Actualité

  • IA générative : la HAS encadre son usage pour fiabiliser la revue de littérature

    Un projet IA pour fiabiliser et accélérer ses analyses documentaires

    La HAS utilise de nombreux documents textes dans ses travaux : publications scientifiques, retours d’expérience, rapports, courriels, etc. Ces revues regroupent plusieurs étapes : recherche, tri, analyse et synthèse d’articles. Alors que les outils d’IA générative impactent le traitement de l’information, la Haute Autorité de santé (HAS) engage un projet pour explorer les usages dans la revue de littérature scientifique. Cette activité mobilise des volumes importants de données textuelles. L’objectif affiché est de gagner en efficience sans compromettre l’exigence scientifique.

    L’intégration de l’IA dans les processus documentaires de la HAS prolonge une dynamique lancée dès 2022, avec des travaux sur la catégorisation automatique des événements indésirables graves (EIGS) et des verbatims e-Satis. L’évolution des IA génératives – notamment depuis la mise en service de ChatGPT – a conduit l’institution à initier, à partir de septembre 2023, une cartographie des cas d’usage potentiels.

    La revue de littérature constitue une cible prioritaire : elle combine recherche, sélection, extraction, synthèse et restitution d’informations, autant d’étapes susceptibles d’être automatisées ou assistées.

    Un réseau interne pour tester les outils d’IA documentaire

    Contrairement à des tâches de reformulation où le contenu source est connu, la revue de littérature mobilise des sources externes. Cela limite la capacité de vérification a priori, rendant tout biais ou erreur potentiellement dommageable pour la validité scientifique des travaux de la HAS. Le projet IA vise ainsi à outiller les agents tout en évaluant précisément la performance et la fiabilité des outils. Les technologies explorées combinent IA générative (ChatGPT, Perplexity AI, Consensus, Notebook LM) et apprentissage automatique supervisé (EPPI Reviewer, Rayyan, ASReview), en particulier pour la sélection et l’extraction d’informations.

    La HAS a mis en place une gouvernance dédiée intégrant les enjeux éthiques, réglementaires, organisationnels et environnementaux liés à l’IA. Un réseau interne rassemblant la mission data, le service documentation et différents services métiers permet d’identifier les besoins, partager les pratiques, tester les outils et capitaliser les résultats. Ce réseau fonctionne également comme guichet d’exploration : les agents sont encouragés à tester les outils sur leurs cas d’usage, dans le respect du cadre réglementaire. Les expérimentations suivent une démarche en trois temps : exploration ouverte, évaluation/validation, puis généralisation pour les usages pertinents.

    Le projet intègre aussi une dimension de veille collaborative. Une cartographie des initiatives internationales a été réalisée en janvier 2025. Elle met en lumière les démarches de l’ADEME, de l’INESS au Québec, de l’EMA, ou encore du Norwegian Institute of Public Health. La participation aux réseaux INAHTA et INSIA permet de suivre les expérimentations en cours et d’identifier les convergences d’intérêt pour le test, le développement ou l’acquisition d’outils.

    Deux cas d’usage priorisés pour 2025

    La HAS concentre ses premières expérimentations sur deux étapes critiques du processus documentaire :

    • La sélection priorisée de publications, soutenue par des outils d’apprentissage automatique.
    • L’extraction de données structurées, assistée par les grands modèles de langage.

    Ces travaux visent à consolider des jeux de données rétrospectifs pour évaluer les performances des solutions disponibles.

  • Etude : un nouvel outil pour tracer l’usage réel de l’IA médicale (arXiv)

    Un système qui enregistre chaque “acte” posé par une IA

    L’intelligence artificielle s’installe partout dans les hôpitaux : aide au diagnostic, rédaction de comptes rendus, tri des urgences, gestion des assurances… Mais une fois déployées, ces IA fonctionnent souvent sans supervision réelle. Aucune base de données ne permet de savoir comment elles sont utilisées, dans quelles conditions et avec quels résultats. Impossible, donc, de repérer leurs erreurs, d’en corriger les biais ou simplement d’évaluer leur utilité clinique.

    Pour combler ce vide, les chercheurs ont conçu MedLog, un système qui enregistre chaque “acte” posé par une IA médicale. Chaque fois qu’un modèle est utilisé — pour recommander un traitement, interpréter un examen ou rédiger un texte médical —, neuf informations clés sont automatiquement consignées. Parmi les principales, on trouve : qui l’a utilisé, dans quel contexte, quelles données ont été fournies, quel résultat a été produit et, quand c’est possible, ce qui s’est passé ensuite (décision médicale, retour du patient, correction par le clinicien).

    Ces “traces d’usage” formeraient une mémoire collective des IA hospitalières, utile pour comprendre leurs comportements et leurs effets réels sur la prise en charge. Un système de traçabilité complète, comparable à ce qu’est la boîte noire dans un avion. Ce prototype opérationnel a déjà été mis en ligne sur GitHub pour être testé par les hôpitaux.

