Actualité

  • Étude : les IA scribes réduisent d’environ 13 minutes le temps passé sur le dossier médical

    Une baisse mesurée du temps passé dans le dossier patient

    Une étude longitudinale publiée dans JAMA en avril 2026 analyse l’impact des IA scribes sur l’activité de 8 581 cliniciens ambulatoires dans cinq systèmes de santé américains.

    Parmi eux, 1 809 ont adopté ces outils entre juin 2023 et août 2025.

    Résultat principal : l’adoption est associée à une réduction moyenne de :

    • 13,4 minutes du temps total passé dans le dossier médical informatisé (DMI) ;
    • et de 16 minutes du temps de documentation, rapportés à 8 heures de consultation.
    • En revanche, le temps passé en dehors des horaires de travail ne diminue pas significativement.

    Ces gains correspondent à des baisses relatives de 3 % du temps total DMI et de 10 % du temps de documentation.

    Un impact limité mais réel sur l’activité clinique

    L’étude met également en évidence une augmentation de 0,49 consultation hebdomadaire par clinicien, soit une progression de 1,7 % du volume d’activité.

    Une analyse exploratoire estime un gain mensuel de 167 dollars de revenus liés aux actes (E/M), calculé à partir des tarifs Medicare 2025. Les auteurs soulignent que ce niveau reste modeste et dépend fortement des coûts d’implémentation.

    Des bénéfices inégaux selon les profils

    L’effet des IA scribes varie selon les caractéristiques des utilisateurs :

    • Médecins de soins primaires : −25 minutes sur le temps DMI, −26,9 minutes sur la documentation.
    • Femmes cliniciennes : −19 minutes sur le DMI, −19,9 minutes sur la documentation.
    • Infirmiers en pratique avancée et internes : réduction significative du temps DMI et augmentation du nombre de consultations.
    • Utilisateurs intensifs (>50 % des consultations) : bénéfices doublés sur le temps total et triplés sur la documentation, avec +1 consultation hebdomadaire.

    Seuls 32 % des adopteurs utilisent toutefois ces outils à ce niveau d’intensité.

    Un transfert du temps plus qu’une suppression de charge

    L’absence de baisse significative du travail hors horaires suggère une réallocation du temps gagné. Les auteurs évoquent plusieurs usages possibles :

    • Relecture et validation des notes générées.
    • Gestion des messages patients.
    • Analyse des résultats et du dossier.

    Ce constat rejoint d’autres travaux montrant que les IA scribes allègent la saisie sans réduire nécessairement la charge globale.

    Des résultats cohérents avec les perceptions terrain

    Ces résultats quantitatifs font écho à une étude qualitative australienne menée par la Commonwealth Scientific & Industrial Research Organisation, qui met en évidence une réduction perçue de la charge administrative par 86,7 % des médecins utilisateurs, mais aussi des inquiétudes importantes sur les erreurs, la responsabilité juridique et la confidentialité. Les freins identifiés incluent :

    • Manque de compréhension des systèmes.
    • Risques d’erreurs ou d’omissions.
    • Flou sur la gouvernance des données.
    • Crainte de perte de contrôle clinique.

    Les chercheurs appellent à des recommandations formelles, une transparence et des environnements de test pour sécuriser les usages.

    L’étude publiée dans JAMA conclut à des bénéfices « modestes mais significatifs », avec des effets renforcés chez certains profils et en cas d’usage intensif.

    Les auteurs appellent à poursuivre les recherches sur :

    • La durabilité des effets dans le temps.
    • Les impacts sur la qualité des soins et le burnout.
    • Les modèles organisationnels favorisant les gains.

    Changes in Clinician Time Expenditure and Visit Quantity With Adoption of Artificial Intelligence–Powered ScribesA Multisite Study

     

  • SSuWAI : un projet franco-suisse pour prédire les risques au bloc opératoire via l’IA

    Anticiper les événements indésirables au bloc

    Malgré les progrès réalisés en matière de sécurité des soins, le taux d’événements indésirables, y compris graves, demeure élevé au bloc opératoire. C’est sur ce constat qu’est né le projet SSuWAI, initié au sein du CHU de Besançon.

    L’objectif est de développer un dispositif médical capable d’identifier de manière anticipée des situations à risque pendant une intervention chirurgicale. Le système doit émettre des alertes en temps réel afin de permettre aux équipes de prendre des mesures correctrices avant que des complications ne surviennent.

