VERDU BISSI Alexandre

  • Fin du stockage des données du HDH par Azure ? Le Gouvernement abandonne la “solution intercalaire” pour accélérer l’hébergement souverain de la plateforme

    La fin d’un feuilleton sur l’hébergement des données de santé des Français

    Après plusieurs années de questionnements, marquées notamment par l’audition de la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, sur le choix de l’hébergement de la Plateforme de données de santé (Health Data Hub) par Microsoft Azure, puis par le lancement d’un appel d’offres transitoire doté de 6,2 millions d’euros, le HDH semble enfin entrevoir le bout du tunnel. Le Gouvernement français a en effet déclaré que la plateforme devrait être hébergée, « avant la fin de l’année 2026 », par une solution « sécurisée et souveraine ».

    Un nouvel appel d’offres doit ainsi être lancé sous l’impulsion de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Cette fois, l’objectif est clair : déployer une solution pleinement opérationnelle, non plus temporaire mais durable. Si le montant alloué à ce nouvel appel d’offres n’a pas encore été rendu public, une chose est acquise : seuls des acteurs disposant de la certification SecNumCloud pourront candidater, acte fort en matière de sécurité et de maîtrise nationale des infrastructures.

    Un nouvel appel d’offres qui pourrait reprendre certains candidats du précédent dispositif :

    Sans surprise, cet appel d’offres pourrait voir réapparaître plusieurs candidats déjà positionnés lors du dispositif transitoire. Le média L’Informé avait révélé une liste de candidats pré-sélectionnés comprenant notamment Cloud Temple, associé à Atos et Docaposte, ainsi que OVHcloud. Tous disposent, ou sont engagés dans l’obtention, des certifications requises pour héberger des données de santé sensibles dans un cadre souverain.

    Même si la liste complète n’a jamais été officiellement confirmée, ces acteurs apparaissent comme des prétendants naturels, à la fois pour leur maturité technique et leur alignement avec les exigences de l’État. Le nouvel appel d’offres pourrait ainsi constituer moins une révolution qu’une clarification, avec, cette fois-ci, uniquement des candidats capables d’héberger les données des Français dans un espace sécurisé et souverain.

    Un dispositif qui intervient comme une nécessité pour éviter le naufrage de la plateforme 

    Au-delà du symbole politique, cette décision répond à une urgence très concrète. L’hébergement du Health Data Hub sur Microsoft Azure l’expose directement au Cloud Act américain, qui permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès à des données hébergées par des entreprises américaines, y compris lorsqu’elles sont stockées hors du territoire américain. Malgré les dispositifs contractuels et techniques mis en avant, ce cadre juridique crée une incertitude structurelle sur le contrôle effectif des données.

    À cela s’ajoute un risque opérationnel rarement assumé publiquement : en cas de décision unilatérale de l’administration américaine (sanctions, restrictions d’exportation de services numériques, suspension de licences), l’accès à certaines briques cloud critiques pourrait être restreint ou interrompu, sans que l’État français ne dispose de marges de manœuvre juridiques réelles. Dans un contexte de tensions internationales accrues et de réaffirmation de la souveraineté numérique comme enjeu stratégique, le maintien d’un tel niveau de dépendance apparaissait de plus en plus difficilement soutenable pour une infrastructure aussi sensible que celle des données de santé des Français.

    Par ailleurs, plusieurs rapports publics et parlementaires ont dressé un constat sévère sur le Health Data Hub. Gouvernance instable, retards accumulés, faible adoption par la communauté scientifique : certains travaux, dont le biland du Fonds de transformation de l’action publique (FTAP) présenté par la Cour des comptes en novembre 2025, ont souligné une érosion de la valeur opérationnelle de la plateforme, parfois évaluée de manière symbolique à quelques centaines de milliers d’euros. Cette valeur est loin des ambitions initiales affichées lors de la création de la PDS, alors que le projet a été doté, depuis sa mise en oeuvre en novembre 2019, d’un budget total de plus d’un milliard d’euros et avait même été estimé à 54 millions d’euros avant de voir sa valeur être divisée par plus de 100. Cette volonté de passer d’une solution “transitoire” à une solution pérenne et souveraine apparaît comme une nécessité pour éviter de voir le naufrage de la plateforme, après plusieurs années de tensions.

  • Régulation de la téléconsultation en 2026 : le défi de la maturité industrielle et souveraine

    La téléconsultation vue sous le prisme de la maturité réglementaire et territoriale

    L’évolution du cadre réglementaire entre 2024 et 2026 a opéré un tri sélectif brutal mais nécessaire au sein de l’écosystème de la téléconsultation. Pour les éditeurs et les structures technologiques, la conformité n’est plus une simple option technique, mais une barrière à l’entrée devenue un avantage compétitif pour les acteurs les plus robustes. Cette sélection par la norme est devenue une réalité de marché incontournable à la fin de l’année 2025, date butoir marquant l’expiration de la période transitoire accordée aux opérateurs pour se mettre en conformité. Dès lors, l’agrément ministériel pour les Sociétés de téléconsultation (STLC) s’est imposé comme le filtre ultime de survie : toute structure n’ayant pas validé ses nouveaux statuts éthiques et sa solidité technique s’est vue de facto exclue du remboursement par l’Assurance Maladie, scellant ainsi la disparition des plateformes de mise en relation purement commerciales au profit de structures de soins officiellement régulées.

    Désormais, les plateformes purement commerciales doivent impérativement prouver l’absence de lucrativité prédominante sur le soin pour maintenir leur activité. Parallèlement, l’investissement technique requis pour répondre à l’interopérabilité imposée par la Doctrine du numérique en santé de 2026 et le Ségur est devenu colossal. Pour un éditeur, l’incapacité à s’intégrer nativement à Mon Espace Santé ou à l’ordonnance numérique entraîne une exclusion de facto du marché du remboursement, verrouillant le secteur autour d’acteurs certifiés.

    Cette transformation impacte tout autant la pratique médicale, puisque la téléconsultation est désormais sanctuarisée mais sous haute surveillance. Un paradoxe tarifaire volontaire s’est installé : alors que la consultation physique a été revalorisée à 30 € fin 2024, l’acte à distance est resté fixé à 25 €, hors majorations. Ce signal fort de l’Assurance Maladie réaffirme que le numérique doit demeurer un complément et non un substitut financier. En contrepartie, la convention médicale 2024-2029  de la Cnam a levé le quota de 20 % d’activité pour les médecins traitants auprès de leur propre patientèle, encourageant ainsi un suivi hybride de proximité. Si ce bilan est jugé positif pour la sécurité des patients et la pérennité du système, il fragilise néanmoins l’agilité des petites entreprises. Ces dernières font face à une inflation réglementaire où s’entremêlent les exigences de l’ANS, de la Cnil, de l’IA Act et de l’EHDS, rendant l’innovation de rupture plus coûteuse et plus lente.

    Un arsenal de régulation territoriale :

    Face à la reprise de la croissance des actes de téléconsultation, qui ont atteint les 14 millions en 2024 et en 2025, l’État a repris fermement la main sur la géographie du soin numérique. La nouvelle feuille de route nationale sur la télémédecine, issue des Assises de janvier 2026, répond à un double enjeu de souveraineté et d’équité. Elle vise d’une part à renforcer l’égal accès aux soins dans les zones sous-dotées, notamment pour les patients âgés ou en situation de handicap, et d’autre part à conforter la place de la télémédecine dans les pratiques quotidiennes des médecins traitants et spécialistes. Ce cadre privilégie désormais la téléconsultation assistée en pharmacie ou en cabine, permettant des mesures physiologiques fiables qui limitent drastiquement les risques d’erreurs de diagnostic.

