Le 19 janvier 2018, The Daily Telegraph a révélé que les contribuables australiens avait déboursé jusqu’ici près de 1,7 milliard de dollars AUD (1,1 Md € ; 1,4 Md US$) pour My Health Record (MyHR), le dossier de santé numérique national, un outil que de nombreux médecins n’utilisent pas.
Tous les citoyens australiens disposeront d’un dossier MyHR en 2018 à moins d’exprimer explicitement leur refus d’être intégrés au système. Une partie des médecins du pays exprime certaines réticences à l’égard du système d’un point de vue technique et craint que les patients ne comprennent pas réellement les implications d’un tel dispositif sur leur vie privée.
My Health Record : les médecins spécialistes sont réticents
Cinq ans après son lancement, cinq millions d’Australiens ont choisi de créer un compte My Health Record. Cependant, moins d’un médecin spécialiste sur douze sur les 31 000 travaillant en Australie est actuellement enregistré dans le système. Ces praticiens comptent toujours sur les généralistes pour leur envoyer des lettres de recommandation et des informations sur les patients.
Pour que les dossiers électroniques se révèlent utiles, les médecins généralistes doivent télécharger un résumé de l’état de santé de leurs patients mais le processus ne serait effectué en moyenne que dans moins d’un cas sur quatre.
Une accessibilité restreinte
En 2017, 1 442 médecins généralistes ont assuré qu’ils n’avaient pas téléchargé suffisamment de résumés de santé partagés sur MyHR pour être admissibles à la prime incitative versée par le gouvernement. 1 191 d’entre eux auraient été invités à rembourser la somme perçue.
Le Dr. Rob Hosking, vice-président du comité de e-santé du Royal Australian College of General Practitioners, soutient le concept d’un enregistrement numérique mais s’interroge sur sa mise en place.
« Aucun des hôpitaux auxquels mes patients [ont été admis] n’a accès à My Health Record », a-t-il déclaré au Daily Telegraph. Aucun des spécialistes vers lesquels il dirige ses patients non plus. De plus, il explique qu’il doit utiliser un service de messagerie sécurisé privé distinct pour communiquer avec des spécialistes parce qu’il ne peut pas le faire via MyHR.
« Il est plus rapide de décrocher le téléphone et d’appeler les pharmaciens pour savoir quels médicaments le patient utilise car l’interface utilisateur [de My Health Record] est difficile à appréhender. »
Des problèmes techniques
Le Dr. Hosking fait par ailleurs remarquer que si les médecins enregistrent un résumé de santé partagé sur le dossier d’un patient, il n’y a aucune incitation ou rappel pour le mettre à jour si un nouveau médicament est prescrit ou si le patient développe un nouveau problème de santé et que le traitement de base n’est plus adapté.
L’Association médicale australienne met en garde
L’Association médicale australienne (AMA) a également mis en avant dans son rapport budgétaire quelques soucis au niveau de l’utilisation de My Health Record.
« Les problèmes de téléchargement de lettres de spécialistes, les erreurs au niveau de la fonction de recherche [d’un praticien], les adaptations chronophages aux pratiques de travail actuelles des praticiens ou les solutions de rechange inappropriées nuisent à l’utilité clinique et découragent le médecin [d’utiliser le dispositif] et, plus important encore, lui fait perdre du temps, l’empêchant de se concentrer sur le patient », déplore l’organisation dans son rapport.
Un manque de communication
Les problèmes rencontrés jusqu’ici avec My Health Record risquent d’être décuplés cette année, craint The Daily Telegraph, puisque le gouvernement australien va mettre en en place un dossier de santé numérique pour tous les Australiens à moins qu’ils n’expriment clairement leur volonté de ne pas rejoindre le système.
L’Agence de la santé numérique australienne a indiqué qu’il n’y aurait pas de campagne publicitaire télévisée, radiophonique ou papier pour sensibiliser les citoyens au fait qu’un dossier de santé numérique sera automatiquement créé pour chacun d’entre eux. Les patients pourront en apprendre davantage sur le sujet via les réseaux sociaux et les affiches présentées dans les cabinets médicaux.
Les médecins n’ont pas le temps d’informer les patients sur MyHR
Dans son rapport, l’AMA a expliqué au gouvernement que les médecins n’avait pas le temps d’éduquer le public au dispositif My Health Record.
« Les médecins n’ont pas le temps de parler à leurs patients des dispositions [à prendre] concernant la désinscription [au système], la protection de la vie privée et la mise en place de contrôles d’accès pour permettre aux fournisseurs de soins de télécharger des informations sur la santé. C’est le travail du gouvernement. Les médecins doivent être autorisés à se concentrer sur ce qu’ils font de mieux, prendre soin des patients », indique le document.
« Certains Australiens seront surpris d’apprendre qu’un My Health Record a été créé pour eux sans leur consentement explicite », ajoute l’AMA.
L’Agence de santé numérique australienne promet des améliorations
« L’agence travaille en étroite collaboration avec de nombreux organismes de pointe spécialisés pour accroître l’utilisation de dossiers électroniques et de systèmes d’information clinique dans les pratiques spécialisées », argumente un porte-parole de l’Agence australienne de la santé numérique (source : The Daily Telegraph).
Pour améliorer le dispositif, l’agence a récemment mis en place une nouvelle fonction permettant de voir en quelques secondes sur le dossier de santé numérique d’un patient toutes les informations provenant de sources multiples sur les médicaments qu’il utilise.