    Des utilisations et des enseignements multiples

    L’équipe illustre le fonctionnement de MedLog à travers plusieurs situations concrètes. Dans un service d’oncologie, par exemple, chaque étape du recours à une IA — question du médecin, suggestion de traitement, décision finale et effets observés — est enregistrée. Ces données permettent, a posteriori, d’évaluer la pertinence des recommandations et d’identifier les contextes où le modèle est le plus fiable. Autre cas : un patient demande à une IA de lui résumer un formulaire de consentement pour une étude clinique. MedLog conserve à la fois la version résumée et la réaction du patient, ce qui aide les équipes à vérifier la clarté des outils numériques utilisés dans le parcours de soin. Autres exemples : une IA administrative estime la probabilité qu’un remboursement soit refusé par une assurance, tandis qu’en réanimation, une autre surveille les constantes vitales pour détecter précocement un risque de sepsis.

    Enfin, un exemple réel démontre tout l’intérêt de ce type de suivi. En Israël, le réseau de santé Clalit utilisait un modèle d’IA pour prédire le risque d’hospitalisation de ses patients. Au printemps 2023, l’équipe a remarqué que les résultats du modèle devenaient étrangement moins fiables. En cause ? Un simple changement de kit de test sanguin dans les laboratoires, qui modifiait légèrement la valeur d’un enzyme utilisé dans les calculs du LDH. Ces écarts, invisibles à l’œil nu, ont été détectés grâce à un système de surveillance automatique similaire à ce que propose MedLog. Les ingénieurs ont ainsi pu corriger le modèle avant que les erreurs ne se répercutent sur les décisions médicales.

    Le futur « standard mondial » ?

    Pour les auteurs, MedLog pourrait devenir un standard mondial de suivi des IA médicales, à la fois outil de contrôle, de comparaison et d’apprentissage.
    À terme, ce protocole permettrait de :

    • Détecter les dérives ou les biais avant qu’ils n’affectent les patients.
    • Mesurer la performance réelle des modèles selon les contextes et les populations.
    • Et rendre plus transparentes les décisions des algorithmes, vis-à-vis des soignants comme des patients.

    Les chercheurs appellent régulateurs, hôpitaux et industriels à s’emparer du projet pour éviter que l’intelligence artificielle ne devienne une “boîte noire médicale” impossible à auditer. « Sans un suivi systématique, l’intelligence artificielle médicale ne peut être sûre, équitable ni efficace. Avec un tel suivi, la médecine peut être refondée sur la transparence et la responsabilité », estiment les auteurs.

    *A global log for medical AI

    arXiv:2510.04033v1 [cs.AI] 5 Oct 2025

     

  • IA en soins infirmiers : l’Ordre publie 5 recommandations pour encadrer les usages

    Des outils déjà utilisés mais encore peu maîtrisés

    Une enquête menée en mai 2025 par le Conseil national de l’Ordre des infirmiers (CNOI) révèle une augmentation de usage de l’intelligence artificielle (IA) par les infirmiers, principalement pour des tâches administratives : rédaction de courriers, synthèse de dossiers, gestion de plannings ou comptes rendus. Près de 70 % des répondants estiment que ces outils leur permettent de gagner du temps. Mais cette adoption se heurte à un déficit de connaissances. 70 % des infirmiers sondés jugent leur niveau en IA faible ou très faible, 92 % déclarent n’avoir reçu aucune formation, tandis que 85 % expriment un besoin de montée en compétences. Aujourd’hui, seuls 29 % disent utiliser l’IA dans leur pratique quotidienne, avec une préférence pour les outils conversationnels.

    Pour accompagner cette évolution, le CNOI publie cinq recommandations préliminaires afin de garantir que ces technologies soient utilisées dans le respect des règles professionnelles, en particulier déontologiques.

    Protéger les données personnelles

    La première recommandation insiste sur la confidentialité des informations traitées. L’infirmier doit s’assurer que les données ne sont ni stockées, ni réutilisées par l’outil d’IA, en particulier à des fins d’entraînement, et que les échanges sont sécurisés. Ce principe s’inscrit dans le respect du secret professionnel, défini par l’article R4312-5 du Code de la santé publique.

    Informer le patient et obtenir son consentement

    Lorsqu’un outil d’IA est utilisé pour un acte de soin, le patient doit être informé de manière claire et compréhensible. L’infirmier doit être en mesure d’expliquer l’usage qui sera fait de l’IA, et de recueillir un consentement éclairé. Cette exigence renvoie à l’article R4312-14 du code de déontologie, qui impose le respect de la volonté du patient.

    Vérifier la fiabilité des sources

    Si l’IA est utilisée pour rechercher des informations, l’infirmier doit s’assurer de leur validité scientifique. Cela implique de vérifier les sources, leur actualité, et de croiser les données avec d’autres contenus fiables. L’IA ne doit pas se substituer à l’esprit critique du professionnel.

    Préserver la relation humaine

    L’outil d’IA doit rester une aide à la décision. Le jugement clinique de l’infirmier demeure central, notamment dans la relation avec le patient. L’Ordre rappelle que l’écoute et l’humanité doivent être préservées, en conformité avec les principes éthiques de la profession, cités à l’article R4312-5.

    Déployer une formation dédiée à l’IA

    L’Ordre appelle à structurer une formation adaptée aux usages de l’IA, intégrant :

    • Les fondamentaux de l’IA et ses usages en santé.
    • Les règles de protection des données.
    • Les aspects réglementaires et éthiques.
    • La compréhension des limites techniques des outils.
    • La capacité à interpréter et adapter les résultats fournis.
    • Les impacts environnementaux liés à l’IA.
    • L’accompagnement du patient dans l’appropriation de ces outils.*

     

  • Réglementaire : En Californie, une première loi encadrant les chatbots compagnons – quelles implications pour la santé numérique ?