    Croiser des données hétérogènes en temps réel

    Le cœur de l’innovation repose sur la capacité à analyser simultanément des données de nature variée :

    • Paramètres physiologiques des patients.
    • Données cliniques.
    • Informations environnementales du bloc opératoire.

    Cette approche pose un défi technique : corréler en temps réel des flux de données hétérogènes. Pour y répondre, le projet s’appuie sur des outils d’IA capables de traiter des volumes importants de données et d’en extraire des signaux faibles.

    SSuWAI introduit également une dimension rarement intégrée dans les dispositifs de ce type : l’analyse des facteurs humains.

    Le projet prévoit de surveiller certains indicateurs liés aux professionnels du bloc, notamment le niveau de stress et la fatigue. Cette prise en compte vise à enrichir l’évaluation globale du risque, en intégrant des variables susceptibles d’influencer la survenue d’événements indésirables.

    Une coopération transfrontalière

    Le projet s’inscrit dans une collaboration franco-suisse associant plusieurs acteurs académiques et hospitaliers comme l’Université Marie et Louis Pasteur, le CHU Vaudois, ainsi que des partenaires industriels (Aproxis, Aiglé, CFI).

    Le programme bénéficie d’un financement européen dans le cadre d’Interreg France-Suisse, illustrant le rôle des coopérations transfrontalières dans le développement de solutions en santé numérique.

    En combinant données cliniques, environnementales et humaines, SSuWAI propose une approche systémique de la gestion des risques au bloc opératoire.

  • Relyens et Turenne cèdent Pathoquest

    Turenne Santé et Relyens annoncent la cession de Pathoquest, issue du portefeuille de Relyens Innovation Santé, structure d’investissement dédiée lancée en 2014. Cette opération constitue la dixième sortie du fonds depuis sa création, illustrant sa stratégie d’accompagnement d’innovations en santé jusqu’à leur maturité industrielle et commerciale.

    Fondée sur une technologie de séquençage de nouvelle génération (NGS), Pathoquest développe des tests de biosécurité destinés à détecter des contaminants biologiques dans les productions pharmaceutiques et biotechnologiques.

    Ces solutions s’adressent notamment à la sécurisation de la production de biothérapies, de vaccins et de thérapies innovantes.

    Au cours des cinq dernières années, l’entreprise a enregistré une croissance soutenue de son chiffre d’affaires, portée par une montée en puissance commerciale.

    Une acquisition pour accélérer l’expansion internationale

    L’opération doit permettre d’accélérer le déploiement international de sa technologie et d’élargir son adoption auprès des acteurs mondiaux du médicament.

    Relyens s’appuie sur plusieurs leviers pour soutenir l’innovation : participation à des fonds sectoriels, investissement direct via Relyens Innovation Santé et financement d’infrastructures de soins (CHU, cliniques, médico-social).

    Avec près de 450 M€ d’encours investis, le groupe intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’amorçage à la croissance, dans des segments couvrant la e-santé, la medtech et la biotech.

    L’objectif affiché est double : accompagner l’émergence d’acteurs innovants et contribuer à la transformation du système de santé, notamment en matière de sécurité, de performance et d’accès aux soins.

  • Le CCNE et le CCNEN appellent à interdire les usages invasifs des neurotechnologies hors du champ de la santé et à protéger les données neurales

    Le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) et le Comité consultatif national d’éthique du numérique (CCNEN) ont publié un avis commun sur les neurotechnologies numériques.

    Ces dispositifs reposent sur l’exploitation de données neurales, notamment via des techniques d’IA, pour mesurer, analyser ou moduler l’activité du système nerveux. Ils ouvrent des perspectives dans la prise en charge de maladies neurologiques ou de situations de handicap.

    En dehors du champ médical, des usages sont envisagés dans les domaines professionnel, éducatif ou de loisir, parfois avec une logique d’augmentation des performances. Les Comités estiment que ces bénéfices restent incertains, alors que les risques sont encore peu documentés.

    Des enjeux éthiques liés à l’intégrité de la personne

    Les neurotechnologies numériques concernent directement le cerveau, siège de la pensée et de l’identité. Elles soulèvent des questions relatives à la dignité, à l’autonomie, à la liberté de pensée, à la vie privée et à la non-discrimination.

