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  • USA : BMS s’unit à Concerto HealthAI pour l’exploitation des données de vie réelle par IA (oncologie)

    Le laboratoire pharmaceutique américain Bristol-Myers Squibb (BMS) conclut un partenariat pluriannuel avec la société Concerto HealthAI (Boston), qui applique l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage automatique à la génération de données « de vie réelle » pour les tests de nouveaux médicaments.

    BMS utilisera la plateforme technologique EurekaHealth de Concerto HealthAI pour exploiter les données de vie réelle dans le domaine pharmaceutique et pour l’application des solutions d’IA dans le domaine clinique.

    Les données de vie réelle de Concerto HealthAI proviennent notamment de la plateforme CancerLinQ, développée par une filiale à but non lucratif de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO).

    Cette décision, annoncée fin mars 2019, intervient après que la FDA a recommandé en décembre 2018 dans un programme dédié l’exploitation des données de vie réelle dans les essais cliniques et les études post-homologation.

    « Notre accord avec Bristol-Myers Squibb démontre que nous sommes arrivés à un tournant s’agissant des données de vie réelle », a déclaré Jeff Elton, le patron de Concerto HealthAI. Elles ne sont plus seulement un moyen de générer des informations mais un domaine à part entière, porteur d’amélioration des traitement et d’innovations thérapeutiques ».

  • Think tank Économie santé : la transparence des données pour améliorer la pertinence (Reco 2019)

    Les avancées dans le domaine des technologies de l’information et de l’intelligence augmentée font partie des 5 points qui « apportent un nouvel espoir que la pertinence en santé progresse significativement », note le think tank Économie santé des Échos dans sa recommandation 2019, présentée publiquement le 2 avril 2019 à Paris.

    Plus précisément, le groupe de réflexion estime que les avancées pour une meilleure pertinence des soins passeront par une mobilisation et une implication de tous les acteurs « mais surtout par la prise en compte des tendances fortes et nouvelles du moment qui sont de vraies opportunités » :
    • le recueil et la transparence des données ;
    • la définition d’indicateurs de pertinence simples et peu nombreux ;
    • le retour d’informations aux professionnels ;
    • le rôle accru des patients ;
    • et donc les progrès des technologies de l’information et de l’intelligence augmentée.

    De manière générale, le think tank admet que des progrès ont été observés depuis 25 ans en matière de pertinence des soins mais estime qu’ils « ne sont en rien à la hauteur des enjeux ». « Bien que les évaluations manquent cruellement, ajoute-t-il, le sentiment général est que la pertinence des soins marque le pas. »
    Dans ce contexte, il présente 8 préconisations pour améliorer la pertinence en santé, dont la nécessité d’assurer une transparence totale, publique et simple des données de santé en veillant à limiter les effets pervers.

    Conclusion du think tank Économie santé ayant guidé sa recommandation 2019 :

    • pas de pertinence des soins sans pertinence du système de soins et des politiques de santé. Les pouvoirs publics doivent montrer l’exemple ;
    • pas de pertinence des soins sans implication des professionnels, auxquels il faut donner les outils nécessaires ;
    • pas de pertinence des soins sans données de santé de qualité et transparence, même si cette dernière n’est pas aisée compte tenu de la subtilité des analyses ;
    • pas de pertinence des soins sans s’appuyer sur la parole des patients, sans leur responsabilisation accrue ;
    • pas de pertinence des soins sans une formation initiale et continue qui prenne à bras-le-corps cette problématique et l’intègre dans les mécanismes de recertification des professionnels de santé en cours de développement. Sans attendre que ce dispositif soit opérationnel tous les six ans pour les diplômés à partir de 2021.

    « Avec la pertinence des soins, on gagne sur les tableaux cliniques et financiers »

    « La pertinence des soins revêt un caractère majeur, car elle a pour objectif d’améliorer la qualité des soins en supprimant le gaspillage et aussi la sous-utilisation du système de soins,qui peuvent être délétères pour la santé de chacun, analyse le think tank Économie santé. Elle doit permettre également de dégager des marges de manœuvre financières pour investir là où les besoins sont criants soit en termes d’innovation, en particulier numérique, thérapeutique,préventive, soit en termes d’organisation. En fait, avec la pertinence des soins, on gagne sur les deux tableaux, cliniques et financiers. Mais, car il y a un mais de taille : on n’y arrive pas ou de manière parcellaire et fragmentée, et ce, au prix d’efforts importants. »

    Les 8 préconisations du think tank pour améliorer la pertinence en santé

    1. Rendre pertinente l’organisation et le financement du système de santé pour faciliter la pertinence des soins

    2. Mobiliser les professionnels en leur donnant les moyens d’analyser leurs pratiques, de partager les informations et en investissant résolument sur les données de santé