    Vers de nouveaux standards de sécurité et de traçabilité

    Vérification d’âge, détection des signaux de détresse psychigique, alerting, pause

    Le gouverneur Gavin Newsom a promulgué début octobre le projet de loi SB 243, une première réglementation ciblant les agents conversationnels conçus pour interagir émotionnellement avec les utilisateurs. L’objectif : encadrer les chatbots de type compagnon ou utilisés dans des contextes de jeu de rôle, à travers une série de mesures applicables dès le 1er janvier 2026.

    Le texte impose notamment que ces agents conversationnels affichent clairement qu’ils sont pilotés par une intelligence artificielle, vérifient l’âge des utilisateurs, intègrent des rappels de pause pour les mineurs, et surtout, soient capables de détecter les signaux de détresse psychologique, comme les idées suicidaires ou comportements d’automutilation. Des procédures de réponse devront être mises en place, incluant un transfert vers une aide humaine ou des ressources spécialisées, et faire l’objet de documentation et de rapports d’usage.

    L’assistant virtuel est-il un « compagnon » au sens de la loi ?

    Au-delà des applications explicitement sociales, la mesure interpelle directement les développeurs de solutions santé exploitant l’interaction textuelle ou vocale. De nombreux dispositifs de coaching, d’assistance symptomatique ou de soutien au bien-être émotionnel sont susceptibles d’être perçus comme des agents « compagnons ». Dès lors qu’un outil numérique discute d’émotions ou est utilisé dans ce sens, il devra intégrer une vérification d’âge, des parcours d’escalade vers un professionnel, et une transparence accrue sur la nature non humaine de l’agent. Ces exigences annoncent une évolution des standards : journalisation des interactions, traçabilité des contenus, et politiques éditoriales spécifiques aux mineurs sont appelés à devenir la norme dans les environnements numériques de santé.

    La Californie privilégie les garde-fous à l’interdiction

    Le gouverneur a, par ailleurs, opposé son veto à un autre texte visant à interdire de manière générale l’accès des mineurs aux chatbots. Ce choix marque une orientation vers la mise en place de garde-fous plutôt qu’une logique de restriction pure, mais ouvre la voie à une possible diffusion de textes similaires dans d’autres États américains, voire à des durcissements des politiques des plateformes de distribution d’applications.

    Les entreprises du secteur sont donc appelées à anticiper ces contraintes pour garantir la conformité de leurs dispositifs conversationnels, y compris dans des contextes transversaux mêlant coaching, prévention ou accompagnement à la santé mentale.

  • ChatGPT : un psy virtuel dans la poche, un risque bien réel

    Un psy 24/24 dans sa poche ?

    La promesse a de quoi séduire : un confident virtuel disponible 24h/24 et 7j/7, offrant une écoute immédiate et sans jugement. ChatGPT, célèbre chatbot d’OpenAI, s’impose ainsi de plus en plus comme un soutien émotionnel de fortune pour des internautes en détresse. Les plus jeunes sont en première ligne de cette tendance : près d’un jeune adulte sur trois avoue avoir déjà fait appel à une IA de ce type pour confier un souci ou demander conseil.

    Pourquoi cet engouement ? L’accessibilité massive est au cœur de la dynamique : pas d’attente, pas de coût direct (du moins pour la version gratuite), pas de distance géographique. Et l’IA conversationnelle séduit particulièrement les jeunes générations. Dans un contexte où les services de psychiatrie affichent de longues listes d’attente – en psychiatrie adulte, le délai moyen d’accès à l’ambulatoire est de 1 à 4 mois pour 53% des établissements selon les derniers chiffres de la FHF -, où l’anonymat pèse lourd et où les coûts dissuadent, un chatbot qui “écoute” devient une option attrayante. Une enquête de Sentio révèle que 73 % des utilisateurs de LLM (modèles de langage) l’emploient pour la gestion de l’anxiété, 63 % pour des conseils personnels et 60 % pour un soutien face à la dépression. Parmi eux, 90 % citent l’accessibilité comme motivation, et 70 % l’abordabilité.

    Une IA qui ne diagnostique pas et n’assure pas de suivi :

    Mais ce succès apparent porte ses zones d’ombre. Derrière l’idée séduisante d’un soutien émotionnel universel, se profilent des risques nouveaux : ChatGPT n’est pas un thérapeute, il ne peut pas diagnostiquer, n’assure pas de suivi et, dans certains cas, pourrait accentuer la solitude ou favoriser une dépendance émotionnelle. Des chercheurs alertent déjà sur ces limites. Dans ce contexte, la question se pose avec urgence : comment encadrer cet usage très spontané de l’IA dans le domaine sensible du psychique ? L’équilibre est fragile entre la promesse d’un soutien de premier recours et le danger d’une substitution dangereuse à la relation thérapeutique humaine.