    Les Comités insistent sur la sensibilité particulière des données neurales. Catherine Tessier, directrice de recherche à l’ONERA, souligne que l’accès potentiel à l’activité cérébrale impose une protection renforcée de ces données.

    Des recommandations centrées sur la protection et l’encadrement

    Le CCNE et le CCNEN formulent plusieurs recommandations :

    • Considérer les données neurales comme des données personnelles sensibles au sens du RGPD.
    • Garantir un consentement explicite et éclairé.
    • Renforcer les exigences de sûreté et de cybersécurité.
    • Encadrer strictement les usages non médicaux.

    Ils préconisent en particulier :

    • L’interdiction des dispositifs neurotechnologiques invasifs en dehors d’indications médicales.
    • La prévention des usages discriminatoires, notamment dans le monde professionnel.
    • Une protection spécifique des enfants et adolescents, plus vulnérables.

    Informer le public et adapter le cadre juridique

    Les Comités appellent à une information claire et accessible pour permettre au public de comprendre les enjeux scientifiques et sociétaux, dans un contexte où les capacités de ces technologies sont parfois surestimées.

    Ils recommandent d’inscrire les neurotechnologies numériques à l’agenda des États généraux de la bioéthique et dans la préparation de la prochaine révision de la loi de bioéthique. Une réévaluation régulière du cadre est également proposée, en lien avec les évolutions du droit européen sur les données et l’intelligence artificielle.

  • Étude : une IA suggère une détection très précoce du cancer du pancréas (Gut)

    Publiée le 22 avril 2026 dans la revue Gut, cette étude* rétrospective suggère qu’une détection très anticipée est possible, mais nécessite encore une validation prospective.

    Longtemps considéré comme l’un des cancers les plus redoutables, le cancer du pancréas reste aujourd’hui encore majoritairement diagnostiqué à un stade avancé. En cause : des symptômes tardifs et peu spécifiques, qui retardent la prise en charge. Résultat, moins d’un patient sur cinq est éligible à une chirurgie curative au moment du diagnostic, et la survie à cinq ans ne dépasse pas les 10 à 12 %. Malgré des progrès récents en oncologie, les traitements restent d’efficacité limitée, faisant du repérage précoce l’un des principaux leviers d’amélioration du pronostic.

    A la recherche de marqueurs précoces

    Dans ce contexte, plusieurs équipes explorent des approches visant à détecter la maladie avant l’apparition de signes cliniques. L’objectif : identifier des marqueurs précoces, encore invisibles à l’imagerie conventionnelle, afin d’intervenir à un stade potentiellement curable. C’est dans cette perspective qu’une équipe internationale réunissant notamment le Radboud University Medical Center et Johns Hopkins University s’est intéressée à l’apport de l’intelligence artificielle pour analyser finement des scanners et repérer des signaux faibles annonciateurs d’un cancer du pancréas.

    Une IA pour détecter des variations subtiles du tissu pancréatique

    Pour évaluer cette hypothèse, les chercheurs ont développé un modèle d’intelligence artificielle capable d’analyser finement des scanners abdominaux réalisés chez des patients avant tout diagnostic de cancer. Ils se sont appuyés sur des examens issus de plusieurs centres hospitaliers internationaux, en comparant des images de patients ayant développé un cancer du pancréas à celles de patients témoins. L’objectif était d’entraîner l’algorithme à identifier des variations subtiles du tissu pancréatique, indétectables à l’œil humain, puis de tester sa capacité à repérer ces signaux précoces sur des données indépendantes.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 22 avril 2026 dans la revue Gut.

    Résultats : des signaux détectés jusqu’à 3 ans avant le diagnostic

    • Détection jusqu’à 475 jours (≈16 mois) avant le diagnostic clinique
    • Signal parfois présent jusqu’à 3 ans avant, sans anomalie visible
    • Sensibilité : 73 %, contre 39 % pour les radiologues
    • L’algorithme analyse de variations subtiles du tissu pancréatique invisibles à l’œil humain sur les scanners standards.

    Ces résultats suggèrent la possibilité de détecter des altérations précoces du pancréas avant toute manifestation clinique, mais plusieurs limites doivent être soulignées. L’étude reste rétrospective et ne permet pas de mesurer l’impact réel d’un tel outil en pratique. « Une validation prospective, notamment chez des populations à risque, est nécessaire », indiquent les auteurs. Autre point clé : « Il reste à déterminer si une détection plus précoce se traduira par une amélioration de la survie », précisent ces derniers. Se pose également la question du ciblage des patients, dans un cancer relativement rare, avec un risque potentiel de surdiagnostic et d’examens inutiles si l’outil était utilisé à large échelle.