    Constat : « Tout un arsenal d’évaluation, de contrôle et de sanctions a été mis en place au fil des années pour traquer les cas les plus caricaturaux. Utile sûrement (et qu’il faut maintenir en l’adaptant), mais ceci n’est pas suffisant pour toucher l’ensemble des professionnels non plus dans un esprit de coercition, mais de co-construction. »

    Proposition :

    • garantir un retour d’information sur la pratique du professionnel de santé pour mieux le mobiliser ;
    • manier avec précaution les indicateurs, « chronophages à saisir et difficiles d’interprétation ou déconnectés de la pratique », commente le think tank.
    • inclure à côté des incitations financière la reconnaissance professionnelle, des investissements sur l’organisation, une logique d’équipe et respecter les cultures et responsabilités locales.
    • anticiper un impact négatif pour le professionnel de santé d’une innovation en termes d’organisation ou de rémunération, « une technique devenue obsolète peut toujours être rémunératrice. Il convient donc de proposer au professionnel des solutions pour accélérer le cas échéant l’abandon de la technique devenue obsolète,sans préjudice pour lui. »

    3. Sommer les CNP (Conseils nationaux professionnels) de produire chaque année au moins 5 recommandations « pertinentes » de pertinence des soins et de veiller à leur appropriation par les professionnels de santé

    4. Imposer aux fabricants de logiciels métier d’inclure des rappels simples et opérationnels des Reco « Pertinence des soins » en fonction du contexte clinique

    • Faciliter l’accès aux recommandations dans les logiciels métier en les simplifiant et en adjoignant une version patient :
      • intégrer dans ces logiciels des alertes anti-iatrogénie et les mettre régulièrement à jour.
    • L’interopérabilité doit être « résolument renforcée », en particulier pour rendre accessibles tous les services qui vont se développer et qui visent une meilleure pertinence.

    5. Inclure de manière explicite la pertinence dans la formation initiale et tout au long de la vie

    6. Assurer une transparence totale, publique et simple des données de santé en veillant à limiter les effets pervers

    Constat : « Aujourd’hui, les informations dont disposent les autorités, que cela soit les pouvoirs publics, la HAS ou l’Assurance maladie, ne sont pas toutes publiques ou faciles d’accès, ce qui revient au même, constate les auteurs du rapport. Ces données concernent par exemple pour un service donné le taux de complications, les infections nosocomiales, les taux de césariennes, l’activité de chirurgie pour cancer du sein, les résultats obtenus, le nombre de transplantations par an (certains services n’en réalisent qu’une seule par an), etc. La raison souvent avancée de cette opacité est que ces données doivent être interprétées et que leur publication risque d’avoir des effets pervers, comme par exemple entraîner une sélection des patients.

    Pour avoir de bons résultats, il suffit de ne prendre en charge que les patients « en bonne santé » et non pas les plus âgés ou polypathologiques. C’est exact, mais aujourd’hui l’absence de transparence nourrit bien des erreurs et des incompréhensions. La transparence vis-à-vis des patients est un élément clé de la pertinence des soins. Non pas tant semble-t-il par une modification du comportement des patients, mais du fait d’une prise en compte par les professionnels de la publication de ces données de pratique. »

    • Le think tank estime qu’il revient aux pouvoirs publics, et en particulier à la HAS, d’assurer cette transparence « quitte à l’accompagner et à avancer par étape », estimant que le site Scope Santé de la HAS, « qui fut un progrès en son temps, est aujourd’hui, en dépit des efforts de fonctionnalité, notoirement insuffisant ».
    • Unicancer va, pour certains de ses établissements, afficher dès 2019 des données de morbi-mortalité, en particulier les « courbes de survie » par pathologie et les informations recueillies auprès des patients en termes de résultats qui leur importent et d’expérience patient, et qui seront inclus dans le dossier patient.

    7. Fournir aux patients les moyens de s’impliquer réellement

    8. Associer les industriels à la pertinence des soins

    Constat : « Les industriels de la santé souhaitent être associés à la pertinence des soins et assurent qu’ils s’y consacrent déjà. Ils se considèrent comme des partenaires de santé avec les autorités, les sociétés savantes, les associations de patients, et surtout leurs clients, les établissements et les professionnels de santé. L’enjeu est tel qu’il est tentant de les prendre au mot. Reste à trouver les modalités pour éviter les dérives du passé, notamment au sein de l’industrie pharmaceutique. »

