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  • EEDS : la Commission adopte trois actes d’exécution, applicables de 2027 à 2029

    La Commission européenne a adopté les 18 et 21 septembre 2026 trois règlements d’exécution du règlement (UE) 2025/327 relatif à l’espace européen des données de santé (EEDS), publiés au Journal officiel de l’Union européenne les 21 et 22 septembre 2026. Ils portent sur :

    Selon la Délégation au numérique en santé/DGRINES, qui a porté la position française, ces textes précisent les exigences du règlement.

    Pourquoi cela compte : l’EEDS dispose désormais d’exigences techniques précises et datées, qui permettent aux établissements et aux éditeurs de planifier et de budgéter leur mise en conformité. Les chantiers prioritaires portent sur l’authentification des soignants, l’acceptation du portefeuille européen d’identité numérique et la description des jeux de données, avec de premières obligations en 2029.

    Un calendrier échelonné de 2027 à 2032

    Les textes sur l’identification et MaSanté@UE s’appliquent à partir du 26 mars 2027, celui sur les métadonnées à partir du 26 mars 2029. Chaque État membre devra notifier à la Commission, au plus tard le 26 mars 2028, la liste des données permettant d’identifier un patient dans un autre pays. Les échanges obligatoires via MaSanté@UE débuteront le 26 mars 2029 pour les dossiers de patients et les ordonnances, puis le 26 mars 2031 pour l’imagerie, la biologie et les comptes rendus de sortie d’hôpital.

    Authentification des soignants : le niveau « élevé » exigé en 2032

    Le niveau de garantie mesure la fiabilité de la vérification d’identité. Pour les professionnels qui demandent un échange, le niveau « substantiel » du règlement eIDAS suffit dans un premier temps. Le niveau « élevé », le plus exigeant, deviendra obligatoire le 26 mars 2032 (le 26 mars 2030 pour l’identification des patients en ligne). L’écart à combler serait important : selon l’Agence du numérique en santé, les authentifications délivrées aujourd’hui par Pro Santé Connect sont de niveau eIDAS faible. Dès le 26 mars 2029, les soignants devront aussi accepter les attributs d’identification présentés via le portefeuille européen d’identité numérique du patient.

    Vingt-sept éléments de métadonnées pour décrire les jeux de données

    Tout détenteur de données de santé devra décrire ses jeux de données selon 27 éléments minimaux (droits d’accès, systèmes de codage, variables, nombre d’individus uniques, provenance…). Ces éléments seront exprimés dans le profil HealthDCAT-AP géré par la Commission, et les descriptions devront être vérifiées au moins une fois par an. L’enjeu est la visibilité : un jeu de données mal décrit dans les catalogues, reliés au catalogue de l’Union, sera difficilement repérable par un chercheur ou un industriel.

    Les correspondances de terminologies restent à la charge des États

    La Commission fournira un service terminologique central, d’usage facultatif. La traduction et la mise en correspondance des systèmes de codage nationaux avec le format européen d’échange, ainsi que leur mise à jour, incombent en revanche aux États membres. Ce travail, qui conditionne la compréhension d’une donnée codée en France par un soignant étranger, suppose des moyens.

    Chaque point de contact national devra passer un contrôle de conformité avant d’échanger des données, puis tous les cinq ans. Toute constatation appelle un plan d’action sous quinze jours ouvrables, et tout incident important doit être notifié sous 24 heures.

    Des échanges ont déjà lieu, sur une base volontaire, via l’infrastructure créée en 2019, mais les textes ne fournissent aucun volume. Selon un document de la Commission de juin 2024, les résumés patients restaient peu échangés, faute de jeu de données complet. Le cadre juridique est mûr, la valeur clinique reste à démontrer.

    Source : Commission européenne, règlements d’exécution (UE) (18 et 21 septembre 2026) – fiabilité : officielle.