    Un vent d’espoir pour le cancer du pancréas

    Ces résultats s’ajoutent à plusieurs avancées thérapeutiques récentes dans le cancer du pancréas. Fin avril 2026, une équipe de l’Inserm a montré qu’un anticorps expérimental pouvait améliorer la réponse à la chimiothérapie dans un essai précoce chez des patients atteints de formes avancées. Parallèlement, des thérapies ciblant les mutations KRAS, présentes dans la grande majorité des cancers du pancréas, ont récemment permis, dans certains essais, d’aller jusqu’à un doublement de la survie médiane chez des patients à un stade avancé. La convergence de tous ces résultats dessine une dynamique nouvelle, entre traitements plus ciblés et détection plus précoce.

    *Next-generation AI for visually occult pancreatic cancer detection in a low-prevalence setting with longitudinal stability and multi-institutional generalisability

    Mukherjee S, Antony A, Patnam NG, et al

    https://gut.bmj.com/content/early/2026/04/22/gutjnl-2025-337266

    Gut Published Online First: 28 April 2026. doi: 10.1136/gutjnl-2025-337266

     

  • 14 cas d’usage structurent déjà l’IA des mutuelles entre automatisation, prévention ciblée et nouveaux services.

    Une chaîne de valeur qui dépasse la simple gestion des remboursements

    La cartographie disponible révèle que la mutuelle n’est plus positionnée uniquement comme payeur ou gestionnaire de dossiers. Elle se mue en acteur de navigation, de prévention et d’accompagnement, via des solutions capables d’évaluer des symptômes, d’orienter les assurés, de personnaliser les services et d’anticiper des besoins d’accompagnement.

    La répartition entre les quatre grands blocs identifiés est la suivante : 5 usages à dominante opérationnelle ou administrative, 4 usages orientés prévention et anticipation, 3 usages centrés sur l’expérience adhérent, et 2 usages liés au pilotage interne et au contrôle. Cette distribution illustre un double mouvement : l’IA des mutuelles se déploie simultanément sur la performance interne et sur l’extension de la proposition de valeur assurantielle.

    5 usages opérationnels : le principal gisement de valeur mesuré

    Le bloc opérationnel est le plus concret et le mieux étayé par des indicateurs de performance. Il rassemble l’automatisation et l’arbitrage de la gestion des sinistres, l’automatisation du traitement des demandes adhérents, les agents conversationnels de service client, l’automatisation des processus documentaires, et l’automatisation de la facturation des soins pour réduire les rejets de remboursement.

    Les chiffres associés sont éloquents. Le traitement automatisé des demandes adhérents permet de classifier jusqu’à 99% des demandes, de générer des brouillons de réponse dans 89% des cas et de diviser par 12 le coût de traitement des actes de gestion. Les agents conversationnels résolvent 80% des demandes entrantes, améliorent le NPS de 20 points et divisent par 3 les coûts d’un centre d’appels. L’automatisation documentaire annonce une précision supérieure à 98%, une réduction des erreurs humaines de 99% et une division par deux des coûts de gestion.

    Ces usages constituent le cœur du retour sur investissement observable, parce qu’ils s’appliquent à des volumes élevés, des tâches répétitives et des contraintes de conformité explicites, notamment RGPD, IA Act, SOC et HDS.

    4 usages de prévention : le déplacement du modèle vers l’anticipation

    Quatre cas d’usage relèvent principalement de la prévention et de l’anticipation : évaluation personnalisée avec recommandations de santé, gestion de la qualité et des risques, complémentaire santé digitale intégrant des services de prévention, et analyse prédictive des besoins des seniors pour des stratégies de prévention territoriale. S’y ajoute un usage d’anticipation des besoins d’accompagnement reposant sur le croisement de données socio-démographiques anonymisées avec les données des complémentaires santé.

    La profondeur des preuves varie selon les solutions. Une plateforme d’assurance santé augmentée démontre l’accès 24h/7j à 80 professionnels de santé, la prise en charge de 50% des demandes médicales sans consultation physique et un remboursement en moins de 24 heures. L’analyse prédictive dédiée aux seniors mobilise plus de 1,5 milliard de données statistiques, croise plus de 8 000 bases open source et a déjà permis d’analyser plus de 250 000 seniors.

