Des médecins-chercheurs de l’Hôpital Necker-Enfants malades et du laboratoire de simulation en santé Ilumens de l’université Paris Descartes ont conçu Effic’Asthme, une application mobile permettant aux parents d’enfants de moins de 6 ans souffrant d’asthme de s’entraîner pour maîtriser les bons gestes en cas de crise d’asthme à domicile. Ce simulateur virtuel fait l’objet de plusieurs projets de recherche.
L’asthme touche 1 enfant sur 10 en France et les crises d’asthme sont responsables de 35 000 hospitalisations d’enfants par an au sein du pays. Il s’agit de la première maladie chronique de l’enfant. Les concepteurs de Effic’Asthme ont constaté que 80 % des parents d’enfants asthmatiques ne savaient pas prendre les bonnes initiatives face à une crise débutant à domicile. Le simulateur virtuel simule des crises pour qu’ils puissent s’entraîner de manière virtuelle à gérer la situation.
« L’éducation thérapeutique des parents d’enfants avec asthme permet de réduire les recours aux soins mais ne touche actuellement que 2 patients sur 1000 », est-il indiqué sur la plateforme Educ’Asthma, qui vise à démocratiser l’éducation thérapeutique. Effic’Asthme est le premier module de cette plateforme.
L’application est disponible gratuitement sur Apple Store. Une version pour les terminaux fonctionnant sur Android est prévue.
Un projet mené par Ilumens, Necker, Dowino et une centaine de familles
Effic’Asthme a été mis au point par une équipe d’Ilumens (université Paris Descartes) et une centaine de familles rassemblées par le Dr David Drummond, porteur principal du projet, chef de clinique assistant à l’hôpital Necker Enfant malade (Paris). Des pneumologues provenant de cet établissements ont par ailleurs fourni le contenu médical et scientifique.
La solution a été développée par l’entreprise Dowino, retenue à l’issue d’un appel d’offres marché public.
Un profil sur mesure
- L’application permet de créer le profil d’un enfant asthmatique fictif ayant le même âge, le même poids et la même taille que l’enfant de l’utilisateur, qui indique aussi quel est le traitement de fond et le traitement d’urgence à sa disposition.
- Ensuite, le simulateur propose plusieurs scénarios, comme celui d’une crise modérée : l’enfant siffle, tousse et respire vite.
- Le parent doit reconnaître pour chaque scénario les symptômes de la crise, choisir une attitude à adopter et administrer les médicaments appropriés avec la bonne technique.
- L’application lui propose plusieurs solutions, comme attraper le téléphone pour appeler les urgences pneumologiques, administrer le médicament de fond ou le médicament d’urgence, ou attendre.
- En cas d’échec de le prise en charge, un module de correction dynamique prend le relais et guide l’utilisateur pas à pas.
Un carnet de suivi pour adapter les conseils d’éducation thérapeutique
Un carnet permet de suivre l’évolution de la pathologie. Par le biais d’un algorithme, le médecin traitant ou le pneumologue peut voir en un coup d’œil quels sont les gestes précis qui ont été effectués par le parent lors de la crise et pour lesquels des conseils d’éducation thérapeutique doivent être livrés.
De nouveaux scénarios sont débloqués lorsque l’utilisateur progresse dans le programme.
« Des erreurs dans 50 % des scénarios »
« En faisant faire des tests à des familles très éduquées et très impliquées dans la prise en charge de l’asthme de leur enfant, on constate qu’ils font des erreurs dans 50 % des scénarios, commente le Dr David Drummond (source : Lequotidiendumedecin.fr). Il y a donc de la marge d’amélioration, alors que dans le même temps, seulement 2 familles de patients sur 1 000 en moyenne ont recours à l’éducation thérapeutique du patient via les écoles de l’asthme, notamment pour des questions de disponibilité et d’éloignement. »
Une évaluation de l’intérêt de l’application en cours
« On se pose la question de l’utilisation des scénarios pendant les études de médecine », indique le Dr David Drummond.
Il ajoute être en train de préparer un travail d’évaluation de l’intérêt de Effic’Asthme en comparant le taux de recours aux services d’urgence de familles utilisant l’application et de familles à qui il a été interdit de le faire. « Le projet est prêt, il ne nous manque plus que le financement », précise-t-il.