    Une illusion de soutien psychologique

    ChatGPT répond avec empathie, reformule les émotions, propose des exercices de respiration ou des messages d’encouragement : autant d’éléments qui donnent l’illusion d’une présence thérapeutique. Sur les réseaux sociaux et lors de consultations, de nombreuses personnes affirment que “l’IA les a aidés à tenir” lors de périodes d’anxiété ou de solitude. Pourtant, les chercheurs rappellent qu’aucun de ces outils n’est un dispositif médical, ni un substitut au jugement clinique d’un psychologue.

    Quand l’IA simule l’écoute sans comprendre la détresse :

    En 2025, Harvard et Rand Corporation ont réalisé une étude conjointe menée sur 9 000 réponses de trois chatbots (ChatGPT, Claude, Gemini). Cette étude révèle leurs failles majeures face aux requêtes à risque suicidaire. Si les modèles s’alignent sur les avis d’experts pour les cas très graves ou bénins, ils se montrent incohérents dans les situations intermédiaires : ChatGPT répond directement à 78 % des questions jugées à haut risque, au lieu de les rediriger vers des services d’urgence. Ces résultats illustrent l’incapacité actuelle des modèles à différencier les niveaux de détresse, ce qui est une lacune critique en santé mentale. Comme le souligne également Antoine Pelissolo, professeur de psychiatrie (Inserm et Upec) dans la revue The Conversation : “Les IA deviennent nos nouvelles confidentes, mais elles n’ont ni mémoire émotionnelle, ni responsabilité clinique.” En somme, l’IA peut écouter sans comprendre, répondre sans évaluer. Derrière sa politesse algorithmique, se cache une absence totale de diagnostic et de suivi. Des piliers pourtant essentiels pour la thérapie humaine.

    De nombreux risques invisibles existent :

    Sous des airs de bienveillance, ChatGPT peut créer une fausse proximité. Si des utilisateurs affirment qu’il “les comprend mieux que leurs proches”, cette relation n’est qu’un miroir algorithmique. Psycom explique que le risque majeur est la dépendance émotionnelle : à force de parler à l’IA, certains s’isolent davantage, cherchant réconfort et validation sans confrontation réelle. Antoine Pelissolo alerte aussi sur “l’absence d’altérité empêche toute progression psychique”. Sans cadre thérapeutique, ces échanges peuvent donc renforcer la solitude numérique plutôt que l’apaiser.

    Entre innovation prometteuse et nécessité d’un garde-fou

    Le recours à ChatGPT comme soutien psychologique met en lumière un paradoxe : l’IA peut soutenir, mais non soigner. Pour les experts, l’urgence est d’établir des règles claires d’usage avant que ces outils ne s’installent durablement dans les pratiques. Aux États-Unis, des experts du Digital Psychiatry Program de Harvard et de l’American psychiatric association (APA) – dont les docteurs John Torous et Lisa Dixon – appellent à la création d’un label de transparence, inspiré du concept de l’“AI Nutrition Facts”. L’objectif étant d’informer les utilisateurs sur le fonctionnement, les limites et les garanties de sécurité des IA conversationnelles en santé mentale.

    D’autres cadres existent déjà à l’international, comme ORCHA au Royaume-Uni ou la Mental Health Commission of Canada, qui évaluent les applications de santé mentale selon des critères de validation clinique, de protection des données et de transparence. Ces modèles inspirent la réflexion européenne autour d’un cadre de confiance pour les IA de santé. En France, la Haute autorité de santé (HAS) a amorcé ce travail via son programme sur l’intelligence artificielle, qui vise à “fournir un cadre de confiance sur le numérique et l’IA en santé”. L’enjeu, selon plusieurs experts, est de positionner ces technologies dans une logique de prévention encadrée, et non de substitution.

    Au-delà des aspects cliniques, ces outils soulèvent des questions éthiques et environnementales : confidentialité des échanges, biais cognitifs, empreinte carbone des modèles. Une “thérapie à la demande” ne saurait être neutre ni sur le plan social, ni sur celui des ressources. Le défi des années à venir ? Trouver l’équilibre entre innovation et responsabilité. Car si l’IA peut compléter la relation thérapeutique, elle ne pourra jamais remplacer la complexité du lien humain.

  • Santé mentale : une grande cause nationale encore en quête de moyens (état des lieux)

    En 2025, la santé mentale devient l’affaire de tous

    La santé mentale n’est plus cantonnée aux murs de l’hôpital psychiatrique. En France, près d’un Français sur quatre souffrira d’un trouble psychique au cours de sa vie, selon Santé publique France. Cette prise de conscience a conduit le gouvernement à ériger la santé mentale en “Grande cause nationale 2025”, marquant un tournant symbolique dans la lutte contre la stigmatisation.
    Mais avant de parler d’actions, encore faut-il distinguer ce dont on parle.

    De la psychiatrie au bien-être psychique global :

    La psychiatrie désigne la discipline médicale dédiée au diagnostic et au traitement des troubles mentaux sévères – dépressions majeures, schizophrénie, bipolarité, etc.
    La santé mentale, elle, renvoie à un état de bien-être psychique, émotionnel et social : la capacité à gérer le stress, à s’épanouir, à contribuer à la société. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est « un état de bien-être permettant à chacun de réaliser son potentiel et de faire face aux tensions normales de la vie ». Cet élargissement du concept traduit une approche plus holistique, intégrant les dimensions éducatives, sociales, professionnelles et environnementales du bien-être psychique.