    La stratégie nationale s’articule autour de quatre axes qui redéfinissent la juste place de l’outil numérique dans le parcours de soins des Français. Le premier axe se concentre sur le développement des compétences des professionnels, particulièrement en matière de télésémiologie, pour garantir la qualité de l’examen à distance. Le deuxième axe vise à renforcer la place de la télémédecine dans le suivi global du patient, évitant ainsi la multiplication des actes isolés. Le troisième axe priorise le déploiement des outils au bénéfice des populations les plus dépendantes. Enfin, le quatrième axe impose une limitation stricte des dérives en encadrant les lieux d’implantation des équipements, afin d’interdire le déploiement de bornes dans des espaces purement commerciaux déconnectés du soin.

    Ce contrôle territorial s’accompagne de garde-fous techniques rigoureux sur les prescriptions, notamment le blocage automatisé des arrêts de travail de plus de trois jours par les logiciels certifiés. Pour offrir des relais de croissance sains aux entreprises du numérique, l’État mise sur la téléexpertise, dont l’avis rendu par un spécialiste a été revalorisé à 23 € au 1er janvier 2026. Cette mesure incite les structures technologiques à ne plus seulement concevoir des outils de mise en relation directe, mais à devenir des facilitateurs de la collaboration entre professionnels de santé, garantissant ainsi une médecine connectée, éthique et durable.

    L’Espace des données et l’IA Act désormais au cœur de la pratique

    Le véritable changement d’échelle pour les acteurs de la e-santé ne se joue plus seulement à Paris, mais à Bruxelles. L’Espace européen des données de santé (EHDS), désormais entré dans sa phase de déploiement opérationnel, redéfinit radicalement les frontières du soin numérique et, par extension, l’architecture même des plateformes de téléconsultation. Ce règlement ne se contente pas de renforcer le RGPD, il crée un véritable « marché unique » de la donnée de santé où la téléconsultation devient le premier cas d’usage concret de la continuité des soins transfrontalière. Pour les plateformes françaises, l’enjeu de l’utilisation primaire des données impose une interopérabilité technique sans précédent via l’infrastructure MyHealth@EU. Concrètement, un médecin français réalisant une téléconsultation pour un patient espagnol en déplacement doit pouvoir accéder instantanément au « Patient Summary » européen de ce dernier.

    Cette fluidité repose sur l’adoption impérative du format d’échange européen des dossiers de santé informatisés (EEHRxF), transformant le compte-rendu de téléconsultation en un document universellement lisible. Au-delà du soin, l’utilisation secondaire des données générées par ces millions de consultations à distance ouvre des opportunités inédites pour la recherche épidémiologique, à condition pour les éditeurs de se plier aux exigences strictes des organismes d’accès nationaux. Cette standardisation devient le nouveau socle de confiance permettant aux pépites françaises de se projeter sur un marché de 450 millions de citoyens, tout en érigeant une barrière protectrice contre l’hégémonie de solutions extracommunautaires dont les standards de sécurité ne s’aligneraient pas sur ces exigences de souveraineté.

    De nombreuses fonctions des outils de téléconsultation impactées par l’IA Act :

    Parallèlement, le cadre réglementaire européen s’est musclé avec l’entrée en pleine application de l’IA Act, dont l’impact sur les fonctionnalités avancées de téléconsultation est massif. Ce texte fondateur a classé la quasi-totalité des outils de tri, de triage automatisé et d’aide au diagnostic assisté par algorithme intégrés aux plateformes dans la catégorie « à haut risque ». Pour les éditeurs, cette classification impose une mise en conformité technique extrêmement lourde sur l’ensemble du cycle de vie du logiciel. L’époque des algorithmes « boîtes noires » intégrés aux interfaces de téléconsultation est définitivement révolue. Désormais, chaque système d’intelligence artificielle analysant les symptômes d’un patient avant ou pendant l’appel vidéo doit répondre à des exigences strictes de transparence, de traçabilité et de précision.

    Cette rigueur se traduit par une obligation de supervision humaine effective, qui redéfinit la relation entre le médecin téléconsultant et son outil. Concrètement, une suggestion diagnostique ou une alerte clinique générée par une IA ne peut plus être délivrée de manière abrupte : elle doit être accompagnée d’une documentation permettant au praticien d’en comprendre le raisonnement sous-jacent. Pour les structures du numérique, ce cadre européen agit comme un puissant filtre industriel. Il protège les acteurs vertueux qui investissent dans la qualité clinique contre la concurrence déloyale de solutions technologiques moins fiables ou opaques. En faisant de l’explicabilité et de la sécurité des piliers non négociables, l’Europe transforme ses contraintes réglementaires en un levier de souveraineté économique, imposant ses standards comme la référence mondiale de la confiance en santé numérique.

    La régulation de 2026 marque donc la fin de l’ère de l’expérimentation pour laisser place à celle de l’industrialisation éthique. Le cadre français, par son arsenal de régulation territoriale et son agrément STLC, sécurise l’ancrage local et l’éthique du modèle de soins. De son côté, le cadre européen offre la puissance juridique et technique nécessaire pour transformer ces exigences en standards d’exportation. Pour les dirigeants de la HealthTech, le succès ne repose plus sur la simple rapidité de déploiement d’un outil, mais sur la robustesse de son architecture réglementaire, faisant de la conformité le premier moteur de leur compétitivité internationale.

    Point sur la régulation française et européenne - @H&TI
    Point sur la régulation française et européenne – @H&TI
  • SNC 2026-2030 : la santé et ses données, au cœur des 5 piliers

    Une nouvelle stratégie pour atteindre une résilience cyber de premier rang d’ici 2030

    Développement des talents spécialisés en cyber-santé :

    La stratégie souligne avec force que la capacité de la France à attirer et développer des talents est la condition sine qua non pour atteindre une résilience cyber de premier rang d’ici 2030. Dans le cadre du pilier 1, visant à faire de la France le plus grand vivier de talents cyber d’Europe, le document note qu’il existe une pénurie mondiale de main-d’œuvre, un phénomène que la stratégie prévoit de combattre par un investissement massif dans la formation et l’orientation dès le plus jeune âge. Selon les orientations de la stratégie, l’État soutiendra des “stratégies passerelles” entre différentes disciplines scientifiques et technologiques afin de favoriser la fertilisation croisée des expertises, ce qui est essentiel pour protéger des écosystèmes complexes comme ceux de la santé. Le texte précise également que les parcours entre le secteur public et le secteur privé seront encouragés pour renforcer les compétences au sein des établissements de soins.

    Préparation de la nation aux crises affectant le secteur médical :

    Conformément à ce qui est exposé dans le pilier 2 de la stratégie, dédié au renforcement de la résilience cyber de la Nation, la résilience nationale repose sur la volonté et la capacité de la société à résister aux conséquences d’une agression majeure et à rétablir rapidement un mode de fonctionnement acceptable. Le document précise que la France déploiera un plan ambitieux pour élever le niveau général de cybersécurité, incluant le développement d’un programme d’exercices de crise pour éprouver l’efficience des capacités de réponse aux niveaux territorial et sectoriel. La stratégie indique également que les infrastructures les plus vitales de la nation, dont font partie les opérateurs de santé critiques, continueront d’être portées à un niveau de sécurité très élevé pour résister aux menaces les plus sophistiquées.

    La mise en place d’un arsenal de défense active

    Maîtriser les fondements numériques et le cloud :

    Afin de garder la maîtrise de la sécurité de nos fondements numériques, objectif central du pilier 4, stratégie fixe une ambition claire de maîtriser les dépendances technologiques pour conserver l’autonomie d’appréciation et la liberté d’action de la France. Le document mentionne explicitement que l’État soutiendra l’émergence d’une offre de cloud de confiance, une mesure présentée comme fondamentale pour l’hébergement sécurisé des données de santé les plus sensibles. De plus, la France investira massivement dans la recherche sur la cryptographie pour assurer la transition vers des solutions post-quantiques capables de garantir l’intégrité et la confidentialité des informations médicales sur le long terme.

