Actualité

  • Infrastructure, adoption, bénéfices : les trois fractures de l’IA en santé entre territoires

    Une étude conceptuelle portugaise, publiée le 16 septembre 2026 dans la revue Systems (MDPI), distingue trois fractures qui creusent les écarts de santé entre territoires : l’infrastructure de données, l’adoption de l’IA et les bénéfices pour les patients. Elle propose un cadre en cinq couches, de la gouvernance de l’équité territoriale à l’évaluation continue, et cinq priorités pour le service national de santé portugais, alignées sur le calendrier de l’espace européen des données de santé (EHDS). Ses auteurs sont Gabriel Osório de Barros (Iscte-IUL) et João Condeixa, chercheur indépendant.

    Pourquoi cela compte : selon les auteurs, la transformation numérique ne réduirait les inégalités territoriales que si elle est explicitement orientée vers les besoins des territoires ; à défaut, elle les renforcerait. Avant les obligations EHDS de 2029, la vigilance porte sur la répartition des investissements et la mesure de leurs effets par territoire.

    L’EHDS, un calendrier à mettre au service de la convergence

    Le règlement (UE) 2025/327 s’applique à partir du 26 mars 2027, avec des obligations échelonnées. À partir du 26 mars 2029, il couvre les synthèses patient, les prescriptions et dispensations électroniques ainsi que les systèmes de dossiers de santé correspondants ; le volet sur l’usage secondaire des données s’applique à la même date. À partir du 26 mars 2031, il s’étend à l’imagerie, aux résultats d’examens et aux comptes rendus de sortie.

    Selon une étude antérieure citée par les auteurs, le Portugal restait dépourvu de cadre commun d’interopérabilité. Ils recommandent de traiter l’échéancier 2027-2029-2031 comme l’occasion d’harmoniser les standards et d’éviter que les bénéfices se concentrent dans les structures les plus matures. L’interopérabilité y est décrite comme multidimensionnelle : technique, sémantique, organisationnelle, juridique, et territoriale, via la complétude des données.

    Trois fractures qui plaident pour des financements modulés

    L’étude distingue trois fractures qui se cumulent :

    • Une fracture d’infrastructure : connectivité, systèmes interopérables, qualité des données.
    • Une fracture d’adoption de l’IA : compétences et moyens pour valider et intégrer les outils.
    • Une fracture de bénéfices, lorsque l’adoption ne se traduit pas par des délais plus courts ou une meilleure continuité des soins.

    Les auteurs s’appuient notamment sur une prépublication consacrée aux hôpitaux américains. Selon celle-ci, la capacité d’interopérabilité serait le premier prédicteur de l’adoption de l’IA, devant la taille ou les ressources financières, et les établissements des zones favorisées l’adopteraient davantage. Les auteurs en concluent que l’équité ne consiste pas à investir moins dans les hôpitaux les plus performants, mais à proportionner le soutien au besoin et au niveau de maturité. Cela passe par des infrastructures nationales mutualisées, un renforcement ciblé des compétences et un transfert de savoir-faire depuis les établissements les plus avancés.

    Mesurer les écarts plutôt que l’adoption

    Selon l’étude, les dispositifs de suivi portent généralement sur les taux de déploiement, qui renseignent peu sur la réduction des écarts. Les auteurs proposent des indicateurs ventilés par territoire :

    • Disponibilité des informations cliniques clés entre niveaux de soins.
    • Examens redondants évitables.
    • Délais d’orientation et d’attente.
    • Continuité des soins.
    • Complétude et actualité des dossiers partagés.

    Ils signalent aussi qu’un financement au résultat sans ajustement sur le risque clinique et social pourrait pénaliser les structures prenant en charge des populations plus âgées ou plus précaires.

    Le cadre reste une proposition : les auteurs indiquent qu’il n’a fait l’objet ni de validation empirique ni de modélisation formelle, les données portugaises servant de test de plausibilité. L’article déclare les fonctions des auteurs chez PLANAPP, centre portugais de planification et d’évaluation des politiques publiques, et chez Johnson & Johnson.

    Ce que cela change
    Pour les ARS et les financeurs publics : les programmes de financement du numérique pourraient être modulés selon la maturité des établissements et les besoins des territoires, plutôt que répartis de manière uniforme.
    Pour les directions d’établissements et de GHT : cartographier dès maintenant la maturité par catégorie de données visée en 2029 et en 2031 aiderait à cibler l’accompagnement.
    Pour les éditeurs de logiciels et les HealthTech : outre les exigences EHDS de 2029, des résultats ventilés par territoire pourraient devenir un élément attendu des dossiers de preuve.

    Source : Iscte-IUL, G. Osório de Barros et J. Condeixa, « Reducing Regional Inequalities in Healthcare Systems Through Data, Interoperability and Artificial Intelligence: An Equity-Oriented Systemic Framework », Systems (MDPI), vol. 14, art. 1162 (16 septembre 2026) · fiabilité : publication évaluée par les pairs · https://doi.org/10.3390/systems14091162

  • Rapport GenR : la santé comme politique de puissance, pas comme ligne de dépense

    Rapport GenR : la santé comme politique de puissance, pas comme ligne de dépense

    GenR, coalition de treize cofondateurs dont cinq industriels, a présenté le 16 septembre 2026 à l’Académie nationale de médecine un rapport sur l’innovation en santé. Il décrit une chaîne rompue en quatre points, de la découverte au patient. Il propose une loi de programmation quinquennale, un pilotage depuis Matignon et un accès accéléré au SNDS.

    Pourquoi cela compte : le rapport déplace le débat du niveau de la dépense de santé vers son allocation. Ses propositions sur le SNDS et la Plateforme des données de santé visent directement les acteurs de la donnée et de l’IA. La présence de cinq industriels parmi les fondateurs donne la grille de lecture.