    • Les industriels dont les produits sont de plus en plus efficaces ont intérêt à ce que leurs médicaments ou appareils soient correctement utilisés. « D’autant plus que la vague d’innovations actuelle pourrait être mise à profit pour faire de la pertinence des soins une priorité, comme le préconisait la recommandation 2018 du think tank Économie santé pour la réduction des inégalités en santé, commentent les auteurs du rapport. L’innovation est une réelle opportunité pour trouver des solutions là où le système de soins fait défaut ».
    • La notion de pertinence pourrait ainsi être introduite explicitement dans l’accord-cadre, qui doit prochainement être négocié entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et les industriels, avec une valorisation sous couvert d’une évaluation en vie réelle.
      • L’accord-cadre actuel conclu jusqu’au 31 décembre2018 consacre un chapitre à la « Régulation des prix et bon usage » et un article à l’« Information des prescripteurs, [la]promotion et [la] publicité », mais la pertinence des soins n’est pas mentionnée, précise le think thank.
  • Medasys, éditeur de logiciels santé, devient Dedalus France

    La société Medasys, éditeur de logiciels spécialiste de l’échange et du partage de données en santé, se nomme désormais Dedalus France.

    Cette modification de dénomination a été validée lors de l’Assemblée générale mixte du 8 mars 2019. Medasys a été rachetée en juillet 2016 par le groupe Dedalus, basé à Florence en Italie.   

    « Il est temps pour Medasys et Dedalus de passer à une nouvelle étape du processus de consolidation en parlant d’une seule et même voix pour mieux relever le défi de la transformation des systèmes de santé », a déclaré dans un communiqué Giorgio Moretti, président de Dedalus.

  • FASN Cancérologie : Apporter un service aux patients – Norbert Ifrah – Inca (2/04/19)

    « Le virage ambulatoire, que ce soit en chirurgie ou dans le cadre des traitements accélère le développement d’outils connectés. Aujourd’hui, beaucoup d’applications se développent et font l’objet d’expérimentations dans de nombreuses pathologies et le cancer en fait partie. Aussi, de nouveaux enjeux apparaissent : l’observance des traitements, indispensables pour en garantir l’efficacité ou encore la connaissance, la gestion et la prise en charge des effets secondaires », explique le Pr Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer (Inca) depuis 2016.

    Réussir le virage numérique en cancérologie est ainsi l’un des enjeux clé pour faire avancer la santé numérique. Transformations, nouveaux usages et parcours de soins ville-hôpital seront au cœur des discussions lors des Rencontres Nationales de la Santé Numérique, qui se tiennent le 2 avril 2019 à Paris. L’événement est organisé dans le cadre de la campagne #FASN sur le thème de la cancérologie à l’ère du numérique, en partenariat avec Unicancer, afin d’accompagner la transformation numérique et organisationnelle de l’offre de soins.

    Le programme de ces « 36 heures chrono » mettra en lumière les retours d’expériences d’acteurs de santé sur les grands programmes et expérimentations déployés au sein des établissements de santé et sur les nouvelles formes de coordination mises en place pour les professionnels impliqués dans la prise en charge des patients atteints d’un cancer.

    Comment l’Inca accompagne ce mouvement de la santé numérique ?

    L’Institut national du cancer est attentif aux dispositifs qui sont développés pour accompagner les patients pendant leur parcours de soins et au-delà. Dans la cadre de ses appels à projets, l’institut a financé en 2015 deux initiatives, en cours d’évaluation, dans le champ de la santé numérique.

    Le premier a été déployé dans le cadre de l’AAP associations pour Jeunes solidarité cancer. Ce projet, appelé « Touch ! », s’articule autour de la création d’une application, pour smartphones et tablettes. Son objectif est de lutter contre l’isolement des jeunes atteints de cancer.

    Le second projet, financé dans le cadre de l’AAP chirurgie ambulatoire, vise à développer une application de suivi à domicile après une chirurgie en ambulatoire via le smartphone. Il s’agit du suivi des cancers du sein, digestifs et gynécologiques, dont l’objectif est d’améliorer l’efficience et la qualité des soins. L’Institut est bien sûr, de surcroît, un acteur important du volet cancer du Health Data Hub.

    Le seul objectif que nous devons poursuivre, avec le développement de solutions connectées, est d’apporter un service aux patients qui le souhaitent et qui contribue à l’amélioration de leur qualité de vie. 

    Comment la prise en charge des patients se transforme ?

    Le virage ambulatoire, que ce soit en chirurgie ou dans le cadre des traitements (chimiothérapie, immunothérapie, radiothérapie) accélère le développement d’outils connectés. Aujourd’hui, beaucoup d’applications se développent et font l’objet d’expérimentations dans de nombreuses pathologies et le cancer en fait partie. Aussi, de nouveaux enjeux apparaissent : l’observance des traitements, indispensables pour en garantir l’efficacité ou encore la connaissance, la gestion et la prise en charge des effets secondaires.