    Entraver la menace et sécuriser l’accès aux données :

    Le document affirme, au titre du pilier 3 visant à entraver l’expansion de la cybermenace, que la France est déterminée à entraver l’expansion de la cyber menace en augmentant significativement les coûts financiers, humains et réputationnels pour ses adversaires. La stratégie prévoit de mobiliser l’ensemble des leviers judiciaires, militaires et diplomatiques pour décourager les agressions contre la sécurité des biens et des personnes. Par ailleurs, le texte souligne que l’identité numérique est un levier majeur contre la cybercriminalité de masse, et la stratégie encourage vivement la mise à disposition de moyens d’identification de confiance pour les organisations et les particuliers afin de sécuriser l’accès aux dossiers patients.

    Coopération et gouvernance pour un environnement de confiance

    La nécessité d’une solidarité internationale et d’une autonomie européenne :

    Porté par le pilier 5, qui vise à soutenir la sécurité et la stabilité du cyber-espace en Europe et à l’international, la stratégie explique que le combat pour la souveraineté numérique est celui de l’Union européenne tout entière et appelle à une mutualisation des savoir-faire. Le document précise que la France œuvrera en tant que puissance responsable pour garantir la stabilité du cyber-espace à travers le respect du droit international et la promotion d’un espace libre, ouvert et non fragmenté. La stratégie souligne enfin l’importance cruciale de développer une capacité de cyber-solidarité pour assister les partenaires les plus vulnérables par des actions de conseil, de formation et d’aide logistique.

    Mettre en place une gouvernance multi-parties prenantes intégrée :

    Gouvernance cyber de la France - @Gouvernement
    Gouvernance cyber de la France – @Gouvernement

    Selon le schéma de gouvernance décrit dans la stratégie, le modèle français sépare strictement les missions défensives et offensives tout en garantissant une coordination efficace entre les pôles. Le document répartit l’action publique en trois missions complémentaires consistant à défendre la Nation, à sécuriser l’État et ses opérateurs critiques, et à renforcer la résilience des particuliers et des collectivités. La stratégie affirme que les secteurs professionnels et la société civile sont désormais des partenaires incontournables dans la mise en œuvre de la réponse à la menace, assurant ainsi une protection cohérente des données de santé sur tout le territoire.

  • Interopérabilité : 2025, l’année du virage coercitif

    En 2025, l’interopérabilité n’est plus une affaire de « tuyauterie » pour DSI et éditeurs. Elle devient un objet politique, un levier économique et un champ de bataille réglementaire. Entre un Ségur du numérique qui a dopé artificiellement le marché, un PLFSS 2026 qui brandit la menace d’amendes et un futur Espace européen des données de santé (EEDS) qui se rapproche, le système français se retrouve pris entre rattrapage technique et virage coercitif.

    Sur le terrain, médecins, éditeurs, autorités et chercheurs n’ont plus vraiment le luxe d’attendre. La question n’est plus : « Faut-il partager les données ? », mais : « À quelles conditions, avec quelles normes, et au bénéfice de qui ? »

    Du « quoi qu’il en coûte » au « marche ou paye »

    Après les milliards injectés dans le Ségur du numérique, le ton a changé. L’État ne veut plus financer sans contrepartie observable.

    Le message se durcit avec la Vague 2 du Ségur :

    Le dispositif SONS (Système ouvert et non sélectif) a profondément remodelé le marché : l’État achète directement les mises à jour et les fonctionnalités Ségur pour les professionnels de santé, à condition qu’elles soient certifiées.

    Avec la Vague 2, le message se durcit :

    • 40 % à la commande, pour lancer le développement et le déploiement ;

    • 60 % au solde, uniquement si la mise à jour est effectivement installée, fonctionnelle et validée chez le client.

    Fini le temps où un projet pouvait rester « en cours de déploiement » pendant des années. Les guichets ASP imposent des dates butoirs qui structurent la feuille de route de tout un secteur. L’imagerie (RIS/DRIMbox), les DPI hospitaliers et surtout les logiciels de gestion de cabinet (LGC) pour les médecins libéraux sont pris dans cette course contre la montre.

    À cela s’ajoute un changement de périmètre : les « angles morts » de l’interopérabilité entrent en scène. DRIMbox pour l’imagerie, logiciels des paramédicaux, sages-femmes, solutions mobiles de suivi : tout ce qui était périphérique devient stratégique, car indispensable à une continuité de soins réellement data-driven.

    Le PLFSS 2026 introduit la première amende pour non alimentation du DMP :

    Côté PLFSS, le symbole s’appelle article 31. C’est là que se joue le tournant punitif.

    Le principe est simple, mais explosif : il ne suffit plus d’être équipé d’un logiciel compatible Ségur, il faut l’utiliser pour de vrai. Non-alimentation du DMP, absence de consultation avant certains actes redondants : chaque manquement peut être sanctionné jusqu’à 2 500 €, dans la limite de 10 000 € par an et par professionnel.

    Pour la première fois, l’interopérabilité devient une obligation opposable, au même titre que certaines règles de facturation ou de traçabilité. L’État ne subventionne plus seulement les outils, il conditionne une partie du modèle économique des médecins à l’usage effectif du numérique.

    Sans surprise, les réactions syndicales sont rapides et virulentes : « punir les médecins pour ne pas utiliser des outils qui leur font perdre du temps » est vécu comme un renversement de responsabilité. Derrière cette colère, un point de fond : l’ergonomie et la maturité réelle des outils sont encore loin du niveau attendu pour un usage fluide à grande échelle.

    Éditeurs sous pression, médecins sous contrainte

    Mis bout à bout, Ségur V2 et PLFSS 2026 créent un effet de ciseau :

    • Les éditeurs doivent livrer des fonctionnalités interopérables, conformes, certifiées, dans des calendriers serrés, sous peine de perdre des financements décisifs.

    • Les médecins doivent utiliser ces mêmes outils, documenter le DMP, modifier leurs pratiques, sous peine d’amendes.

    Sur le papier, le mécanisme est vertueux : financer la mise à niveau, puis exiger l’usage.
    Sur le terrain, la réalité est plus rugueuse :

    • abandon possible de certains logiciels jugés trop lourds ou trop coûteux à adapter,

    • concentration du marché autour de quelques acteurs capables d’absorber la complexité réglementaire,

    • risque d’« usage alibi » : alimenter le DMP avec des PDF non structurés juste pour cocher la case.

    L’interopérabilité sémantique, elle, ne progresse pas forcément au même rythme.

    HPRIM, FHIR et la fin des bricolages

    Pendant des décennies, la France a fait tourner la machine avec HPRIM. Un standard national, robuste, simple, très utilisé en biologie. Un standard qui a rendu service… mais qui, en 2025, est officiellement qualifié de « vieillissant et limitant » par l’ANS.

    HPRIM, un standard qui ne meurt jamais vraiment :

    Tout le monde sait qu’il faut en sortir. Officiellement, plus aucun nouveau flux ne devrait être développé en HPRIM. Officieusement, des milliers d’interfaces continuent de tourner dans les labos et cabinets, tant qu’elles « marchent » et que personne n’ose y toucher.

    Résultat : une dette technique massive et peu visible.

    Migrer vers HL7 CDA ou FHIR, ce n’est pas juste changer de format : c’est revoir l’architecture, la sécurité, parfois les modèles de données, mettre en place des API REST, gérer des authentifications modernes… Bref, un investissement que Ségur ne couvre que partiellement, surtout pour les petits éditeurs et les structures les plus fragiles.

