – Détection des chutes, partage intelligent des informations… 21 cas d’usage de l’IA pour le médico-social

    Face à un secteur médico-social sous tension extrême, l’intelligence artificielle prouve son utilité au quotidien. Loin de vouloir remplacer l’humain, elle s’y impose désormais comme un assistant indispensable. À travers une exploration détaillée de 21 cas d’usage concrets, cet article vous dévoile comment la technologie se met au service direct du soin. Découvrez comment 7 dispositifs invisibles et prédictifs permettent de sécuriser les résidents sans les stigmatiser, et plongez dans les rouages de 8 solutions logicielles conçues pour libérer instantanément les professionnels de leur fardeau administratif. De la coordination du maintien à domicile jusqu’aux outils palliant l’isolement, explorez les applications pratiques d’une innovation dont l’unique véritable objectif est de redonner du temps à l’empathie.

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    IA et médico-social : de la promesse scientifique à la réalité du terrain pour redonner du souffle à un secteur au bord de l'étouffement
    IA et médico-social : de la promesse scientifique à la réalité du terrain pour redonner du souffle à un secteur au bord de l’étouffement
  • Détection des chutes, partage intelligent des informations… 21 cas d’usage de l’IA pour le médico-social

    7 cas d’usage de l’IA pour sécuriser sans stigmatiser

    Dans l’intimité des lieux de vie, le premier défi est d’assurer la sécurité des personnes vulnérables sans tomber dans une surveillance intrusive, comme l’usage de caméras, ou stigmatisante, à l’image des médaillons souvent oubliés ou refusés. L’IA rend aujourd’hui possible une approche “ambient” et prédictive.

    Des dispositifs d’acoustique intelligente ou des boîtiers analysant les perturbations des ondes Wi-Fi s’intègrent désormais discrètement dans les chambres. Sans jamais enregistrer de conversations ni filmer la moindre image, ces systèmes sont capables de distinguer une chute à travers les murs, d’identifier une détresse respiratoire ou de repérer une déambulation nocturne anormale. Parallèlement, des technologies radars millimétriques ou des analyses biomécaniques de la marche et des micro-mouvements oculaires permettent d’anticiper la fragilité motrice ou le déclin cognitif bien avant l’apparition de symptômes cliniques évidents. L’intervention soignante passe ainsi de la réaction d’urgence à la prévention ciblée, tout en supprimant la nécessité des rondes nocturnes systématiques qui perturbent le sommeil des résidents.

    8 cas d’usage de l’IA pour libérer du temps au soignant

    Au-delà de la chambre, l’IA s’attaque au mal du siècle dans le médico-social : la charge administrative qui dévore le temps de présence auprès des bénéficiaires. Dans ce domaine, les algorithmes agissent comme des assistants de l’ombre capables de traiter des données massives pour redonner du sens au métier.

    La voix devient une interface privilégiée. Des outils de reconnaissance vocale spécialisés permettent aux soignants de dicter leurs observations en temps réel, l’IA se chargeant de structurer ces notes en comptes-rendus conformes pour justifier les dotations de soins (GIR, PATHOS). Cette automatisation s’étend au pilotage global de la qualité et des risques : l’IA catégorise instantanément les déclarations d’événements indésirables (chutes, fugues), met à jour le Document Unique (DUERP) et synthétise en quelques secondes les centaines de verbatims issus des enquêtes de satisfaction obligatoires. Le pilotage des établissements s’en trouve considérablement fluidifié, soutenu par des plateformes CRM intelligentes qui centralisent les plannings et vont jusqu’à analyser les retours d’assiettes en salle à manger pour limiter le gaspillage et prévenir la dénutrition.

    3 cas d’usage de l’IA pour orchestrer le maintien à domicile

    Cette logique d’optimisation dépasse les murs des établissements pour repenser le maintien à domicile, un secteur qui souffre traditionnellement d’un morcellement critique des interventions entre aides à domicile, infirmiers et professionnels paramédicaux.

    Ici, l’IA endosse le rôle de chef d’orchestre. En analysant les transmissions numériques quotidiennes, elle parvient à valoriser les observations de terrain — souvent les premiers signaux faibles d’une dégradation — pour les transformer en alertes médicales. Si plusieurs intervenants notent une baisse d’appétit ou une fatigue inhabituelle, le système croise ces données et prévient l’infirmière coordinatrice. Couplées à des plateformes de télé-visite et de suivi environnemental, ces capacités de prédiction centralisent les informations à l’échelle du territoire (SPASAD, CPTS), permettant d’anticiper les crises et de réduire drastiquement les hospitalisations non programmées.

    3 cas d’usage pour maintenir le lien social et pallier l’isolement

    Enfin, la technologie s’aventure sur le terrain délicat du soutien psychologique. Face à la solitude et à l’anxiété qui accélèrent le déclin cognitif, l’IA propose des palliatifs qui, sans remplacer la chaleur d’une présence physique, offrent une disponibilité continue.

    Pour les patients atteints de troubles cognitifs qui ne peuvent plus utiliser de smartphones, des téléphones traditionnels sans boutons font leur apparition, permettant de dialoguer naturellement avec des compagnons vocaux multilingues capables de stimuler la mémoire et d’alerter les proches en cas de détresse. Pour les malades chroniques et leurs aidants souvent isolés, des agents conversationnels basés sur les thérapies cognitivo-comportementales offrent une écoute 24h/24. En parallèle, la robotique sociale déployée dans les foyers de vie s’affirme comme un excellent outil de médiation, facilitant les interactions de groupe sous la supervision des équipes éducatives.