    Les objets connectés peuvent accompagner le patient en le mettant en contact directement avec les équipes soignantes par l’envoi d’un message ou en délivrant une information sur les possibles effets secondaires et conduites à tenir. Ils peuvent aussi faire office « d’aide-mémoire » pour la prise des traitements et améliorer l’observance. Toutefois, nous devons être vigilants et nous assurer que ces dispositifs conviennent aux patients et à ses attentes ; la relation humaine demeure incontournable.

    Quels sont les impacts sur l’organisation des soins et le quotidien des professionnels de santé ?

    Le numérique est un facteur d’amélioration de la qualité des soins et de la continuité de la prise en charge du patient sur le terrain. C’est tout l’enjeu du dossier communicant en cancérologie (DCC).

    Cet outil numérique permet la transmission des informations relatives à la prise en charge des personnes atteintes de cancer, quel que soit leur lieu de traitement. C’est un outil au service de la coordination des professionnels et de l’optimisation du parcours de soins des patients. Le DCC s’inscrit dans la mise en place progressive d’un système de partage et d’échange de données médicales entre tous les acteurs de santé.

    Au-delà du partage et de l’échange, le DCC met à disposition des services spécifiques afin d’aider les professionnels dans leurs pratiques courantes (par exemple, annuaire et gestion des réunions de concertation pluridisciplinaires – RCP). Ces services contribuent à l’amélioration de la qualité des soins et permettent aux équipes de soins de gagner en efficience, et ceci au bénéfice du patient. Fin 2017, 81 % des patients disposent d’un DCC. 

    Comment ces professionnels participent à la développement de la santé numérique ?

    Les professionnels de santé sont, avec les patients, indispensables au développement de ces dispositifs numériques. C’est à partir de leurs pratiques, de leurs expériences et avec leur participation que ces outils peuvent être mis en place puisqu’ils sont porteurs des connaissances qu’il faut adapter aux outils, et en seront les utilisateurs finaux, avec les malades. 

    Et, justement comment les malades et les associations agissent dans ce développement ?

    Cette question rejoint la précédente. L’expérience des patients est indispensable pour comprendre comment le numérique peut permettre l’amélioration du parcours de soins. Les associations sont également un relai indispensable de l’information auprès des patients pour les informer et les orienter vers les dispositifs existants. Il est essentiel que ces acteurs comprennent que ces outils, tous numériques qu’ils soient, sont encore largement perfectibles et ne détiennent pas « la vérité ». Ses concepteurs construisent un outil supplémentaire, de qualité.

    Quels sont les freins à lever ?

    La dimension éthique du développement de la santé numérique est un sujet majeur. Si la transformation numérique de notre système de santé est une réalité, nous devons nous assurer qu’elle ne se fait pas au détriment des attentes des patients, ou de leur confiance. Les malades doivent avoir le choix d’utiliser ou non ces dispositifs et la relation humaine doit être préservée.

    Par ailleurs, les données enregistrées doivent être sécurisées et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit de données de santé. Enfin, le numérique doit être un outil de lutte contre les inégalités. Pour y parvenir, des pré-requis, qui dépassent le domaine de la cancérologie, sont indispensables, comme la formation des usagers au numérique de santé ou une couverture numérique sur le territoire suffisante.

    Le ministère des Solidarités et de la Santé, dans Ma Santé 2022, s’est engagé à développer un espace numérique de santé personnalisable et individuel pour chaque usager afin de lui permettre d’avoir accès à ses données et lui offrir un ensemble de services tout au long de sa vie. Ce dispositif contribuera certainement à faire évoluer ce champ pour l’ensemble des pathologies.

  • FASN Cancérologie : numérique et implication des patients, C. Cerisey, Patients & Web (2/04/19)

    « La co-construction, en démarrant par un recueil des besoins des malades, est essentielle pour que [ces derniers] se saisissent [des outils numériques] », explique Catherine Cerisey, fondatrice de Patients & Web, une société de conseil en santé fondée sur l’expertise patients.

    La valeur ajoutée des e-solutions à l’expertise patient et celle de l’implication des patients au développement et à l’évaluation de ces technologies numériques est aujourd’hui une évidence et un condition incontournable pour faire avancer la santé numérique.

    Transformations, nouveaux usages et parcours de soins ville-hôpital seront au cœur des discussions lors de ces Rencontres nationales de la santé numérique, qui se tiennent le 2 avril 2019 à Paris. L’événement est organisé dans le cadre de la campagne #FASN sur le thème de la cancérologie à l’ère du numérique, en partenariat avec Unicancer, afin d’accompagner la transformation numérique et organisationnelle de l’offre de soins.
    Le programme de ces « 36 heures chrono » mettra en lumière les retours d’expériences d’acteurs de santé sur les grands programmes et expérimentations déployés au sein des établissements de santé et sur les nouvelles formes de coordination mises en place pour les professionnels impliqués dans la prise en charge des patients atteints d’un cancer.

