Répondre à un besoin de digitalisation
La taskforce de France Biotech dédiée à l’anatomopathologie numérique a été lancée en mai 2023 dans un contexte de nécessité de la digitalisation du secteur alors que les pathologistes ont vu leurs tâches s’intensifier “à la fois en volume et en complexité dans un contexte de médecine de précision” explique l’association. Pour répondre à cette attente en termes de digitalisation, cette taskforce a réuni 130 participants parmi lesquels des médecins pathologistes libéraux, des médecins pathologistes hospitalo-universitaires et hospitaliers, des sociétés savantes, des industriels et des institutionnels.
De mai 2023 à mars 2024, ils se sont réunis à de plusieurs reprises au travers de groupes pour travailler à :
- favoriser les échanges entre les acteurs de l’anatomopathologie numérique ;
- permettre aux acteurs d’assurer une bonne transition vers l’anatomopathologie numérique ;
- faire émerger les solutions innovantes à même d’optimiser la pratique clinique, en lui offrant un cadre réglementaire et économique favorable ;
- consolider une filière dynamique et porter des actions prioritaires structurantes à destination des pouvoirs publics.
En mai 2024, France Biotech a fait état des travaux de sa taskforce au travers d’un événement de restitution qui s’est déroulé à PariSanté Campus et par le biais duquel les groupes de travaux ont présenté un état des lieux des bénéfices et des enjeux du passage au digital et à l’IA, mais les difficultés du passage à cette digitalisation, ainsi qu’un certain nombre d’actions prioritaires visant à soutenir la filière dans ce passage.
Quel intérêt à numériser l’ACP ?
L’ACP est une spécialité médicale qui permet la détection de maladie, leur compréhension, ainsi que le diagnostic des patients grâce à l’analyse d’échantillons biologiques par microscope sur des lames. Le passage d’une lecture sur des lames physiques à une lecture sur des lames virtuelles ouvre donc la porte à une facilitation du travail pour les pathologies.
Les résultats des groupes de travail de la taskforce ont montré que du côté du soin, la digitalisation de l’ACP permet, entre autres, la facilité d’accès aux données – car de par la numérisation des lames, leur transfert est plus facile entre professionnels de santé – , un confort de lecture pour les pathologistes, une sécurité supplémentaire – puisqu’il y a moins de risque de confusion entre plusieurs lames – , une utilisation plus aisée des algorithmes d’IA qui n’ont qu’a analyser les données numériques, ainsi qu’une meilleure prise en charge, avec des délais plus courts, grâce à une lecture décentralisée des lames.
Du côté de la recherche, la digitalisation de l’ACP peut faciliter l’exploitation des images qui seront stockées numériquement, ce qui permet aussi la constitution de bases de données de recherche, mais aussi des bases de données pour les entrepôts de données de santé et donc pour la réutilisation secondaire de ces données. Agissant toujours de paire avec l’IA, la collecte de ces données peut aussi faciliter l’exploitation de la multimodalité et la constitution de jumeaux numériques pour accélérer la découverte de médicaments.
La digitalisation de l’ACP peut aussi avoir des bénéfices dans la cadre de la formation comme la démontré la taskforce : “la digitalisation facilite le partage des cas didactiques, la création de collections pédagogiques, de base de données bibliographiques. Elle a permis notamment l’accès aux bases de données de l’Université numérique en santé et sport (UNESS) qui comprennent des collections de lames de référence par pathologie, annotées par des experts et des cours en ligne, ainsi que la mise en place de la plateforme “UNESS-SIDES”.
Les bénéfices d’une inclusion de l’IA :
Pour ce qui est du passage à l’IA, la taskforce a, là aussi, relevé de nombreux bénéfices du côté du soin, de la recherche et de la formation des pathologistes. En effet, l’IA offre des algorithmes destinés à optimiser la pratique du pathologiste et à améliorer le parcours de soin et la décision thérapeutique aux bénéfices des patients. Dans le cadre du soin, les groupes de travaux de la taskforce ont établi que l’IA impacte directement la prise en charge du patient grâce à une analyse plus précises des lames ce qui optimise cette prise en charge. Mais là n’est pas le seul bénéfice, puisque l’IA va aussi assister le pathologiste dans sa prise de décision et lui permettre un gain de temps, notamment grâce aux algorithmes d’analyse comme ceux qui permettent la lecture des frottis cervicaux.