    FHIR devient la nouvelle norme :

    En parallèle, HL7 FHIR est passé du statut de “buzzword de congrès” à celui de nouveau langage officiel de la santé française, en cohérence avec l’agenda européen.

    Version R4 dominante, profils FHIR intégrés dans le CI-SIS, « francisation » par l’ANS et Interop’Santé : le cadre est posé. On ne parle plus d’opportunité, mais de cible normative. Les projets Ségur, les DRIMbox, les annuaires, les agendas, les cercles de soins sont pensés nativement en FHIR.

    Mais FHIR ne fait pas tout. Il normalise le contenant : JSON, XML, API REST.
    Le contenu, lui, reste une tour de Babel sémantique : SNOMED CT encore peu diffusé, coexistence de la CCAM, de la NABM, de la CIM-10, codes locaux, pratiques hétérogènes entre établissements. Tant que ce chantier n’est pas adressé, une grande partie de la promesse d’IA et d’analytique avancée reste théorique.

    la DRIMbox comme vitrine (et crash-test) de l’interopérabilité française

    S’il y a un domaine où interopérabilité technique, usage métier et pression réglementaire se télescopent, c’est bien l’imagerie.

    Historiquement, la radiologie vit dans son univers : DICOM, PACS fermés, lecteurs spécifiques et réseaux propriétaires. Avec la DRIMbox, tout change : les images doivent être accessibles via des technologies web (DICOMWeb), référencées dans le DMP à travers FHIR, et consultables simplement depuis un logiciel métier de ville.

    Sur le papier, la promesse est forte :

    • un généraliste peut visualiser une IRM réalisée à l’hôpital sans installer de viewer exotique,

    • le patient n’est plus condamné à circuler avec un CD ou une clé USB,

    • les résultats d’imagerie deviennent des données exploitables dans des parcours transverses.

    Dans la réalité, la DRIMbox est aussi un test grandeur nature du niveau d’interopérabilité du pays : qualité de l’INS, performances réseau, robustesse des conversions de protocoles, maturité des éditeurs de RIS et de DPI. Et le tout, sous la pression des calendriers Ségur.

    L’EEDS comme horizon obligé

    Pendant que la France gère ses guichets ASP, ses flux HPRIM et ses tensions avec les syndicats de médecins, l’Europe avance son propre agenda : l’Espace Européen des Données de Santé (EEDS/EHDS).

    Deux volets, un même message : la donnée de santé doit circuler.

    Avec MyHealth@EU, le patient et la donnée voyagent :

    Pour l’utilisation primaire, l’objectif est clair :
    un patient français en Espagne ou en Allemagne doit pouvoir être pris en charge en disposant de ses informations essentielles – synthèse médicale, prescriptions, comptes rendus – dans un format standard européen (EEHRxF).

    Calendrier :

    • 2027 pour les premières catégories obligatoires (résumé patient, e-prescription),

    • 2029 pour l’imagerie, les résultats de laboratoire, les lettres de sortie.

    Vu de 2025, cela peut sembler lointain. Vu des DSI qui jonglent déjà avec Ségur, INS, DMP, DRIMbox, CI-SIS et FHIR, cela commence à ressembler à une double peine si les chantiers ne sont pas articulés de manière cohérente.

    La donnée comme infrastructure de recherche :

    Le volet utilisation secondaire est potentiellement encore plus transformant. Il impose la mise en place de structures nationales d’accès aux données de santé (Health Data Access Bodies), à l’image du Health Data Hub en France, et oblige les « détenteurs de données » (CHU, CLCC, organismes publics…) à documenter et ouvrir leurs jeux de données dans des conditions strictes.

    Dans ce futur-là, un projet de recherche sur le cancer du poumon ne s’alimente plus dans un seul EDS hospitalier, mais dans une constellation de bases européennes harmonisées.

    Encore faut-il que les données françaises soient au niveau :

    • sémantiquement compatibles (SNOMED CT, LOINC, ORPHA Codes, etc.),

    • documentées (métadonnées à jour, dictionnaires de données),

    • techniquement interopérables.

    Quand l’interopérabilité conditionne la médecine de précision

    Pour comprendre ce qui se joue vraiment derrière ces débats de standards, il suffit de regarder les projets de pointe financés dans le cadre du PEPR Santé Numérique, comme StratifyAging.

    L’ambition : modéliser le vieillissement, notamment la multimorbidité des personnes âgées, en créant des jumeaux numériques de patients, capables de simuler des trajectoires de santé et d’anticiper la perte d’autonomie.

    Pour y parvenir, il ne suffit pas d’avoir « un DPI qui parle FHIR ». Il faut faire converger :

    • des données cliniques issues du soin courant (hôpital et ville) ;

    • des données d’imagerie (IRM, scanner, radiomics) ;

    • des données omiques (génomique, protéomique, métabolomique) régies par des standards bioinformatiques différents (GA4GH, etc.).

    Le tout, dans une logique où la frontière entre soin et recherche devient beaucoup plus poreuse. StratifyAging incarne une idée simple mais radicale : si les données du soin courant ne sont pas interopérables, la médecine de précision restera un slogan. Et là, tout se rejoint : un médecin qui n’alimente pas le DMP par refus ou par surcharge, un labo qui continue d’envoyer du HPRIM parce que « ça marche, un éditeur qui retarde son passage à FHIR faute de ressources… chacun contribue, à son échelle, à rendre impossibles les promesses de ce type de projet.

  • Troubles du sommeil en psychiatrie : une première publication issue de l’EDS du GHU Paris révèle un enjeu majeur de santé mentale

    Le GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences franchit une étape décisive. Sa première étude issue de l’Entrepôt de Données de Santé (EDS) vient d’être publiée dans European Psychiatry, marquant une avancée importante pour la recherche en psychiatrie grâce aux données cliniques en vie réelle.

    Intitulée “A large-scale study of Chronic Sleep Disorders in Psychiatric Inpatients : prevalence, hospitalization burden, restraint use, and comorbidities”, cette étude constitue l’une des plus vastes analyses jamais réalisées sur les troubles chroniques du sommeil chez les patients hospitalisés en psychiatrie.

    Une étude à grande échelle pour un sujet longtemps sous-estimé

    Les troubles chroniques du sommeil sont souvent considérés comme des symptômes secondaires des maladies psychiatriques. Pourtant, l’étude révèle qu’ils constituent un facteur transversal majeur, associé à une aggravation systématique de plusieurs dimensions de la prise en charge.

    S’appuyant sur les données cliniques issues de l’EDS du GHU Paris, les chercheurs ont analysé plusieurs années de dossiers de patients hospitalisés afin d’évaluer l’impact réel et mesurable de ces troubles sur leur parcours de soins.

    Le sommeil comme marqueur central de la sévérité clinique :

    L’étude met en lumière une série d’associations particulièrement marquées entre troubles chroniques du sommeil et difficultés d’hospitalisation. Les patients concernés présentent ainsi :

    • Un nombre plus élevé d’hospitalisations,

    • Des durées de séjour plus longues,

    • Un recours accru à l’isolement et à la contention,

    • Une résistance plus fréquente aux traitements,

    • Une plus forte prévalence de comorbidités psychiatriques (dépression, troubles bipolaires, troubles anxieux, addictions…),

    • Des comorbidités médicales plus nombreuses,

    • Un risque accru d’idées suicidaires et de passages à l’acte,

    • Une plus forte consommation de substances psychoactives et des expositions plus fréquentes à des situations de stress.

    Ces résultats soulignent que les troubles chroniques du sommeil ne sont pas seulement un symptôme accompagnateur, mais un véritable déterminant du pronostic psychiatrique.

    Une publication qui confirme la valeur stratégique des entrepôts de données de santé :

    Au-delà des résultats cliniques, cette étude constitue un tournant institutionnel. Il s’agit de la toute première publication scientifique issue de l’EDS du GHU Paris, démontrant la maturité croissante des entrepôts de données hospitaliers et leur capacité à générer des connaissances nouvelles sur des questions de santé publique.

