Fondée en 2021, la startup Tech2heal propose la plateforme Alakin, regroupant des outils numériques pour aux professionnels de la santé. Son but est d’impliquer les patients dans leur parcours de soins et de faciliter la vie quotidienne des soignants. Depuis 2023, l’entreprise se développe en France, mais aussi au Brésil. Elle compte dans son portefeuille des hôpitaux tels que le CHU de Nice, des grands comptes (Air Liquide, Servier..) ou encore le gouvernement fédéral brésilien.
Dans le cadre d’un entretien exclusif accordé à Health & Tech Intelligence,Fabrice Pakin , co-fondateur et CEO de Tech2Heal, partage sa vision de l’IA générative, de sa place pour la santé populationnelle ainsi que des transformations qu’elle implique au sein du système de santé, notamment sur le plan de l’efficience .
Principales fonctionnalités de la plateforme:
- planification des rendez-vous : automatisation de la planification des rendez-vous en analysant la situation du patient, sa disponibilité et les plannings des prestataires de soins;
- documentation et enregistrement :Utilisation d’algorithmes de traitement du langage naturel (NLP) pour transcrire automatiquement les interactions entre le patient et le fournisseur de soins et remplir les dossiers de santé électroniques avec les informations pertinentes et codées avec la bonne terminologie d’interopérabilité;
- gestion des médicaments : aider les équipes de soins dans la conciliation des médicaments, le renouvellement des ordonnances et le suivi de l’observance thérapeutique grâce à des rappels et alertes automatisés;
- attribution et coordination des tâches : Les algorithmes d’Alakin priorisent les tâches en fonction de l’urgence, de la disponibilité du personnel et des compétences;
- support de télésanté : Faciliter les consultations de télésanté en automatisant les rappels aux patients, les questionnaires préalables à la visite et les suivis post-visite.
Quelle valeur ajoutée avec l’IA générative ?
Pour Tech2Heal, c’est un domaine très prometteur, notamment pour automatiser certaines tâches liées aux dossiers des patients, ce qui soulagerait le personnel soignant. C’est une préoccupation majeure . Comprendre les besoins actuels des professionnels de santé, les processus qui leur prennent du temps et comment leur organisation fonctionne est nécessaire. Les tâches sont décomposées pour mieux les comprendre. Par exemple, au Centre Hospitalier universitaire de Nice, les doubles saisies de données manuelles ont été identifiées et éliminées, ainsi que des tâches apparemment mineures, telles que la préparation de consentements préalables pour les patients avant les consultations, qui peuvent prendre beaucoup de temps. L’objectif n’est pas seulement de résoudre des problèmes immédiats, mais aussi de favoriser un changement culturel.
La capacité d’enregistrer les consultations, en ligne ou en cabinet, afin d’automatiser la saisie des données dans les dossiers des patients et de créer des notes automatiques pour les professionnels de santé est en cours permet de libérer du temps de qualité lors des consultations, car le médecin n’a plus besoin de se concentrer sur la saisie des données pendant la consultation, mais peut se concentrer pleinement sur le patient. Il y a également de nombreuses demandes concernant la gestion documentaire et l’automatisation du remplissage des documents en extrayant des données des notes dans les dossiers des patients. Alakin utilise également l’intelligence artificielle pour traiter les données de manière à fournir des informations personnalisées aux médecins et aux infirmières, en fonction de leurs besoins spécifiques, ce qui leur permet d’accéder rapidement aux informations pertinentes sans avoir à chercher partout. Par exemple, cela peut inclure des données sur les derniers examens, les réponses aux questionnaires, ou tout autre indicateur pertinent pour la gestion clinique.