    Une chaîne de l’innovation « interrompue »

    La France ne manque pas d’atouts. Les entreprises de santé y représentent près de 100 000 emplois, plus de 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 300 sites de production et 4 milliards d’euros d’excédent commercial (mission sur la régulation des produits de santé, 2023, citée par GenR). Pour les auteurs, le défi est pourtant « de transformation, non de talent » : la chaîne qui va de la découverte au patient est rompue en quatre points.

    520 jours d’attente en moyenne pour les patients français :

    Le symbole de cette rupture est le délai d’accès. Un patient français attend en médiane 520 jours après l’autorisation européenne pour accéder à un traitement, contre 56 en Allemagne et 282 au Royaume-Uni (Sénat, 2026). Une nuance est souvent éludée : l’accès précoce, lui, fonctionne, avec un délai de 72 jours et 140 000 patients concernés (Sénat, 2026). C’est donc le droit commun qu’il faut réformer, en reconnaissant l’innovation incrémentale, organisationnelle et diagnostique, notamment via une ASMR conditionnelle (reconnaissance provisoire de l’amélioration du service médical rendu).

    La souveraineté se joue dans les essais et les données

    L’Espagne participe à près des deux tiers des nouvelles études cliniques européennes, contre environ la moitié pour la France (Sénat, 2026). Sur les 488 médicaments autorisés en Europe entre 2016 et 2021, seuls 42 sont produits en France, contre 112 en Allemagne (Rexecode, 2023). L’Asie capte désormais 63 % des essais industriels mondiaux, l’Europe 12 % (Sénat, 2026).

    Le SNDS, un trésor sous-exploité :

    Le SNDS couvre plus de 65 millions de personnes, un actif sans équivalent pour l’IA médicale. Pourtant, un chercheur français attend six mois des données que son homologue britannique obtient en six semaines (GenR). Le rapport propose trois mesures :

    • un accès accéléré au SNDS « sur le modèle de l’accès précoce » ;
    • une Plateforme des données de santé renforcée ;
    • un cadre juridique unifié, piloté par la Cnil, d’ici 18 mois.

    Face à des capacités de calcul et à des modèles largement extra-européens, il met aussi en garde contre la tentation de « confondre souveraineté et autarcie ».

    Un État stratège, piloté depuis Matignon

    GenR pense que la jeune DGRINES (Direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé) ne peut pas arbitrer entre la santé, l’industrie et les finances et propose donc :

    • un Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) présidé par le Premier ministre ;
    • un secrétariat général de 8 à 10 ETP, financé par redéploiement ;
    • le rattachement de la présidence du CEPS (Comité économique des produits de santé) à Matignon, par simple décret dans les cent premiers jours.

    La loi de programmation, « clé de voûte » :

    Sur le modèle de la programmation militaire, une loi quinquennale de l’innovation en santé donnerait de la visibilité à des cycles de R&D de dix à quinze ans. Elle serait adossée à un fonds souverain prolongeant France 2030. L’argument central tient en deux chiffres : la France consacre 11,5 % de son PIB à la santé (Insee, d’après l’OCDE), mais la part du médicament dans l’Ondam est passée de 11,6 % à 8,9 % entre 2010 et 2023 (Leem). Pour GenR, le problème n’est donc pas le niveau de l’effort, mais son allocation.

    Ce raisonnement appelle une lecture attentive. La coalition compte cinq industriels parmi ses treize cofondateurs. Le rapport reconnaît aussi laisser de côté la démographie médicale et l’accès aux soins de premier recours, dont dépend pourtant l’effet réel de ses propositions.

    Source : GenR, 16 septembre 2026, évènement à l’académie nationale de médecine

  • Ramsay Santé dévoile « Connecting Care 2030 », sa feuille de route à quatre ans en cinq piliers

    Ramsay Santé a présenté le 17 septembre 2026 son plan Connecting Care 2030. Numérique et IA y sont présentés comme des leviers de rentabilité, et le portefeuille d’activités fera l’objet d’arbitrages. Le groupe vise une croissance du chiffre d’affaires de 2 à 3 % par an après une perte nette de 48,3 millions d’euros sur l’exercice clos le 30 juin 2026.

    Pourquoi cela compte : l’un des principaux groupes de soins privés européens présente le numérique et l’IA d’abord comme des leviers de productivité et de marge, et annonce des arbitrages sur ses activités. Établissements, territoires et fournisseurs peuvent anticiper une demande d’outils au retour sur investissement mesurable et de possibles recompositions de l’offre locale.

    Un numérique d’abord mobilisé au service de la rentabilité

    Pascal Roché, directeur général, évoque la volonté de s’appuyer « sur le numérique et les gains de productivité pour transformer cette croissance en amélioration de la rentabilité ». Le plan prévoit des outils de télémédecine et de suivi à distance, des parcours de soins primaires intégrant l’IA, des outils de gestion du cycle de revenus et un recours accru à l’IA pour simplifier les processus administratifs et appuyer la décision clinique. Le groupe décrit un environnement contraint : évolution limitée des tarifs en France, fin des aides temporaires et sous-financement de l’inflation. Il a publié une perte nette part du groupe de 48,3 millions d’euros pour l’exercice clos le 30 juin 2026

    Des arbitrages annoncés sur le portefeuille d’activités

    Le groupe indique qu’il poursuivra la gestion active de ses actifs et de ses contrats, « plutôt que de chercher simplement à l’élargir ». L’objectif serait de concentrer les ressources sur les activités les plus porteuses. Cette orientation marque une inflexion après le plan « Yes We Care 2025 », au cours duquel le réseau est passé de 375 à 491 établissements et structures de soins.