    L’exploitation de données en vie réelle, à grande échelle, offre ici une vision unique de la complexité des parcours psychiatriques et met en lumière des phénomènes difficiles à appréhender dans des études classiques.

    Vers une redéfinition des priorités en psychiatrie ?

    Les conclusions de l’étude sont sans ambiguïté : le sommeil doit devenir un axe central du soin en psychiatrie.

    Loin d’être un symptôme secondaire, il apparaît comme un élément déterminant de l’évolution clinique, influençant la sévérité, les complications et le vécu de l’hospitalisation.

    Ces résultats pourraient encourager les établissements psychiatriques à :

    • intégrer systématiquement le dépistage des troubles du sommeil,

    • renforcer la formation des équipes aux approches non médicamenteuses,

    • développer des protocoles d’évaluation et d’intervention dédiés,

    • mieux articuler soins psychiatriques et médecine du sommeil.

  • Expérience patient : comment l’utilisation de 27 solutions d’IA en France signe la fin de la « note sur 10 »

    Pendant des années, l’expérience patient s’est résumée à une question aride : « Sur une échelle de 0 à 10, recommanderiez-vous notre établissement ? ». Ce score, bien qu’utile pour se comparer, agissait comme un thermomètre cassé : il indiquait la fièvre (une mauvaise note), mais jamais la cause de l’infection. Pourquoi ce 6/10 ? Était-ce la froideur du repas ou celle de l’accueil ? Sans lire les milliers de commentaires manuscrits, impossible de le savoir.

    En 2025, ce flou artistique n’est plus toléré. Sur les 27 solutions IA de notre panorama, une majorité s’attaque précisément à ce problème en remplaçant la note par le sens.

    Une révolution sémantique qui fait passer l’analyse de l’expérience patient du thermomètre au diagnostic

    C’est la première rupture technologique de ce millésime. Les établissements, assis sur des mines d’or de données textuelles inexploitées, déploient massivement le NLP (traitement du langage naturel).

    Le verbatims plus fort que le score :

    Des acteurs français comme Better World, ou Entends-Moi, rendent la note obsolète. Leurs algorithmes lisent, comprennent et classent des milliers de verbatims en une fraction de seconde. L’apport est double. D’abord, l’intelligence artificielle (IA) explique le “pourquoi” : elle ne dit pas “la satisfaction baisse”, mais plutôt “les plaintes sur le bruit nocturne en maternité ont augmenté de 20% “.

    La traque des signaux faibles :

    Ensuite, l’IA détecte ce que l’humain ne voit pas. Une note globale de 9/10 peut cacher un commentaire alarmant sur une erreur de médicament évitée de justesse. Là où la moyenne lissait le problème, l’IA sémantique déclenche une alerte. Cette écoute s’étend même désormais “hors les murs” avec la solution Detec’t  de Kap Code, par exemple, qui scanne les réseaux sociaux pour capter la “vie réelle” du patient, loin du cadre formel des questionnaires hospitaliers.

    Quand le vécu devient sécurité avec le PROMs

    Si l’IA permet de mieux écouter, elle permet surtout de mieux soigner. La frontière entre le confort (PREMs) et le résultat clinique (PROMs) s’effondre grâce aux algorithmes de télésurveillance.

    Transformer le ressenti en alerte clinique :

    Des leaders comme Resilience (en oncologie), Nouveal (pour la chirurgie) ou Heko transforment le questionnaire patient en outil de survie. Leurs moteurs de règles analysent les réponses en temps réel pour trier les urgences. Si un patient déclare une douleur anormale à domicile, l’IA ne le classe pas dans une statistique de satisfaction, elle alerte immédiatement l’équipe médicale.

    La médecine de la “valeur” :

    C’est la concrétisation technologique de la Value-Based Healthcare (la médecine fondée sur la valeur). Ce modèle dépasse la simple tarification à l’acte pour rémunérer la qualité du résultat. Grâce à l’IA, le cercle vertueux s’enclenche mécaniquement. : En analysant les symptômes rapportés (PROMs) en temps réel, certaines solutions, comme celle de Résilience, permettent de gérer une toxicité de chimiothérapie avant qu’elle ne devienne critique. Le gain est double : le patient se sent « couvé » et rassuré, et l’hôpital évite une ré-hospitalisation en urgence ou un arrêt de traitement. L’algorithme prouve ainsi mathématiquement qu’une prise en charge empathique est aussi une prise en charge plus efficiente.

    Décoder l’humain, avec son comportement et ses émotions

    Notre panorama révèle une autre percée : l’IA ne se contente plus d’analyser ce que le patient dit, mais “qui il est”.

    L’IA psychologique et comportementale :

    Pourquoi un patient abandonne-t-il son traitement ? La solution SPUR d’Observia utilise le machine learning pour dresser le profil comportemental du malade. En prédisant le risque de non-observance, elle permet au médecin d’adapter son discours pour être mieux entendu.

    Émotion et accessibilité vocale :

    La technologie s’attaque aussi à l’invisible. La start-up Emobot analyse les micro-expressions faciales et la voix des patients âgés pour détecter l’apathie ou la dépression. Pour ceux qui ne peuvent pas écrire, les IA conversationnelles de CareCall ou Caresquad prennent le relais par téléphone. Capables de tenir une conversation fluide, elles humanisent le lien à distance et réduisent l’anxiété, facteur clé du rétablissement.

    L’IA sert aussi à fluidifier les flux

    Enfin, rappelons que la première cause d’une mauvaise expérience reste l’attente. Ici, l’IA agit dans l’ombre pour optimiser les processus.

    Anticiper pour ne plus subir :

    Saniia utilise la science de la donnée pour prédire l’affluence aux urgences en fonction de la météo, permettant d’adapter les effectifs avant la crise. De leur côté, Medana d’Anamnese et Patient Journey d’Ospi fluidifient le tri et les parcours pour éviter les goulots d’étranglement.

    Redonner du temps médical :

    Côté soignants, la révolution s’appelle DAX Copilot (Microsoft). Cette IA générative libère le médecin de la saisie informatique en rédigeant automatiquement la consultation. Moins d’écran, c’est plus de temps pour regarder le patient dans les yeux.

    Panorama des solutions d’IA utilisées en France pour l’expérience patient :

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    Répartitions des solutions du panorama par segments :

    Répartition des solutions IA pour l'experience patient par segments @ H&TI
    Répartition des solutions IA pour l’experience patient par segments @ H&TI
  • De la Loi Taquet à l’AI Act : comment la réglementation redessine la pédiatrie

    Trois années de bascule silencieuse dans les politiques publiques françaises

    La pédiatrie n’est pas une médecine d’adulte en miniature. C’est une discipline de la trajectoire, où l’organisme en croissance et le développement psychologique imposent une complexité singulière. En psychiatrie, la maturation affective et le contexte scolaire redéfinissent le diagnostic ; en oncologie, la préservation de la qualité de vie future prime autant que la survie immédiate ; dans les maladies chroniques comme l’asthme, l’enjeu est l’adhésion d’un patient qui veut avant tout jouer. Face à ces spécificités longtemps sous-estimées, les pouvoirs publics ont opéré depuis trois ans une refonte structurelle majeure, créant sans le dire le terreau fertile de la future médecine algorithmique.

    2025–2024 : l’ère du dépistage universel et des bilans de santé renforcés

    La dynamique la plus structurante est sans doute celle du dépistage néonatal, en pleine expansion. Depuis septembre 2025, trois nouvelles pathologies, à savoir l’amyotrophie spinale, les déficits immunitaires combinés sévères (DICS) et le déficit en VLCAD, sont venues s’ajouter au panel des maladies recherchées systématiquement chez les nouveau-nés. Cette extension, qui prolonge l’élargissement amorcé deux ans plus tôt, confirme un mouvement de fond : la France s’inscrit désormais dans la tendance européenne des dépistages élargis, conçus non plus comme une exception mais comme un droit universel à la prévention génétique.