  • UK : le NHS confie à Netcompany plus de 215 M£ pour moderniser ses services de dépistage

    Netcompany a annoncé le 3 septembre 2026 un partenariat de plus de 215 millions de livres avec le NHS England pour moderniser les services numériques de sept programmes nationaux de dépistage des adultes en Angleterre, représentant environ 15 millions d’invitations annuelles. Le marché a démarré le 1er septembre pour trois ans, avec deux prolongations possibles d’un an, selon PublicTechnology qui cite le contrat (PublicTechnology, 17 septembre 2026).

    Pourquoi cela compte : le marché finance le fonctionnement et le renouvellement des outils numériques du dépistage, pas seulement des essais d’IA. Il prolonge une transformation déjà engagée des invitations, du suivi des participants et de l’organisation des rendez-vous.

    Des programmes existants, une participation incomplète

    En Angleterre, les trois dépistages organisés des cancers présentent des niveaux de participation ou de couverture différents, mesurés sur des périodes distinctes.

    Programme Situation de départ documentée
    Sein En 2024-2025, 70,6 % des femmes invitées de 50 à 70 ans ont participé dans les six mois ; 63,6 % lors d’une première invitation (NHS England, 19 février 2026).
    Col de l’utérus Le NHS rapporte 68,8 % de femmes éligibles à jour et environ quatre millions non à jour, dans son annonce du 25 août 2026.
    Colorectal La couverture des 60-74 ans atteint 72,9 % en 2024-2025 ; ce périmètre statistique ne couvre pas toute la population désormais éligible.

    À l’échelle du Royaume-Uni, Macmillan estime à environ 3,5 millions en 2025 le nombre de personnes vivantes ayant reçu un diagnostic de cancer au cours de leur vie, tous cancers confondus. Cette prévalence inclut les personnes après traitement.

    Des invitations multicanales, pas exclusivement numériques

    Le principe est de privilégier l’application NHS App, tout en conservant des solutions non numériques. Pour le sein, le parcours décrit en février 2026 prévoit un message dans l’application, puis un SMS si le message n’est pas lu sous 24 heures ou si la personne n’utilise pas l’application, et une lettre si le SMS n’est pas reçu.

    Il ne s’agit donc pas d’envoyer systématiquement chaque invitation sur tous les canaux : les modalités varient selon le programme. À Londres, depuis février 2026, les personnes éligibles ayant déjà participé au dépistage colorectal reçoivent leur pré-invitation par l’application, avec un courrier de remplacement après 39 heures sans ouverture, ou si le message numérique ne peut être envoyé).

    Un ciblage par éligibilité et historique de dépistage

    Les règles nationales demeurent : invitation au dépistage du sein de 50 ans jusqu’au 71e anniversaire tous les trois ans ; dépistage colorectal de 50 à 74 ans tous les deux ans ; dépistage du col de 25 à 64 ans tous les cinq ans, avec un suivi rapproché selon les résultats antérieurs. Le NHS documente aussi des actions renforcées dans les territoires où la participation est faible.

    Depuis le 25 août 2026, l’offre nationale d’auto-prélèvement pour rechercher les papillomavirus humains (HPV) cible d’abord les 30-65 ans n’ayant pas participé après de précédentes invitations. Après invitation par application, SMS, courriel ou lettre, la personne commande son kit ; un résultat positif conduit à un prélèvement clinique complémentaire.

    L’IA en évaluation pour lire les images et organiser leur lecture

    Le marché prévoit de soutenir des essais de lecture de mammographies et d’autres images par l’IA, sans préciser les autres examens concernés ni annoncer un déploiement généralisé. Les invitations et la sélection des populations sont décrites comme des services numériques, sans être explicitement attribuées à l’IA.

    En parallèle, l’essai britannique EDITH, en recrutement et visant 660 000 femmes dans environ 30 centres, compare la double lecture humaine à deux modalités d’assistance par IA (registre ISRCTN).