    Ces usages traduisent un basculement stratégique du rôle de la mutuelle : de l’indemnisation ex post vers l’intervention ex ante, en activant plus tôt les services prévus au contrat et en mieux ajustant prévention, accompagnement et couverture.

    3 usages d’expérience adhérent : la mutuelle comme point d’entrée du parcours

    Trois cas d’usage relèvent de l’expérience et de la relation avec l’adhérent : l’évaluation intelligente des symptômes et l’orientation vers les services appropriés, l’accompagnement personnalisé des maladies chroniques par chatbot, et l’agrégation de services de santé personnalisés pour les salariés via une plateforme unifiée.

    Leur intérêt stratégique tient moins à des économies mesurées qu’à une reconfiguration de la relation assurantielle. L’orientation symptomatique aide l’assuré à identifier rapidement la solution pertinente, dans un contexte de désertification médicale croissante où les délais d’accès aux soins spécialisés peuvent atteindre 95 jours. Les agents d’accompagnement chronique assurent suivi, rappels thérapeutiques et réponses aux questions fréquentes. Les plateformes d’orchestration agrègent en un point d’entrée unique téléconsultation, bilans de santé, prévention et accompagnement des maladies chroniques. Pour les mutuelles, cela revient à transformer un portefeuille de garanties dispersées en une expérience servicielle continue, plus engageante et plus visible pour l’adhérent.

    2 usages de pilotage et de contrôle : moins nombreux mais critiques

    Deux usages sont davantage tournés vers le pilotage interne et le contrôle : l’optimisation des flux de travail et de la collaboration, et l’aide à la détection de fraude par identification d’anomalies dans les transactions et les demandes de remboursement. Bien que moins nombreux dans le corpus, ils touchent à des fonctions critiques pour la robustesse organisationnelle des mutuelles.

    Leur niveau de quantification est plus limité que dans le bloc opérationnel, ce qui suggère une maturité de marché plus hétérogène : ils apparaissent comme stratégiquement importants, mais moins standardisés dans leur promesse.

    Opportunités principales et risques majeurs

    L’opportunité principale est la combinaison de gains d’efficacité, d’amélioration du service et d’extension du périmètre de la mutuelle. La réduction par 12 du coût de traitement de certains actes de gestion, la résolution automatisée de 80% des demandes clients, la réduction de 99% des erreurs humaines sur les processus documentaires, la prise en charge de 50% des demandes médicales sans consultation physique et la capacité à analyser plus de 250 000 seniors dessinent ensemble une IA agissant simultanément comme levier de productivité, d’accessibilité aux soins, de personnalisation et de pilotage préventif.

    Les risques majeurs relèvent d’abord de la conformité et de la sécurité des données. Plusieurs solutions insistent explicitement sur la traçabilité des décisions IA, le respect du RGPD, de l’IA Act, de SOC et de l’HDS, ainsi que sur l’intérêt de déploiements souverains ou on-premise. Cette insistance indique que la création de valeur reste conditionnée par une gouvernance robuste des données, des modèles et des cas sensibles, et que la supervision humaine demeure un impératif non négociable pour les cas complexes.


  • Qualité des soins : jusqu’à 375 000 événements indésirables graves par an et une forte sous-déclaration (Cour des comptes)

    13 millions de patients concernés et des défaillances aux coûts dépassant 30 Md€

    Dans son rapport d’évaluation publié le 28 avril, la Cour des comptes alerte sur l’ampleur des défaillances dans la qualité des soins en établissements de santé. En France, 13 millions de patients sont pris en charge chaque année dans 2 965 structures.

    Les conséquences des défaillances sont multiples. Sur le plan financier, la réparation des préjudices évitables est estimée à plus de 11 Md€, auxquels s’ajoutent 22 Md€ liés aux soins inutiles ou à faible valeur, ainsi qu’entre 2,2 et 5,2 Md€ associés aux infections nosocomiales.

    Sur le plan sanitaire, ces infections sont responsables d’environ 4 000 décès annuels, un niveau supérieur à la mortalité routière. Par ailleurs, une part significative des complications, erreurs ou décès survenant après une prise en charge hospitalière pourrait être évitée.