    La généralisation du dépistage de la drépanocytose, intervenue en novembre 2024, s’inscrit dans la même logique. En mettant fin à un dépistage ciblé selon l’origine – une pratique longtemps contestée pour ses implications éthiques -, la France fait le choix d’une équité totale dans l’accès à la prévention. Cette décision entraîne toutefois des conséquences techniques considérables : l’augmentation massive du volume de données génétiques collectées impose une adaptation des capacités d’analyse et des outils d’aide à la décision, notamment dans la perspective d’intégrer davantage d’algorithmes de tri et d’interprétation.

    Avant cela, au printemps 2024, la publication du Plan d’action pour la santé de l’enfant 2024–2030 avait déjà acté une transformation profonde du parcours de soins pédiatrique. Les bilans de santé systématiques, notamment à 6 ans et au collège, ont été renforcés et inscrits dans une logique de continuité du suivi. Leur intégration progressive dans Mon Espace Santé marque un tournant discret mais déterminant : la plateforme devient la colonne vertébrale du suivi pédiatrique numérique, ouvrant la voie à des usages futurs de l’IA capables d’exploiter, consolider et analyser ces données à grande échelle.

    2023 : entre réorganisation des soins critiques et offensive sur les TND

    L’année 2023 fut celle du virage opérationnel. La réforme des autorisations de soins critiques a introduit une distinction nette entre réanimation pédiatrique spécialisée et soins intensifs, assortie de seuils d’activité ambitieux et de ratios de personnel renforcés. Cette restructuration vise clairement la concentration des cas les plus complexes au sein de centres mieux équipés, capables d’assurer une prise en charge homogène et de haut niveau.

    Au-delà de la seule organisation, cette réforme crée un environnement inédit pour la donnée hospitalière. Pour la première fois, les établissements disposent de volumes de données suffisamment cohérents et standardisés pour envisager des modèles prédictifs fiables, notamment en réanimation.

    Dès le début de cette même année, la France avait engagé un mouvement majeur autour des troubles du neuro-développement (TND). La Stratégie nationale TND 2023–2027 érige le repérage avant 6 ans en priorité nationale et consacre la création d’un véritable service public du dépistage précoce. Dans un contexte de pénurie aiguë de pédopsychiatres, cette stratégie marque un profond changement de paradigme : la prévention précoce devient le nouveau socle de la santé mentale de l’enfant, avec un objectif clair d’intervenir avant la rupture plutôt qu’après l’apparition du handicap.

    L’année est également marquée par une innovation d’impact immédiat : le déploiement massif du Nirsevimab (Beyfortus) dans les maternités à l’automne 2023. Cette immunisation préventive contre la bronchiolite a profondément modifié les projections d’occupation des lits pédiatriques. Pour la première fois, une mesure de santé publique a permis de lisser un pic saisonnier historique, offrant un aperçu de ce que pourraient devenir les stratégies d’intervention populationnelle combinant vaccination et modélisation épidémiologique.

    2022 : les fondations de la nouvelle politique de l’enfance

    L’année 2022 constitue une sorte de préambule, au cours duquel les bases de la politique pédiatrique actuelle ont été posées. La “Loi Taquet”, adoptée en février 2022, a réformé en profondeur la protection maternelle et infantile (PMI) et instauré un bilan de santé obligatoire pour tous les enfants entrant à l’Aide sociale à l’enfance. Au-delà du principe protecteur, cette mesure ouvre pour la première fois la possibilité d’un suivi longitudinal structuré pour un public particulièrement vulnérable, générant des données jusque-là inexistantes.

    Quelques mois plus tard, en novembre 2022, les Assises de la pédiatrie sont lancées en réponse à la crise des urgences pédiatriques. Cette vaste consultation nationale s’est imposée comme le socle du plan d’action de 2024–2030. Ainsi, avant les extensions de dépistage et les restructurations hospitalières, c’est en 2022 qu’a été posée la première pierre de la stratégie pédiatrique contemporaine.

    Avec l’IA, une innovation en pédiatrie sous “liberté surveillée”

    Si les réformes structurelles préparent le terrain, l’intégration de l’IA avance sous une pression réglementaire unique au monde : celle de l’AI Act européen, effectif depuis juillet 2024. Ce texte classe l’enfant comme sujet vulnérable par excellence. Il place de facto la majorité des IA pédiatriques (éducation, diagnostic, surveillance) dans la catégorie à “haut risque”. L’analyse biométrique émotionnelle à l’école est proscrite ; les techniques subliminales sont bannies. Pour les industriels, la marche est haute : documentation renforcée, gouvernance explicite, transparence totale.

    Pourtant, ce cadre ne doit pas être lu comme un simple frein. En néonatalogie, l’IA s’impose déjà comme une sentinelle silencieuse, surveillant les constantes vitales pour prédire le sepsis. En santé mentale, les outils d’analyse comportementale (eye-tracking, biomarqueurs vocaux) émergent pour répondre à la stratégie TND, mais avec une prudence extrême imposée par la loi : pas de “boîte noire”, pas de biais. L’AI Act a ainsi créé un paradoxe vertueux : il ralentit le déploiement de solutions immatures (“gadgets”), mais crée une “zone de confiance” indispensable pour que les familles et les soignants acceptent de confier la santé de leur enfant à un algorithme. L’innovation en pédiatrie sera donc plus lente que chez l’adulte, mais elle sera, par la force de la loi, plus éthique et plus robuste.

  • Données de santé : la barre des 125 EDS français franchie grâce aux 11 créés depuis le début de l’année 2025 (cartographie Cnil)

    Une baisse dans la création des EDS en 2025, après une année 2024 record

    Dans la mise à jour de sa cartographie des entrepôts de données de santé français, la Cnil montre que seuls 11 nouveaux EDS ont été créé depuis le début de l’année 2025 (MAJ réalisée le 1er septembre 2025), alors que l’année 2024 a été marquée par la création de plus de 30 nouveaux entrepôts, surpassant de loin l’année 2022 et ses 21 entrepôts créés. Malgré un chiffre à la baisse, plus d’entrepôts ont été créés lors des 8 premiers mois de l’année 2025 que lors des années 2017, 2018, 2019, 2021 et 2023, ce qui montre un réel attrait pour ces bases de données de la part des entreprises et des établissements de santé. Les derniers chiffres montrent donc que la barre des 125 entrepôts français a été franchie, dont 89 autorisés par la Cnil, 35 déclarés conformes au référentiel EDS et un basé sur le consentement des personnes concernées (la base ComPaRe de l’AP-HP).

    Courbe d'évolution du nombre d'EDS en France depuis 2017 - @Cnil
    Courbe d’évolution du nombre d’EDS en France depuis 2017 – @Cnil

    Grâce à une option permettant de trier le nombre d’EDS mis en œuvre chaque année, la cartographie de la Cnil montre qu’il y a eu une accélération de leur création dès 2020, année où la pandémie de Covid-19 a conduit à une augmentation de l’utilisation d’outils digitaux pour le suivi des patients et donc à une multiplication des données de santé créées. Le pic de 2025 et ses 31 créations d’EDS peut être expliqué par l’accroissement et la technicités des outils d’intelligence artificielle générative (Gen AI) qui nécessitent de nombreuses données de santé pour être performants. Ce développement, qui n’a fait que croitre depuis 2022, explique que de nombreux EDS ont été constitués dans la période 2022-2025, malgré une légère baisse en 2023 (14 EDS).

