Une baisse mesurée du temps passé dans le dossier patient
Une étude longitudinale publiée dans JAMA en avril 2026 analyse l’impact des IA scribes sur l’activité de 8 581 cliniciens ambulatoires dans cinq systèmes de santé américains.
Parmi eux, 1 809 ont adopté ces outils entre juin 2023 et août 2025.
Résultat principal : l’adoption est associée à une réduction moyenne de :
- 13,4 minutes du temps total passé dans le dossier médical informatisé (DMI) ;
- et de 16 minutes du temps de documentation, rapportés à 8 heures de consultation.
- En revanche, le temps passé en dehors des horaires de travail ne diminue pas significativement.
Ces gains correspondent à des baisses relatives de 3 % du temps total DMI et de 10 % du temps de documentation.
Un impact limité mais réel sur l’activité clinique
L’étude met également en évidence une augmentation de 0,49 consultation hebdomadaire par clinicien, soit une progression de 1,7 % du volume d’activité.
Une analyse exploratoire estime un gain mensuel de 167 dollars de revenus liés aux actes (E/M), calculé à partir des tarifs Medicare 2025. Les auteurs soulignent que ce niveau reste modeste et dépend fortement des coûts d’implémentation.
Des bénéfices inégaux selon les profils
L’effet des IA scribes varie selon les caractéristiques des utilisateurs :
- Médecins de soins primaires : −25 minutes sur le temps DMI, −26,9 minutes sur la documentation.
- Femmes cliniciennes : −19 minutes sur le DMI, −19,9 minutes sur la documentation.
- Infirmiers en pratique avancée et internes : réduction significative du temps DMI et augmentation du nombre de consultations.
- Utilisateurs intensifs (>50 % des consultations) : bénéfices doublés sur le temps total et triplés sur la documentation, avec +1 consultation hebdomadaire.
Seuls 32 % des adopteurs utilisent toutefois ces outils à ce niveau d’intensité.
Un transfert du temps plus qu’une suppression de charge
L’absence de baisse significative du travail hors horaires suggère une réallocation du temps gagné. Les auteurs évoquent plusieurs usages possibles :
- Relecture et validation des notes générées.
- Gestion des messages patients.
- Analyse des résultats et du dossier.
Ce constat rejoint d’autres travaux montrant que les IA scribes allègent la saisie sans réduire nécessairement la charge globale.
Des résultats cohérents avec les perceptions terrain
Ces résultats quantitatifs font écho à une étude qualitative australienne menée par la Commonwealth Scientific & Industrial Research Organisation, qui met en évidence une réduction perçue de la charge administrative par 86,7 % des médecins utilisateurs, mais aussi des inquiétudes importantes sur les erreurs, la responsabilité juridique et la confidentialité. Les freins identifiés incluent :
- Manque de compréhension des systèmes.
- Risques d’erreurs ou d’omissions.
- Flou sur la gouvernance des données.
- Crainte de perte de contrôle clinique.
Les chercheurs appellent à des recommandations formelles, une transparence et des environnements de test pour sécuriser les usages.
L’étude publiée dans JAMA conclut à des bénéfices « modestes mais significatifs », avec des effets renforcés chez certains profils et en cas d’usage intensif.
Les auteurs appellent à poursuivre les recherches sur :
- La durabilité des effets dans le temps.
- Les impacts sur la qualité des soins et le burnout.
- Les modèles organisationnels favorisant les gains.