    • Seconde lecture : après un premier lecteur humain, l’IA recherche des signes de cancer qui auraient pu lui échapper, à la place du second lecteur.
    • Tri préalable : l’IA évalue la probabilité de cancer sur les mammographies ; les images à faible probabilité sont lues par un expert, celles à probabilité élevée par deux experts, avec arbitrage humain des désaccords.

    Toutes les images restent examinées par un professionnel ; l’étude mesurera les cancers détectés, les rappels pour examens complémentaires, les cancers apparus entre deux dépistages, la charge de travail et les coûts. Ces effets restent à évaluer.

    Qui finance quoi ?

    Le NHS England est l’acheteur des prestations numériques : exploitation, maintenance, nouveaux développements et transition depuis les systèmes existants. Netcompany annonce qu’au moins 33 % des revenus contractuels iront aux petites et moyennes entreprises partenaires : il s’agit d’une part du marché, pas d’un financement supplémentaire.

    Le fonds d’innovation annoncé soutiendra des preuves de concept, mais sa dotation et son montage financier ne sont pas précisés. Les kits d’auto-prélèvement et leur retour postal sont gratuits pour les participantes.

    En France, l’Assurance Maladie assure depuis janvier 2024 les invitations aux trois programmes nationaux de dépistage organisé des cancers (Assurance Maladie, rapport 2024). Les invitations et relances mobilisent le courrier, le courriel et le compte ameli.

     

    Source : Netcompany, annonce du marché (03/09/2026) · fiabilité : déclarative ; PublicTechnology, présentation du contrat (17/09/2026) · fiabilité : presse, contrat non consulté directement ; NHS England et gouvernement britannique, publications opérationnelles et statistiques citées (février-août 2026), ministère britannique de la Santé et Assurance Maladie · fiabilité : officielle ; université de Warwick, information EDITH, et registre ISRCTN81384017, enregistré le 26/11/2025 · fiabilité : protocole et registre d’essai, sans résultats ; Macmillan, prévalence du cancer, estimation 2025 · fiabilité : estimation documentée. Sources consultées le 27/09/2026.

  • CBA rachète SIL-LAB Innovations et Medicalib, premières acquisitions de ses 40 ans d’histoire

    CBA, éditeur de logiciels de gestion pour les professionnels de santé libéraux, a annoncé en septembre l’acquisition de SIL-LAB Innovations et de Medicalib, plateforme de mise en relation entre patients et soignants pour les rendez-vous à domicile. L’entreprise franchit ainsi pour la première fois le cap de la croissance externe. Selon l’annonce, l’objectif serait de réunir dans un même écosystème la prise de rendez-vous, la coordination des soins, la gestion des prélèvements, la facturation et la comptabilité des soignants libéraux.

    Pourquoi cela compte : l’acteur qui organise la prise de rendez-vous capte à la fois la relation avec le patient et l’activité du soignant. En s’emparant de ce point d’entrée, CBA pourrait proposer une offre groupée plus difficile à concurrencer.

    Un éditeur de gestion qui remonte vers le patient

    Le cœur de métier historique de CBA se situe après le soin : télétransmission, facturation, comptabilité. L’entreprise compte près de 40 000 utilisateurs, principalement infirmiers et kinésithérapeutes. Avec Medicalib, elle se positionne en amont, au moment où le patient cherche un soignant. L’acteur qui contrôle ce point d’entrée capte à la fois la relation avec le patient et le flux d’activité du soignant, ce qui lui permet de proposer une offre groupée plus difficile à concurrencer.

    Prélèvements à domicile : relier le soignant et le laboratoire

    SIL-LAB Innovations commercialiserait une application et une plateforme reliant les préleveurs mobiles, dont les infirmiers libéraux, aux laboratoires de biologie médicale. Ce maillon est souvent fragmenté : l’infirmier réalise la prise de sang au domicile, puis transmet ordonnance, identification des tubes et informations patient au laboratoire, qui utilise ses propres outils. Chaque ressaisie crée un risque d’erreur et une perte de temps. Relier ces données au logiciel que l’infirmier utilise déjà pour facturer pourrait limiter les doubles saisies. Le bénéfice dépendra toutefois de la compatibilité avec les systèmes informatiques de chaque laboratoire, que l’annonce ne détaille pas.