    Quelle est la valeur ajoutée des outils numériques à l’expertise patient ?

    Il est tout d’abord essentiel de rappeler que l’outil numérique n’est pas le seul axe de l’expertise patient. Les patients et leurs représentants associatifs ont d’abord été moteurs dans l’information des malades. Je distingue d’ailleurs l’usage d’internet et des réseaux sociaux d’une part à celui des applications et objets connectés de l’autre.

    Comme l’a montré une enquête récente du collectif [im]Patients, Chroniques et Associés, les malades sont très connectés à internet mais sont moins utilisateurs des applications et objets connectés. Le premier apport, la première demande des malades demeure l’information, disponible, adaptée aux besoins, au moment ; une information venant de plusieurs sources, notamment des pairs.

    L’objectif de cette information est de privilégier la décision partagée, qui est un facteur clé d’une bonne prise en soin. Les patients ne se sont pas vraiment appropriés les outils numériques car, le plus souvent, ils ne sont pas adaptés, notamment au quotidien des malades, et pour la plupart n’ont pas été coconstruits avec eux.

    Ces outils ont un intérêt dans le cadre du virage ambulatoire, de l’évolution des rapports médecins- patients, de l’adhésion thérapeutique, de la prévention… mais avec un manque d’adaptation aux besoins et aux usages notamment en cancérologie.

    Comment les patients et les associatifs peuvent-ils s’investir ?

    Les associations se sont appropriées internet, les forums, les réseaux sociaux avant même les professionnels. La question des usages ne se pose même plus avec le web 2.0. En revanche, concernant les autres outils, tous les acteurs doivent inclure les associations de patients, en amont de leur réflexion, pour connaître les besoins des utilisateurs au-delà de leurs idées lumineuses, pour que le concept et l’usage se rejoigne.

    La co-construction en démarrant par un recueil des besoins – ce qui ne veut pas seulement dire aller voir les associations de patients ou les patients experts pour avoir leur sésame et apposer leur logo – est essentielle pour que les malades se saisissent de l’outil. De plus, énormément d’applications bien-être et santé existent mais nous disposons seulement d’indicateurs de téléchargement et non d’usage. L’enjeu, pour la plupart des acteurs, est l’observance thérapeutique et moins le suivi à long terme.

    Les associations sont-elles à l’initiative d’outils numériques ?

    En diabétologie, les associations ont investi ce terrain depuis longtemps. L’association François Aupetit, qui agit contre la maladie de Crohn, a par ailleurs lancé entre autre l’application AFAMICI. En cancérologie, il y a pour l’instant peu d’exemples. La présence des associations est très forte sur internet, comme Patients en Réseau, qui a créé une application basée sur ses expériences en ligne de mise en réseau. C’est aussi le cas de l’association Jeunes Solidarité Cancer, qui avait créé une application de mise en contact des adolescents avec géolocalisation. Si elles sont mises en lien avec les autres acteurs, les associations peuvent aller beaucoup plus loin.       

    Faut-il une labellisation de ces outils ?

    Cela a été tenté pour internet avec le label HON (le HONcode est une charte visant à certifier certains sites web médicaux et de santé). Cela n’a pas fonctionné et reste compliqué. Une labellisation est pourtant essentielle pour certains de ces outils afin qu’ils soient fiables, bien sûr, mais aussi adaptés à la vraie vie des malades.

    Typiquement dans le virage ambulatoire, où les malades sont traités à domicile, les remontées d’effets indésirables avec des seuils d’alerte via les applis doivent être optimales pour assurer la qualité et la sécurité des soins.

    Nous l’avons vu avec le carnet d’idées citoyennes pour construire ensemble le virage de l’ambulatoire. Il s’agissait d’un projet mené par Cancer Contribution et l’Association française des malades du myélome multiple qui a notamment valorisé les propositions des malades sur les outils numériques. Pour les outils favorisant la relation médecin-patient, la question est aussi de la fluidité, de la rapidité de réaction. Il faut également que les professionnels s’approprient la solution au même titre que les patients. 

    L’outil en lui-même ne fait-il pas tout ?

    Le numérique n’est en effet qu’un outil. Il est sans doute nécessaire mais pas suffisant. Le énième pilulier numérique ou le énième rappel de SMS ne résoudra pas le problème de l’adhésion thérapeutique s’il n’y a pas d’humain derrière. Au début, ils vont sans doute aider, mais au bout de quelques années, on a envie de jeter le téléphone par la fenêtre. Et comme de nombreux cancers se « chronicisent »…

    Nous savons très bien que la mauvaise adhésion à une prescription est due à de nombreux facteurs. Il ne s’agit pas juste d’un oubli mais d’une saturation d’effets indésirables, d’une envie d’oublier la maladie, de la nécessité de construire un projet de vie incompatible avec la thérapie. L’accompagnement est nécessaire, par des hommes et des femmes, des professionnels, des pairs. Il faut remettre l’outil numérique à sa place et l’adapter à l’humain.