La plateforme a été développée en collaboration avec des équipes de santé publique, au Brésil, dans de grandes villes ou des villes moyennes, ce qui permet de s’adresser spécifiquement à chaque population. Dans le domaine de la santé populationnelle, il y a un réel manque de ressources et de technologies dans les centres de santé. L’objectif avec Alakin est de fournir aux professionnels de santé des outils technologiques leur permettant d’accompagner plus efficacement leurs patients chroniques. Cela inclut des systèmes d’alerte qui favorisent un meilleur flux de patients vers les centres de santé, tout en évitant la congestion des services. En collectant des données, la plateforme fournit également aux autorités, telles que les responsables des centres de santé ou les préfectures, des informations précieuses. Par exemple, les municipalités peuvent accéder à des données agrégées et géolocalisées, ce qui leur permet d’identifier les facteurs de risque dans différentes zones et d’élaborer des stratégies adaptées. Avec des clients comme le CHU de Nice, les équipes travaillent sur la géolocalisation, la visualisation des données sur des cartes, et l’agrégation de données sociales et environnementales. Cela inclut des informations telles que l’accès aux transports, le taux de chômage, le revenu moyen, ou même le niveau de pollution. En combinant ces données et en les visualisant, les autorités peuvent mieux comprendre les problématiques spécifiques à chaque territoire ou quartier, ce qui est essentiel en santé populationnelle.
Parfois, des problèmes de santé importants peuvent être identifiés à seulement quelques centaines de mètres de distance. Ceci souligne l’importance de prendre en compte les spécificités locales dans les interventions de santé publique. confie Fabrice Pakin
Quels sont les projets en cours ou à venir de Tech2Heal dans le domaine de la santé populationnelle (en France et à l’étranger) ? – Quelle est en moyenne la taille des coûts d’intégration ?
La plateforme est un outil configurable qui permet de créer, de déployer et de gérer divers types de services numériques, par exemple:
- un dashboard de statistiques populationnelles avec le Centre Hospitalier Universitaire de Nice en cours de déploiement. Des aspects cartographiques et de visualisation sont déjà spécifiés. L’intégration de données provenant de fournisseurs externes, telles que des données sur la qualité de l’air, et sur des dispositifs de surveillance environnementale, tels que des capteurs de pollution, se fera par la suite;
- une clinique du sommeil;
- digitalisation d’une clinique en santé mentale: intégration des solutions de psychothérapie numériques sont destinées à être vendues aux cliniques spécialisées en psychothérapie, qui souhaitent numériser leurs services et améliorer le suivi des patients tout en détectant précocement les signes de décompensation;
- Medical Device : un test urinaire, qui en détectant les pathologies, permet d’adresser et d’accompagner les patients, mais surtout de faire de la prévention.
Plusieurs projets en cours : l’un concerne le suivi à distance des patients atteints de maladies cardiaques chroniques, tandis que l’autre, en collaboration avec Air Liquide, porte sur l’analyse de données. Dans ce contexte, la plateforme intègre les données de ses clients pour créer des systèmes d’alerte efficaces. Tech2Heal collabore également avec Servier sur l’engagement des patients souffrant de pathologies cardiovasculaires et métaboliques. Ces projets sont spécifiquement axés sur le marché brésilien..
Nous avons deux obsessions principales. La première est l’automatisation des tâches pour soulager le personnel soignant qui est actuellement très sollicité. Les outils actuels peuvent être très contraignants s’ils sont mal conçus, ce qui entraîne une perte de temps et d’efficacité. Nous pensons que résoudre ce problème est crucial, car cela ne concerne pas seulement le diagnostic, mais surtout l’optimisation du temps pendant les consultations.
Nous considérons que l’automatisation est un élément majeur pour résoudre la crise actuelle du système de santé. C’est un problème mondial, et même aux États-Unis, des sociétés similaires à la nôtre lèvent des fonds considérables, jusqu’à 70 à 170 millions de dollars, simplement parce que leur plateforme automatise les tâches, en utilisant notamment l’intelligence artificielle.
La santé populationnelle est un sujet émergent en France, quel modèle économique est le plus pertinent et viable à la fois pour les éditeurs de solutions et pour le système de santé ?