    Une déstigmatisation collective… mais pas sans risques :

    Écoles (depuis le bilan de la feuille de route “santé mentale et psychiatrie” de 2023), collectivités, associations, entreprises et même start-up de la e-santé : la santé mentale devient une cause partagée. Les formations aux “Premiers secours en santé mentale” se multiplient, les outils numériques de soutien psychologique se démocratisent, et les campagnes de prévention s’adressent désormais à tous les publics. Pour le Dr Rémy Barbe, psychiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève, cet élargissement constitue « une formidable avancée pour la déstigmatisation », mais il alerte cependant  : « à trop vouloir inclure tout le monde dans la santé mentale, on risque de diluer la spécificité des troubles psychiatriques sévères, qui nécessitent une prise en charge spécialisée ». Pour lui,  la démocratisation du bien-être psychologique ne doit pas se faire au détriment de la psychiatrie clinique, qui reste indispensable pour les pathologies les plus lourdes. L’enjeu est désormais d’articuler prévention universelle et soins spécialisés, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre.

    Chiffres clés : une population fragilisée, des jeunes en détresse et un système sous tension

    Une santé mentale fragilisée chez un Français sur cinq :

    Si près d’un Français sur quatre connaîtra un trouble psychique au cours de sa vie, les chiffres les plus récents de Santé publique France montrent qu’actuellement 13 millions de Français souffre d’un de ces troubles soit près d’un sur cinq. Les troubles dépressifs et anxieux dominent, avec une hausse constante entre 2017 et 2021, où la prévalence des épisodes dépressifs est passée de 9,8 % à 13,3 %, pour se stabiliser à ce chiffre depuis. En 2023, un tiers des Français déclarait ressentir des symptômes anxio-dépressifs, et 1 sur 10 confiait avoir eu des idées suicidaires au cours de l’année. Ces chiffres confirment la montée d’une souffrance psychique diffuse, amplifiée par les crises sociales, environnementales et économiques.

    Selon l’étude Astérès 2025 menée avec la MGEN et le Groupe Vyv, 9 % des actifs (3,4 millions de personnes) sont concernés par des troubles ou traitements liés à la santé mentale, et près d’un arrêt maladie sur cinq (20 %) est directement lié à des troubles psychiques.

    Les jeunes, première ligne de la détresse psychique :

    La santé mentale des jeunes s’impose comme une urgence nationale. Une enquête menée par La mutualité française en 2024 révèle qu’un quart des 15-29 ans présente un épisode dépressif caractérisé. L’anxiété touche particulièrement les étudiants : seuls 48 % d’entre eux se disent « en bonne santé mentale ». Parmi les causes majeures : la précarité économique, l’incertitude climatique et la surexposition au numérique. Les jeunes passant plus de huit heures par jour sur les réseaux sociaux sont trois fois plus nombreux à présenter une dépression que ceux qui y consacrent moins d’une heure. En Outre-mer, la situation est encore plus critique : jusqu’à 39 % des jeunes se déclarent dépressifs, contre 20 % en moyenne nationale.

    Présence de dépression selon le tempspassé sur les réseaux sociaux (en %)
    Présence de dépression chez les jeunes selon le temps passé sur les réseaux sociaux (en %) – @La mutualité française

    Des soins inaccessibles et des territoires inégaux :

    Seules 2 personnes sur 10 concernées par des troubles psychiques consultent un psychologue ou un psychiatre, freinées par le coût, les délais ou la stigmatisation. Le manque de professionnels aggrave la situation : la France compte environ 15 500 psychiatres, mais leur répartition est très inégale. La pédopsychiatrie est en crise : le nombre de praticiens a chuté d’un tiers en dix ans, tombant à environ 2 000 spécialistes. Certains départements n’ont que 5 pédopsychiatres pour 100 000 jeunes, contre près de 50 à Paris. Ces disparités alimentent des “déserts psychiatriques” qui retardent le diagnostic et complexifient les parcours de soins.

    Les troubles psychiques sont désormais la première cause d’invalidité et représentent 14 % des dépenses de santé, soit plus que le cancer. Selon l’étude Astérès 2025, le coût global de la santé mentale dépasse 24,7 milliards d’euros, réparti entre l’Assurance maladie (60 %), les employeurs (31 %) et les organismes complémentaires (9 %). Ces troubles sont égalemnt responsables de 45 % de l’absentéisme au travail, et leur coût global (soins, perte de productivité, arrêts maladie) dépasserait 100 milliards d’euros par an. Le suicide reste, quant à lui, l’une des principales causes de mortalité chez les jeunes adultes : environ 9 000 décès par an, sans compter les 80 000 tentatives recensées chaque année.

    Les stratégies françaises pour répondre à la crise

    De la feuille de route à “Mon soutien psy” :

    Pour remédier à cette situation, plusieurs plans nationaux ont vu le jour. La feuille de route “Santé mentale et psychiatrie” lancée en 2018 a jeté les bases d’une approche plus coordonnée. Son prolongement, le dispositif “Mon soutien psy”, permet à toute personne souffrant de troubles légers à modérés de bénéficier de jusqu’à 12 séances remboursées chez un psychologue conventionné. Ce programme constitue une avancée majeure pour la démocratisation de l’accès aux soins psychologiques, même si les professionnels dénoncent des tarifs trop faibles et des inégalités territoriales persistantes.