    Une concentration de données qui appelle des garanties

    Rendez-vous, soins, prélèvements, facturation et comptabilité : l’essentiel de l’activité d’un soignant libéral, et une partie des données de ses patients, serait réuni chez un même fournisseur. Cette intégration peut simplifier le quotidien, mais elle rend un changement de fournisseur plus coûteux en cas de hausse tarifaire, de panne ou de réorientation stratégique. Les questions de réversibilité, de portabilité des données et d’interfaces ouvertes avec des outils tiers deviennent donc déterminantes.

    Ce que cela change

    Pour les soignants libéraux : l’offre pourrait réduire le nombre d’outils à utiliser au quotidien. Avant d’y adhérer, il est utile de vérifier les conditions tarifaires et les garanties de portabilité des données.

    Pour les laboratoires de biologie médicale : ceux qui utilisent SIL-LAB peuvent demander à CBA la feuille de route du service. Les autres peuvent évaluer si l’intégration facilite l’accès aux infirmiers déjà équipés par l’éditeur.

    Source : CBA Informatique Libérale, publication d’annonce (18/09/2026) · fiabilité : communication officielle.

  • Shadow Santé lève 2,5 M€ pour exporter sa plateforme environnementale dédiée aux hôpitaux

    La start-up Shadow Santé, créée fin 2022 à Sophia Antipolis, a bouclé un financement de 2,5 M€ : 1,5 M€ en capital et 1 M€ de dette bancaire. Ce tour de table réunit la Caisse d’Épargne Côte d’Azur, les fonds à impact Good Only Ventures et Impact Seed Ventures, ainsi que les réseaux d’investisseurs providentiels Paris Business Angels, Provence Angels et Angels Santé.

    Il doit permettre de passer d’environ 10 à 50 nouveaux établissements clients par mois d’ici début 2027, notamment à l’international.

    Shadow Santé mesure les émissions de carbone, la consommation d’énergie et la production de déchets des établissements afin d’en repérer les principaux postes. Une partie de la transition environnementale peut se financer par les économies qu’elle génère. L’argument est habile, car une dépense présentée comme source d’économies est plus facile à défendre en direction qu’un investissement purement environnemental.

    Pourquoi cela compte : Shadow Santé présente la mesure environnementale comme un moyen de dégager des économies, et non comme une simple contrainte réglementaire. Pour les directions d’établissement, c’est un argument à tester : avant de s’engager, elles peuvent exiger des résultats chiffrés en énergie, en déchets et en euros.

    Une obligation réglementaire comme socle de la demande

    Le logiciel automatise la collecte des données d’activité nécessaires au bilan d’émissions de gaz à effet de serre (Beges). Ce bilan est obligatoire pour les établissements publics de plus de 250 salariés, avec une mise à jour tous les trois ans. L’automatisation change la nature de l’exercice : réalisé chaque année, le bilan cesse d’être une photographie réglementaire pour devenir un indicateur de suivi.

    « Plus on signera d’établissements, plus on aura de données pour mieux les orienter », résume Alexis Patissier (fondateur). Chaque nouveau client enrichit donc une base de comparaison entre établissements, qui améliore les recommandations faites à tous. Ce mécanisme renforce la position de la start-up, mais pose une question aux établissements : quels droits conservent-ils sur leurs données et sur les comparaisons qui en sont tirées ?

    Un financement hybride adossé à des contrats existants

    Jusqu’ici, Shadow Santé s’était financée par ses contrats et par deux prêts de 100 000 euros. L’appel à la dette bancaire, en complément du capital, s’appuie sur cette activité existante et limite la part cédée aux investisseurs, qui détiendraient environ deux tiers du capital selon le fondateur. Le montant situe ce segment en phase d’amorçage plutôt que de consolidation.