    En Suède, une intégration des soins primaires, de l’assurance et de la santé au travail

    Parmi les nouveaux relais de croissance, le groupe prévoit de développer en Suède des offres d’assurance santé privée et de santé au travail, en complément de ses soins primaires. Il met en avant la croissance de l’hôpital St Göran, dont l’exploitation a été reconduite par la région de Stockholm à partir de 2026 pour huit ans, avec une prolongation possible de quatre ans. Ce modèle associe porte d’entrée en soins primaires, couverture assurantielle et service aux employeurs.

    Ce que cela change

    Pour les directions d’établissements, le plan illustre une approche de l’IA centrée sur des gains mesurables (blocs, planification, facturation), qui suppose de fixer les indicateurs avant tout déploiement. Pour les HealthTech et les éditeurs, la demande exprimée porte d’abord sur l’administratif, la gestion du cycle de revenus et le suivi à distance, avec un argumentaire attendu sur la productivité. Pour les organismes complémentaires, l’expérience suédoise offre un cas d’observation de l’intégration entre assurance et offre de soins.

    Source : Ramsay Générale de Santé, communiqué de presse « Le groupe Ramsay Santé dévoile Connecting Care 2030 » (17 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

     

  • EEDS : gouvernance, droits des patients, redevances, trois chantiers à boucler avant mars 2027

    EEDS : gouvernance, droits des patients, redevances, trois chantiers à boucler avant mars 2027

    Entré en vigueur le 26 mars 2025, le règlement (UE) 2025/327 relatif à l’espace européen des données de santé (EEDS) encadre l’accès de chaque citoyen à ses données (usage primaire) et leur réutilisation pour la recherche, l’innovation et les politiques publiques (usage secondaire). Le Journal de Droit de la Santé et de l’Assurance Maladie (JDSAM), revue de l’Institut Droit et Santé, lui consacre le dossier de son n°47 (juillet 2026). Né du constat, révélé par la crise du Covid, d’un accès insuffisant aux données pour la recherche européenne, le texte oblige l’écosystème à « se poser certaines questions », résume Nesrine Benyahia (Dr Data), qui a structuré le colloque co-organisé avec l’Institut Droit et Santé autour de trois axes : la gouvernance, les droits des patients et le modèle économique.

    Pourquoi cela compte : À partir du 26 mars 2029, toute réutilisation de données de santé électroniques en Europe (recherche, innovation, politiques publiques) obéira aux règles du règlement EEDS. Pour les hôpitaux, les industriels et les chercheurs, cela signifie de nouvelles obligations de transparence, un droit de refus opposable par chaque patient et un système de redevances encore en construction. Pour la France, c’est aussi une question d’attractivité et de souveraineté sur les données qui entraîneront les IA de demain.

    Une gouvernance à désigner avant mars 2027

    Le règlement crée un nouvel acteur, l’organisme responsable de l’accès aux données (ORAD), chargé de quatre familles de missions : délivrer les autorisations d’accès, assurer la transparence (catalogue des données, registre des demandes, résultats des études), contrôler et sanctionner, et réguler les redevances. Certaines de ces missions sont déjà exercées en France par la Cnil ou la Plateforme des données de santé, d’autres sont entièrement nouvelles. Qui seront les ORAD français ? La question n’est pas tranchée, mais le ministère privilégie un petit nombre d’organismes, appuyés sur des détenteurs de données de confiance auxquels une partie des missions pourra être déléguée. La désignation doit intervenir avant le 26 mars 2027, et une loi d’adaptation sera nécessaire.

    Concrètement, l’EEDS est un « espace à construire » brique par brique explique Yacine Daquin (Plateforme des données de santé) : un catalogue national de métadonnées au format Health DCAT-AP, une demande d’accès unique instruite par l’ORAD, une mise à disposition des données par les détenteurs sous trois mois renouvelable une fois, un traitement en environnement sécurisé et l’export de résultats anonymes uniquement. La France dispose déjà d’un catalogue de métadonnées et d’un environnement de traitement sécurisé éprouvé, atouts pour le déploiement national.

    Des droits renforcés, une articulation à construire

    Le règlement consacre également un droit à l’information renforcé (article 58) et un droit de refus discrétionnaire à l’usage secondaire (article 71), sans se substituer au RGPD ni à la loi « informatique et libertés », qui restent applicables (Manon de Fallois, Commission nationale de l’informatique et des libertés). Ce droit de refus s’exerce à tout moment et sans justification, mais ne vaut pas pour les autorisations déjà délivrées ; les États membres pourront l’écarter, au seul profit d’organismes publics, pour des finalités d’intérêt public comme la recherche sur les maladies rares.

    Pour la juriste, la nouveauté réside moins dans les droits eux-mêmes, proches du droit d’opposition de l’article 74 de la loi française, que dans leur articulation avec les futurs organismes responsables de l’accès aux données (ORAD).

    La confiance des citoyens, condition du dispositif :

    L’enjeu est d’abord celui de la confiance : 75 % des Français ignorent qu’un EEDS est en cours de création et seuls 53 % connaissent leurs droits (d’après le dernier baromètre citoyen de la PDS). Le précédent britannique, où un programme de partage des données de médecine générale a été suspendu après plus d’un million d’oppositions, montre le prix d’un déficit de transparence. Les lignes directrices TEHDAS2 proposent un « point d’information des citoyens », portail public en langage clair, à articuler avec les portails de transparence existants et Mon Espace Santé.

    Du côté des usagers, les patients ne s’opposent pas au partage de leurs données lorsqu’il sert l’intérêt général, mais ils refusent que les traitements soient réalisés « dans leur dos » explique Arthur Dauphin (France Assos Santé). Les données de santé sont les droits « les moins bien connus » des usagers, et la crainte d’une exploitation commerciale par des acteurs privés reste forte. La société civile défend donc le maintien d’une évaluation éthique et scientifique indépendante des projets, aujourd’hui assurée par le Cesrees et la Cnil pour le SNDS, et rappelle que la compétitivité française repose sur la richesse de ses bases (69 millions de personnes, plus de 3 000 variables) plutôt que sur des délais d’instruction réduits. La récente sanction de 5 millions d’euros prononcée par la Cnil contre Iqvia illustre, selon l’association, la réalité des dérives.