    Cartographie des cas d’usage de l’IA pour le médico-social :

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  • Médico-social : 36 solutions d’intelligence artificielle utilisées en France

    Des solutions structurées autour de 4 axes

    Le secteur médico-social français (Ehpad, résidences autonomie, maintien à domicile) fait face à un double défi : le vieillissement accéléré de la population et une pression croissante sur les effectifs soignants. Face à cette réalité, l’IA s’impose non plus comme un gadget futuriste, mais comme un véritable levier opérationnel.

    L’analyse d’une trentaine de solutions actuellement déployées ou en cours de déploiement en France révèle un marché dynamique, fortement encadré par la réglementation (marquage CE, AI Act), qui se structure autour de quatre grands axes d’innovation.

    Informations sur les 36 solutions d’IA :

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    16 solutions pour la surveillance des personnes vulnérables

    C’est le segment le plus dense du marché. L’objectif est clair : prévenir les chutes et les situations de détresse sans entraver la liberté des résidents. On observe une transition technologique majeure des dispositifs portables (wearables) vers des solutions ambiantes dites “sans contact”.

    • L’analyse de l’environnement physique et sonore : Des solutions comme OsoAI (Orikio) utilisent l’acoustique pour détecter les appels à l’aide ou les détresses respiratoires, tandis que Kepler Night Nurse et Missia s’appuient sur la vision par ordinateur (sans enregistrer les images pour préserver l’intimité) afin de surveiller les levers et prévenir les escarres.

    • Les ondes et radars : Pour une discrétion absolue (pas de caméra, pas de micro), des outils comme ZoeFall, aiCare System et Silver Shield exploitent la déformation des signaux wi-fi ou radar pour détecter les chutes avec une précision frôlant les 99 %.

    • L’éclairage intelligent : L’intégration de la prévention dans le mobilier est illustrée par les lampes connectées Nobi Smart Lamps et Aladin+, qui combinent éclairage préventif nocturne et détection de chute.

    • Les dispositifs portables traditionnels évolués : Les balises et montres (comme Dona Care, Sidly, CarePredict ou Legrand Care) restent très présentes, couplant localisation et détection automatique grâce au machine learning.

    La quasi-totalité de ces solutions de prévention d’urgence sont classées à “haut risque” (AI Act) en raison de leur impact direct sur la sécurité vitale des patients.

    7 solutions d’IA pour l’anticipation de la dégradation de la santé

    L’IA ne se contente plus de réagir ; elle anticipe la dégradation de l’état de santé grâce à l’analyse prédictive et à l’identification de nouveaux biomarqueurs.

    • Neurologie et motricité : DigiPark analyse les symptômes de la maladie de Parkinson en temps réel. NeuroClues transforme l’oculométrie (eye-tracking) en “stéthoscope du cerveau” pour le diagnostic précoce des maladies neurodégénératives. De son côté, AbilyCare évalue le risque de chute en quantifiant la marche et l’équilibre.

    • Prédiction des hospitalisations : Des plateformes comme Presage Care et Epoca croisent les données cliniques ou les questionnaires des aidants pour détecter les signaux faibles de fragilité et anticiper les hospitalisations non programmées (à 7-14 jours).

    • Écosystèmes globaux : HiNounou propose un kit complet (tensiomètre, oxymètre, etc.) créant un “jumeau numérique” du patient pour détecter précocement les maladies chroniques.

    7 solutions pour l’allègement administratif et la coordination des soignants

    La réduction de la charge mentale des professionnels est un enjeu crucial de rétention des talents dans le médico-social. Les outils logiciels à risque minimal (transparence et organisation) utilisent l’IA pour fluidifier le travail.

    • Dictée et compte-rendu : Speakli utilise le traitement du langage naturel (NLP) pour automatiser les transmissions de soins par la voix, structurant les données réglementaires sans effort de saisie.

    • Gestion de la qualité et de la conformité : Qualinéo intègre un “Copilote IA” (basé sur des LLM) pour trier les événements indésirables, analyser les plaintes et suggérer des actions correctives.

    • Coordination des parcours : Des logiciels comme NETsoins, Odoo CRM appliqué aux Ehpad, Birdie, Septeo ou Médiateam centralisent les données, prédisent les besoins en ressources humaines et fluidifient le lien entre la ville, l’hôpital et le domicile.

    4 robots utilisés en France

    Bien que plus prospectifs, les robots et les interfaces conversationnelles s’installent progressivement pour des tâches de logistique ou de stimulation.

    • Assistants logistiques : The Mirokaï (Enchanted Tools) et Kompai Assist déchargent le personnel en transportant du petit matériel, guidant les visiteurs ou animant des exercices, dans une approche de robotique de service transparente.

    • Compagnons cognitifs : Pour lutter contre l’isolement, ElliQ (robot interactif) et Amical (intégré directement dans un téléphone fixe traditionnel pour les patients Alzheimer) stimulent les fonctions cognitives via le langage naturel, sans nécessiter d’apprentissage technologique de la part du senior.

    En plus de ces quatre axes, il y a deux solutions bien spécifiques qui ciblent des niches stratégiques :

    • la dénutrition : Skeal utilise le deep learning pour analyser les photos des plateaux-repas en établissement, mesurant les portions consommées pour alerter sur la dénutrition et réduire le gaspillage alimentaire.

    • la stratégie territoriale : RevealCare croise des millions de données (big data) pour aider les bailleurs sociaux et collectivités à cartographier et anticiper les besoins d’autonomie à l’échelle d’une région.

    Cartographie des solutions d’IA utilisées en France :

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