    Un déploiement réel, des résultats encore à documenter

    La start-up revendique près de 300 clients, plus de 2 000 sites et 99 établissements signés sur l’exercice 2025, dont le CHU de Nice et les centres hospitaliers d’Antibes et de Grasse. Ces volumes attestent une adoption réelle de la mesure. Mais mesurer ne suffit pas à réduire : l’effet dépend de l’usage que les établissements font des données.

    Source : Paris Business Angels, publication LinkedIn annonçant la levée de fonds de Shadow Santé (22/09/2026) · fiabilité : Officielle.

     

  • IHU : 509 brevets inexploités, révélateurs d’un frein au transfert de technologie en santé

    Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) a publié cet été une synthèse tirant les enseignements des sept rapports d’évaluation des instituts hospitalo-universitaires (IHU) : ForeSight, Ican, Imagine, l’Institut du cerveau (ICM), Liryc, Méditerranée Infection et Strasbourg.

    Cette évaluation, commandée en juin 2023 par les directions générales de la recherche, de l’innovation et de l’offre de soins, formule 19 recommandations pour l’avenir de ce dispositif du programme France 2030.

    Le comité d’experts (présidé notamment par Macha Woronoff, Mathias Barton, Laure de la Bretèche et Didier Houssin) y pointe des crises de gouvernance « majeures » à l’IHU Méditerranée Infection et à Strasbourg, ainsi que des manquements graves à l’intégrité scientifique.

    Pourquoi cela compte : les IHU publient très au-dessus de la moyenne mondiale, mais leurs 509 brevets déposés depuis 2011 n’ont généré aucune ressource significative. Les trois fragilités relevées par le Hcéres, absence de personnalité juridique dans trois instituts, conseils scientifiques peu opérants, aucun signalement formalisé des dérives, se retrouvent dans d’autres pôles de recherche adossés à des CHU : directeurs d’établissement et tutelles y trouvent trois points de contrôle pour leurs propres structures.

    Le Hcéres détaille ces fragilités : trois instituts (ICM, Liryc, ForeSight) n’ont pas de personnalité morale et juridique, plusieurs conseils scientifiques ne jouent pas leur rôle et aucun mécanisme de signalement formalisé n’existe en cas de dérive. Plusieurs start-up hébergées par les IHU restent par ailleurs peu liées à leurs résultats de recherche.

    Recherche solide mais valorisation et soins en retrait

    Sur le plan scientifique, le bilan est positif : l’indice d’impact des publications des IHU dépasse la moyenne mondiale dans les sept instituts, avec des pointes à Ican (+80 points) et à Liryc (+40 points), portées par des stratégies de recherche focalisées sur peu de thématiques. La transformation en innovations concrètes reste en revanche très en retrait : les IHU ont déposé 509 brevets depuis 2011, mais aucun n’en tire de ressources significatives. Les retombées sur les soins demeurent, elles aussi, limitées et rarement évaluées sur le plan médico-économique, à l’exception de quelques initiatives saluées par le comité, comme le traitement non invasif du tremblement essentiel mis au point à l’ICM ou le programme de patients-experts déployé par ForeSight.

    Un modèle économique toujours sous perfusion publique

    À l’exception d’Imagine et de l’ICM, seuls instituts à avoir développé des recettes de mécénat significatives (un record de 207 M€ de dons et legs cumulés pour l’ICM, 56 M€ sur 2021-2023 pour Imagine), la dotation du programme d’investissements d’avenir reste la première ressource de la quasi-totalité des IHU. Les projections transmises pour atteindre l’équilibre financier d’ici 2030 sont jugées « excessivement optimistes » par le comité, qui invite les pouvoirs publics à conditionner toute prolongation de leur soutien à un suivi plus rigoureux.

