Selon un essai randomisé publié dans The Lancet Digital Health le 10 septembre 2026, l’outil d’IA chinois PAICS améliore la détection de dix malformations intracrâniennes fœtales par les échographistes. L’essai a été mené entre le 6 septembre 2022 et le 1er novembre 2023 dans cinq centres de diagnostic prénatal. Il porte sur 1 584 examens de grossesses à haut risque, réalisés par 29 échographistes, et serait selon les auteurs le premier essai randomisé à évaluer une IA d’échographie prénatale.
Pourquoi cela compte : l’essai mesure ce que l’IA apporte à l’échographiste pendant l’examen, ce que les tests sur images archivées ne permettent pas. Il répond aussi à une crainte fréquente : l’IA n’a pas réduit la détection des anomalies qu’elle ne cible pas. C’est la preuve à demander à un éditeur, valable ici en grossesse à haut risque.
Un essai qui évalue l’échographiste assisté, pas l’algorithme seul
Les IA d’échographie prénatale sont le plus souvent validées sur des images déjà enregistrées. Ici, pour chaque patiente, le même échographiste a posé deux diagnostics, l’un pendant l’examen, l’autre en relisant la vidéo quatre semaines plus tard. L’IA n’intervenait que dans l’un des deux, ce qui permet de comparer chaque opérateur à lui-même. La référence était l’avis d’un panel de trois experts.
Des gains nets sur les anomalies fréquentes et au deuxième trimestre
Avec l’IA, la sensibilité passe de 78,6 % à 87,3 % dans l’analyse par fœtus, et de 69,6 % à 81,4 % dans l’analyse par malformation. La spécificité, qui mesure la capacité à ne pas signaler une anomalie absente, reste stable. Le gain est net pour les anomalies courantes, comme la ventriculomégalie légère (+14,4 points), mais n’est pas significatif pour les plus rares. Il apparaît entre 14 et 27 semaines et chez les femmes dont l’IMC est inférieur à 25, là où l’image est de meilleure qualité. Les échographistes ont écarté 53 de ses 83 fausses alertes.
Un marché où la France compte déjà deux acteurs
PAICS reste un outil de recherche. Or le marché de l’IA en échographie fœtale est occupé par des entreprises disposant d’autorisations réglementaires et d’appuis industriels, dont deux start-up françaises. Sonio, autorisée par la FDA en août 2023, (qui a été rachetée par Samsung Medison en 2024) et BrightHeart, spécialisée dans le cœur fœtal.
Transposabilité France / Europe
En France, le dépistage repose sur trois échographies, à 11–13 SA + 6 jours, 20–25 SA et 30–35 SA, encadrées par des référentiels d’images, de compte rendu et d’audit. Les anomalies suspectées sont adressées à l’un des 48 centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal (CPDPN). Un outil comme PAICS s’insérerait dans une plateforme opérationnelle, hospitalière ou territoriale, utilisée pendant l’examen, en amont de l’adressage au CPDPN. Le modèle d’évaluation de PAICS est applicable en France à trois conditions. Chacune suppose de préciser un référentiel ou de désigner un référent :
- Les dix malformations de l’essai doivent être rapprochées des référentiels de la CNEOF, et l’éditeur doit tracer chaque alerte de l’IA et chaque décision de l’échographiste.
- Une responsabilité opérationnelle identifiée. Chaque établissement ou réseau de périnatalité doit désigner qui valide le diagnostic, qui déclare les incidents et qui décide des mises à jour de l’outil.
- Une évaluation avec un comparateur adapté au bénéfice revendiqué. Pour un gain de détection, le comparateur est l’échographiste non assisté, comme dans l’essai. Pour un gain d’organisation, c’est le parcours actuel jusqu’au CPDPN. La grille descriptive de la HAS pour les dispositifs médicaux intégrant de l’IA offre un point d’appui.
Source : The Lancet Digital Health, publication scientifique (10 septembre 2026) – fiabilité : publication évaluée par les pairs