Epione : un robot conçu pour la précision et la polyvalence
La combinaison de la radiologie et de l’Intelligence artificielle avec la chirurgie apporte des solutions innovantes dans le domaine de la médecine interventionnelle. Pour mieux comprendre cette mutation, Health & Tech Intelligence s’est entretenu avec Laetitia Messner, directrice clinique au sein de Quantum Surgical. Fondée en 2017 la start-up Montpelliéraine s’est donnée pour mission de transposer l’expertise acquise en chirurgie robotique vers les actes mini-invasifs de radiologie interventionnelle. « Le principe, c’était vraiment d’appliquer cette base de connaissances en robotique chirurgicale au monde de la radiologie interventionnelle, qui est encore assez peu investi par la robotique en tant que telle », explique Laetitia Messner.
Au cœur de cette aventure technologique, la plateforme Epione, développée par Quantum Surgical, apporte une assistance robotisée aux radiologues pour positionner des aiguilles à travers la peau, notamment pour biopsier ou détruire des tumeurs. Son design, pensé dès le départ pour la polyvalence, rend possible des interventions sur des organes variés : foie, rein, poumon et désormais sur les tumeurs osseuses. « C’est un robot qui va permettre d’aider les radiologues interventionnels à mettre des aiguilles à travers la peau… on a commencé par le cancer du foie, puis on a étendu à l’abdomen, au rein, puis au poumon, et là, on vient de finir une étude clinique sur les lésions et tumeurs osseuses », précise Laetitia Messner.
Rendre les gestes complexes accessibles aux praticiens
Quant à la place de l’intelligence artificielle, Laetitia Messner insiste sur une approche pragmatique, tournée vers le bénéfice clinique. « Pour nous, c’est de l’IA applicative dans le sens où il faut qu’elle soit utile, parfois elle donne de meilleurs résultats que l’algorithmique traditionnelle, mais parfois ce n’est pas le cas », analyse-t-elle. Grâce au deep learning, Quantum Surgical optimise les fusions d’images, la localisation et la segmentation des tumeurs ou des zones à traiter, pour guider au plus près des contraintes anatomiques, en temps réel, les gestes du praticien.
L’une des innovations majeures d’Epione réside dans la simplification d’actes considérés jusqu’ici comme réservés à des praticiens très expérimentés. « Ces gestes, qui nécessitent des années et des années d’entraînement, sont facilités par la technique. Grâce à la technologie, des médecins beaucoup plus juniors sont en capacité de faire ces gestes avec le même niveau de performance et de sécurité », affirme Laetitia Messner. En témoignent les premières publications françaises, qui rapportent que de jeunes chefs de clinique réalisent désormais, via robot, des interventions complexes autrefois réservées aux seniors.

De Gustave Roussy à l’international : la diffusion rapide du robot Epione
Le développement de cette technologie se fait, selon Laetitia Messner, en forte interaction avec les médecins utilisateurs. Le robot n’est pas conçu pour répondre à une seule pratique, mais doit s’adapter à une grande diversité de gestes et de parcours patients. « C’est un énorme travail pour que l’usage soit intuitif, intégrable dans le workflow quotidien. On fait un robot pour une diversité de pratiques, mais autour d’une indication donnée », détaille-t-elle, soulignant l’importance du dialogue « en co-création » avec les professionnels de terrain.
La diffusion rapide d’Epione dans l’hexagone (Gustave Roussy, HCL de Lyon, CHU d’Amiens, Institut Paoli-Calmettes, CHU de Toulouse, Léon Bérard…) et à l’international (Royaume-Uni, Allemagne, États-Unis…) témoigne de l’importance de la dynamique d’adoption en radiologie interventionnelle. Cette montée en puissance transforme à la fois la répartition des actes entre spécialités, la formation des équipes et les possibilités offertes aux malades. Ainsi, la robotique en radiologie interventionnelle ne se contente plus d’être une promesse : elle change déjà les pratiques, rend l’accès à des interventions complexes plus large et amorce un nouveau partage des compétences dans l’hôpital de demain.