    Sur la base de ces constats, le Hcéres formule 19 recommandations (ci-dessous), de la clarification des statuts juridiques et des instances de gouvernance jusqu’à l’instauration d’une politique stricte de publication et au renforcement des conseils scientifiques internationaux (Scientific Advisory Boards).

    Il appelle aussi les fondateurs des IHU, CHU et universités en tête, à assumer pleinement leur responsabilité de contrôle, notamment lorsque des dérives déontologiques se manifestent en leur sein.

    Des crises de gouvernance inégalement surmontées

    Si Imagine ou Liryc ont réussi des transitions de direction fluides, trois IHU ont connu des crises sérieuses. Ican a traversé une crise organisationnelle marquée par l’absence de management intermédiaire et des risques psychosociaux. À Strasbourg, une crise de gouvernance entre 2020 et 2022, cristallisée autour des relations avec l’Ircad, a donné lieu à une procédure judiciaire, à d’importants départs et au renvoi du précédent directeur général après qu’il eut saisi le parquet financier pour dénoncer de potentielles malversations. La publication du rapport d’évaluation de cet institut a d’ailleurs été suspendue en juin 2025, le temps qu’une enquête conjointe de l’IGAS et de l’IGESR se déroule. C’est toutefois à l’IHU Méditerranée Infection, à Marseille, que la situation a été la plus grave : le Hcéres y décrit une crise « majeure » survenue en 2021, née d’une très forte concentration du pouvoir entre les mains du seul directeur, au détriment des instances de gouvernance. L’institut conservait encore, à l’automne 2024, des personnalités « contestées et compromises » par les manquements de la précédente direction, et il a tardé à engager l’indispensable travail de rectification scientifique.

    Une intégrité scientifique mise à mal

    Ces défaillances ont eu des conséquences directes sur la recherche produite. Des expérimentations non conformes menées à l’IHU marseillais ont donné lieu à la publication de plusieurs articles scientifiques : selon la synthèse, ces manquements ont entraîné à ce jour au moins une trentaine de rétractations, chiffre que le Hcéres juge lui-même « en deçà de ce qui serait nécessaire », et l’ANSM a prononcé une injonction de suspension, pendant un an, de toutes les recherches de ce type au sein de l’institut. Les notes du rapport renvoient à plusieurs enquêtes de presse documentant des essais menés sous l’autorité du précédent directeur, Didier Raoult, jusqu’à son départ en 2021. Des manquements ont aussi été suspectés à Strasbourg, où une inspection de l’IGAS-IGESR a été récemment diligentée. Plus largement, le Hcéres alerte sur la place croissante des revues dites « prédatrices », hébergées notamment par MDPI et Frontiers Media : leur part dans les publications biomédicales françaises a été multipliée par cinq entre 2012 et 2022, et a atteint 25 % de la production de l’IHU Méditerranée Infection en 2022, un niveau jugé « non acceptable » par le comité.

    Le Hcéres a construit un référentiel spécifique aux missions des IHU, centré sur le pilotage stratégique et les résultats obtenus depuis leur création. Chaque institut a remis un dossier d’auto-évaluation avant le 14 juin 2024, complété par une étude bibliométrique de l’Observatoire des sciences et techniques et par des données de ressources humaines collectées directement auprès des instituts, faute d’archives financières fiables auprès de l’Agence nationale de la recherche (ANR). Les données budgétaires transmises se sont révélées « pour la plupart déclaratives », parfois manquantes ou inexploitables, rendant toute comparaison financière délicate.

    Les 5 principales recommandations : le Hcéres veut un comité de valorisation et une vraie place pour les patients

    Clarifier les instances de gouvernance : Le Hcéres demande aux IHU de se doter de trois instances clairement séparées dans leurs rôles : un conseil d’administration, un conseil scientifique et un comité de direction. Il recommande aussi d’instituer systématiquement un comité de valorisation et de faire une place aux représentants des patients dans certaines instances, aujourd’hui quasi absents des conseils d’administration.