Pour la recherche, c’est les capacités prédictives de l’IA et l’automatisation qu’elle permet qui sont intéressantes. La taskforce montre que l’IA peut être utilisée pour prédire l’évolution de la maladie ou sa réponse à une thérapie donnée, pour remplacer des techniques existantes, ainsi que pour détecter des signaux faibles invisibles à l’œil et qui seraient des signatures pronostiques ou prédictives de nature à revoir les guidelines diagnostiques.
Dans le cadre de la formation, l’IA permet “d’illustrer des cas (détecter des évènements, afficher des masques, …) et d’alimenter les contenus de formation et de développer le sens critique des jeunes pathologistes“.
Les obstacles à une généralisation
Si une digitalisation de l’ACP à d’ores et déjà débuté, de nombreux freins empêche sa généralisation. Les groupes de travail de la taskforce montre que les principaux freins à une utilisation plus générale de l’IA dans l’ACP résident dans des contraintes techniques et réglementaires. En effet, une généralisation ne pourra prendre forme que lorsqu’un financement sera instauré pour permettre un accès à l’usage de l’IA, mais aussi lorsque les DM numériques à usage professionnel seront évalué et déclaré conforme par la Haute autorité de santé (HAS). Cette généralisation nécessitera aussi une maîtrise des outils d’IA par les professionnels, chose qui n’est pas encore acquise.
Ces mêmes freins sont constatés pour une digitalisation plus générale : des freins techniques couplés à des coût importants, puisqu’une numérisation des services nécessite d’engager des investissements très lourds. La taskforce a aussi relevé d’autres freins comme l’absence de format d’image standard pour le partage des données, mais aussi l’archivage et le stockage des lames qui, lorsqu’elles seront totalement numérisées, nécessiteront des bases de données conséquentes. Le dernier frein relevé par la taskforce est celui concernant les défis juridiques comme l’obéissance au RGPD pour le stockage des lames numériques, ou encore les procédures pour l’accès et l’utilisation des données des patients, comme l’obtention de leur consentement.
Les principales préconisations de France Biotech
Après avoir dressé cet état des lieux, la taskforce préconise 31 actions prioritaires, parmi lesquelles la nécessité :
- de mettre en place d’un accompagnement financier efficace, indispensable pour soutenir la digitalisation des laboratoires publics et privés ;
- de favoriser de l’inscription des outils IA dans le RIHN (impliquant le recueil de données) et passage en droit commun d’actes matures tels que les actes de biologie moléculaire (PCR, NGS) de manière à libérer l’enveloppe au profit de nouvelles innovations tels que les actes assistés par IA ;
- de permettre la création de nouveaux types d’actes pour l’utilisation d’algorithmes, y compris à l’initiative des industriels, tenant compte de la typologie d’IA et coefficienté en fonction de la valeur ajoutée évaluée par la HAS ;
- d’améliorer la coordination entre les secteurs public et libéral afin de favoriser l’exploitation des datas par les industriels et les chercheurs ;
- de soutenir la création d’entrepôts locorégionaux de données de santé interconnectés permettant de recueillir des données multimodales et multi origines provenant des secteurs privés et publics ;
- d’inclure la pathologie digitale dans le Ségur du numérique afin de bénéficier du soutien de la DNS pour conseiller et dynamiser la standardisation et les choix en matière d’interopérabilité pour la filière ;
- de proposer que l’archivage légal puisse être réalisé en physique ou en digital de manière à pouvoir adapter les stratégies aux dispositions des laboratoires et aux cas d’usage, et éviter un double archivage (physique et numérique) ;
- et de sensibiliser la Cnil au sujet de la création d’entrepôts de données de santé, en lui demandant de définir des procédures harmonisées et adaptées afin de réduire les délais d’autorisations (public et privé).
👉 Toutes les actions préconisées par la taskforce de France Biotech sont à retrouver dans la restitution de la taskforce consultable en cliquant sur ce lien.