    Nombre d'EDS par année depuis 2017 - @Cnil
    Nombre d’EDS par année depuis 2017 – @Cnil

    L’AP-HP prend la tête en termes d’EDS mis en œuvre

    La cartographie de la Cnil permet notamment de voir quels sont les acteurs qui gèrent les entrepôts, quels types de données y sont stockés, dans quel but, mais aussi de comprendre les éventuels réseaux d’acteurs, “dans les cas où ces derniers mutualisent leurs données ou répartissent leurs compétences techniques”, indique la Commission. 5 grands réseaux d’acteurs sont identifiables sur cette cartographie, dont un nouveau depuis l’année dernière (EDS@NOVA) :

    Alors que l’année dernière, seule la société OpenHealth gérait 5 entrepôts, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) l’a rejoint, grâce à l’ANRS CO4-FHDH SNDS et GAZEL, créés respectivement en février et juillet de cette année. Mais c’est l’AP-HP, qui a créé un nouvel entrepôt en 2025, qui prend la tête en termes d’EDS mis en oeuvre en France avec ces 6 EDS.

    Cartographie des entrepôts de données de santé en France métropolitaine - @ Cnil
    Cartographie des entrepôts de données de santé en France métropolitaine – @ Cnil
  • Diabète : associations locales, universités, services spécialisés, entreprises du numérique… plus de 100 acteurs qui agissent conjointement sur le territoire

    Un écosystème diversifié et interconnecté

    L’écosystème du diabète en France est un réseau diversifié et interconnecté. Il est animé par plusieurs acteurs qui collaborent à différents niveaux pour améliorer la prise en charge des patients. Cette dernière repose essentiellement sur une coopération entre les professionnels de santé, les établissements médicaux, les associations de patients et les acteurs institutionnels. Ces partenariats permettent de développer des programmes d’éducation thérapeutique (ETP), de soutenir les patients dans leur parcours de soin et de promouvoir des actions de prévention. Les associations jouent un rôle central dans la sensibilisation du public et dans l’accompagnement des patients, tandis que les soins sont adaptés grâce à une coordination entre médecins généralistes, diabétologues, infirmiers et diététiciens, garantissant une approche multidisciplinaire.

    En parallèle, la recherche et la formation des professionnels de santé font également partie intégrante de cet écosystème, renforçant son caractère interconnecté. Les partenariats entre les structures de recherche, les hôpitaux et les universités facilitent l’émergence de nouvelles approches thérapeutiques et permettent de collecter des données pour mieux comprendre la maladie. Ces collaborations sont soutenues par des initiatives de formation continue, où les médecins et les soignants peuvent se tenir informés des dernières avancées.

    À ces acteurs traditionnels s’ajoutent désormais les acteurs du numérique en santé, qui occupent une place croissante dans l’accompagnement des personnes vivant avec un diabète. Le développement des dispositifs médicaux connectés, notamment les capteurs de mesure en continu de la glycémie ou les pompes à insuline intelligentes, facilite un suivi plus fin de l’évolution de la maladie et permet aux professionnels de santé d’adapter plus rapidement les traitements. Ces outils contribuent à réduire les situations à risque et à améliorer l’autonomie des patients, en leur donnant accès à des informations personnalisées et en temps réel. La généralisation de la télésurveillance et des plateformes numériques d’éducation thérapeutique offre également de nouvelles possibilités d’accompagnement, en particulier pour les patients éloignés des centres de soins spécialisés. Ces solutions permettent de renforcer la coordination entre les équipes médicales, d’assurer un suivi à distance des données physiologiques et de proposer des programmes d’apprentissage adaptés au rythme de chacun. Le numérique joue ainsi un rôle de plus en plus structurant dans l’écosystème du diabète, en facilitant la prévention, le dépistage et la prise en charge continue tout au long du parcours de soins.

    De nombreux services spécialisés répartis sur le territoire :

    En France, de nombreuses structures médicales sont dédiées à la prise en charge des patients diabétiques. Près d’une centaine d’hôpitaux français – principalement des CHU, comme ceux de Lille, Toulouse ou Strasbourg – abritent des services de diabétologie pour gérer les cas complexes de diabète, qu’il s’agisse du diabète de type 1 et de type 2, ou même des formes plus rares, comme le diabète insipide et le diabète Mody. Ces établissements s’appuient sur des équipes pluridisciplinaires regroupant endocrinologues, diététiciens, podologues et psychologues. Leur objectif est de fournir un accompagnement global, incluant la prévention des complications sévères telles que la cécité ou l’insuffisance rénale. Ces centres jouent un rôle important dans la coordination du parcours de soin, en assurant le lien entre consultations spécialisées et soins de proximité.

    À un niveau plus local, les maisons de santé pluri-professionnelles (MSP) offrent une alternative accessible pour le suivi des patients diabétiques. Ces structures, présentes dans toutes les régions, proposent un accompagnement individualisé combinant suivi glycémique, conseils diététiques et éducation thérapeutique. Certaines initiatives innovantes, comme le centre de prévention du pied diabétique au CHU de Lille, ont pour but de réduire les risques d’invalidité liés à des complications mal surveillées, telles que les ulcères du pied. Ces structures illustrent l’importance d’un maillage territorial pour répondre aux besoins croissants des patients.

    Un accompagnement des patients et une sensibilisation par les associations : 

    Les associations de patients occupent elles aussi une place centrale dans l’écosystème du diabète en France. La Fédération française des diabétiques (FFD) est l’un de ces principaux acteurs, soutenant les patients à travers des actions d’information, de prévention et de plaidoyer auprès des décideurs publics. Ses campagnes visent à sensibiliser le grand public aux risques liés au diabète de type 2, en mettant l’accent sur l’importance du dépistage précoce et des habitudes de vie saines. Par ailleurs, la FFD est un acteur clé pour faire entendre la voix des patients, notamment dans le cadre de projets législatifs ou de discussions autour du remboursement des traitements.

    D’autres associations, comme l’Aide aux jeunes diabétiques (AJD), se concentrent sur des besoins spécifiques, notamment ceux des enfants et adolescents touchés par le diabète de type 1. Ces jeunes et leurs familles reçoivent un soutien adapté pour mieux vivre la maladie au quotidien, avec des conseils pour la gestion des repas, les injections d’insuline ou les activités scolaires et sportives.

    À ces acteurs s’ajoute également France Assos Santé, via son groupe “maladies chroniques – diabète”, qui représente les usagers du système de santé au niveau national. L’organisation joue un rôle important dans la défense des droits des patients, dans le suivi des politiques publiques et dans la promotion d’une prise en charge centrée sur les besoins réels des personnes vivant avec un diabète.

    Pour un meilleur accompagnement des patients et de leur famille, plus d’une centaine d’associations locales, qui sont membres de la FFD, existent sur tout le territoire français. En plus de cet accompagnement, elles proposent tout au long de l’année des actions de proximité, comme des manifestations, des conférences, des ateliers, et des rencontres, pour sensibiliser et prévenir le diabète et ses complications mais aussi pour accompagner les personnes atteintes de diabète et leurs proches.

    La recherche et la formation, pour une meilleure prise en charge

    La recherche scientifique joue un rôle fondamental dans la lutte contre le diabète, permettant d’améliorer à la fois les traitements et la compréhension des mécanismes de la maladie. Avec la formation, elles permettent de répondre aux défis posés par l’évolution croissante du nombre de patients, qui a été multiplié par 5 en moins de 50 ans. La recherche et la formation sont comme deux faces d’une même pièce, de telle sorte que la formation des professionnels de santé est un élément clé pour appliquer les avancées scientifiques dans la pratique quotidienne et n’a donc pas d’intérêt sans recherche, et la recherche n’a de son côté pas d’intérêt si elle n’a pas vocation à être utilisée par les médecins.