    Des redevances pour compenser la mise à disposition

    L’article 62 du règlement prévoit des redevances proportionnelles au coût de mise à disposition, au bénéfice des ORAD et des détenteurs de données. Les lignes directrices TEHDAS2, soumises à consultation publique à l’automne 2025, privilégient un modèle centralisé à facture unique géré par l’ORAD (Julie Baussand, Plateforme des données de santé). Les 83 contributions reçues, dont 16 % françaises, réclament des règles harmonisées et une meilleure prévisibilité tarifaire : 73 % des répondants prévoient de comparer les tarifs des ORAD entre pays.

    Un modèle économique encore incomplet

    Pour les établissements dotés d’un entrepôt de données de santé, la réutilisation a un coût réel, entre infrastructure « socle » conforme au référentiel de la Cnil et l’industrialisation des traitements, alors que 80 % des données de santé restent non structurées (Samantha Pasdeloup, Elsan). Selon elle, la redevance EEDS ne suffira pas : une subvention d’infrastructure sera nécessaire, au moins dans un premier temps, au nom de l’attractivité de la France pour la recherche clinique et de la souveraineté des IA en santé.

    Le calendrier est serré : ORAD désignés avant le 26 mars 2027, loi « informatique et libertés » adaptée avant 2029. D’ici là, c’est la lisibilité du dispositif pour les patients qui décidera de son acceptation.

    Source : Institut Droit et Santé (Université Paris Cité), Journal de Droit de la Santé et de l’Assurance Maladie (JDSAM) n°47, dossier consacré à l’espace européen des données de santé, juillet 2026, texte intégral · fiabilité : officielle.

  • Prévention : « ce qui n’est pas mesuré n’est pas valorisé », pointe le rapport du député Isaac-Sibille

    Prévention : « ce qui n’est pas mesuré n’est pas valorisé », pointe le rapport du député Isaac-Sibille

    Le député Cyrille Isaac-Sibille (Les Démocrates, Rhône) a présenté ce 16 septembre 2026 les conclusions de la mission que lui a confiée le Premier ministre Sébastien Lecornu en janvier. Remis à Matignon le 13 juillet, ce rapport de 350 pages s’appuie sur 327 auditions, 15 déplacements et 147 contributions écrites en six mois. Il formule 48 propositions en quatre axes : accès aux soins, action sur les lieux de vie, priorisation de quelques enjeux de santé publique, pilotage par la donnée et la science.

    « tout ce qui n’est pas mesurable n’est pas valorisable, tout ce qui n’est pas mesuré n’est pas valorisé ».

    Premier constat : la France conduit un nombre important d’actions de prévention, au point que les auteurs indiquent qu’il n’est pas possible d’en établir un recensement exhaustif. Leur analyse pointe cependant un défaut de méthode et d’évaluation.

    Nombre d’interventions ne reposent pas sur un cadre méthodologique défini ou sur des actions dont l’efficacité a été démontrée. Le rapport propose de passer d’une logique fondée sur la conviction qu’une action sera utile à une logique centrée sur les résultats : préciser en amont les effets attendus et déterminer les moyens de les mesurer. Les auteurs appellent aussi à prendre en compte le coût de l’inaction dans l’évaluation des politiques publiques, au même titre que celui des mesures de prévention.

    Le rapport défend le concept de « prévention primordiale », qui consiste à intervenir sur les environnements dans lesquels les comportements se construisent plutôt qu’à solliciter uniquement les choix individuels.

    Pourquoi cela compte : un référentiel national resserré, distribué via les contrats locaux de santé, donnerait aux territoires un langage commun et mesurable pour justifier leurs actions de prévention plutôt que de les défendre au cas par cas. Les collectivités déjà engagées dans un contrat local de santé seraient les premières à pouvoir s’appuyer sur ces indicateurs pour négocier des moyens.

    Un fil de responsabilité territorial à retisser

    Le diagnostic tient en une image : la prévention française aurait « des musiciens volontaires mais éparpillés », sans chef d’orchestre ni partition commune, ni stratégie unifiée, ni moyens dédiés, ni mesure systématique des résultats. Le Sénat dressait un constat proche dans son propre rapport d’information, publié en juillet. Pour combler ce manque reliant objectifs, moyens, territoires et résultats, la mission propose une conférence nationale de santé désormais annuelle (contre tous les cinq ans aujourd’hui) et une Direction générale de la santé « réarmée ». Au niveau local, elle veut généraliser et rendre opposables les contrats locaux de santé, présentés comme le « bras armé territorial » de la prévention, adossés à un tableau de bord croisant données sanitaires, sociales et environnementales.

    Des priorités resserrées et un retard français à combler

    Plutôt que de disperser l’effort, l’axe 3 propose de concentrer l’action sur cinq priorités : littératie en santé, vaccination, santé mentale, bien vieillir et santé environnementale. Sur la littératie en santé, le retard français est jugé sévère : contrairement à l’Australie, déjà à son deuxième ou troisième plan national, la France n’a presque rien structuré, ni à l’école ni dans le parcours de soins. Le rapport pointe aussi un déficit en sciences de l’implémentation (la discipline qui étudie comment une intervention prouvée efficace se déploie sur le terrain) faute de quoi la France resterait dans une « course aux bonnes idées » plutôt qu’une logique de preuve.Uun service public de santé pour l’enfance et la jeunesse

    Le rapport estime que les politiques de prévention restent insuffisamment organisées autour des enfants, des jeunes et des étudiants, alors que le système consacre une part importante de ses ressources aux personnes déjà malades et plus âgées. Parmi ses propositions figure donc la création d’un service public de santé pour l’enfance et la jeunesse. Celui-ci aurait pour objectif de créer un continuum entre les différents dispositifs existants, sans nécessairement les fusionner, depuis la naissance jusqu’à l’entrée dans la vie active.