    Une sous-déclaration des événements indésirables

    Le rapport met en évidence un écart entre la réalité des événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) et leur déclaration effective.

    Entre 160 000 et 375 000 événements surviendraient chaque année, contre un peu plus de 7 000 déclarations en 2024, soit un différentiel de 1 à 20 voire 1 à 50. Ces événements recouvrent des situations variées : erreurs médicamenteuses, objets oubliés lors d’une intervention, infections contractées à l’hôpital ou complications postopératoires.

    Cette sous-déclaration, pourtant en contradiction avec une obligation légale en vigueur depuis 2004, est problématique. La Cour recommande à ce titre la mise en place de sanctions financières dès 2027 en cas de non-respect de cette obligation.

    Des outils de mesure inadaptés aux enjeux de résultats

    Au-delà du déficit de transparence, la Cour critique la nature même des indicateurs utilisés. Environ 90 % d’entre eux portent sur les processus d’hospitalisation (organisation, procédures) et non sur les résultats cliniques effectifs.

    Ce déséquilibre empêche d’évaluer précisément la qualité réelle des soins. L’institution préconise de développer des indicateurs de résultats, tels que :

    • La survenue de septicémies postopératoires.
    • Les complications obstétricales.
    • Le taux de réadmission.
    • Les événements indésirables liés aux médicaments.

    Elle insiste également sur l’intégration des résultats rapportés par les patients (PROMs), afin d’évaluer les effets des soins sur les symptômes, les capacités fonctionnelles et la qualité de vie.

    Le rapport met en lumière plusieurs facteurs organisationnels qui influencent la qualité :

    Seuils d’activité et expérience des équipes

    La Cour souligne que certains seuils d’activité sont insuffisants ou non respectés. Par exemple :

    • Une vingtaine de maternités réalisent moins de 300 accouchements par an.
    • 214 établissements effectuent moins de 20 interventions annuelles pour certains cancers complexes.

    À titre de comparaison, certains pays européens fixent des seuils plus élevés (jusqu’à 150 interventions annuelles pour certaines chirurgies), renforçant l’expérience des équipes.

    Prise en charge médicamenteuse et risques associés : Les erreurs liées aux médicaments représentent une part significative des événements indésirables. Le rapport pointe un recours limité à la pharmacie clinique et l’absence de liste nationale structurée des médicaments à risque.

    Chirurgie ambulatoire et coordination des parcours : La montée en charge de la chirurgie ambulatoire nécessite un suivi renforcé, notamment sur les conditions de sortie, les complications et la coordination avec la médecine de ville.

    Une culture de la qualité encore incomplète

    Si des dispositifs existent (certification, e-Satis), leur impact reste limité. Le taux de participation des patients aux enquêtes de satisfaction est faible, et la mesure des résultats perçus demeure marginale. La Cour souligne également :

    • Un déficit de formation initiale (moins de 2 % des connaissances évaluées en médecine portent sur la qualité).
    • Un recours limité à l’accréditation des professionnels.
    • Une organisation institutionnelle complexe.
    • Des difficultés liées à la stabilité des équipes (intérim, praticiens hors UE).

    Elle encourage le développement du modèle de « patient partenaire » et une meilleure information sur les dispositifs d’indemnisation (ONIAM).

    Au total, la Cour formule 11 recommandations, dont plusieurs convergent vers une refonte du pilotage :

    • Généralisation des indicateurs de résultats.
    • Sanctions en cas de non-déclaration des EIGS.
    • Création d’une liste nationale des médicaments à risque.
    • Développement des PROMs.
    • Evolution vers une accréditation d’équipe.
    • Intégration de la qualité dans la formation médicale.
    • Suivi régional des activités selon les seuils.

    Elle appelle surtout à la mise en place, dès 2026, d’une gouvernance nationale dédiée, chargée de structurer une stratégie pluriannuelle intégrant la pertinence des soins et la place du patient.

    Au-delà du constat, le rapport met en évidence un changement attendu dans le pilotage du système de santé : passer d’une logique de conformité des résultats à une logique de résultats mesurables et partagés.

    @Cour des comptes
  • L’UE lance “Apply AI” : 9 M€ pour accélérer l’IA en imagerie médicale

    Dans le cadre du Digital Europe Programme, la Commission européenne ouvre un appel à projets « Apply AI » pour déployer à grande échelle des systèmes d’IA / GenIA cloud destinés à analyser des images médicales (IRM, scanner, radiographie, échographie, etc.) dans des centres de soins.

