Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, s’est adressée dans une allocution générale aux journalistes membres de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), le mardi 21 novembre 2017, en évoquant, quelques heures avant le vote solennel du PLFSS au Sénat, les grands dossiers que son ministère mène de front depuis la rentrée : les déserts médicaux, la stratégie nationale de santé, le dossier médical partagé (DMP) et la télémédecine.
Agnès Buzyn a annoncé avoir réquisitionné la HAS pour mener une réflexion sur les bonnes pratiques en télémédecine et est convaincue que le DMP permettra une meilleure qualité de médecine et favorisera l’émergence de la pertinence des soins, valeur à laquelle elle est très attachée et qui permettra une utilisation optimisée de ressources.
La HAS missionnée pour réfléchir sur les bonnes pratiques de télémédecine
Comme elle l’avait annoncé dans sa feuille de route, le numérique reste une priorité pour elle. Si elle a bien rappelé que les négociations professionnelles dans le cadre de la négociation conventionnelle sur ce sujet ne commenceront pas avant 2018, elle a insisté sur un fait : « L’idée est que la France rattrape son retard. Les expérimentations qui étaient programmées et qui auraient dû débuter dès 2014 ont mis trop de temps à être mise en œuvre. On ne peut plus se permettre d’avoir autant de retard, sachant que de nombreux pays sont bien plus avancés que nous ».
La Ministre souligne néanmoins que la télémédecine « n’a pas vocation à se substituer ou être applicable à la totalité des actes de consultation. » « Je pense qu’on aura aussi un peu de régulation à faire, une régulation par la qualité », a-t-elle spécifié aux journalistes. Elle a ainsi demandé à la HAS qu’elle s’interroge sur les bonnes pratiques en terme de télémédecine. « Il y a l’évidence des pathologies à laquelle la télémédecine se prête très bien. À l’inverse, il y a des situations cliniques où elle peut être insuffisante et où il faut qu’un professionnel touche le malade, l’examine. La réflexion débute donc. »
Selon Agnès Buzyn, les EHPAD peuvent être les premiers établissements concernés par la télémédecine. « Il faut la favoriser dans ces structures, de façon à ce que les médecins puissent aider les infirmières de nuit à mieux identifier et à mieux traiter les patients ».
Le dossier médical partagé amené à être généralisé
- Concernant le DMP, la ministre de la Santé regrette « un défaut d’informatisation » sur le territoire, avec une très grande difficulté à suivre le parcours de soin du malade. « L’Assurance maladie l’a, mais un médecin qui voit un malade pour la première fois a du mal à faire l’historique de son parcours et peut être amené à faire réaliser deux IRM à un mois d’intervalle parce qu’il n’en aura pas eu connaissance », regrette-t-elle. Donc le dossier médical partagé, informatisé, a été repris par la CNAM il y a deux ans. Celle-ci l’expérimente actuellement dans plusieurs départements, « avec un très bon taux de participation des professionnels ». Environ 100 000 dossiers auraient déjà été ouverts. Il a également « vocation à se rapprocher du dossier pharmaceutique, dossier mis en place par les pharmaciens pour suivre les prescriptions médicamenteuses. Quand nous aurons ce type d’outil, nous avancerons vers une meilleure pertinence des prescriptions et une meilleure qualité de médecine », pointe la ministre.
- Elle a également mentionné l’enquête de l’OCDE sur les actes et prescriptions inutiles dans les pays industrialisés – évalués autour de 25 % – en soulignant le gâchis des ressources en soin. Mais, rappelle Agnès Buzyn, nombre de patients sont aussi sous-traités. Au cours de sa fonction au gouvernement, elle va donc veiller à améliorer la pertinence des soins, c’est-à-dire que le bon produit soit prescrit au bon patient. Selon celle qui fut pendant une grande partie de sa carrière médecin en hématologie à l’hôpital public, « il est nécessaire que les professionnels de santé s’auto-saisissent de ce problème ».