    De la recherche effectuée même par des institutions qui ne sont pas tournées exclusivement vers le diabète :

    En France, la recherche sur le diabète est articulée autour de plusieurs acteurs majeurs qui collaborent pour améliorer la compréhension de la maladie et développer de nouvelles solutions thérapeutiques. La Société francophone du diabète (SFD) est le principaux d’entre ces acteurs et joue un rôle central en réunissant les professionnels de santé et les chercheurs autour de projets scientifiques, d’événements et de publications qui permettent de partager les dernières avancées dans le domaine. Parmi ces projets les plus récents, la SFD a mené une l’étude sur l’impact des facteurs environnementaux sur l’émergence du diabète de type 2, avec des recherches visant à mieux comprendre comment des éléments comme l’alimentation, le stress ou la pollution influencent la progression de la maladie. La Fondation francophone pour la recherche sur le diabète (FFRD) soutient aussi activement la recherche en finançant des projets novateurs et en favorisant les collaborations entre chercheurs, institutions et associations.

    En plus de ces acteurs spécialisés, d’autres institutions, bien que n’étant pas exclusivement dédiées au diabète, contribuent de manière significative à la recherche sur cette pathologie. Par exemple, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) mène des travaux sur les mécanismes de résistance à l’insuline et sur l’impact du diabète sur d’autres maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires. L’Institut Pasteur, quant à lui, participe à des recherches sur l’immunothérapie et les réponses inflammatoires, des domaines qui pourraient avoir un impact important pour les traitements futurs du diabète de type 1. Ces collaborations interinstitutionnelles permettent de croiser des expertises, d’élargir les horizons de la recherche et de développer des solutions de plus en plus ciblées et efficaces pour la prise en charge du diabète.

    La nouvelle génération de médecins formés dès l’université :

    Outre son implication dans la recherche, la SFD est un acteur incontournable dans le domaine de la formation des professionnels de santé sur le diabète, puisqu’elle organise des sessions de formation continue. Ces événements permettent aux médecins, infirmiers et autres professionnels de rester informés des dernières avancées scientifiques, tout en partageant des pratiques innovantes pour mieux accompagner leurs patients. En parallèle, certaines universités françaises, comme l’université Claude Bernard Lyon 1, l’université Paris-Saclay, ou encore l’université de Bordeaux, proposent des diplômes universitaires (DU) spécialisés en diabétologie, formant ainsi une nouvelle génération d’experts capables de répondre aux enjeux complexes liés à cette maladie.

    Des initiatives locales, souvent portées par les agences régionales de santé (ARS), visent également à renforcer les compétences des soignants, en particulier dans les zones rurales ou sous-dotées. Des programmes spécifiques, tels que l’éducation thérapeutique du patient, sont développés pour aider les professionnels à guider leurs patients dans la gestion quotidienne de leur maladie. Cette approche de proximité permet de renforcer l’adhésion des patients aux traitements, tout en améliorant leurs connaissances sur les complications potentielles du diabète.

    Une lutte contre le diabète aussi orientée vers les pays en voie de développement 

    À l’échelle internationale, plusieurs organisations jouent un rôle clé dans la lutte contre le diabète. L’International diabetes federation (IDF) coordonne des campagnes mondiales pour sensibiliser aux enjeux de cette maladie, tout en soutenant la recherche dans les pays en développement. Cette organisation met également en avant des recommandations pour harmoniser les politiques de santé publique en faveur des personnes atteintes de diabète. L’European association for the study of diabetes (EASD) complète cet effort en Europe, en organisant des conférences scientifiques et en promouvant les collaborations entre chercheurs et cliniciens.

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est un autre acteur majeur, notamment dans les pays en voie de développement où l’accès aux soins pour les patients diabétiques reste limité. Ses campagnes visent à réduire les inégalités dans la prise en charge et à promouvoir des stratégies de prévention globales. Ces initiatives internationales, bien que diversifiées, convergent vers un même objectif : réduire l’impact du diabète à l’échelle mondiale, en combinant efforts scientifiques, éducation et accès aux soins pour les populations les plus vulnérables.

    Cartographie des acteurs de l’écosystème du diabète en France :

    Cartographie des acteurs du diabète en France - @H&TI
    Cartographie des acteurs du diabète en France – @H&TI
  • Recherche clinique : l’Europe rend la recherche visible et accessible grâce à la carte du CTIS

    Un outil de transparence et d’accessibilité inédit

    Une carte interactive pensée pour tous :

    Sur ce portail du Clinical Trials Information System (dirigé par l’Agence européenne des médicaments (EMA)), la carte se présente comme une vue dynamique de l’Europe constellée de points colorés représentant les essais cliniques actifs. En survolant une région, l’utilisateur découvre les études en cours, leurs thématiques et leurs coordonnées d’investigation. L’interface, volontairement épurée, offre un moteur de recherche intelligent : il suffit de saisir une maladie ou un mot-clé (“diabète”, “cancer du sein”, “Alzheimer”…) pour que les résultats s’affichent instantanément. Un système d’autocomplétion et de correction automatique simplifie l’expérience, même pour les non-spécialistes.

    Chaque essai est relié à une fiche issue du CTIS, contenant des informations essentielles : statut du recrutement, pays participants, type d’étude, coordonnées des investigateurs et dates clés. Ces données sont mises à jour en temps réel à partir des enregistrements validés par les autorités nationales et l’EMA. Cette centralisation vise un double objectif : garantir la fiabilité des informations et encourager une participation éclairée aux essais.

    Carte des essais cliniques du CTIS - @EMA
    Carte des essais cliniques du CTIS – @EMA

    Une porte d’entrée vers la recherche clinique européenne

    Un moyen concret de s’informer et de participer pour les patients :

    Longtemps, la recherche clinique a souffert d’un manque de visibilité auprès du grand public. La carte du CTIS change la donne. En rendant accessibles les coordonnées des centres d’investigation, elle permet à un patient de repérer un essai proche de chez lui, de comprendre les critères d’inclusion et de contacter un professionnel pour en savoir plus. Cette transparence contribue aussi à renforcer la confiance dans la recherche, dans un contexte où l’implication citoyenne devient un pilier de l’innovation médicale.

    Un outil de repérage et de collaboration pour les professionnels :

    Médecins, chercheurs et promoteurs d’essais peuvent, de leur côté, cartographier le paysage européen de la recherche clinique. L’outil facilite la veille scientifique, la détection de partenaires potentiels et la compréhension des dynamiques nationales. Il permet aussi de visualiser la répartition des essais par thématique thérapeutique, offrant ainsi un aperçu inédit de la diversité et de la densité de la recherche biomédicale européenne.

    L’Europe affirme sa souveraineté scientifique

    Une politique de transparence assumée :

    La carte s’inscrit dans le prolongement du règlement européen sur les essais cliniques (CTR), qui a instauré le CTIS comme guichet unique de dépôt, d’évaluation et de publication des essais.
    Sous la supervision de l’EMA, ce système vise à rendre la recherche plus lisible, tout en garantissant le respect des standards éthiques et la protection des participants. La carte en est la traduction la plus visible : une interface publique, multilingue et inclusive, accessible à tous les citoyens européens.

    Vers un espace européen de la recherche plus compétitif :

    Au-delà de la transparence, le CTIS et sa carte interactive traduisent une ambition stratégique : renforcer la compétitivité de l’Europe face aux États-Unis et à l’Asie dans le domaine des biotechnologies et de la recherche clinique. Le Biotech Act, en préparation, viendra compléter cette dynamique en simplifiant encore le cadre réglementaire et en soutenant l’innovation scientifique. Ensemble, ces initiatives positionnent l’Europe comme acteur central de la recherche mondiale, fondée sur l’ouverture, la rigueur et la confiance.