Des chercheurs israéliens du Centre médical Sheba ont évalué une plateforme d’aide à la décision clinique basée sur l’intelligence artificielle (IA). La solution, baptisée « Medaware », recueille les données liées aux prescriptions médicamenteuses dans les dossiers électroniques et alertent en cas d’erreurs, de contre-indications ou encore de risques de dépendance. Testé pendant 16 mois, le système d’apprentissage automatique s’est révélé pertinent : 80 % des alertes étaient utiles sur le plan clinique et près de la moitié ont été suivis de pratiques correctives. Les résultats de cette étude* ont été publiés le 7 août 2019 dans le Journal of American Medical Informatics Association (JAMIA).
Le lourd fardeau des erreurs médicamenteuses
Entre 2013 et 2017, l’Agence nationale de sécurité du médicament a recensé plus de 12000 erreurs médicamenteuses. Parmi elles, 60 % ont été responsables d’effets indésirables, dont la moitié était grave. Aux États-Unis, elles font au moins un mort par jour et causent des lésions chez 1,3 million de personnes chaque année. Enfin, au niveau mondial, l’OMS estime le coût de ces erreurs à 42 milliards de dollars, soit près de 1 % de l’ensemble des dépenses de santé au niveau mondial. Or, potentiellement, toutes ces erreurs sont évitables. D’autant qu’elles surviennent souvent à cause de défaillances de systèmes de santé informatisés.
De nombreux systèmes ont été mis en place pour prévenir de telles erreurs mais ils génèrent souvent un grand nombre d’alertes pour de « fausses erreurs », ce qui constitue un fardeau pour les équipes soignantes. Ces alertes seraient par conséquent ignorées dans la grande majorité des cas.
L’IA repère les écarts de prescription
Afin de resserrer les mailles du filet, des systèmes basés sur l’apprentissage automatique se sont développés. Parmi eux, la plateforme Medaware, qui exploite en continue les données recueillies dans les dossiers de santé électronique grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique. L’hypothèse sous-jacente de cette solution est que la plupart des médecins fonctionnent bien la plupart du temps. En conséquence, les schémas de prescription de milliers de médecins traitant des millions de patients peuvent être utilisés pour déterminer le spectre de traitement « normal ». Une ordonnance s’écartant largement de ce spectre risque d’être erronée. Ainsi MedAware peut potentiellement détecter des erreurs de prescription, un risque de dépendance aux opioïdes, des contre-indications, etc.
Chaque fois qu’un médecin entre une nouvelle ordonnance par le biais du système informatisé de saisie des commandes, le logiciel Medaware effectue une évaluation en temps réel du médicament prescrit par rapport au profil du patient spécifique et à jour. Lorsqu’il identifie un écart par rapport au spectre de traitement normal de patients similaires, il envoie une alerte au médecin, soulignant l’erreur potentiellement dangereuse. Le médecin peut répondre en acceptant ou en rejetant l’alerte. Le système garde également une trace de tous les médicaments actifs et fournit des alertes supplémentaires si de nouvelles données entrantes (telles que des analyses de sang, des procédures, des diagnostics, etc.) rendent l’un des médicaments actifs dangereux. Le système est évidemment auto-apprenant : une alerte rejetée de manière répétée n’est plus répétée, évitant ainsi la fatigue pour les soignants.
80 % des alertes sont utiles
Le Centre médical Sheba, qui est le plus grand hôpital d’Israël, a évalué la précision, la validité et l’utilité clinique des alertes d’erreur de médication générées par ce nouveau système. Le système surveillait toutes les ordonnances de médicaments rédigées pendant 16 mois. Le personnel du département a ensuite évalué toutes les alertes quant à leur exactitude, leur validité clinique et leur utilité. Le Centre médical Sheba est partenaire de la société Medaware.
Les résultats de ces travaux ont été publiés le 7 août 2019 dans le Journal of American Medical Informatics Association (JAMIA).
Résultats
- 0,4 % des prescriptions ont fait l’objet d’une alerte.
- 60 % des alertes ont été déclenchées après la délivrance d’un médicament suite à des changements dans l’état du patient.
- 85 % des alertes ont été jugées exactes.
- 80 % des alertes ont été considérés comme utiles cliniquement.
- Dans 43 % des cas, des mesures correctrices ont été apportées.
Les auteurs de l’étude estiment que ce système d’aide à la décision clinique utilisant une approche probabiliste d’apprentissage automatique « présentait une grande précision, une charge d’alerte faible et un taux de faux positifs faible, ce qui a entraîné des modifications dans les commandes ultérieures. »
Évaluation positive d’Harvard
Dans une étude antérieure publiée en 2017 dans le JAMIA, le système Medaware avait été évalué par des chercheurs de la Harvard Medical School. Les données de 800 000 patients avaient été analysées. Les trois quarts des alertes examinées dans les dossiers générées par le système de dépistage avaient été jugées valables et avaient permis d’identifier des erreurs potentielles de médication. Parmi ces alertes valides, la majorité (75,0 %) s’était avérée cliniquement utile.