    L’objectif est d’améliorer l’efficacité des diagnostics, de décharger les services de radiologie et de renforcer l’accès au dépistage.

    Procédure de candidature et de mise en œuvre

    Les propositions doivent être déposées en ligne via le portail Funding & Tenders, à partir du 21 avril 2026, sur la plateforme dédiée au call AI Continent (DIGITAL‑2026‑AI‑PILOTING‑10).

    Les dossiers doivent décrire :

    • Un système cloud d’IA/GenIA reproductible et scalable, intégré aux workflows cliniques (EHR, PACS, RIS, etc.).
    • Un plan de validation clinique et technique à grande échelle, avec focalisation cancer et cardio‑vasculaire.
    • Une stratégie de conformité réglementaire, de protection des données, de cybersécurité et de durabilité pour un déploiement transversal dans l’UE.

    Les lauréats s’engagent notamment à :

    • Produire des preuves de concept exploitables et des rapports d’analyse coût‑efficacité.
    • Organiser au moins deux événements/an dans le cadre du réseau européen des centres de dépistage avancé.
    • Elaborer un plan de déploiement réglementaire et de mise en œuvre à long terme.

    Tableau récapitulatif des principaux critères

    Points d’attention

    • Calendrier tendu : la fenêtre de dépôt s’étend du 21 avril au 1er octobre 2026.
    • Exigences de consortium : au moins 7 partenaires dans 5 pays éligibles, dont un partenaire industriel.
    • Conformité réglementaire et sécurité : importance des plans de cybersécurité, de protection des données de santé (RGPD/équivalents) et de conformité réglementaire, devant figurer de manière très détaillée dans la proposition.
    • Preuve de maturité de l’IA : les solutions doivent être déjà développées, entraînées et testées sur de grandes bases de données, et validées dans des contextes cliniques réels au cours du projet.

    Documents :

  • Pathologie numérique (CH du Mans) : 1,15 M€ d’investissement pour 20 000 examens par an et des diagnostics oncologiques accélérés

    Le centre hospitalier du Mans a inauguré ce mois-ci de nouveaux équipements de pathologie numérique, marquant une évolution dans ses pratiques en anatomie et cytologie pathologique.

    Le projet repose sur l’acquisition de scanners de lames à haute résolution, remplaçant l’observation traditionnelle au microscope par l’analyse d’images numérisées. Le CHM partage en parallèle une plateforme numérique avec le centre hospitalier universitaire d’Angers, ce qui facilite l’accès aux données et leur exploitation à distance.

    Un impact sur le diagnostic en cancérologie

    Au Mans, environ 20 000 examens ACP sont réalisés chaque année. Ils permettent de diagnostiquer plus de 3 600 cancers et d’identifier plus de 3 500 lésions précancéreuses.

    Le rôle du pathologiste reste central. Il détermine la nature des tumeurs, leur gravité, leur pronostic et identifie des marqueurs utiles à la prise en charge thérapeutique. La numérisation des lames modifie cette activité en améliorant la rapidité et la précision des analyses.

    La mise en place d’une plateforme commune avec le CHU d’Angers ouvre de nouvelles perspectives en matière de coopération. Les équipes peuvent partager des cas, solliciter des avis et développer des projets de recherche conjoints.

    Cette organisation facilite également la continuité des pratiques entre établissements.

    Au-delà des enjeux cliniques, ces équipements participent à renforcer l’attractivité de l’ACP, une spécialité confrontée à des difficultés de recrutement. L’intégration d’outils numériques avancés constitue un argument pour attirer internes et jeunes professionnels.

    L’investissement total s’élève à 1,15 million d’euros. Il est financé à hauteur de 660 000 euros par l’Agence régionale de santé Pays de la Loire, 250 000 euros par Le Mans Métropole et 200 000 euros par la Ligue contre le cancer 72.

     

  • Santé numérique : l’IA capte 23 % des investissements et accélère les recrutements spécialisés

    Au premier trimestre 2026, les entreprises privées de santé numérique ont levé 7,4 Md$ dans le monde, soit leur plus haut niveau trimestriel depuis le deuxième trimestre 2022.