    Une réorientation vers la prévention et le maillage territorial :

    En 2025, lors que la santé mentale est devenue “Grande cause nationale”, le Gouvernement, par la voix du ministre de la Santé en poste à ce moment, Yannick Neuder, lance le plan “Repérer, soigner, reconstruire”, axé sur trois priorités :

    • Repérage précoce des troubles dès l’école.
    • Accès renforcé aux soins avec des CMP sans rendez-vous.
    • Reconstruction du système par la formation et le soutien aux professionnels.

    Parallèlement, la Haute Autorité de Santé (HAS) met à jour son programme “Psychiatrie et santé mentale” pour mieux intégrer la prévention, la qualité de vie au travail et la coordination interdisciplinaire.

    “Pas de grandes causes sans grands moyens”

    Malgré des initiatives prometteuses, le rapport du Sénat (2024), intitulé “Santé mentale et psychiatrie : pas de grande cause sans grands moyens”, dresse un constat sévère : les politiques actuelles manquent de cohérence et de moyens structurels. Le psychiatre Raphaël Gaillard, auditionné par la commission des affaires sociales, déplore un “déficit de valorisation et d’attractivité” du métier et appelle à une approche plus humaniste pour attirer de jeunes praticiens. De son côté, l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychique (Unafam) a présenté 48 propositions au ministre Neuder, plaidant pour la fin des pratiques d’isolement abusives, une coopération renforcée entre le sanitaire et le médico-social, et une politique interministérielle de long terme.

    Si la santé mentale bénéficie d’une visibilité sans précédent, de nombreux experts soulignent que la réussite passera par un financement durable, un maillage territorial cohérent et une prévention réellement intégrée. Sans cela, la “grande cause nationale” risque de rester un symbole sans transformation réelle du système.

  • 13 milliards d’euros d’économies pour réinvestir dans la santé : le G5 Santé presse l’État d’agir

    Diagnostic, vaccination, observance : 13 Md€ à redéployer selon le G5 Santé

    Réuni le 7 octobre 2025 à Paris pour ses 14e Rencontres, le G5 Santé – qui rassemble les principaux industriels français du médicament – a renouvelé ses alertes sur l’état du financement de la santé en France. Selon une étude actualisée du cabinet RWEality, présentée à cette occasion, 13 milliards d’euros de dépenses pourraient être évitées chaque année en activant trois leviers : un recours élargi au diagnostic in vitro, une couverture vaccinale – en particulier contre la grippe – et une meilleure observance des traitements cardiovasculaires. Ces gains d’efficience, générés par la réduction des hospitalisations et des complications, pourraient selon le G5 être réalloués au financement des produits de santé. Audrey Duval, présidente de Sanofi France, chiffre à 10 milliards d’euros le déficit actuel de financement nécessaire au redressement du secteur.

    40 % des traitements autorisés en Europe absents en France

    Les industriels alertent sur la perte d’attractivité française

    Le G5 Santé souligne que la France risque de décrocher face à la concurrence mondiale, du fait d’une politique de prix jugée trop basse. Selon ses calculs, les prix des médicaments y seraient en moyenne 30 % inférieurs à ceux pratiqués en Allemagne et 15 % en dessous de la moyenne européenne. Cette situation pèse sur la production locale et pourrait se traduire par un non-lancement d’innovations, notamment en cas d’alignement des prix américains sur les prix européens, comme envisagé par l’administration américaine. Les industriels dénoncent également une série de mesures nationales perçues comme défavorables : fiscalité sectorielle croissante, baisses de prix successives, refus majoritaires des demandes d’accès précoce depuis janvier 2025, baisse du forfait technique des radiologues, et sous-investissement dans le diagnostic innovant. Résultat : 40 % des traitements autorisés au niveau européen ne sont pas disponibles pour les patients français.

    Pour faire face à cette situation, le G5 Santé avance trois recommandations :

    • Une loi de programmation pluriannuelle en santé.
    • Un sous-objectif dédié à la dépense de produits de santé dans l’ONDAM.
    • Une évaluation et tarification prenant en compte les gains d’efficience.

    À très court terme, il appelle également à un moratoire sur les baisses de prix pour les médicaments fabriqués en France, ainsi qu’à l’application de l’article 75 de la LFSS 2025, qui permettrait une hausse ciblée des prix sur les produits à fort enjeu d’indépendance. Le G5 propose aussi des incitations fiscales pour soutenir la R&D et la production locale.

    La Cnam sceptique face aux projections du G5 Santé

    La présentation de ces mesures a suscité des réactions contrastées. Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), a exprimé ses doutes quant à la capacité réelle de capter ces économies. Il a rappelé qu’une baisse des hospitalisations ne conduit pas mécaniquement à des fermetures de services. « On ne va pas fermer un service pédiatrique parce qu’on hospitalise moins d’enfants atteints de bronchiolite », a-t-il lancé à l’assemblée.

    Didier Véron, président du G5 Santé, insiste pour sa part sur l’urgence à « sortir du jeu à somme nulle » et à considérer les produits de santé comme un levier, non comme une variable d’ajustement. Selon lui, ces 13 milliards d’euros de dépenses évitables constituent une opportunité pour réinvestir dans la souveraineté sanitaire.