    Nous parlons aujourd’hui beaucoup d’intelligence artificielle, de réalité virtuelle. Nous en sommes au tout début. Ces outils sont prometteurs mais cela va prendre du temps. Nous avons ici l’occasion d’accompagner ensemble, associations et professionnels, ce mouvement pour répondre aux besoins des patients de manière intelligente, coordonnée et efficiente.

  • Étude : un robot contrôlé par RA pour rendre de l’autonomie aux personnes handicapées (Plos One)

    Des chercheurs de l’Institut de technologie de Géorgie (Georgia Institute of Technology) ont mis au point un nouveau système de réalité augmentée (RA) qui permet aux personnes ayant une déficience motrice grave de contrôler un robot à taille humaine. Les résultats de cette petite étude* publiée le 15 mars 2019 dans la revue Plos One montrent que ce dispositif peut améliorer leur qualité de vie car ils commandent le robot de façon complètement indépendante.

    Les robots d’assistance, un espoir pour les personnes handicapées moteur

    Les personnes souffrant de profonds déficits moteurs ont besoin d’aide de soignants pour effectuer de nombreuses tâches. Non content de les rendre très dépendants, ces soutiens coûtent cherchent et font peser un fardeau physique et émotionnel sur les aidants informels. Des robots d’assistance permettant aux personnes présentant un déficit moteur profond de s’acquitter eux-mêmes d’une partie de ces tâches pourraient être bénéfiques. En outre, il a été démontré que la capacité de prendre soin de soi est corrélée à une amélioration de la qualité de vie et à une diminution de la dépression, notamment chez les patients victimes d’un AVC, ainsi qu’à une réduction du taux de mortalité chez aidants.

    Pour les personnes souffrant d’un grave déficit moteur, tout l’enjeu est de trouver des dispositifs capables de contrôler ces robots car à l’heure actuelle, ces dispositifs sont très complexes, dotés d’un grand nombre de capteurs. Il existe de nombreux robots à taille humaine disponibles dans le commerce, équipés de roues et d’un ou deux bras. En outre, des entreprises et des chercheurs ont fabriqué des robots humanoïdes complets avec bras et jambes, couramment utilisés dans les laboratoires.

    Une interface de réalité virtuelle pour contrôler le robot

    Des chercheurs de l’Institut de technologie de Géorgie (Georgia Institute of Technology) ont donc mis au point un nouveau système permettant aux personnes ayant une déficience motrice grave de contrôler un robot à taille humaine. Ils utilisaient un robot PR2 de Willow Garage, comparable aux autres manipulateurs mobiles disponibles dans le commerce. Le PR2 est un robot à taille humaine doté d’un socle à roues omnidirectionnel, d’un torse translucide vertical, de deux bras avec pinces, d’une tête avec caméras et de divers autres capteurs, notamment tactiles.

    De plus, ils ont développé une interface de réalité augmentée (RA) basée sur le web. Les utilisateurs accèdent à l’interface à l’aide d’un navigateur web standard, ce qui simplifie l’accès et permet de contrôler un robot situé loin de l’utilisateur, par exemple dans une autre pièce ou dans tout le pays. L’interface web affiche « la vue du robot » de l’environnement pour aider les utilisateurs à interagir avec le monde via la machine. Ils ont pu contrôler le robot à l’aide de simples mouvements de tête et d’une interface graphique intuitive. En plus du flux vidéo, l’interface affiche d’autres données, issues notamment des capteurs tactiles.

    2 expérimentations ont été menées : la première étude comprenait 15 participants âgés d’au moins 18 ans, capables d’utiliser une souris d’ordinateur ou l’équivalent. Dans la seconde petite étude, un participant, considéré comme un « utilisateur expert » présentant de graves déficits moteurs, a utilisé le système à son domicile pendant 7 jours.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 15 mars dans la revue Plos One.

    Résultats

    • 80 % des participants ont été capables de manipuler à distance le robot pour des tâches de la vie quotidienne (attraper une bouteille d’eau et la porter à la bouche d’un mannequin).
    • Le système de réalité augmentée leur a permis de faire deux choses à la fois, comme « contrôler une machine à laver tout en utilisant une brosse ».
    • Les participants ont convenu que le système robotique était facile à utiliser et qu’il améliorerait considérablement leur vie.
    • Dans la deuxième étude, les chercheurs ont identifié 59 tâches « de premier niveau » pour lesquelles l’utilisateur expert a pu utiliser la technologie, notamment se brosser les dents et se raser.

