Des chercheurs suédois du Karolinska Institute ont mis au point un algorithme semi-automatisé qui évalue le risque d’échec d’un traitement de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) par internet. Chez les patients les plus à risque d’échec, l’adaptation du traitement s’est traduite par une réduction plus importante des symptômes. Les résultats de cette étude* publiée le 30 janvier 2019 dans l’American Journal of Psychiatry suggèrent qu’un algorithme permet d’améliorer les chances de réussite des TCC en ligne.
Les TCC par internet : efficaces mais pour qui ?
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) par internet se sont avérées efficaces dans le traitement de la dépression, des attaques de panique, des troubles du sommeil et d’autres troubles psychologiques. Au cours des 20 dernières années, de nombreuses études ont montré que ces techniques faisaient jeu égal avec les traitements traditionnels en face à face. En Suède, cette approche a d’ailleurs été largement adoptée en pratique clinique.
Cependant, comme n’importe quel traitement, les bénéfices des TCC en ligne sont variables selon les patients mais les facteurs de réussite d’une telle stratégie n’ont pas encore été identifiés.
Un algorithme pour prédire les échecs
Des chercheurs suédois du Karolinska Institute ont donc souhaité mener des travaux afin d’évaluer les bénéfices d’un traitement adaptatif chez les patients les plus à risques d’être en échec, et ce en utilisant les données de base et les données des premières semaines de traitement pour prédire le résultat final.
Cette prédiction permettait alors au thérapeute d’intensifier et de personnaliser le traitement, sans attendre d’être en échec.
Concrètement, après 4 semaines de thérapies cognitivo-comportementales par internet (sur un programme de 9 semaines), les scientifiques ont procédé à une évaluation structurée du risque individuel d’échec à l’aide d’un questionnaire et d’un outil fondé sur un algorithme. Les patients ont ensuite été classés comme faisant face à un risque faible ou élevé d’échec, c’est-à-dire des bénéfices insuffisants. Les personnes à haut risque ont été assignées au hasard soit au traitement, soit à un soutien supplémentaire et à un traitement ajusté.
Les résultats de cet essai contrôlé randomisé incluant 251 patients souffrant d’insomnie ont été publiés le 30 janvier 2019 dans l’American Journal of Psychiatry.
Résultats
- L’algorithme a permis de classer 102 patients comme étant à risque d’échec du traitement.
- 71 % des participants ont fourni l’ensemble des données permettant d’établir la prédiction.
- Les patients qui n’étaient pas à risque présentaient des réductions de score de gravité de l’insomnie plus importantes que tous les autres groupes.
- L’adaptation de la TCC par internet permettait de réduire davantage les symptômes d’insomnie que la poursuite du traitement standard (par internet également).
- L’intensification du traitement nécessitait en moyenne 14 minutes supplémentaires de temps entre thérapeute et patient lors de la semaine restante.
- 1,2 % des patients se sont détériorés sans traitement adapté et 0 % avec adaptation.
Un premier pas vers la personnalisation des TCC par internet
« Les résultats indiquent qu’il existe une évaluation précise des patients susceptibles ou non de bénéficier de la quatrième semaine de traitement », a déclaré Erik Forsell, psychologue et doctorant au département de neurosciences cliniques du Karolinska Institute. Les chercheurs considèrent donc cette étude comme une première étape dans la personnalisation de la thérapies cognitivo-comportementales par internet.
Une des limites de ces travaux est que les thérapeutes étaient conscients que les patients à risque risquaient d’être en échec thérapeutique, ce qui pourrait affecter leur performance (les obligeant à abandonner ou à faire un effort supplémentaire). Cependant, cet effet est moins probable dans le contexte du traitement fourni en ligne de cette étude, dont une grande partie est normalisée et pour lequel les thérapeutes sont supervisés en termes de temps passé.
Une autre limite est que le temps passé à envoyer du matériel aux patients du groupe de traitement adapté ou d’essayer, mais sans succès, de joindre quelqu’un au téléphone n’a pas été mesuré. Les patients à risque bénéficiant de soins standard recevaient globalement moins de temps, probablement parce qu’ils étaient inactifs.
Vers une validation de l’algorithme
Quant à l’algorithme, il n’avait pas été préalablement validé. « Si cela avait été le cas, la prédiction aurait pu être plus précise et donner ainsi des résultats plus clairs, soulignent les chercheurs. Bien que les résultats de cet essai soient déjà assez clairs, des études supplémentaires sont encore nécessaires pour optimiser et automatiser de tels algorithmes afin de maximiser leur utilité. »