    Cette hausse de 25% par rapport au quatrième trimestre 2025 ne s’est pas accompagnée d’un redémarrage large du marché : 19 opérations de plus de 100 M$ ont concentré à elles seules 60% des montants investis. La taille moyenne des tours atteint 29,6 M$, en hausse de 47% sur un an, tandis que la médiane annuelle ressort à 6,5 M$.

    Le volume de deals reste contenu. CB Insights recense 355 opérations au T1 2026, contre 411 au trimestre précédent. Autrement dit, davantage de capital a été mobilisé sur moins de transactions. Cette polarisation se retrouve aussi dans le late stage : la médiane des tours à ce stade atteint 107,5 M$ en 2026 à date, loin devant l’early stage à 4,8 M$ et le mid-stage à 25 M$.

    Des montants tirés par les États-Unis

    Les États-Unis concentrent 5,6 Md$ et 158 deals sur le trimestre, soit l’essentiel des capitaux levés. L’Asie suit avec 0,8 Md$ pour 70 opérations, devant l’Europe avec 0,7 Md$ pour 89 deals. En proportion, les États-Unis représentent 56% des opérations mondiales au T1 2026, contre 26% pour l’Europe et 18% pour l’Asie.

    Cette domination apparaît aussi dans les méga-tours. Sur les 19 opérations de plus de 100 M$, 15 ont été réalisées aux États-Unis, pour 3,8 Md$. L’Asie en compte 2, l’Europe 1, et le reste du monde 1.

    Parmi les plus grosses levées mondiales du trimestre figurent Earendil Labs avec 787 M$, Whoop avec 575 M$, Devoted Health avec 318 M$, Verily avec 300 M$ et BrainCo avec 272 M$. En Europe, la plus importante opération est celle d’Alan, qui a levé 116 M$ et atteint une valorisation de 5,8 Md$. En France, Santexpat a levé 30 M$, Waiv 28 M$, et DiappyMed figure parmi les principaux tours seed avec 7 M$.

    IA, biotech et nouveaux profils de croissance

    Le rapport souligne la progression de l’IA dans la découverte de médicaments, qui représente 23% des financements trimestriels en santé numérique. CB Insights cite la levée de 787 M$ d’Earendil Labs, soutenue notamment par Pfizer et Sanofi, et le partenariat entre Takeda et Iambic Therapeutics, d’une valeur potentielle allant jusqu’à 1,7 Md$, même si ce type d’accord n’entre pas dans le périmètre des financements en capital retenu dans le rapport.

    Du côté des effectifs, les développeurs de modèles d’IA pour la santé constituent le segment le plus dynamique, avec une croissance annuelle de 58,5%. Ils devancent les outils pour développeurs de santé, à 45%, et les cliniques de longévité, à 36,1%. CB Insights cite aussi Tennr, avec une croissance des effectifs de 133% sur un an, et Anthropic, qui accélère ses recrutements sur des fonctions liées à la santé.

    Les valorisations par salarié donnent un aperçu de cette dynamique. BrainCo affiche 12,6 M$ de valorisation par employé, devant Latent à 9,2 M$ et Whoop à 7,7 M$. Alan figure aussi dans ce classement, avec 4,4 M$ par employé pour une valorisation de 5,8 Md$.

    Huit nouvelles licornes en trois mois

    Sept sociétés ont franchi le seuil de valorisation de 1 Md$ au T1 2026, soit le niveau trimestriel le plus élevé depuis le T2 2022. Six sont américaines : Grow Therapy, eMed, Pomelo Care, , Garner, Midi et Solace. La huitième est chinoise, BrainCo.

    Au total, le secteur compte désormais 110 licornes. Les plus valorisées sont Devoted Health à 12,9 Md$, OpenEvidence à 12 Md$, Oura à 11 Md$, Whoop à 10,1 Md$ et Neuralink à 9,7 Md$. Côté français, Doctolib apparaît toujours dans le top 10 mondial avec une valorisation de 6,4 Md$.

    Ce que mesure le rapport

    CB Insights précise que son analyse porte uniquement sur les financements en fonds propres de sociétés privées. Sont exclus les tours de sociétés cotées, les financements non encore clos, les partenariats de R&D, la dette, les subventions publiques, les PIPE, ainsi que les opérations de buyout, de recapitalisation et de consolidation. Les montants sont exprimés en dollars et les classements d’investisseurs sont calculés par nombre de sociétés financées, hors tours de suivi.