    Se doter d’un dispositif de gestion de crise : Après les crises de Méditerranée Infection et de Strasbourg, le Hcéres appelle à définir une doctrine commune permettant à toute partie prenante de signaler une situation critique, et à inscrire dans les statuts un pouvoir d’évocation des fondateurs pour intervenir en cas de dérive. Il demande aussi que les commissaires du gouvernement, présents dans les conseils d’administration, jouent pleinement leur rôle de vigilance.

    Encadrer la politique de publication : Face à la progression des revues « prédatrices » (MDPI, Frontiers Media), le Hcéres exige que les personnels des IHU publient uniquement dans des revues reconnues pour la rigueur de leur relecture par les pairs, et confie aux directions et aux conseils scientifiques la responsabilité de faire évoluer ces pratiques.

    Recentrer le soutien aux start-up : Le Hcéres recommande de ne plus soutenir que les start-up qui s’appuient réellement sur les résultats de la recherche des IHU, ou qui bénéficient de financements d’amorçage liés à leurs écosystèmes d’innovation, en nouant des collaborations avec des sociétés d’investissement pour sécuriser ces phases critiques.

    Conditionner l’aide publique à un suivi financier rigoureux : Constatant qu’aucun IHU ou presque ne peut se passer de financements publics, le Hcéres demande aux tutelles d’accompagner les instituts vers une moindre dépendance et d’assortir toute prolongation de leur dotation d’un suivi rapproché de leur trajectoire financière, avec des jalons précis.

    Le Haut conseil recommande aussi de mutualiser plateaux techniques, formations et financements :

    • Privilégier un statut juridique simple et lisible plutôt que de multiplier les montages, quitte à ne pas généraliser une seule forme pour tous les IHU.
    • Rendre les fondateurs pleinement responsables de la surveillance déontologique de leur IHU et donner un rôle primordial et indépendant aux conseils scientifiques internationaux (SAB).
    • Intensifier la recherche clinique des IHU et les aider à devenir promoteurs d’essais cliniques en propre, en mutualisant les compétences réglementaires nécessaires.
    • Faire du succès aux appels à projets compétitifs et prestigieux (comme les bourses ERC) un objectif prioritaire, notamment pour les IHU les moins performants sur ce plan.
    • Mutualiser les plateformes techniques entre sites et ouvrir davantage leur usage à l’extérieur pour limiter leur sous-utilisation actuelle.
    • Maintenir une recherche suffisamment focalisée thématiquement, tout en autorisant les extensions de périmètre quand les forces scientifiques le justifient.*
    • Développer des coopérations et une mise en réseau entre IHU en matière d’innovation, en concentrant les efforts sur un ou deux sujets à fort potentiel plutôt que de disperser les moyens.
    • Développer des études médico-économiques pour objectiver l’impact réel des nouveaux parcours de soins portés par les IHU.
    • Davantage associer les IHU à la construction des formations universitaires de master et de doctorat dans leurs domaines d’excellence.
    • Évaluer plus sérieusement la soutenabilité financière des actions de formation, souvent menées sans réel bilan coûts-bénéfices.
    • Sécuriser l’évolution professionnelle des personnels recrutés en CDD, via une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEEC).
    • Construire un cadre d’analyse financière commun à tous les IHU pour fiabiliser et harmoniser la remontée de leurs données budgétaires.
    • Augmenter la part des financements privés dans le modèle économique des IHU pour réduire leur exposition aux contraintes budgétaires publiques.
    • Faire des recettes de valorisation un axe stratégique à part entière, en maîtrisant mieux les dépenses qu’elles engendrent et en mutualisant les moyens entre fondateurs.

    Source : Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), Synthèse des évaluations des instituts hospitalo-universitaires (juillet 2026) · fiabilité : officielle.