Une enquête basée sur l’analyse de 2 M de consultations
Alors que le manque de personnel à l’hôpital est à l’origine de difficultés d’accès aux urgences, l’accessibilité à la médecine de ville se présente comme un sujet aussi important. En effet, la difficulté pour un patient d’accéder à un médecin, pour le suivi de sa pathologie ou après l’apparition de certains nouveaux symptômes, pourrait avoir des conséquences graves sur sa santé et l’obliger à se rendre aux urgences.
Conscient des inégalités d’accès aux soins de médecine de ville, Doctolib a publié en avril 2024 une enquête intitulée “Cartes de France de l’accès aux soins. Soignants et patients face aux inégalités territoriales.” Ce dernière repose sur une analyse de plus de 2 millions de consultations opérées par près de 75 000 médecins utilisateurs de la plateforme de prise de rendez-vous, du 1er janvier au 31 décembre 2023. Que cela concerne les consultations en cabinet ou les téléconsultations, le constat dressé dans ce rapport montre que les Français ont encore beaucoup de difficultés d’accès aux soins – en fonction de leur lieu de résidence ou de la spécialité recherchée.
Le délai entre la prise de rendez-vous et la consultation se prolonge :
Les principaux résultats de l’enquête montrent une augmentation générale – par rapport aux années précédentes – des délais entre la prise de rendez-vous et la consultation, que ce soit en médecine générale ou auprès de spécialistes. Par exemple, la carte de Doctolib révèle une baisse de 3 points par rapport à 2021 du pourcentage de consultations réalisées en moins de 48 heures chez un médecin généraliste (41 % en 2023 contre 44 % en 2022). Elle indique également une augmentation de 9 jours du délai médian entre la prise de rendez-vous et la consultation chez un cardiologue (33 jours en 2021 contre 42 en 2023).
Malgré l’analyse de 2 millions de prises de rendez-vous qui ont abouti à des consultations en 2023, Doctolib explique que les statistiques retenues dans le cadre de cette enquête “ne concernent que les utilisateurs ayant recours aux outils Doctolib Patient et Doctolib Téléconsultation et ne sont donc pas représentatives de l’ensemble des réalités d’accès aux soins dans les territoires”. De plus, la licorne explique que deux des autres limites de cette enquête sont que les statistiques ne permettent pas d’avoir de la visibilité sur les recherches de rendez-vous qui n’aboutissent pas, ni sur les consultations réalisées sans rendez-vous et que cette analyse ne permet pas d’obtenir une échelle spatiale plus précise que l’échelle départementale, alors qu’il peut y avoir des inégalités d’accès aux soins au sein même des bassins de vie.
Des inégalités en fonction des territoires et du type de soins
Dans son enquête, Doctolib constate deux grands types d’inégalités : celles liées à l’accès aux soins selon les territoires et celles associées au type de soins requis.
Des inégalités d’accès inhérentes aux disparités territoriales :
Concernant la disparité d’accès aux soins selon les régions, l’enquête révèle que les inégalités de santé se reflètent dans les disparités géographiques françaises. On observe ainsi que l’Île-de-France, les côtes méditerranéenne et atlantique, ainsi que les départements abritant d’importants pôles urbains et/ou universitaires affichent généralement des délais médians d’obtention de rendez-vous plus courts pour toutes les spécialités. En revanche, dans 8 régions, de nombreux départements (soit 14 au total) présentent des délais médians entre la prise de rendez-vous et la consultation qui sont au moins deux fois supérieurs à la moyenne nationale, pour au moins trois professions : l’Occitanie, la Bourgogne-Franche-Comté, le Centre-Val-de-Loire, la Nouvelle-Aquitaine, l’Auvergne-Rhône-Alpes, la Normandie, la Bretagne et les Hauts-de-France.
Pour certaines spécialités, les disparités dans l’accès aux soins sont considérables : en ophtalmologie, en dermatologie et en pédiatrie, il existe plus de 90 jours de différence entre les départements où les délais sont les plus rapides et ceux où ils sont les plus longs.
Des délais médians de plus d’un mois pour certaines spécialités :
Les disparités d’accès aux soins selon le type de soins se divisent en deux catégories : d’une part, les soins primaires qui affichent des délais médians plutôt courts entre la prise de rendez-vous et la consultation, et d’autre part, les soins spécialisés avec des délais médians variant de 15 à 30 jours, voire plus d’un mois.
Les soins primaires, tels que les consultations avec des médecins généralistes (3 jours), des masseurs-kinésithérapeutes (6 jours), des pédiatres (7 jours), des sages-femmes (11 jours) ou des chirurgiens-dentistes (11 jours), présentent des délais médians d’attente inférieurs à 15 jours. Les consultations avec des psychiatres (16 jours), des gynécologues (22 jours) et des ophtalmologistes (26 jours) affichent des délais médians d’attente compris entre 15 jours et 1 mois. Seules deux spécialités enregistrent des délais médians d’attente dépassant un mois : la dermatologie (36 jours) et la cardiologie (42 jours).
Par ailleurs, la téléconsultation apparaît comme une solution pour obtenir un rendez-vous médical plus rapidement, car pour toutes les professions comptant plus de 10 % d’utilisateurs en téléconsultation, les délais médians d’attente entre la prise de rendez-vous et la consultation sont plus courts pour presque tous les types de soins. Par exemple, le délai médian d’attente pour une consultation avec un généraliste ou un pédiatre est d’un jour, et pour une consultation avec un cardiologue, ce délai médian est de 8 jours, contre 42 jours pour une consultation en cabinet.

L’IA comme levier d’efficience
En se basant sur les conclusions de l’enquête et sur son expérience professionnelle, un médecin membre du comité médical de Doctolib a examiné l’impact des outils numériques sur la réduction des difficultés d’accès aux soins. Outre la téléconsultation, qui a montré une diminution des délais médians d’attente, il souligne l’importance de l’IA.
Selon lui, l’intégration de l’IA dans certains logiciels permet d’améliorer la qualité des consultations. Les outils dotés d’IA, comme son logiciel de retranscription des échanges avec les patients, lui permettent de se concentrer davantage sur le contenu des consultations tout en étant plus efficace dans ses interactions avec son équipe. D’autres logiciels, non alimentés par l’IA, contribuent également à répondre aux impératifs de santé publique en identifiant facilement les patients polymédiqués pour limiter la prescription de nouveaux médicaments, ou en facilitant l’information des patients nécessitant un rappel de vaccination.
Il espère que dans le futur, l’IA permettra de coder automatiquement les informations issues des consultations, permettant ainsi aux professionnels de santé de mieux identifier les besoins de leurs patients et de la population en alimentant des entrepôts de données publiques pour la recherche.