    « Un système très libérateur pour moi »

    « Nos résultats suggèrent que les personnes atteintes de déficits moteurs profonds peuvent améliorer leur qualité de vie en utilisant des substituts robotiques du corps, et ce sans interfaces invasives, a déclaré Phillip Grice, premier auteur de l’étude. Le système a été très libérateur pour moi, en ce sens qu’il m’a permis de manipuler mon environnement de manière indépendante pour la première fois depuis mon AVC », a déclaré Henry Evans, un Californien qui aide les chercheurs du Georgia Institute of Technology à améliorer les systèmes robotiques d’assistance depuis 2011.

    Des robots encore trop coûteux

    Ces résultats portent sur un petit nombre de personnes et ont donc besoin d’être dupliqués. Par ailleurs, le système est encore très lent. Quant au robot, sa taille et son coût doivent encore diminuer avant de pouvoir être commercialisé.

  • FASN Cancéro : Hospitalink remporte le start-up challenge (2/04/19)

    Hospitalink remporte le start-up challenge des Rencontres nationales de la santé numérique, qui se tiennent ce mardi 2 avril 2019. L’événement est organisé par la société Care Insight dans le cadre de la campagne #FASN (Faire avancer la santé numérique) sur le thème de la cancérologie à l’ère du numérique, en partenariat avec Unicancer, afin d’accompagner la transformation numérique et organisationnelle de l’offre de soins.

    Fondé en 2016, Hospitalink propose une application mobile permettant d’optimiser la communication entre le patient hospitalisé et le personnel soignant. La solution est actuellement en fin de phase d’expérimentation dans plusieurs centres de soins et ne génère du chiffre d’affaire que depuis 2019. La société a jusqu’à présent bénéficié de subventions publiques pour mener à bien ses expérimentations et son développement R&D.

    Les 2 autres finalistes du concours étaient :
    • Anamnèse : propose aux professionnels de santé un assistant virtuel capable de mener un entretien médical avec le patient ;
    • Health for People : met l’intelligence artificielle au service de l’éducation à la santé et se propose de renforcer le niveau de littératie des patients et la maîtrise de leur santé à chaque étape de leur vie.

  • ExclusifH&T Morning : déploiement des services numériques par le NHS (UK) versus France (infographie)

    Établir un comparatif entre les approches du NHS et du ministère de la Santé en matière de e-santé, tel est l’objectif de l’infographie présentée lors du HTI Morning du 28 mars 2019, organisé avec le think tank le Cercle numérique et santé.
    L’infographie met en évidence un système de santé anglais sous pression, avec un accès aux soins primaires difficile : temps d’attente long (13 jours en moyenne), nombre de médecins généralistes faible (0,9°/00) – et un coût de système très lourd, avec un reste à charge pour le citoyen plus de deux fois supérieur à celui de la France.
    Face à ces défis, le NHS entend résolument mettre en place des services numériques pour faciliter l’accès aux soins et la prise en charge : plus d’un million de rendez-vous en ligne par mois sont directement pris sur le site du NHS ou via l’application NHS App, 17 % des consultations sont faites par téléphone et la e-prescription est fortement déployée (62 % des pharmacies connectées).
    L’appui à la prise en charge est également digitalisé : un chatbot de triage et de réponse aux premières questions de santé est mis à disposition de la population ainsi qu’une librairie d’applications santé référencées.

    La stratégie digitale du NHS est continue depuis plus de 15 ans et se voit renforcée dans le Long term plan présenté en janvier 2019 par le gouvernement de Theresa May.

  • Les solutions de ExactCure, Posos et Vidal mises en avant par le Collectif « Bon usage du médicament »

    Les projets portés par ExactCure, Posos et Vidal Group font partie des solutions mises en avant par le Collectif « Bon usage du médicament » à l’occasion de son colloque annuel, qui s’est tenu fin mars 2019 au sein du ministère des Solidarités et de la Santé.

    L’événement a été organisé dans le cadre d’un contexte politique fort, la pertinence des soins étant l’un des objectifs clés affichés de la stratégie Ma Santé 2022. « Le bon usage du médicament s’impose dans la réflexion nationale comme un levier majeur pour répondre à cet enjeu », indique le collectif.

    « Mauvais dosage, mauvaise prise, non-respect du traitement prescrit, interaction entre plusieurs médicaments… les causes d’un accident lié à un médicament sont multiples et la plupart d’entre elles pourraient être évitées, explique le collectif. Le bon usage du médicament est un véritable enjeu de santé publique, puisqu’au-delà des conséquences sur le patient, qui peuvent aller jusqu’au décès, un bon usage du médicament entre dans l’objectif de pertinence des soins, et représente des économies non négligeables pour l’Assurance maladie. »

    Après un tour d’horizon des expériences internationales, 12 projets innovants destinés à favoriser le bon usage des médicaments ont été mis en avant devant l’auditoire au cours du colloque.