  • Mayo Clinic s’appuie sur l’infrastructure Blackwell de NVIDIA pour développer des modèles de fondation en pathologie numérique

    Un SuperPOD pour entraîner des modèles de fondation en pathologie

    Face à l’essor de l’AI gen, les établissements de santé explorent ses applications cliniques. Parmi eux, la Mayo Clinic a conclu un partenariat avec NVIDIA pour construire de nouveaux modèles de fondation destinés à la pathologie numérique. Cet accord repose sur l’installation de la plateforme DGX SuperPOD intégrant les systèmes DGX B200 et l’architecture GPU avancée Blackwell. Ce partenariat s’inscrit dans la stratégie menée par le Dr Matthew Callstrom, directeur médical de la stratégie et responsable du programme GenAI de la Mayo Clinic. L’objectif est de tirer parti de la puissance de calcul pour accélérer le développement de modèles IA, en particulier dans le domaine de la pathologie.

    Déjà en transformation depuis plusieurs années, la pathologie numérique permet d’analyser des lames histologiques numérisées en haute résolution plutôt qu’au microscope. À cette évolution s’ajoute désormais le potentiel des modèles de fondation en IA, capables de détecter des motifs complexes au sein des tissus pathologiques. L’enjeu est donc de réduire les taux de discordance entre experts. Même expérimentés, les pathologistes peuvent diverger sur des cas complexes. L’IA pourrait permettre une interprétation plus homogène et un diagnostic plus précis. De manière complémentaire, elle ouvrirait aussi la voie à une médecine plus personnalisée, en croisant les données des lames avec les traitements et résultats observés.

    L’exemple du modèle Atlas

    1 million d’images histologiques pour entraîner Atlas, le modèle IA de la Mayo Clinic et Charité

    Un modèle emblématique de cette approche est Atlas, fruit d’une collaboration entre la Mayo Clinic, l’entreprise Aignostics et l’hôpital universitaire allemand Charité. Entraîné sur plus d’un million d’images de lames histologiques issues des deux institutions, il affiche des performances élevées sur 21 jeux de données de référence publics. L’équipe peut désormais développer plus rapidement de nouveaux algorithmes, sans repartir de zéro à chaque projet. L’idée est de capitaliser sur les acquis du modèle pour généraliser la création de solutions IA, y compris hors du champ de la pathologie.

    L’apport de la plateforme Blackwell

    La plateforme DGX SuperPOD combine calcul, stockage, réseau, logiciels et gestion d’infrastructure dans un environnement unifié. L’architecture permet de traiter des volumes de données plus importants, de manière plus rapide et efficiente. Des projets nécessitant auparavant plusieurs mois peuvent désormais être menés en quelques semaines, voire jours. Le déploiement en local de cette infrastructure offre également une souplesse. Les équipes peuvent expérimenter librement de nouveaux modèles, y compris ceux qui ne seraient pas forcément déployés, tout en poursuivant l’entraînement du modèle Atlas.

    Modèles IA cliniques : 20 millions de lames numérisées à la Mayo Clinic, mais la qualité des données reste un enjeu

    Malgré ces avancées technologiques, les défis structurels restent nombreux. Le premier concerne l’accès à des données standardisées et exploitables. Dans le cas de la Mayo Clinic, 20 millions de lames ont été numérisées et anonymisées, mais l’interopérabilité devient plus complexe lorsqu’elle implique plusieurs institutions, comme dans le cas du modèle Atlas. L’exactitude des données représente un autre enjeu aussi. Pour garantir la fiabilité clinique des modèles, il est nécessaire d’adopter des techniques telles que la génération augmentée par récupération et de relier les résultats aux sources originales. La validation des performances dans un cadre médical réel demeure une exigence incontournable.

    Exactitude et validation clinique : des impératifs pour fiabiliser les modèles IA à la Mayo Clinic

    Si la pathologie numérique constitue le champ d’application initial, la Mayo Clinic envisage déjà d’étendre ses efforts à d’autres secteurs : imagerie, génomique ou encore prédiction des risques de maladies. L’ambition reste la même : libérer du temps médical en automatisant certaines tâches et exploiter les données existantes pour améliorer la prise en charge.

    Le développement accéléré de ces modèles pourrait alléger la charge administrative des cliniciens et renforcer leur capacité à se concentrer sur la réflexion médicale, au service d’un bénéfice direct pour les patients.

  • Lames numérisées, entrepôt de données, projet FRATHEA : l’Institut Curie structure sa stratégie IA autour de la cancérologie de précision

    l’Institut Curie mise sur l’IA pour transformer la cancérologie

     Un entrepôt de données et des lames 100 % numérisées

    L’Institut Curie place l’intelligence artificielle au centre de sa stratégie 2025, selon son rapport annuel 2024 (Pour un monde sans cancers incurables). Plusieurs projets associent données massives, recherche biomédicale et outils cliniques, dans une approche intégrée de la santé numérique. L’établissement souhaite devenir le premier centre mondial en matière d’IA appliquée à l’oncologie. Pour ce faire il s’appuie notamment sur un entrepôt de données de santé reconnu par la CNIL et sur la numérisation complète de ses lames de pathologie. L’Institut Curie reste, à ce jour, le seul centre de lutte contre le cancer en France doté de ces deux dispositifs. L’établissement mobilise également des infrastructures de calcul, des partenariats de recherche, et des outils cliniques connectés. L’IA structure déjà plusieurs projets, dans le champ de la recherche, du diagnostic ou du suivi médical. Le programme de transformation numérique du centre de recherche figure parmi les priorités 2025.