    Le rapport évoque également la création d’un statut d’emploi permettant de renforcer l’attractivité des carrières dans la prévention, sur le modèle de statuts professionnels existant à l’hôpital.

    Vers un « marché de la prévention » financé à la performance

    Autre ligne de force : sortir la prévention de la logique du pilote isolé pour « l’industrialiser », c’est-à-dire produire des interventions standardisées et évaluées à l’échelle nationale, passer d’une « éthique de la conviction » à une « éthique de la responsabilité », où chaque action doit démontrer un résultat. Le financement suivrait : réinvestissement des gains objectivés des actions de prévention dans leur propre développement, et obligation pour les complémentaires santé de consacrer explicitement une part de leurs dépenses (de l’ordre de 2%) à la prévention. Le rapport propose aussi de faire converger les services de prévention en santé au travail avec la réparation des risques professionnels, aujourd’hui traités séparément.

    Piloter la prévention par la donnée et l’IA

    Le quatrième axe du rapport porte sur le pilotage par la donnée et la science. La mission demande un référentiel national d’indicateurs simplifié, jugés aujourd’hui trop nombreux et trop peu visibles, et s’appuie sur l’autorisation récente de croiser les données de l’Assurance maladie pour lutter contre la fraude comme préfiguration d’un usage plus large au service de la prévention. Sur l’intelligence artificielle, la mission adopte une position mesurée : la prévention algorithmique n’est pas une alternative aux politiques universelles mais un complément, avec un avertissement, le marché avance plus vite que l’État ne régule, ce qui appelle un encadrement rapide des offres privées. Ce constat rejoint celui de la Société française de santé publique, qui alerte, dans sa contribution à la mission, sur le risque qu’une prévention individualisée devienne une activité commerciale échappant à tout contrôle public. Le rapport reconnaît lui-même le risque d’inégalités d’un ciblage algorithmique mal encadré : des actions très individualisées bénéficieraient d’abord à ceux qui ont déjà accès à l’information et aux outils numériques, creusant l’écart plutôt qu’en le comblant.

    Les recommandations en un coup d’œil :

    • Rendre la conférence nationale de santé annuelle et réarmer la Direction générale de la santé.
    • Généraliser et rendre opposables les contrats locaux de santé, bras territorial de la prévention.
    • Créer un tableau de bord territorial croisant données sanitaires, sociales et environnementales.
    • Concentrer l’action sur cinq priorités : littératie en santé, vaccination, santé mentale, bien vieillir, santé environnementale.
    • Développer les sciences de l’implémentation pour combler le retard français.
    • Industrialiser la prévention : passer d’une logique de conviction à une logique de résultats évalués.
    • Réinvestir les gains objectivés des actions de prévention dans leur propre financement.
    • Imposer aux complémentaires santé une part explicite de leurs dépenses consacrée à la prévention.
    • Faire converger prévention en santé au travail et réparation des risques professionnels.
    • Simplifier et rendre visible le référentiel national d’indicateurs de suivi de la prévention.
    • Étendre le croisement des données de santé, aujourd’hui utilisé contre la fraude, au pilotage de la prévention.
    • Encadrer la prévention algorithmique comme un complément, non une alternative, aux politiques universelles.

    Les auteurs estiment enfin que les effets d’une politique de prévention ne doivent pas nécessairement être attendus pendant plusieurs générations. La littérature internationale documente, selon eux, des interventions susceptibles de produire des résultats en quelques mois ou quelques années. Les territoires ultramarins par exemple figurent parmi les expériences examinées par la mission. Le rapport cite notamment La Réunion comme un exemple de politique de prévention décentralisée, sans en détailler publiquement les modalités à ce stade.

    Source : Cyrille Isaac-Sibille, rapport de mission gouvernementale « Construire un système de prévention primordiale », remis au Premier ministre le 13 juillet 2026 et présenté à l’Assemblée nationale le 16 septembre 2026 (communiqué) · fiabilité : officielle ; rapport non publié en ligne à ce jour.

  • IQVIA rachète l’exploitant pharmaceutique Intsel Chimos

    L’Autorité de la concurrence a validé le rachat intégral d’Intsel Chimos par IQVIA Holdings, formalisé par un accord de cession d’actions. La filiale française d’IQVIA a finalisé l’acquisition fin juillet. Youssef Saker, qui pilotait déjà les opérations stratégiques et les fusions-acquisitions au comité exécutif d’IQVIA France, a été nommé directeur général d’Intsel Chimos, comme il l’a annoncé sur LinkedIn la semaine dernière.

    Le mouvement de marché

    IQVIA n’achète pas un fournisseur de données ou un prestataire d’essais cliniques, ses deux métiers historiques, mais un statut réglementaire. Intsel Chimos est un exploitant pharmaceutique au sens du code de la santé publique : il porte juridiquement la responsabilité de la pharmacovigilance, de la distribution et de la mise à disposition de plus de 80 médicaments, notamment via l’accès compassionnel et l’accès précoce. Ce rachat suit de cinq mois celui d’actifs de découverte de médicaments cédés par Charles River Laboratories, en février 2026 : IQVIA construit, acquisition après acquisition, une chaîne intégrée qui va désormais de la découverte à la commercialisation.

    Ce que cela signifie

    Un prestataire de services aux laboratoires devient lui-même porteur d’autorisations de mise sur le marché. La frontière entre sous-traitant et exploitant, jusqu’ici étanche dans l’écosystème pharmaceutique français, s’efface pour un acteur mondial déjà présent sur la quasi-totalité de la chaîne de valeur du médicament.