    Voici 4 exemples de projets innovants sur un plan technologique, numérique et médico-économique présentés par le collectif :

  • Loi santé : les députés ouvrent la voie à la e-prescription généralisée et au télésoin

    2 articles du projet de loi santé, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 26 mars 2019, modernisent le cadre législatif de la télémédecine. L’article 14 définit les modalités de la e-prescription et l’article 13 celles du télésoin, c’est-à-dire des actes délivrés à distance par des professionnels de santé non médecins.

    L’article 14: vers la généralisation de la e-prescription

    Une nécessaire modernisation

    L’article 14 du projet autorise la prescription à distance sans examen clinique préalable, abrogeant pour ce faire l’article 34 de la loi du 13 août 2004 qui imposait cette condition « sauf à titre exceptionnel en cas d’urgence ».

    « Le cadre juridique actuel n’apparaît plus nécessaire à la sécurisation des échanges, il n’apparait pas non plus adapté aux pratiques médicales », estime le gouvernement dans l’étude d’impact du texte.

    L’exécutif veut autoriser le partage de ces données de santé non plus seulement via des messageries sécurisées réservées aux professionnels de santé mais aussi via des « plateformes sécurisées », soulignant cependant que celles-ci « devront respecter la politique générale de sécurité des systèmes d’information de santé ».

    Des mesures par ordonnance

    L’article 14 autorise également le gouvernement à prendre des mesures par ordonnance destinées à « prévoir un cadre légal pour la prescription électronique et ses conditions d’utilisation, ainsi que de prise en charge, tant en ville qu’à l’hôpital » avec pour objectif de « garantir un recours à cette modalité de prescription, en faisant, à terme, de la prescription électronique l’unique vecteur de prescription ».

    Il s’agit également « à terme, de faire de l’interface avec le système de e-prescription une condition préalable à la certification des logiciels d’aide à la prescription et à la dispensation ». L’exécutif pourra également prévoir par voie d’ordonnances « les potentiels aménagements conventionnels nécessaires pour le déploiement et la généralisation de la e-prescription chez les professions de santé concernées ».

    La dématérialisation des arrêts de travail

    Un amendement du rapporteur Thomas Mesnier, adopté en séance, énonce que « les arrêts de travail sont prescrits, sauf exception, de manière dématérialisée via un service mis à la disposition des professionnels de santé par les organismes d’assurance maladie ». Cette disposition reprend un article du PLFSS 2019 censuré par le Conseil constitutionnel comme « cavalier législatif ». 

    L’article 13 : feu vert au télésoin

    L’article 13, voté par les députés, rebaptise « télésanté » le chapitre du Code de la santé publique consacré à la télémédecine, et introduit en son sein une nouvelle section, appelée « télésoin ». Il s’agit selon l’étude d’impact d’« ouvrir les activités à distance aux pharmaciens et aux auxiliaires médicaux » (infirmiers, orthophonistes, opticiens, audioprothésistes, masseurs-kinésithérapeutes, etc.) : cette mesure vise à améliorer « l’accès aux soins » pour les personnes « atteintes d’une affection longue durée », « les personnes âgées et handicapées, les personnes détenues et de manière plus large, tous les patients en zones sous-denses ».

    Le télésoin y est défini comme « une forme de pratique de soins à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication », qui « met en rapport un patient avec un ou plusieurs pharmaciens ou auxiliaires médicaux dans l’exercice de leurs compétences ».

    Les activités relevant du télésoin seront définies « par arrêté du ministre en charge de la santé, après avis de la Haute autorité de santé ». Cet avis portera « notamment sur les conditions de réalisation des télésoins garantissant leur qualité et leur sécurité ainsi que sur les catégories de professionnels y participant ».

    « Les conditions de mise en œuvre des activités de télésoin sont fixées par décret en Conseil d’État » précise l’article. Le texte indique ensuite que les conventions conclues entre l’Assurance maladie et les professionnels de santé libéraux devront déterminer « les tarifs ou les modes de rémunération ainsi que les modalités de réalisation des activités de télésoin ».

    La prise en charge de ces actes « est subordonnée à la réalisation préalable, en présence du patient, d’un premier soin par un auxiliaire médical de la même profession que celle du professionnel assurant le télésoin » ; « l’activité du professionnel de santé présent, le cas échéant, auprès du patient n’est pas prise en charge dans le cadre du télésoin ».

    Les conditions de prise en charge des actes de télésoin seront  fixées « par décret en Conseil d’État en tenant compte notamment des déficiences de l’offre de soins », est-il spécifié.