En France, le modèle économique d’Alakin repose principalement sur la tarification par licence en fonction du nombre de professionnels de santé connectés à la plateforme. Cela leur donne accès à l’ensemble des outils disponibles, tous étant configurables selon leurs besoins. La plupart des outils sont déjà intégrés dans la plateforme, mais Tech2Heal est également capable de développer des fonctionnalités spécifiques en fonction des besoins de chaque client. La philosophie de la startup consiste à rendre ces développements disponibles à l’ensemble de sa clientèle, ce qui favorise la mutualisation des innovations.
Parfois, il s’agit de petits développements ou de détails, comme la prise de rendez-vous, où il est possible d’intégrer des fonctionnalités pour faciliter le processus, comme l’envoi de documents aux patients via leur application mobile. Par exemple, dans un CHU, cela peut représenter une économie de 30 à 40 minutes par patient, en évitant aux médecins ou infirmiers de devoir lire une notice d’utilisation pendant la consultation. Ces petites améliorations contribuent à des gains de productivité significatifs lorsqu’elles sont combinées dans le dossier patient.
Quels sont les freins ou les leviers rencontrés durant les projets de santé populationnelle que vous avez mené ?
Au Brésil, l’approche sera davantage celle d’un accélérateur, car l’entreprise prévoit de capitaliser sur la créativité et la richesse des données déjà présentes localement. En revanche, en France, il s’agit d’un projet d’une grande valeur, axé sur la santé populationnelle, en partenariat avec le Centre Hospitalier Universitaire (CHU), qui concerne environ 30 000 patients, couvrant toute la métropole de Nice. Ce projet englobe une variété de territoires, allant des zones privilégiées de Nice aux villages isolés en montagne, en passant par des quartiers plus diversifiés en termes de populations et de cultures, notamment des populations immigrées.
Le projet est soutenu par huit laboratoires d’innovation, dont ceux spécialisés dans la santé environnementale, les déterminants sociaux et l’usabilité. L’ objectif est de déployer ce projet massivement sur Nice, en ciblant spécifiquement la tranche d’âge de 50 à 70 ans, une population stratégique en termes de prévention, de vieillissement et de dépendance. Il sera ainsi possible de détecter précocement les signes de fragilité et mettre en place des programmes de prévention personnalisés adaptés à chaque territoire.
Une caractéristique importante de cette approche est l’intégration des acteurs locaux dans la promotion de la santé: des associations, des centres de yoga, des fournisseurs d’activités physiques adaptées, des magasins bio, etc. dans le processus de prévention et de soins. Cela permet une meilleure adhésion des patients, car ils sont directement connectés à ces services via leur application mobile, ce qui rend la prévention plus concrète et pratique pour eux.
Les stratégies utilisées pour surmonter les obstacles dans la collecte de données, en particulier dans les régions éloignées :
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- Utilisation de la technologie mobile :
- Réaliser une application mobile pour soignants en mobilité permettant la collecte de données spécifiques pour permettre aux agents de santé de saisir les informations directement sur le terrain, même en l’absence de connectivité Internet. Joindre une mallette d’objets connectés pour réaliser des procédures de type Echographie, glycémie, pression artérielle, électrocardiogramme, …
- L’application mobile en hors ligne peut stocker les données localement et les synchroniser automatiquement une fois une connexion Internet disponible.
- Formation et engagement communautaire :
- Former et impliquer les membres de la communauté locale pour collecter les données de santé auprès de leurs pairs, en utilisant des méthodes participatives telles que des groupes de discussion ou des séances de sensibilisation.
- Établir des partenariats avec des organisations locales, des chefs de village et des représentants communautaires pour obtenir leur soutien et leur participation active à la collecte de données.
- Utilisation de techniques de support :
- Mettre en place des programmes de support permettant aux agents de santé locaux de se connecter à distance avec des experts médicaux pour obtenir des conseils et des orientations sur la collecte de données et la prise en charge des patients.
- Intégrer dans l’app patient les objets connectés et la prise de signes vitaux par l’appareil photo pour surveiller à distance les paramètres de santé des patients, tels que la pression artérielle ou la glycémie, et transmettre les données aux professionnels de santé pour évaluation.