    Qui gagne, qui perd

    IQVIA gagne une capacité qu’il ne pouvait auparavant proposer qu’en s’appuyant sur des exploitants tiers, un guichet unique pour les laboratoires étrangers, biotechs américaines ou asiatiques notamment, souhaitant introduire un traitement innovant en France sans y créer de filiale. Ces mêmes biotechs, clientes potentielles, gagnent un raccourci d’accès au marché français. À l’inverse, les exploitants indépendants et les sociétés de commercialisation spécialisées perdent un partenaire neutre et risquent de voir IQVIA les concurrencer directement. Intsel Chimos, enfin, perd son indépendance : cet acteur français de niche, positionné sur les maladies rares et l’impasse thérapeutique, rejoint un groupe coté aux États-Unis.

    Ce que cela change en Europe

    L’opération, sous le seuil de compétence de l’Union européenne, a été traitée au niveau strictement national. Elle n’en dessine pas moins une tendance transposable ailleurs en Europe : les grands prestataires de recherche clinique, sous pression sur leurs marges historiques, cherchent à sécuriser des positions réglementaires locales plutôt que de rester de simples sous-traitants. Si le mouvement se confirme, des concurrents d’IQVIA pourraient être tentés de répliquer ce modèle dans d’autres pays européens, redessinant la carte des exploitants pharmaceutiques nationaux.

    Pourquoi cela compte : c’est la preuve qu’un acteur de la donnée et des essais cliniques peut désormais porter, seul, l’accès au marché d’un médicament jusqu’au patient. Pour les établissements et les décideurs publics, cela signale une concentration croissante, sur un segment sensible, entre celui qui identifie les patients par la donnée et celui qui leur délivre le traitement.

    Source : Autorité de la concurrence, décision n° 26-DCC-141 (juillet 2026) · fiabilité : officielle.

     

  • Aphasie primaire progressive : une analyse vocale de 1 à 2 minutes distingue les sous-types

    Des chercheurs de l’University of California San Francisco (UCSF) ont publié en août 2026 dans JAMA Neurology les résultats d’une étude sur l’analyse automatisée de la parole chez des patients atteints d’aphasie primaire progressive. À partir d’enregistrements vocaux de une à deux minutes, au cours desquels les patients décrivaient un dessin, l’algorithme a généré des profils de phrasé distincts pour les trois formes cliniques de la maladie : non-fluente/agrammatique, sémantique et logopénique. Les auteurs concluent que cette méthode produit des profils interprétables, pouvant servir d’aide au diagnostic différentiel et au suivi clinique.

    Pourquoi cela compte : cette étude s’attaque à un vrai goulot d’étranglement clinique. Le diagnostic différentiel des trois sous-types d’APP repose aujourd’hui sur des évaluations d’experts (neurologues du langage, orthophonistes spécialisés en troubles cognitivo-linguistiques) qui prennent du temps et restent concentrées dans un nombre restreint de centres. Hors de ces centres experts, l’accès à une classification fiable est limité, ce qui retarde la prise en charge et l’orientation thérapeutique des patients.

    Le protocole testé par l’équipe de l’UCSF tranche avec cette lourdeur : une à deux minutes d’enregistrement vocal, obtenues à partir d’un exercice simple de description d’image, suffisent à alimenter l’algorithme. Comparée à une évaluation neuropsychologique complète, qui mobilise plusieurs heures de passation et de cotation par un professionnel formé, cette approche constitue un protocole frugal, standardisable et duplicable à grande échelle.

    Cette frugalité illustre un mouvement plus large de l’IA appliquée à la santé : le passage d’une IA diagnostique « lourde », fondée sur l’imagerie cérébrale ou les biomarqueurs biologiques (liquide céphalo-rachidien, imagerie TEP), à une IA « légère », peu coûteuse et facilement embarquable dans des outils du quotidien, une téléconsultation, un cabinet de ville, voire un suivi à domicile. Un tel outil vocal ne nécessite ni équipement lourd ni déplacement du patient vers un centre spécialisé, ce qui ouvre la voie à un usage en dépistage de première ligne, avant orientation vers l’expertise neurologique.

    Cette étude reste néanmoins une preuve de concept : elle démontre la faisabilité de générer des profils distincts, mais ne constitue pas une validation clinique en conditions réelles ni une comparaison chiffrée à la classification experte de référence. Sa transposition à une patientèle francophone, dont les marqueurs prosodiques et lexicaux diffèrent de l’anglais, reste également à démontrer.

    Source : JAMA Neurology – Automated Speech Analysis to Identify Clinical, Anatomical, and Pathological Variants of Primary Progressive Aphasia – Août 2026 – fiabilité : publication évaluée par les pairs.

  • La HAS actualise sa grille ALARM avec un 8ᵉ facteur consacré au numérique

    Dans son rapport annuel abrEIGéS, mis en ligne le 11 septembre, la Haute Autorité de santé fait état de 5 576 évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS) déclarés en 2025, contre 4 630 en 2024, soit une hausse de 20 %.

    Ce volume reste très inférieur aux estimations épidémiologiques : l’étude ENEIS évalue entre 160 000 et 375 000 le nombre d’EIGS survenant chaque année dans les seuls services de médecine et de chirurgie. Pour classer ces déclarations selon neuf thématiques, la HAS s’appuie sur un modèle d’apprentissage supervisé de traitement automatique du langage. Le rapport identifie par ailleurs les logiciels de soins comme une cause profonde récurrente des EIGS liés à la prescription médicamenteuse (213 dossiers analysés), au point d’ajouter un huitième facteur :

    « systèmes d’information et technologie » à la grille d’analyse ALARM. Une première étude dédiée aux Ehpad, portant sur 230 EIGS, documente 45 % de décès et des lacunes en gestion des risques.