    Un outil Curie identifie l’origine de métastases dans 80 % des cas

    Le rapport décrit l’utilisation d’un outil d’IA pour identifier l’origine de métastases dans les cancers de primitif inconnu. Développé par le Dr Sarah Watson et son équipe, cet outil repose sur le profil transcriptomique des tumeurs. Il affiche un taux de succès de 80 % sur les cas analysés depuis 2021. Une réunion de concertation nationale permet d’orienter les patients vers cet outil, déployé à l’échelle nationale. Une nouvelle version est en cours de développement, avec intégration de données génomiques, anatomopathologiques et d’imagerie. L’Institut Curie applique l’IA à l’analyse des prélèvements tumoraux numérisés pour affiner le diagnostic du cancer de la prostate. Un autre projet, piloté par le Dr Antonin Morillon et le Pr Yves Allory, développe un test urinaire basé sur la détection d’une signature génétique issue du « dark genome ». Ce test non invasif repose sur une réduction algorithmique de cette signature, déjà testée auprès de patients dans le cadre de l’essai clinique HOPE.

    France 2030 soutient FRATHEA, projet de radiothérapie ultra-ciblée piloté par Curie et le CEA

    Le rapport mentionne aussi le rôle croissant de l’IA dans les outils numériques destinés aux patients : site web repensé, nouvelle version de l’application myCurie, futur dossier patient informatisé prévu fin 2025. Ces outils permettent un suivi individualisé, en lien avec les équipes de soins. Le projet FRATHEA, développé avec le CEA, bénéficie du soutien de France 2030 et de la Région Île-de-France. En parallèle, l’Institut prévoit 16 millions d’euros pour le maintien de ses plateformes technologiques, dont une partie dédiée aux projets d’IA.

    Institut Curie. Rapport annuel 2024 – Pour un monde sans cancers incurables. [PDF]. https://cdn.curie.fr/media/ckeditor_pdf/D25086_VF_InstitutCurie_RA24_double_page.pdf

  • Catalogne : une stratégie de santé numérique 2025-2031 fondée sur des plateformes ouvertes et la co-construction avec 3 400 acteurs

    Interopérabilité, données, gouvernance : la Catalogne mise sur l’ouverture des systèmes et la concertation

    L’Àrea de Sistemes d’Informació du Servei Català de la Salu (CatSalut) a présenté l’Estratègia de Salut Digital de Catalunya 2025-2031. Ce plan vise à moderniser les soins, garantir la durabilité du système, améliorer l’expérience des usagers et des professionnels, et renforcer l’équité ainsi que le respect de l’environnement. Le projet s’appuie sur une concertation dans les dix régions sanitaires, avec plus de 3 400 participants. Cette phase a défini une stratégie numérique centrée sur la personne, fondée sur des systèmes d’information interconnectés, évolutifs et basés sur des standards ouverts.

    La transformation engagée s’articule autour de trois priorités :

    • Développement de la Plateforme Ouverte en Santé, conçue comme une infrastructure commune facilitant l’interopérabilité et l’innovation technique.
    • Création de l’Historial de Salut de Catalunya, un dossier de santé longitudinal construit selon les besoins concrets des usagers et des professionnels.
    • Mise en place d’une gouvernance partagée, permettant d’associer l’ensemble des acteurs du système à la définition et à l’orchestration des évolutions.

    Pratiques unifiées, accès simplifié, données partagées : les choix structurels de la Catalogne pour ses SI en santé

    Le document stratégique identifie dix principes directeurs visant à guider le développement d’un système d’information intégré et centré sur la personne, capable d’évoluer avec les modèles d’organisation des soins. L’objectif est de bâtir un environnement numérique aligné avec les enjeux actuels de soutenabilité, de qualité et d’équité.

    Des impacts à plusieurs niveaux du système

    • Sanitaires : diagnostics et traitements plus rapides, suppression des doublons d’examens, coordination renforcée entre soins et services sociaux, exploitation à grande échelle des données de santé pour créer de nouveaux services.
    • Cliniques : base de connaissances commune, sémantique unifiée, intégration de guides cliniques, automatisation de tâches administratives, intégration de modèles prédictifs et d’alertes.
    • Économiques : mutualisation des coûts technologiques, réduction des déplacements et temps d’attente, baisse des charges de coordination, meilleure gestion de la demande.
    • Techniques : architecture modulaire et indépendante des fournisseurs, standardisation des données, réutilisabilité des composants, adaptation rapide aux évolutions organisationnelles et ergonomiques.

     

    Pour accompagner la mise en œuvre de la stratégie, un nouveau groupe de recherche a été constitué : DS3 – Digitalització per la Sostenibilitat del Sistema de Salut. Ce groupe, rattaché à l’Àrea de Sistemes d’Informació et affilié à la fondation TIC Salut Social, a pour mission de produire les données scientifiques nécessaires au suivi et à l’ajustement des actions déployées.