La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a examiné le texte du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2019 et y a apporté 54 amendements le 17 octobre 2018.
Parmi les principaux points :
• désengorger les urgences à coups de « forfaits de réorientation » ;
• étendre le dispositif de l’article 29 (ancien article 51 de la LFSS de 2018) au secteur médico-social ;
• donner la voix aux patients dans l’évaluation de la qualité des soins hospitaliers ;
• dispensation par les pharmaciens d’officine de certains médicaments à prescription médicale obligatoire (PMO) à partir du 1er janvier 2019.
Le PLFSS validé par la commission doit être adopté en séance publique à l’Assemblée nationale la semaine prochaine.
Désengorger les urgences
Afin de rééquilibrer l’offre de soins entre la ville et l’hôpital, les députés ont adopté un amendement qui introduit un nouveau forfait dit de « réorientation » des patients s’étant présentés aux urgences, mais ne nécessitant pas un soin immédiat : 20 à 60 euros par patient réorienté.
En outre, à ces patients légers sera appliqué un forfait de « consultation aux urgences » au cas où ils souhaitent tout de même être pris en charge aux urgences, malgré une proposition de réorientation des équipes médicales. Ils devront s’en acquitter s’ils refusent la réorientation.
L’article 51 est élargi au secteur médico-social mais exclut les fédérations
L’article 29 du PLFSS pour 2019 vise à amplifier la portée du dispositif d’innovation du système de santé (ancien article 51).
La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, par amendements, l’étend au secteur médico-social en permettant une mise en œuvre des expérimentations en dérogeant aux règles de tarification mais également d’organisation. Cette extension concerne notamment les innovations organisationnelles en accord avec l’objectif gouvernemental de « permettre d’intégrer des projets plus ambitieux » au sein des établissements de santé.
Le nouveau cadre d’expérimentation pour le secteur médico-social vise à permettre un décloisonnement des financements et des organisations pour faciliter la coopération des acteurs sociaux, médico-sociaux et sanitaires au service du parcours des personnes », un critère de qualité de la prise en charge.
Ainsi, alors que Antoine Dubout, président de la Fehap, déclarait dans un communiqué publié le 9 octobre 2018 sur le thème du financement des expérimentations prévues dans le cadre de l’article 51, que « la Fehap [était] favorable à ce que l’enveloppe consacrée au financement à la qualité augmente [mais] vigilante quant aux modalités de mise en œuvre reposant sur des critères objectifs, mesurables, indiscutables et incitatifs et qu’il fallait encourager les acteurs à s’engager collectivement au sein d’un territoire et au service de la population qui y vit, en favorisant le maintien au domicile », les fédérations ont été exclues du dispositif.
Démocratie sanitaire : les patients, juges de la qualité
Des amendements apportés ont fini par officialiser l’implication des usagers de santé dans l’élaboration des nouveaux critères d’évaluation de la qualité des soins à l’hôpital. Ce dispositif concernera les soins en psychiatrie en 2020.
L’enveloppe de l’incitation financière à la qualité (IFAQ) s’élève à ce jour à 300 millions d’euros et, à partir de 2021, une sanction financière pourra être appliquée aux établissements n’appliquant pas cette règle.
Extensions des prérogatives des pharmaciens d’officine
L’idée d’étendre les prérogatives des pharmaciens et de lancer une expérimentation de la dispensation directe par les pharmaciens de certains médicaments à prescription médicale obligatoire (PMO) a été portée par l’Ordre national des pharmaciens et d’autre partenaires de la profession.
Cette proposition avait également été reprise dans le rapport du député de la 1ère circonscription de Charente Thomas Mesnier sur l’accès aux soins.
L’amendement correspondant a été adopté et vise à permettre d’expérimenter dans deux régions et pour une durée de 3 ans à compter du 1er janvier 2019 « la dispensation, par les pharmacies d’officine, de certains médicaments à prescription médicale obligatoire dans le cadre d’un protocole médical et de coopération conclu avec le médecin traitant et les communautés de santé des structures d’exercice coordonnés ».
Les pathologies d’application dans ce cadre expérimental sont la cystite, la conjonctivite ou l’eczéma, un choix calqué sur la pratiques des pharmaciens suisses.