    Pourquoi cela compte : ces éléments dessinent un système de sécurité des soins qui se numérise et se professionnalise, mais reste aveugle sur une partie du risque réel.

    Grille ALARM : un facteur « systèmes d’information » ajouté pour analyser les risques de soins

    Le taux de déclaration, sous les 2 % du volume estimé par l’ENEIS, signale moins une amélioration réelle de la sécurité qu’un dispositif encore mal approprié par les professionnels. Pour les établissements et les éditeurs de dossier patient informatisé, l’enjeu est d’intégrer la déclaration au parcours de travail plutôt que de la traiter comme une démarche annexe : formulaires pré-remplis, alertes contextuelles ou modules dédiés dans le dossier patient peuvent réduire cette sous-déclaration chronique.

    Le recours de la HAS elle-même à un modèle de traitement automatique du langage pour trier ses déclarations valide, du côté du régulateur, la maturité de ces technologies appliquées au texte médical. C’est un argument de crédibilité pour toute solution de structuration ou de codage automatisé de données cliniques non structurées.

    Plus inédit : le rapport documente les logiciels de soins comme cause du risque, et non plus seulement comme outil de sécurisation. L’ajout d’un facteur « systèmes d’information » à la grille ALARM, ainsi que les préconisations sur l’ergonomie, l’interopérabilité et l’association des professionnels au choix des logiciels d’aide à la prescription, constituent un signal direct pour les éditeurs de logiciels métiers : l’expérience utilisateur devient un critère de sécurité patient documenté par le régulateur, mobilisable dans les argumentaires d’achat hospitalier.

    Enfin, l’analyse inédite consacrée aux Ehpad confirme un secteur médico-social structurellement sous-équipé en gestion des risques, avec neuf préconisations portant notamment sur la contention, les chutes et la prévention du suicide. Un terrain d’opportunité pour des outils dimensionnés aux contraintes de ces structures, plus petites et moins dotées qu’un établissement sanitaire.

    Source : Haute Autorité de Santé, abrEIGéS – Évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS), rapport annuel 2025. fiabilité : officielle.

  • Licences de technologie : 11,5 mois de négociation en moyenne, contre 8 en 2020 (France Biotech)

    Le 11 septembre, France Biotech, l’association des entrepreneurs de l’innovation en santé, a présenté son Plan d’Accélération de l’Innovation en Santé. Ses 11 propositions sont réparties en trois priorités : le passage à la recherche appliquée, l’accompagnement des entreprises et l’accès des patients aux innovations. L’association les adresse aux pouvoirs publics à l’approche des débats budgétaires et des échéances électorales de 2027.

    Pourquoi cela compte : le plan suggère que le principal frein à l’innovation en santé tiendrait moins à la qualité de la recherche qu’aux temps de transaction entre les acteurs. Négociation d’une licence, accès aux données, contractualisation d’un essai, entrée dans un marché public : chaque étape ajoute des mois, qui pèsent lourdement sur des entreprises aux ressources limitées. Cet enseignement présente un intérêt pratique : réduire ces délais ne dépend pas uniquement de la loi. Les établissements, les offices de transfert et les centrales d’achat qui sauront proposer des contrats-types, des circuits simplifiés ou des engagements de délais pourraient se différencier dès maintenant auprès des porteurs de projets, sans attendre les arbitrages de 2027.

    Aussi, le plan souligne que la valeur issue de la recherche française profite insuffisamment au territoire. Dans un contexte budgétaire contraint, la réponse pourrait passer moins par de nouveaux financements que par une meilleure articulation des dispositifs existants avec la localisation des activités. L’Allemagne explore cette voie en liant certains avantages tarifaires à la présence de R&D sur son sol. Les effets de cette approche restent à évaluer. Elle ouvre néanmoins une piste de réflexion pour les décideurs publics et les régions : examiner comment les aides, l’accès aux données ou la commande publique pourraient mieux soutenir l’ancrage territorial des innovations.

    Transfert de technologie : des délais qui tendent à s’allonger

    Selon l’association, la négociation entre offices de transfert de technologie (OTT) et PME dure en moyenne 11,5 mois, contre 8 mois en 2020. Pour les solutions d’IA issues de CHU ou de laboratoires, la licence peut porter sur des objets plus complexes qu’un brevet : algorithmes, poids de modèles, données d’entraînement. Les start-up ont intérêt à anticiper ces délais dans leur plan de financement. Pour les établissements, des contrats-types et des délais indicatifs pourraient constituer un atout d’attractivité.

    Trésorerie : un point de vigilance pour les acheteurs

    Le communiqué indique que 41 % des HealthTech se déclarent en tension de trésorerie. L’indicateur ne semble pas directement comparable à l’étude publiée par l’association en 2025, qui faisait état de 72 % d’entreprises rencontrant des difficultés de trésorerie, contre 63 % en 2024. Quelle que soit la mesure retenue, ces données invitent les directions des achats et les DSI hospitalières à porter une attention particulière aux clauses de réversibilité, de séquestre du code source et de portabilité des données. Il s’agit d’une bonne pratique de gestion du risque.

    Données de santé : un enjeu inscrit dans le calendrier européen

    La proposition sur l’accès « sécurisé et simplifié » aux données de santé reste formulée en termes généraux, et le document complet pourrait en préciser les contours. Elle s’inscrit dans un contexte structurant : le règlement sur l’espace européen des données de santé, entré en vigueur en mars 2025, prévoit une application de l’usage secondaire pour l’essentiel à partir de 2029. Les établissements dotés d’un entrepôt de données de santé peuvent dès à présent se préparer à leur futur rôle de détenteurs de données. Les start-up d’IA gagneront de leur côté à intégrer les délais d’accès dans leurs feuilles de route de validation.

    Commande publique : s’appuyer sur les outils existants

    Le plan appelle à mobiliser davantage la commande publique en faveur des innovations. Plusieurs leviers sont déjà disponibles : l’achat innovant sans mise en concurrence sous 100 000 € HT, le partenariat d’innovation et les centrales d’achat (RESAH, UniHA, CAIH). Leur usage progresse mais reste inégal. Cela s’explique notamment par la prudence des acheteurs face au risque et par la difficulté, pour les jeunes entreprises, d’objectiver une valeur médico-économique. Des démarches peuvent être engagées dès maintenant, en parallèle d’éventuelles évolutions.

    Des enseignements à tirer de l’Allemagne

    L’Allemagne a adopté en 2024 deux lois qui éclairent les pistes avancées par France Biotech. La première, sur l’usage des données de santé (GDNG), est en vigueur depuis le 26 mars 2024. Elle a créé un guichet central et fonde l’accès sur la finalité d’intérêt général de la demande plutôt que sur l’identité du demandeur. La seconde, sur la recherche médicale (MFG), ouvre jusqu’au 30 juin 2028 la possibilité de prix de remboursement confidentiels, en contrepartie d’une remise de 9 % et d’activités de recherche menées en Allemagne. Ce dispositif doit être évalué fin 2026, et ses effets restent donc à mesurer. Il illustre une manière de relier incitations et localisation de la R&D. La France dispose déjà de la convention unique pour les essais industriels à l’hôpital. S’inspirer de cette logique pour les licences des OTT pourrait constituer une piste à explorer.

    Les 11 propositions

    • Accélérer, harmoniser et sécuriser le transfert de technologies par les OTT.
    • Renforcer la culture économique et entrepreneuriale des chercheurs.
    • Développer les passerelles entre secteurs public et privé.
    • Clarifier et simplifier le rôle des acteurs de l’accompagnement.
    • Cibler et diversifier le financement des HealthTech.
    • Mieux valoriser les partenaires du développement non clinique et clinique.
    • Structurer l’accompagnement du développement industriel.
    • Faciliter un accès sécurisé et simplifié aux données de santé.
    • Instaurer une consultation précoce, intégrée et contradictoire de l’ANSM, de la HAS et du CEPS.
    • Mobiliser davantage la commande publique en faveur des innovations.
    • Anticiper la simplification des règlements européens MDR et IVDR.

    Source : France Biotech, communiqué « De la recherche à la création de valeur : France Biotech dévoile son Plan d’Accélération de l’Innovation en Santé » (11 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

  • Intuitive obtient le marquage CE du da Vinci SP en gynécologie transvaginale

    Le 14 septembre, Intuitive a annoncé l’obtention du marquage CE de son système da Vinci SP pour les interventions gynécologiques par voie transvaginale. L’industriel présente cette indication comme une première mondiale pour ce robot, déjà marqué CE depuis janvier 2024 pour la chirurgie abdomino-pelvienne, thoracique, ORL transorale, colorectale transanale et mammaire. Depuis un point d’entrée unique, le chirurgien pilote jusqu’à trois instruments articulés et un endoscope 3D HD.

    Pourquoi cela compte : la voie vaginale s’ajoute aux voies transorale et transanale. Chaque indication supplémentaire augmente l’utilisation possible d’un équipement lourd, déjà présent dans plusieurs établissements français. Mais un marquage CE atteste une conformité, pas une supériorité clinique ni une prise en charge.

    Un parc à rentabiliser

    En France, le CHU de Saint-Étienne a été le premier établissement à s’équiper du SP, en juin 2024. Gustave Roussy a suivi en janvier 2025, puis la Pitié-Salpêtrière, Lariboisière et l’HEGP (AP-HP) en 2026. Pour ces établissements, la gynécologie apporte un volume d’activité supplémentaire sur un équipement dont le prix d’achat se situe entre 1,5 et 2,5 millions d’euros selon les versions. L’enjeu se déplace vers le partage du planning de bloc entre spécialités et la formation d’équipes maîtrisant à la fois la chirurgie vaginale et l’endoscopie robotisée.

    Des preuves encore préliminaires

    Le communiqué invoque plus de 1 000 publications évaluées par les pairs, sans isoler la voie transvaginale. Sur cette indication, la littérature reste surtout rétrospective. Une méta-analyse consacrée à l’hystérectomie pour pathologie bénigne conclut à une technique faisable. Elle relève un temps opératoire plus court et moins de pertes sanguines qu’avec la laparoscopie robot-assistée, sans différence de durée de séjour ni de complications. Les comparaisons restent exposées aux biais de sélection : dans une série de 383 patientes, celles opérées avec le robot à port unique avaient un IMC plus bas et des utérus plus légers. Intuitive évoque d’ailleurs un « potentiel » de récupération plus rapide, non une démonstration.

    Le financement, frein inchangé

    D’après le Snitem, la chirurgie robot-assistée est financée par les seuls établissements, et aucun acte robotique n’a de valorisation tarifaire spécifique. La nouvelle indication ne change pas ce modèle. Elle profitera d’abord aux centres déjà équipés, avec le risque de creuser les écarts d’accès entre territoires.

    Source : Intuitive, communiqué de presse « Intuitive étend les indications du da Vinci SP en Europe » (14 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

    Méta-analyse sur l’hystérectomie robotisée par voie vaginale · fiabilité : publication évaluée par les pairs · https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC12182362/

    Journal of Robotic Surgery (juillet 2025) · fiabilité : publication évaluée par les pairs · https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40691413/

    Snitem, dossier robotique (printemps 2025) · fiabilité : déclarative · https://www.snitem.fr/wp-content/uploads/2025/04/SI-237-Dossier-Robotique.pdf